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	<title>Catallaxia - Contributions [fr]</title>
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		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Cat%C3%A9gorie:Jean-Fran%C3%A7ois_Revel&amp;diff=54395</id>
		<title>Catégorie:Jean-François Revel</title>
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		<updated>2015-05-06T11:16:18Z</updated>

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&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Jean-François Revel}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Revel:Un_d%C3%A9bat_truqu%C3%A9_socialisme_contre_lib%C3%A9ralisme&amp;diff=54394</id>
		<title>Revel:Un débat truqué socialisme contre libéralisme</title>
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		<updated>2015-05-06T11:15:09Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{Infobox Jean-François Revel}} {{titre|Un débat truqué : socialisme contre libéralisme|Jean-François Revel|Extrait de &amp;#039;&amp;#039;La Grande Parade&amp;#039;&amp;#039;, Plon, 2000.}} &amp;lt;div cl... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Jean-François Revel}}&lt;br /&gt;
{{titre|Un débat truqué : socialisme contre libéralisme|[[Jean-François Revel]]|Extrait de &#039;&#039;La Grande Parade&#039;&#039;, Plon, 2000.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un malentendu fausse quasiment toutes les discussions sur les mérites respectifs du socialisme et du libéralisme : les socialistes se figurent que le libéralisme est une idéologie. Et, suivant une soumission mimétique souvent décrite dans ces pages, les libéraux se sont laissé inculquer cette vision grossièrement erronée d’eux-mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les socialistes, élevés dans l’idéologie, ne peuvent concevoir qu’il existe d’autres formes d’activité intellectuelle. Ils débusquent partout cette systématisation abstraite et moralisatrice qui les habite et les soutient. Ils croient que toutes les doctrines qui les critiquent copient la leur en se bornant à l’inverser et qu’elles promettent, comme la leur, la perfection absolue, mais simplement par des voies différentes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si, par exemple, un libéral dit à un socialiste : « A l’usage, le marché semble être un moins mauvais moyen d’allocation des ressources que la répartition autoritaire et planifiée », le socialiste répond aussitôt : « Le marché ne résout pas tous les problèmes. » Certes ! Qui a jamais soutenu pareille ânerie ? Mais, comme le socialisme, lui, a été conçu dans l’illusion de résoudre tous les problèmes, ses partisans prêtent à leurs contradicteurs la même prétention. Or tout le monde n’est pas mégalomane, heureusement. Le libéralisme n’a jamais eu l’ambition de bâtir une société parfaite. Il se contente de comparer les diverses sociétés qui existent ou ont existé et de retenir les leçons à tirer de l’étude de celles qui fonctionnent ou ont fonctionné le moins mal. Pourtant, de nombreux libéraux, hypnotisés par l’impérialisme moral des socialistes, acceptent la discussion sur le même terrain qu’eux. « Je crois à la loi du marché, mais elle ne suffit pas », déclare l’économiste américain Jeremy Rifkin &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Le Monde&#039;&#039;, 20 avril 1999.&amp;lt;/ref&amp;gt;. « Le marché libre ne peut tout résoudre », renchérit le spéculateur George Soros &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Jeune Afrique&#039;&#039;, 1er juin 1999. Repris de la &#039;&#039;New York Review of Books&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces piètres truismes émanent d’un système de pensée figé, selon lequel le libéralisme serait une théorie opposée au socialisme par ses thèses mais identique à lui par ses mécanismes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or il n’est ni l’un ni l’autre. Le libéralisme n’a jamais été une idéologie, j’entends n’est pas une théorie se fondant sur des concepts antérieurs à toute expérience, ni un dogme invariable et indépendant du cours des choses ou des résultats de l’action. Ce n’est qu’un ensemble d’observations, portant sur des faits qui se sont déjà produits. Les idées générales qui en découlent constituent non pas une doctrine globale et définitive, aspirant à devenir le moule de la totalité du réel, mais une série d’hypothèses interprétatives concernant des événements qui se sont effectivement déroulés. Adam Smith, en entreprenant d’écrire &#039;&#039;La Richesse des nations&#039;&#039; constate que certains pays sont plus riches que d’autres. Il s’efforce de repérer, dans leur économie, les traits et les méthodes qui peuvent expliquer cet enrichissement supérieur, pour tenter d’en extraire des indications recommandables. Il procède ainsi comme Kant qui, dans la &#039;&#039;Critique de la raison pure&#039;&#039;, dit à ses confrères philosophes : depuis plus de deux mille ans, nous tentons d’élaborer des théories du réel valables pour l’éternité. Elles sont régulièrement rejetées dès la génération suivante faute de démonstration irréfutable. Or, depuis un siècle et demi, nous avons sous les yeux une discipline récente, qui est enfin parvenue avec certitude à établir quelques lois de la nature : c’est la physique. Au lieu de nous obstiner dans notre stérile dogmatisme métaphysique, observons donc plutôt comment s’y sont pris les physiciens pour réussir et inspirons-nous de leurs méthodes pour tâcher d’égaler leurs succès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut donc refuser l’affrontement entre socialisme et libéralisme comme étant l’affrontement de deux idéologies. Qu’est-ce qu’une idéologie ? C’est une construction a priori, élaborée en amont et au mépris des faits et des droits, c’est le contraire à la fois de la science et de la philosophie, de la religion et de la morale. L’idéologie n’est ni la science, pour laquelle elle a voulu se faire passer ; ni la morale, dont elle a cru détenir les clefs et pouvoir s’arroger le monopole, tout en s’acharnant à en détruire la source et la condition : le libre arbitre individuel ; ni la religion, à laquelle on l’a souvent et à tort comparée. La religion tire sa signification de la foi en une transcendance, et l’idéologie prétend rendre parfait ce monde-ci. La science accepte, je dirai même provoque, les décisions de l’expérience, et l’idéologie les a toujours refusées. La morale repose sur le respect de la personne humaine, et l’idéologie n’a jamais régné que pour la briser. Cette funeste invention de la face noire de notre esprit, qui a tant coûté à l’humanité, engendre en outre, chez ses adeptes, ce curieux travers qui consiste à prêter à autrui leur propre forme d’organisation mentale. L’idéologie ne peut pas concevoir qu’on lui oppose une objection si ce n’est au nom d’une autre idéologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Or toute idéologie est un égarement. Il ne peut pas y avoir d’idéologie juste. Toute idéologie est intrinsèquement fausse, de par ses causes, ses motivations et ses fins, qui sont de réaliser une adaptation fictive du sujet humain à lui-même — à ce « lui-même », du moins, qui a décidé de ne plus accepter la réalité, ni comme source d’information ni comme juge du bien-fondé de l’action.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est donc un non-sens, quand une idéologie est morte, de se dire qu’il faut de toute urgence la remplacer par une autre. Remplacer une aberration par une aberration, c’est de nouveau céder au mirage. Peu importe alors quel mirage se substitue au précédent, car ce n’est pas le contenu d’une illusion qui compte, c’est l’illusion même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le libéralisme n’est pas le socialisme à l’envers, n’est pas un totalitarisme idéologique régi par des lois intellectuelles identiques à celles qu’il critique. Cette méprise rend absurde le dialogue entre socialistes et libéraux. Ainsi, dans l’entretien (relaté au chapitre précédent) avec Frédéric Martel, mon sympathique interlocuteur est, tout du long, hanté par l’idée que, vieux « viscéral », je n’ai combattu le communisme que pour promouvoir le libéralisme. La chute du communisme ayant rendu caduque ma panoplie guerrière, je dois donc maintenant, comme il le dit d’ailleurs plus tard dans son compte rendu de mes mémoires, faire mon autocritique en tant que sectateur du fanatisme libéral, devenu inutile. Mais, outre que le libéralisme n’a jamais été un fanatisme lancé contre un autre, je n’ai jamais lutté contre le communisme au nom du libéralisme, ou seulement au nom du libéralisme. J’ai lutté contre le communisme avant tout au nom de la dignité humaine et du droit à la vie. Que la faillite permanente et ridicule des économies administrées ne fût pas sans apporter quelques arguments aux économistes libéraux — encore que bien des socialistes le nient encore aujourd’hui farouchement — c’était incontestable, mais ce n’était pas l’essentiel. Quand on se trouve devant une prison doublée d’un asile de fous et d’une association de meurtriers, on ne se demande pas s’il faut les détruire au nom du libéralisme, de la social-démocratie, de la « troisième voie », du « socialisme de marché » ou de l’anarcho-capitalisme. De telles arguties sont même indécentes, et le débat sur libéralisme ou social-étatisme ne peut renaître légitimement que dans une société rendue à la liberté. J’ai combattu le communisme mû par la même « obsession » qui m’avait jadis fait combattre le nazisme : l’« idée fixe », « viscérale » du respect de la personne humaine. Pas pour savoir qui a raison de Margaret Thatcher ou de Jacques Delors, d’Alain Madelin ou de Lionel Jospin, de Reagan ou de Palme. Cette deuxième question suppose le rétablissement préalable d’une civilisation de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les socialistes contemporains, totalitaires « light », au moins dans leurs structures mentales et verbales, s’égarent donc lorsqu’ils imaginent que les libéraux projettent, comme eux-mêmes, d’élaborer une société parfaite et définitive, la meilleure possible, mais de signe opposé à la leur. Là gît le contresens du débat postcommuniste. Ce n’est pas la peine d’applaudir Edgar Morin lorsqu’il recommande la « pensée complexe » contre la « pensée simpliste » si c’est pour ensuite renforcer le simplisme hors de toute mesure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Articulons, dans un parallèle pédagogique, le constat suivant : « La liberté culturelle est plus propice à la création littéraire, plastique et musicale que le dirigisme étatique. » Cet énoncé empirique, étayé par une vaste expérience passée et présente, ne signifie pas et ne comporte pas l’engagement que toutes les productions nées dans les conditions de la liberté (ou, au sein des régimes totalitaires, dans les conditions de la dissidence) ont été, sont ou seront toujours des chefs-d’œuvre. Or, c’est ce que comprend le socialiste ! Il citera aussitôt des milliers de livres, de tableaux, de pièces et de films médiocres ou nuls, éclos dans ce contexte de liberté. Il s’écriera : « Vous voyez bien que le libéralisme ne marche pas ! » En d’autres termes, il prête au libéralisme son propre totalitarisme. Se croyant, lui, propriétaire d’un système qui résout tous les problèmes, y compris celui de la beauté, il croit suffisant de supprimer le marché pour supprimer la laideur. Le totalitarisme culturel n’a, pour sa part, jamais produit autre chose que de la laideur. Ce fait ne le gêne aucunement. L’étatisme n’a-t-il pas, du même coup, tué dans l’œuf les déchets de l’art capitaliste ? Qu’il ait, en se mêlant de le diriger, anéanti l’art même n’était-il pas le prix à payer pour cet assainissement ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, et qu’on veuille bien me faire la grâce de penser que je ne l’ignore pas, il y a eu de tout temps des artistes que le marché à lui seul ne pouvait faire vivre et qui ont été pensionnés par des princes, subventionnés par des républiques ou aidés par des mécènes privés. Mais il y en a eu aussi d’immenses que leur succès auprès du public suffisait à nourrir, voire à enrichir. Cependant ne perdons pas de vue non plus que ni le marché ni la subvention ne garantissent le talent, ni, au demeurant, son absence. Le marché peut faire pleuvoir la fortune sur Carolus Durand comme sur Picasso. La subvention étatique peut aussi bien procurer la sécurité nécessaire à un vrai génie que l’argent facile à un faux créateur, dont les principaux mérites sont l’amitié du ministre, le copinage politique et le culot dans les relations publiques. Décréter que le marché est en soi réactionnaire et la subvention en soi progressiste relève donc de la pensée non seulement simpliste, mais intéressée, celle des virtuoses du parasitisme de l’argent public.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors de la visite du pape Jean-Paul II en Pologne, au mois de juin 1999, j’ai entendu un journaliste radiophonique de France Info « informer » ses auditeurs en disant, en substance : le pape sait que le retour des Polonais au capitalisme leur a apporté une certaine prospérité, mais au détriment de la justice sociale. Ce qui sous-entend donc que le communisme leur avait apporté la justice sociale. De nombreuses études ont montré quelle hypocrisie se cachait derrière ce mythe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le capitalisme n’apporte certes pas l’égalité, mais le communisme encore moins, et, lui, sur fond de pauvreté générale. Mais voilà, une fois de plus, on le juge sur ce qu’il était censé apporter et le capitalisme sur ce qu’il apporte effectivement. Même pas, à vrai dire. Car, si on le faisait, on constaterait (là encore, l’analyse a été surabondamment faite) qu’en 1989, dernière année du communisme, un chômeur indemnisé à l’Ouest touchait entre cinq et dix fois plus, en pouvoir d’achat réel, qu’un ouvrier pourvu d’un prétendu « emploi » à l’Est. Autrement dit, ce sont les sociétés du capitalisme démocratiques qui ont mis en place les systèmes de protection sociale les plus correcteurs des inégalités et des accidents de la vie économique. Mais ce constat est rejeté lorsque l’on persiste à comparer la perfection de ce qui n’existe pas — l’utopie communiste — avec les imperfections de ce qui existe — le capitalisme démocratique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Jean-François Revel]]&lt;br /&gt;
{{Jean-François Revel}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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* [[Revel:Un débat truqué socialisme contre libéralisme|Un débat truqué : socialisme contre libéralisme]] {{document}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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[[wl:Jean-François Revel]]&lt;br /&gt;
[[Catégorie:Auteurs-R]]&lt;br /&gt;
{{Jean-François Revel}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
| style=&amp;quot;padding-left: 10px&amp;quot; | Accédez d&#039;un seul coup d’œil aux [[Jean-François Revel|articles consacrés à Jean-François Revel]] sur Catallaxia.&lt;br /&gt;
|}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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&lt;div&gt;{{Infobox Auteur|nom=Jean-François Revel&lt;br /&gt;
|image=[[Image:Revel.jpg]]&lt;br /&gt;
|dates = 1924-2006&lt;br /&gt;
|tendance = [[:wl:Libéraux classiques|libéral classique]]&lt;br /&gt;
|citations = &amp;quot;Ce qui est grave ce n&#039;est pas de se tromper, c&#039;est lorsqu&#039;on a vraiment tous les moyens de mettre fin à une erreur, de refuser de le faire, parce qu&#039;on ne veut pas être classée dans telle ou telle catégorie.&amp;quot;&lt;br /&gt;
|liens = [[:wl:Jean-François Revel|Wikibéral]]&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Fernando Savater:L&#039;éthique, un drôle de truc !</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Auteur|nom=Fernando Savater&lt;br /&gt;
|image=&lt;br /&gt;
|dates = Né en 1947&lt;br /&gt;
|tendance =&lt;br /&gt;
|citations =&lt;br /&gt;
|liens =&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|L&#039;éthique, un drôle de truc !|[[Fernando Savater]]|Extrait de &#039;&#039;Éthique à l&#039;usage de mon fils&#039;&#039;, Chapitre 1, 1994}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On étudie certaines sciences pour le plaisir, d&#039;autres pour acquérir une technique dans le dessein de fabriquer ou d&#039;utiliser un outil précis, mais la plupart servent à trouver un emploi et à gagner sa vie. Une nature pas trop curieuse peut s&#039;en passer facilement. Beaucoup de connaissances sont passionnantes, mais on peut très bien vivre sans : moi, par exemple, je regrette d&#039;être nul en astrophysique et ébénisterie, source de bien des satisfactions pour ceux qui les exercent, mais cette ignorance ne m&#039;a jamais empêché de me débrouiller. Quant à toi, si je ne me trompe, tu connais les règles du football, mais tu n&#039;entends rien au base ball. Quelle importance : tu adores regarder le Mundial et tu te moques éperduement de la  ligue américaine, chacun son truc !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autrement dit, il y a certaines choses qu&#039;on peut apprendre ou non, au choix. Comme personne ne peut tout savoir, nous sommes bien obligés de choisir et d&#039;accepter humblement notre ignorance. On peut vivre sans avoir de notion d&#039;astrophysique, ni d&#039;ébénisterie, ni de football, sans même savoir lire ni écrire : on vit peut-être moins bien, mais on vit. Pourtant, il faut savoir certaines choses, car &#039;&#039;il y va de notre vie&#039;&#039;, comme on dit. Il faut savoir, par exemple, qu&#039;il n&#039;est pas bon pour la santé de sauter du balcon d&#039;un sixième étage, ou qu&#039;on ne fait pas de vieux os en suivant un régime à base de clous (n&#039;en déplaise aux fakirs !) et de cyanure. De même, il vaut mieux savoir que, si on colle un marron à son voisin chaque fois qu&#039;on le croise, on s&#039;expose tôt ou tard à des représailles. Ces petits détails ont leur importance. On peut vivre de toutes sortes de façons, mais il y a des façons qui empêchent de vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En un mot, parmi tous les savoirs possibles, un au moins est indispensable : celui qui nous apprend que certaines choses nous &#039;&#039;conviennent&#039;&#039; et d&#039;autres pas. Certains aliments ne nous conviennent pas, certains comportements et attitudes non plus. A condition, bien entendu, de vouloir rester en vie. Si notre plus cher désir est de trépasser au plus vite, il est chaudement recommandé de boire de l&#039;eau de Javel, ou de s&#039;entourer du plus grand nombre d&#039;ennemis possible. Mais supposons à titre provisoire que nous préférons vivre, et laissons de côté pour le moment les goûts respectables du candidat au suicide. Donc, certaines choses nous conviennent, que nous avons coutume de qualifier de &amp;quot;bonnes&amp;quot;, car elle nous font du &#039;&#039;bien&#039;&#039; ; d&#039;autres nous font un &#039;&#039;mal&#039;&#039; fou : nous les qualifions de &amp;quot;mauvaises&amp;quot;. Savoir ce qui nous convient, c&#039;est-à-dire distinguer entre le bon et le mauvais, est une connaissance que nous voulons tous acquérir — tous sans exception — car nous y sommes bien obligés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme je l&#039;ai signalé, il y a des choses bonnes et d&#039;autres mauvaises pour la santé : il faut savoir ce que nous devons manger, que le feu peut chauffer ou brûler selon les circonstances, que l&#039;eau peut étancher notre soif et nous noyer. Pourtant, rien n&#039;est simple : certaines drogues, par exemple, augmentent notre énergie ou produisent des sensations agréables mais leur abus continu peut être nocif. Elles sont bonnes &#039;&#039;par certains côtés&#039;&#039;, mais mauvaises par d&#039;autres : elles nous conviennent et en même temps ne nous conviennent pas. Dans le domaine des relations humaines, ces ambiguités sont encore plus fréquentes. Le mensonge est généralement mauvais car il discrédite le langage — dont nous avons tous besoin pour parler et vivre en société — et dresse les gens les uns contre les autres ; mais il peut être utile ou profitable de mentir pour obtenir un petit avantage. Ou pour accorder une faveur à quelqu&#039;un. Exemple : vaut-il mieux dire la vérité sur son état à un malade atteint d&#039;un cancer incurable, ou le tromper pour qu&#039;il vive ses derniers instants sans angoisse ? Le mensonge ne nous convient pas, il est mauvais, mais il a parfois du bon. Nous avons déjà dit qu&#039;il vaut mieux ne pas chercher la bagarre, mais tolérerons-nous qu&#039;une fille soit violée sous nos yeux sans intervenir, simplement pour éviter de se battre ? Par ailleurs, le type qui dit toujours la vérité — quoi qu&#039;il arrive — est mal vu ; et celui qui intervient dans le style Indiana Jones pour sauver la fille agressée a plus de chance de se retrouver la tête en compote que celui qui rentre tranquillement chez lui en sifflotant. En définitive, le mauvais peut paraître plus ou moins bon, et, dans certaines circonstances, le bon a toutes les apparences du mauvais. Un vrai sac d&#039;embrouilles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;est pas si facile de vivre, car, dans ce domaine, les critères sur ce que nous devons faire peuvent être &#039;&#039;opposés&#039;&#039;. En mathématique ou en géographie, il y a des savants et des ignorants, mais les savants sont presque toujours d&#039;accord sur l&#039;essentiel. Pour vivre, en revanche, les opinions sont loins d&#039;être unanimes. Si nous voulons connaître des émotions fortes, nous pouvons choisir la Formule 1 ou l&#039;alpinisme ; mais si nous préférons la sécurité et la tranquillité, il vaut mieux aller chercher l&#039;aventure au vidéoclub du coin. Selon l&#039;un, rien n&#039;est plus noble que de vivre pour les autres ; son voisin affirme que le plus utile est d&#039;arriver à convaincre les autres de vivre au service d&#039;un seul ; un troisième trouve que l&#039;essentiel est de gagner de l&#039;argent, un point c&#039;est tout, et certains soutiennent que l&#039;argent sans la santé ni les loisirs, sans affection sincère ni esprit serein, n&#039;a aucun intérêt. Des médecins autorisés prétendent que la suppression du tabac et de l&#039;alcool est un moyen sûr d&#039;allonger la vie, à quoi les fumeurs et ivrognes répliquent que privés de tout ils trouveraient évidemment la vie beaucoup plus longue. Etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A première vue, le seul point sur lequel nous sommes tous d&#039;accord, c&#039;est que nous ne sommes pas d&#039;accord avec tout le monde. Mais tu remarqueras que ces opinions divergentes sont unanimes sur un autre point, à savoir que notre vie sera, au moins &#039;&#039;en partie&#039;&#039;, le résultat de ce que chacun voudra en faire. Si notre vie avait un caractère entièrement déterminé, fatal, irrémédiable, toutes ces considérations n&#039;auraient aucun sens. Personne ne se demande si les pierres doivent tomber vers le haut ou vers le bas : elles tombent vers le bas, et on y peut rien. Les castors font des barrages dans les torrents et les abeilles des rayons à cellule hexagonale : aucun castor n&#039;est tenté de confectionner des cellules en cire, aucune abeille n&#039;a jamais envisagé de se spécialiser dans l&#039;hydraulique. Dans son milieu naturel, chaque animal parait discerner très bien ce qui est bon et mauvais pour lui, sans erreurs ni hésitations. Il n&#039;y a pas d&#039;animaux &#039;&#039;bons&#039;&#039; ni &#039;&#039;mauvais&#039;&#039; dans la nature, même si la mouche qualifie de &#039;&#039;mauvaise&#039;&#039; l&#039;araignée qui tend son piège et la dévore. Mais l&#039;araignée n&#039;y peut rien...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vais te décrire un drame : tu connais les termites, ces fourmis blanches qui, en Afrique, construisent des fourmilières impressionnantes, hautes de plusieurs mètres et dures comme de la pierre. Le corps des termites est mou, car il est dépourvu de la croûte chitineuse qui protège d&#039;autres insectes, la termitière sert donc de carapace collective contre certaines fourmis ennemies, mieux armées qu&#039;eux. Mais parfois, une termitière s&#039;effondre à cause d&#039;une inondation ou d&#039;un éléphant (les élếphants adorent se gratter contre les termitières, c&#039;est comme ça). Aussitôt les termites-ouvrières se mettent au travail pour reconstruire dare-dare la forteresse endommagée. Et les grandes fourmis ennemies se lancent à l&#039;assaut. Les termites-soldats organisent la défense de la tribu, et comme ils ne peuvent se mesurer à leurs assaillantes, ni par la taille, ni par leur armement, ils s&#039;accrochent à celles-ci pour freiner leur avance, se laissant mettre en pièce par leurs féroces mandibules. Pendant ce temps, les ouvriers travaillent en toute hâte pour reboucher la termitière endommagée...mais ils la referment en laissant &#039;&#039;dehors&#039;&#039; les pauvres et héroïques termites-soldats, qui sacrifient leurs vies pour sauvegarder la sécurité de leurs coreligionnaires. Ne méritent-ils pas au moins une médaille ? N&#039;est-il pas juste de dire qu&#039;ils sont &#039;&#039;courageux&#039;&#039; ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Changement de décor, mais pas de sujet. Dans &#039;&#039;L&#039;Iliade&#039;&#039;, Homère raconte l&#039;histoire d&#039;Hector, le meilleur guerrier de Troie, lequel attend de pied ferme, sous les murailles de la ville, le bouillant Achille, champion des Achéens, en sachant pertinemment que ce dernier est le plus fort et va sans doute l&#039;occire. Ainsi accomplit-il son devoir, qui est de défendre sa famille et ses concitoyens du terrible assayant. Personne ne doute qu&#039;Hector est un héros, un authentique brave. Mais Hector est-il héroïque et courageux à la manière de ces termites-soldats dont aucun Homère n&#039;a jamais daigné conter la geste qui s&#039;est déjà répété des milliards de fois ? En fin de compte, Hector ne se comporte t-il pas comme le premier termite venu ? Pourquoi trouvons-nous son courage plus authentique et plus &#039;&#039;difficile&#039;&#039; que celui de ces insectes ? Quelle différence y a t-il entre ces deux cas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Simplement que les termites-soldats luttent et meurent parce qu&#039;elles &#039;&#039;doivent&#039;&#039; le faire, c&#039;est plus fort qu&#039;eux (comme l&#039;araignée qui dévore la mouche). En revanche, Hector va affronter Achille parce qu&#039;il le &#039;&#039;veut&#039;&#039;. Les termites-soldats ne peuvent déserter, ni se révolter, ni tirer au flanc pour laisser leur place à d&#039;autres : ils sont &#039;&#039;programmés&#039;&#039; par la nature pour accomplir obligatoirement leur mission héroïque. La situation d&#039;Hector est différente. Il pourrait dire qu&#039;il est malade, ou qu&#039;il n&#039;a pas envie d&#039;affronter un combattant plus fort que lui, ces concitoyens le traiteraient sans doute de lâche et de dégonflé ou lui demanderait s&#039;il a envisagé un autre plan pour arrêter Achille, mais, dans tous les cas, il n&#039;y a pas de doute, il peut refuser d&#039;être un héros. Quel que soit les pressions exercées sur lui, il pourra toujours se défiler : il n&#039;est pas &#039;&#039;programmé&#039;&#039; pour être un héros, aucun homme ne l&#039;est. D&#039;où le mérite de son geste, et l&#039;émotion épique avec laquelle Homère raconte son histoire. A la différence des termites, nous disons qu&#039;Hector est &#039;&#039;libre&#039;&#039;, et, pour cette raison même, nous admirons son courage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et nous arrivons au mot-clé de tout cette imbroglio : &#039;&#039;liberté&#039;&#039;. Les animaux (sans parler des minéraux ni des plantes) sont obligés d&#039;être tels qu&#039;ils sont et de faire ce pourquoi ils ont été programmés naturellement. On ne peut leur reprocher leurs actes ni les admirer, &#039;&#039;car ils ne savent pas se comporter autrement&#039;&#039;. Un tel comportement obligatoire leur épargne sans doute bien des cas de conscience. Bien entendu, les hommes sont aussi programmés par la nature, dans une certaine mesure. Nous sommes faits pour boire de l&#039;eau, pas de l&#039;eau de Javel, et, malgré toutes nos précautions, nous finirons par mourir tôt ou tard. D&#039;une façon moins impérieuse quoique analogue, notre programme &#039;&#039;culturel&#039;&#039; est déterminant : notre pensée est conditionnée par le language qui lui donne sa forme (un language imposé de l&#039;extérieur, que nous n&#039;avons pas inventé pour notre usage personnel) et nous sommes élevés dans certaines traditions, moeurs, attitudes, légendes... ; en un mot, on nous inculque au berceau certaines &#039;&#039;fidélités&#039;&#039;. Cet ensemble pèse lourd et nous rend passablement prévisibles. Prenons par exemple Hector, dont nous venons de parler. Sa programmation naturelle éveillait en lui une soif de protection et d&#039;entraide, vertu qu&#039;il avait à peu près trouvé dans sa ville de Troie. Non moins naturellement, il éprouvait de la tendresse pour sa femme Andromaque — qui lui offrait une compagnie agréable — et pour son rejeton avec qui il était lié biologiquement. Culturellement, il se sentait de Troie et partageait la langue, les coutumes et les traditions de ses concitoyens. En outre, il avait été éduqué depuis son enfance pour être un bon guerrier au service de sa ville, pour prendre en horreur la lâcheté, indigne d&#039;un homme. Si Hector trahissait les siens, il savait qu&#039;il serait méprisé et châtié d&#039;une façon ou d&#039;une autre. Il était donc relativement bien programmé pour agir comme il l&#039;a fait, n&#039;est-ce pas ? Et pourtant...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourtant, Hector aurait pu dire : &amp;quot;Au diable toutes ces histoires !&amp;quot; Il aurait pu se déguiser en femme et s&#039;évader de Troie à la faveur de la nuit, feindre d&#039;être malade ou fou pour ne pas se battre, s&#039;agenouiller devant Achille et lui offrir de la guider pour investir Troie par son flanc le plus faible ; il aurait aussi pu sombrer dans l&#039;alcool ou inventer une nouvelle religion proclamant qu&#039;on ne doit pas se battre contre ses ennemis, mais, au contraire, tendre l&#039;autre joue quand on reçoit un soufflet. Tu me diras que tous ces comportements auraient eu l&#039;air &#039;&#039;bizarres&#039;&#039;, vu le caractère d&#039;Hector et l&#039;éducation qu&#039;il avait reçu. Mais reconnaît que ces hypothèses ne sont pas &#039;&#039;impossibles&#039;&#039;, alors qu&#039;un Castor qui bricole un rayon de cire ou un termite qui déserte, c&#039;est non seulement bizarre, mais surtout impossible. Avec les hommes, on ne peut jamais être entièrement sûr, contrairement aux animaux et autres êtres de la nature. Les hommes ont beau être programmés jusque dans les moindres détails, biologiquement et culturellement, ils peuvent toujours choisir une solution qui ne figure pas dans le programme (ou pas &#039;&#039;entièrement&#039;&#039;). Nous pouvons dire &amp;quot;oui&amp;quot; ou &amp;quot;non&amp;quot;, je veux ou je ne veux pas. Même forcé par les circonstances, nous n&#039;avons jamais &#039;&#039;une seule&#039;&#039; voie à suivre, mais plusieurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quand je te parle de &#039;&#039;liberté&#039;&#039;, c&#039;est à cela que je fais allusion. C&#039;est en cela que nous sommes différents des termites et des marées, de tout ce qui bouge de façon intangible et inéluctable. Certes, nous ne pouvons pas faire &#039;&#039;tout ce qui nous passe par la tête&#039;&#039;, mais rien ne nous oblige à ne faire qu&#039;une chose. Et le moment est venu d&#039;apporter deux précisions au sujet de la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Premièrement&#039;&#039; : nous ne sommes pas libres de choisir &#039;&#039;ce qui nous arrive&#039;&#039; (être né tel jour, de tels parents, tel pays, avoir un cancer ou être renversé par une voiture, être beau ou laid, voir les Achéens, conquérir notre ville, etc.), mais libres de &#039;&#039;réagir à ce qui nous arrive de telle ou telle façon&#039;&#039; (obéir ou nous révolter, être prudents ou téméraires, vindicatifs ou résignés, nous habiller à la mode ou nous déguiser en ours des cavernes, défendre Troie ou fuir, etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Deuxièmement&#039;&#039; : être libre de faire &#039;&#039;une tentative&#039;&#039; ne garantit pas la &#039;&#039;réussite&#039;&#039;. La liberté (qui consiste à choisir dans le domaine du possible) n&#039;est pas l&#039;omnipotence qui serait de toujours réussir ce qu&#039;on entreprend, même l&#039;impossible). C&#039;est pourquoi plus grande sera notre &#039;&#039;capacité&#039;&#039; d&#039;action, plus efficace sera notre liberté. Je suis libre de vouloir escalader le Mont Everest, mais, étant donné mon état physique lamentable et mon absence d&#039;entraînement en alpinisme, il est pratiquement impossible que j&#039;atteigne mon objectif. En revanche, je suis libre de lire ou de ne pas lire, mais, ayant appris à lire quand j&#039;étais enfant, je n&#039;aurais pas trop de mal à m&#039;y mettre si j&#039;en ai envie. Il y a des choses qui dépendent de ma volonté (c&#039;est cela être libre), mais &#039;&#039;tout&#039;&#039; ne dépend pas de ma volonté (autrement, je serais omnipotent), car le monde est plein de volontés et d&#039;impératifs qui échappent à mon contrôle. Si je ne me connais pas moi-même, et si je ne connais pas le monde dans lequel je vis, ma liberté &#039;&#039;se brisera&#039;&#039; un jour ou l&#039;autre contre ces impératifs. Mais, détail important, cela ne m&#039;empêchera pas d&#039;être libre...même si cela me fait mal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la réalité, beaucoup de forces &#039;&#039;limitent&#039;&#039; notre liberté, des tremblements de terre aux tyrans en passant par les maladies. Mais notre liberté est aussi une force dans le monde, &#039;&#039;notre&#039;&#039; force. Cependant, si tu parles avec les gens, tu découvriras qu&#039;ils ont plus souvent confiance des limites de leur liberté que de leur liberté à proprement parlé. Ils te diront : &amp;quot;Liberté ? Mais de quelle liberté parles-tu ? Comment peut-on être libre quand la télévision nous bourre le crâne, quand les gouvernants nous trompent et nous manipulent, quand les terroristes nous menacent, quand les drogues nous réduisent à l&#039;esclavage, et quand par dessus le marché, je n&#039;ai pas assez d&#039;argent pour m&#039;acheter la moto que je voudrais ?&amp;quot; Et si tu y regardes d&#039;un peu plus près, tu t&#039;aperçeveras que ceux qui tiennent ces discours, sous couvert de se plaindre, sont en réalité ravis de savoir qu&#039;ils ne sont pas libres. Au fond, ils se disent : &amp;quot;Ouf ! Nous voilà débarrassés d&#039;un sacré poid ! Comme nous ne sommes pas libres, nous ne pouvons pas être responsables de ce qui nous arrivera...&amp;quot; Mais je suis sûr que personne — &#039;&#039;personne&#039;&#039; — n&#039;est vraiment convaincu de ne pas être libre ; personne ne peut admettre qu&#039;il fonctionne comme un mécanisme d&#039;horlogerie implacable ou comme un termite. On peut trouver qu&#039;il est très &#039;&#039;difficile&#039;&#039; de faire librement certains choix dans certaines circonstances (par exemple, entrer dans une maison en flamme pour sauver un enfant, ou s&#039;opposer fermement à un tyran), et qu&#039;il vaut mieux dire qu&#039;il n&#039;y a pas de liberté pour ne pas avouer qu&#039;on préfère librement la solution de facilité, à savoir attendre les pompiers ou lécher la botte qui vous piétine. Mais, intérieurement, une voix s&#039;obstine à répéter : &amp;quot;Si tu avais voulu...&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si quelqu&#039;on s&#039;obstine à dire que les hommes ne sont pas libres, je te conseille de lui appliquer le test de philosophe romain. Dans l&#039;Antiquité, un philosophe romain discutait avec un ami qui niait la liberté humaine et assurait que les hommes n&#039;ont pas d&#039;autres choix que de faire ce qu&#039;ils font. Le philosophe prit sa canne et se mit à le frapper de toutes ses forces. &amp;quot;Arrête, ça suffit, arrête de me frapper !&amp;quot; criait l&#039;autre. Mais le philosphe, sans cesser la bastonnade, continuait d&#039;argumenter : &amp;quot;N&#039;as-tu pas dit que je ne suis pas libre et que je n&#039;ai pas le choix de faire autre chose que ce que je fais ? Alors, ne gaspille pas ta salive en me demandant d&#039;arrêter : je suis un automate.&amp;quot; Et le philosophe ne suspendit sa râclée que lorsque l&#039;ami eut reconnu que le philosophe pouvait librement cesser de le battre. Le test est valable, mais je te conseille de ne l&#039;utiliser qu&#039;en dernier recours et toujours avec des amis qui ne connaissent pas les arts martiaux...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Résumons : à la différence des autres êtres, vivants ou inanimés, les hommes peuvent &#039;&#039;inventer&#039;&#039; et &#039;&#039;choisir&#039;&#039; en partie leur façon de vivre. Nous pouvons opter pour ce qui nous paraît bon, autrement dit pour ce qui peut nous convenir, et écarter ce qui nous paraît mauvais et inadapté. Et comme nous pouvons inventer et choisir, nous pouvons nous &#039;&#039;tromper&#039;&#039;, ce qui n&#039;arrive généralement ni aux castors, ni aux abeilles, ni aux termites. Il est donc prudent de bien faire attention à ce que nous faisons et d&#039;acquérir un certain savoir-vivre afin de réussir. Et ce savoir-vivre ou cet art de vivre si tu préfères, on l&#039;appelle l&#039;éthique. Si tu as un peu  de patience, nous en reparlerons dans les pages suivantes de ce livre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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&lt;div&gt;&amp;lt;small&amp;gt;[[:ll:Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre|Le Commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre]] - [[:ll:L&#039;Économie politique en une leçon|L&#039;Économie politique en une leçon]] - [[:ll:La Mentalité anti-capitaliste|La Mentalité anti-capitaliste]] - [[:ll:Introduction à la méthodologie économique|Introduction à la méthodologie économique]] - [[:ll:1984|1984]] - [[:ll:L&#039;Action humaine|L&#039;Action humaine]] - [[:ll::La Ferme des animaux|La Ferme des animaux]] - [[:ll:Ludwig von Mises:Le Libéralisme|Le Libéralisme]] - [[:ll:Ludwig von Mises:Le Socialisme|Le Socialisme]] - [[:ll:Ludwig von Mises:Les Problèmes fondamentaux de l&#039;économie politique|Les Problèmes fondamentaux de l&#039;économie politique]] - [[:ll:Ludwig von Mises:Le Gouvernement omnipotent|Le Gouvernement omnipotent]] - [[:ll:Gustave de Molinari:Esquisse de l&#039;organisation politique et économique de la société future|Esquisse de l&#039;organisation politique et économique de la société future]] - [[:ll:Gustave de Molinari:Les Soirées de la rue Saint-Lazare|Les Soirées de la rue Saint-Lazare]] - [[:ll:Henri Lepage:Pourquoi la propriété|Pourquoi la propriété]] - [[:ll:Ernest Renan:Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation ?|Qu&#039;est-ce qu&#039;une nation ?]] - [[:ll:Henry David Thoreau:La Désobéissance civile|La Désobéissance civile]] - [[:ll:Turgot:Réflexions sur la formation et la distribution des richesses|Réflexions sur la formation et la distribution des richesses]] - [[:ll:Paul-Louis Courier:Lettre à Messieurs de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres|Lettre à Messieurs de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres]] - [[:ll:Gustave de Molinari:Questions économiques à l’ordre du jour|Questions économiques à l’ordre du jour]] - [[:ll:Lysander Spooner:Les Vices ne sont pas des crimes|Les Vices ne sont pas des crimes]] - [[:ll:Frédéric Bastiat:Sophismes Économiques|Sophismes Économiques]] - [[:ll:Jean-Baptiste Say:Traité d&#039;économie politique|Traité d&#039;économie politique]] - [[:ll:Maurice_Bourguin:_Les_systèmes_socialistes_et_l&#039;évolution_économique|Les systèmes socialistes et l&#039;évolution économique]] - [[:ll:Max Stirner:L’Unique et sa propriété|L’Unique et sa propriété]]&amp;lt;/small&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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&lt;div&gt;{{Infobox Auteur|nom=[[Condillac|Étienne Bonnot de Condillac]]&lt;br /&gt;
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|dates = 1715-1780&lt;br /&gt;
|tendance = [[:wl:Libéraux classiques|libéral classique]]&lt;br /&gt;
|citations = &amp;quot;Il est faux que dans les échanges on donne valeur égale pour valeur égale. Chacun des contractants en donne toujours une moindre pour une plus grande.&amp;quot;&lt;br /&gt;
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}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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&lt;div&gt;{{Infobox François Bourricaud}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Articles du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039; ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Raymond Boudon:Déterminisme|Déterminisme]] {{document}}&lt;br /&gt;
* [[Raymond Boudon:Libéralisme|Libéralisme]] {{document}}&lt;br /&gt;
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* [[Raymond Boudon:Structure|Structure]] {{document}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[wl:François Bourricaud]]&lt;br /&gt;
[[Catégorie:Auteurs-B]]&lt;br /&gt;
{{François Bourricaud}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Déterminisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit d&#039;un système social qu&#039;il est soumis au déterminisme si, connaissant son état en &#039;&#039;t&#039;&#039;, on est capable de prévoir son état à des « instants » ultérieurs, &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc. Mais il faut immédiatement distinguer deux cas de figure. Il est possible que l&#039;observateur ne dispose pas des éléments lui permettant de prévoir l&#039;état d&#039;un système en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc., bien que l&#039;état futur du système soit contenu dans son état présent. On dira, dans ce cas, que le système est objectivement déterminé mais apparaît subjectivement comme indéterminé. Bien que le parcours d&#039;une feuille qui tombe soit entièrement déterminé, il est difficile de prévoir son point de chute, car on ignore généralement les caractéristiques des forces qui déterminent son parcours. On sait seulement qu&#039;elle a toutes chances, plus exactement, qu&#039;elle a une certaine probabilité (dont la valeur peut être éventuellement déterminée) de tomber à l&#039;intérieur d&#039;un cerle donné. Lorsqu&#039;un système est tel que, même en supposant un observateur omniscient, l&#039;état du système en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,...,&#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc., ne peut être connu à partir de la connaissance de son état en &#039;&#039;t&#039;&#039;, on dira que le système est objectivement indéterminé ou qu&#039;il est soustrait à la « loi générale » du déterminisme. La question de savoir s&#039;il existe effectivement des systèmes objectivement indéterminés soulève d&#039;épineuses questions philosophiques qui sortent du cadre de la présente discussion. La principale difficulté soulevée par les discussions philosophiques relatives au déterminisme réside sans doute dans le fait qu&#039;elles introduisent immanquablement la fiction d&#039;un observateur omniscient. Or, on peut se demander si cette notion n&#039;est pas affectée d&#039;une contradiction interne : comment un observateur non omniscient peut-il se mettre à la place d&#039;un observateur omniscient ? On peut imaginer un observateur qui en saurait plus que tel observateur réel sur tel ou tel point. Mais la notion d&#039;un observateur omniscient suppose que celui-ci soit informé sur des sujets dont l&#039;observateur réel peut être incapable de concevoir la nature même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sociologie a hérité de sa naissance — plus exactement de son institutionnalisation au XIXe siècle, à une époque où la physique est considérée comme la reine de sciences, et où règne dans cette discipline une conception laplacienne du monde (connaissant l&#039;état du monde en t il est possible à l&#039;observateur omniscient de prédire son état en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc.), une vision déterministe des systèmes sociaux. En d&#039;autres termes, beaucoup de sociologues ont tendance à admettre que l&#039;indétermination des systèmes sociaux ne peut être que subjective : l&#039;état d&#039;un système social en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc., est entièrement contenu dans son état en t. On relève bien entendu des erreurs de prévision, mais ces erreurs sont conçues comme résultant de l&#039;ignorance où peut se trouver le sociologue de l&#039;intensité des « forces » sociales (comme aurait dit Marx) à l&#039;oeuvre dans tel ou tel système.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut se demander si l&#039;évolution récente de la sociologue ne conduit pas à substituer à cette vision laplacienne une vision plus complexe où : 1) la détermination des systèmes sociaux serait considérée comme objectivement variable et comme susceptible de degrés, certains systèmes sociaux étant objectivement plus prévisibles et plus déterminés, d&#039;autres moins prévisibles et moins déterminés, même pour un observateur, sinon omniscient, du moins pourvu de données pertinentes, et où 2) le caractère plus ou moins déterminé du système serait conçu comme résultant de la structure du système lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour illustrer cette conception non laplacienne du déterminisme social,  on peut recourir à un exemple simple emprunté à la théorie des jeux : imaginons que deux acteurs sociaux en situation d&#039;interaction aient le choix entre deux stratégies A et B. Quatre « solutions » sont possibles : AA (le premier choisit A, le second choisit A), AB (le premier choisit A, le second choisit B), BA et BB. Supposons maintenant que le premier préfère AA aux autres combinaisons, et qu&#039;il en aille de même pour le second. Supposons, en outre, que chacun connaisse les préférences de l&#039;autre. Dans ce cas, le devenir du système est entièrement déterminé. Le sociologue qui observe une situation de ce genre ne courra en d&#039;autres termes aucun risque s&#039;il affirme que les deux acteurs choisiront A et que la combinaison qui sera finalement réalisée à l&#039;exclusion des autres sera la combinaison AA. Imaginons maintenant que les préférences des deux acteurs soient les suivantes : le premier préfère AB à BA, BA à AA et AA à BB; le second préfère BA à AB, AB et AA et AA à BB. Les deux considèrent donc AA et surtout BB comme indésirables, mais ne s&#039;accordent pas quant à la préférabilité relative de AB et de BA. Le premier souhaite choisir A à condition que l&#039;autre choisisse B; le second voudrait choisir A à condition que l&#039;autre choisisse B. Que va-t-il se passer ? Chacun voit bien que, pour obtenir la combinaison qu&#039;il préfère, il doit jouer A, mais chacun voit aussi que si l&#039;autre joue A, la combinaison réalisée sera la combinaison AA considérée par l&#039;un et par l&#039;autre comme indésirable. L&#039;acteur 1 peut essayer de donner à 2 un signe convaincant qu&#039;il ne jouera pas autre chose que A. Mais l&#039;acteur 2 peut faire de même. Dans un système comme celui-là, il est très difficile de savoir ce qui va se passer. L&#039;avenir du système n&#039;est pas contenu dans son présent. Tout au plus peut-on estimer, si les enjeux sont de taille, que les deux acteurs feront tout pour éviter que ne se réalisent les combinaisons AA et BB que l&#039;un et l&#039;autre s&#039;accordent à juger indésirables. Mais il sera difficile de prévoir laquelle des deux combinaisons AB ou BA sera finalement réalisée. On peut certes imaginer des cas où des données « psychologiques » permettraient à l&#039;observateur « omniscient » de lever l&#039;incertitude. Ainsi, si 1 est craintif et 2 dominateur, BA aura plus de chances de se réaliser que AB. Mais si, on suppose par la pensée que 1 et 2 sont psychologiquement totalement indistincts l&#039;un de l&#039;autre, l&#039;observateur omniscient est incapable de conclure. Le système est objectivement indéterminé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De façon plus générale, certains systèmes d&#039;action ont une structure telle que : 1) les comportements des acteurs peuvent être aisément prévus; 2) les comportements des acteurs n&#039;ont pas d&#039;incidence sur la structure du système d&#039;interaction. Dans ce cas, le comportement du système peut être aisément anticipé par un observateur disposant des données pertinente. Le système est objectivement déterminé. Le comportement des acteurs peut être anticipé sans difficulté notamment dans deux cas de figure : soit lorsque le système d&#039;interaction leur permet de réaliser leurs objectifs, soit lorsque, sans leur permettre de réaliser leurs objectifs, il leur inspire une ligne d&#039;action particulière. Ainsi, Le &#039;&#039;phénomène bureaucratique&#039;&#039; de Crozier (chapitre sur le monopole) décrit un système d&#039;interaction où certains acteurs de par leur position dans l&#039;organisation peuvent choisir l&#039;interprétation de leur rôle la plus favorable à leurs intérêts et la plus conforme à leurs préférences et imposer cette interprétation aux autres, tandis que les autres acteurs sont contraints par le contexte à interpréter leur propre rôle de manière qui ne les satisfait pas, sans toutefois pouvoir ni choisir une interprétation plus favorable, ni amener les premiers à se comporter autrement. Ainsi, les ouvriers d&#039;entretien du &#039;&#039;Monopole&#039;&#039;, qui circulent d&#039;atelier en atelier au gré des pannes de machine peuvent choisir de ne pas se laisser bousculer et de faire supporter aux ouvriers de production les à-coups dans le travail et les incidences financières qui résultent pour ces derniers de l&#039;arrêt de la production. En dépit de la situation défavorable qui leur est faite par les ouvriers d&#039;entretien, les ouvriers de production ne peuvent chercher à modifier l&#039;interprétation « égoïste » que les premiers adoptent « naturellement » de leur rôle. Car s&#039;ils cherchaient à faire pression sur les ouvriers d&#039;entretien, non seulement il y aurait peu de chances que la pression soit efficace, mais il en résulterait une tension nuisible à la solidarité ouvrière. Cette tension remettrait en cause les avantages que, grâce au truchement syndical, la solidarité, fût-elle apparente, peut apporter à tous. Comme le système est par ailleurs défini de telle manière qu&#039;aucun des acteurs extérieurs au système composé par les ouvriers d&#039;entretien et les ouvriers de production n&#039;a intérêt à modifier la situation, il en résulte qu&#039;on a affaire à un système à peu près entièrement prévisible et déterminé. La structure du système est telle que les comportements des acteurs sont aisément prévisibles. Comme les actions des uns et des autres n&#039;ont d&#039;autre part aucune incidence sur la structure du système, celui-ci tend à se reproduire de &#039;&#039;t&#039;&#039; à &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1 ou &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les systèmes prévisibles et déterminés ont souvent un caractère &#039;&#039;reproductif&#039;&#039;. Mais il n&#039;en va pas nécessairement ainsi. Certains systèmes sont tels que : 1) le comportement des acteurs est aisément prévisible, 2) le comportement des acteurs modifie la structure du système de manière prévisible. Dans ce cas l&#039;évolution du système est elle-même prévisible. Exemple élémentaire : celui du système composé par la communauté scientifique. Les acteurs produisent de nouvelles connaissances. L&#039;accumulation des connaissances produit un effet de spécialisation croissant (au moins dans le cas de certaines disciplines). Autre exemple : celui des cycles démographiques néo-malthusions dans l&#039;Europe médiévale : les taux de reproduction excèdent le remplacement simple. De nouvelles terres sont mises en valeur. Mais il s&#039;agit de terres toujours plus marginales dont la productivité est de plus en plus faible. Il en résulte une baisse du revenu et, après un temps, une baisse de la natalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemples suffisent sans doute à montrer qu&#039;il existe à coup sûr des systèmes sociaux dont la structure est telle que : 1) les comportements des acteurs sont prévisibles; 2) les effets du comportement des acteurs sur la structure du système sont eux-mêmes prévisibles. Dans ce cas, le devenir du système est lui-même prévisible. Son avenir peut être tenu pour inclus dans son présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de la sociologie offre de nombreux exemples d&#039;indétermination subjective où tel ou tel sociologue soit s&#039;est avéré incapable de prévoir le devenir d&#039;un système parce qu&#039;il ne disposait pas des informations nécessaires, soit a été conduit à des prévisions erronées &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Prévision&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; parce qu&#039;il disposait d&#039;informations inadéquates. Cf. par exemple les déceptions nombreuses auxquelles ont conduit les politiques de développement fondées sur l&#039;injection de capital physique ou les échecs essuyés par certains programmes natalistes ou antinatalistes &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Développement&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. De tels exemples n&#039;impliquent pas nécessairement l&#039;existence d&#039;une indétermination objective. Ainsi, l&#039;échec de certains programmes antinatalistes a parfois conduit à une retour au terrain, lequel a permis de montrer que les hypothèses sur la rationalité des acteurs utilisées par ces programmes ne tenaient pas compte des caractères particuliers du contexte socio-économique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il importe surtout de souligner qu&#039;il peut exister dans les systèmes sociaux une indétermination objective. Cette indétermination apparaît dans un premier cas de figure : lorsque la structure d&#039;un système est telle qu&#039;elle laisse à certains au moins des acteurs inclus dans le système une autonomie telle qu&#039;ils peuvent effectivement procéder à des choix entre des options contrastées, et que les acteurs n&#039;ont pas de préférences prévisibles par rapport à ces options. Une situation de ce type peut se produire par exemple si : 1) certains acteurs sont indifférents entre des fins possibles, 2) s&#039;ils sont dans l&#039;incapacité de déterminer les actions les mieux accordées à leurs préférences &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Rationalité&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;, 3) si leur choix est soumis au « paradoxe de l&#039;information » (pour acquérir une quantité optimale d&#039;information il faut connaître sa valeur; mais on ne peut décider de la valeur d&#039;une information qu&#039;on ne possède pas encore). Dans les trois hypothèses, l&#039;acteur se conduira de manière objectivement aléatoire. L&#039;âne de Buridan (deuxième cas de figure) « choisira » certainement un des deux sacs d&#039;avoine, mais son choix ne peut être que le produit du hasard. Dans une situation de ce genre le système est partiellement indéterminé. En effet, l&#039;évolution future du système dépend des choix que vont faire les acteurs (choix dont les conséquences peuvent éventuellement être irréversibles) et le système ouvre effectivement des possibilités de choix; mais ces choix eux-mêmes ne sont pas prévisibles. L&#039;état du système en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1 ne peut donc être déterminé à partir de son état en &#039;&#039;t&#039;&#039;. Il n&#039;y a aucun intérêt à supposer que le choix fait par l&#039;acteur dépend toujours, même lorsque celui-ci s&#039;estime en état d&#039;indifférence par rapport aux options qui s&#039;ouvrent à lui, de variables logées dans la « structure de sa personnalité ». Il est vrai que, dans certains cas, les goûts ou aspirations de l&#039;acteur peuvent permettre de trancher entre des options. Mais il est aussi des cas de réelle indifférence : lorsque par exemple deux options A et B offrent l&#039;une et l&#039;autre des avantages et des désavantages, que ces avantages et désavantages ne sont pas clairement comparables et qu&#039;ils ont des probabilités difficilement appréciables par l&#039;acteur de se produire. Ainsi, des responsables syndicaux ne peuvent manquer de se donner pour objectif de maintenir et éventuellement d&#039;accroître leur clientèle. Cet objectif fixé, plusieurs moyens (dans certaines circonstances historiques) peuvent être utilisés pour y parvenir : offrir aux syndiqués des services que ceux-ci sont susceptibles d&#039;apprécier, tenter de contrôler l&#039;entrée dans la profession, etc. Dans certains cas, ces différents moyens peuvent être inégalement efficaces et coûteux. Dans d&#039;autres cas, les responsables peuvent se trouver dans une situation d&#039;indifférence entre les moyens possibles, de sorte que la stratégie qui sera finalement adopée est largement imprévisible. Naturellement, une fois qu&#039;une stratégie est retenue elle a des chances d&#039;être irréversible : sa mise en oeuvre n&#039;est pas instantanée mais s&#039;étend au contraire sur une certaine durée. Il en résulte que certains acteurs seront plus ou moins profondément impliqués dans sa défense et s&#039;opposeront à ce qu&#039;elle soit remise en question. En outre, un changement de stratégie peut comporter des coûts collectifs supérieurs aux avantages que procurerait une stratégie nouvelle. Ces considérations contribuent à expliquer, par exemple, pourquoi des sociétés très comparables du point de vue économique, ont des traditions syndicales très contrastées. Plus généralement, elles expliquent l&#039;« autonomie relative » des institutions les unes par rapport aux autres, ainsi que des institutions par rapport aux « structures ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fait qu&#039;il existe des structures plaçant les acteurs dans une situation d&#039;indifférence est une évidence que les sociologues ont parfois peine à reconnaître. La raison en est sans doute dans un contresens épistémologique. On a parfois tendance à considérer que les situations d&#039;indétermination sont des situations à propos desquelles l&#039;observateur n&#039;a rien à dire. Mais s&#039;il ne prend pas en compte l&#039;indétermination objective produite par certaines structures, le sociologue se condamne à l&#039;impuissance. Ainsi, pour expliquer que la révolution industrielle ait été associée à des formes différente d&#039;action syndicale, il faut montrer que certaines structures et conjonctures historiques offrent des options entre lesquelles les acteurs se perçoivent (et ont de bonnes raisons de se percevoir) en état d&#039;indifférence. L&#039;usage fait par certains sociologues des instruments statistiques est instructif à cet égard. Lorsqu&#039;un sociologue observe une corrélation, éventuellement très faible entre deux variables X et Y, il retient souvent seulement l&#039;existence de la corrélation (c&#039;est-à-dire le fait qu&#039;elle soit non nulle) et oublie d&#039;en considérer la faible valeur absolue. Mais rendre compte d&#039;une corrélation, c&#039;est non seulement expliquer pourquoi elle est non nulle, mais aussi pourquoi elle est située dans telle ou telle zone de valeurs. Or, parfois, une corrélation est faibl parce qu&#039;elle résulte de structures donnant aux acteurs des possibilités de choix entre des options par rapport auxquelles ils ont des chances de se percevoir comme indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième cas de figure : certains systèmes ont une structure telle qu&#039;ils engendrent un effet d&#039;appel à l&#039;&#039;&#039;innovation&#039;&#039;. On rencontre, par exemple, ce cas de figure lorsqu&#039;une séquence de tentatives politiques conçues dans le cadre d&#039;un même « paradigme » engendre un sentiment diffus d&#039;échec et suggère l&#039;impression que le « paradigme » est inadéquat. Il faut alors recourir à un autre « paradigme ». Mais le « choix » qui sera finalement effectué peut être difficilement prévisible. Plus précisément, il peut être difficile de prévoir lequel d&#039;un ensemble fini de paradigmes possibles sera finalement retenu. Ainsi, comme l&#039;a montré Hirschman, le « problème agraire » colombien fut abordé pendant une longue périodre dans le cadre d&#039;un paradigme jurisique hérité de la tradition espagnole jusqu&#039;au moment où la plupart des participants se trouvèrent convaincu que l&#039;objectif résumé par l&#039;adage &#039;&#039;morada y labor&#039;&#039; ne pouvait être atteint par le perfectionnement des dispositions légales. Il se produisit alors un déplacement de paradigme (un &#039;&#039;paradigm shift&#039;&#039; dans le langage de Kuhn); on chercha à atteindre l&#039;objectif fixé par des dispositions de type fiscal. Mais la forme du nouveau paradigme, si elle est intelligible &#039;&#039;a posteriori&#039;&#039;, était peu prévisible a &#039;&#039;priori&#039;&#039;. De manière générale, lorsqu&#039;un système engendre un effet d&#039;appel à l&#039;innovation plusieurs situations peuvent se produire. Dans la quasi-totalité des cas, le détail de l&#039;innovation sera — en quelque sorte par définition de la notion même d&#039;innovation — difficilement prévisible. Sinon, il n&#039;y aurait pas innovation. Mais, si le détail de l&#039;innovation est généralement imprévisible, certains effets de l&#039;innovation peuvent dans certains cas être prévus avant que celle-ci soit conçue. Ainsi dans l&#039;Angleterre du XVIIIe et du XIXe siècle, la concurrence qui s&#039;établit entre les entrepreneurs de l&#039;industrie textile donne naissance à une demande d&#039;innovation technique. Le détail des innovations n&#039;était pas prévisible. Mais on pouvait prévoir que de nouveaux métiers à tisser seraient inventés et que seraient retenues les inventions garantissant un gain de productivité. L&#039;existence d&#039;une demande d&#039;innovation ne suffit donc pas à rendre un système imprévisible et indéterminé. Mais il existe aussi des cas de figure où un effet d&#039;appel à l&#039;innovation ne permet pas d&#039;affirmer grand-chose &#039;&#039;a priori&#039;&#039; sur le contenu de l&#039;innovation. De façon générale, lorsqu&#039;un système comporte des effets d&#039;appel à l&#039;innovation, la plus ou moins grande prévisiblité de l&#039;innovation est une fonction des caractéristiques du système. D&#039;où on tire le corollaire que l&#039;évolution de certains systèmes peut être difficilement prévisible même par un observateur complètement informé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le double fait que certains systèmes sociaux : 1) déterminent des champs de possibilités entre lesquels certains acteurs peuvent être indifférents, 2) engendrent une demande d&#039;innovations, dont le contenu peut être parfaitement prévisible, introduit une indétermination objective. A quoi il faut ajouter que l&#039;indétermination croît à mesure que l&#039;observateur situé en &#039;&#039;t&#039;&#039; cherche à prévoir l&#039;évolution du système à une période plus éloignée de &#039;&#039;t&#039;&#039;. Car, si certains systèmes sociaux comportement une indétermination objective, tous les systèmes opposent à l&#039;observateur une indétermination subjective d&#039;autant plus grande que la distance croît entre &#039;&#039;t&#039;&#039;, l&#039;« instant » où est effectué la prévision, et &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, l&#039;« instant » sur lequel porte la prévision. Cette indétermination subjective résulte simplement de ce que les actions des acteurs inclus dans un système social comportent pratiquement toujours des conséquences qui débordent à la fois les intentions des acteurs et les capacités d&#039;anticipation des observateurs. Naturellement, il faut aussi tenir compte du fait que l&#039;observateur n&#039;est pas toujours capable d&#039;une distanciation et d&#039;une décentration suffisante et qu&#039;il a parfois tendance à tomber dans cette forme particulière de socio-centrisme qui consiste à projeter dans le futur des éléments empruntés à la situation qui est la sienne à l&#039;instant &#039;&#039;t&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des processus sociaux partiels de type évolutif (le développement des sciences, des techniques et généralement des connaissances) ont pendant longtemps renforcé les sociologues dans l&#039;idée que les systèmes sociaux obéissaient à un déterminisme de type laplacien. Par ailleurs, la croyance au déterminisme universel leur paraissait une condition de possibilité de toute science. Le fait incontestable que certains processus sont aisément prévisibles &amp;lt;ref&amp;gt;cf. les « tendances lourdes » des économistes&amp;lt;/ref&amp;gt; joint au malaise épistémologique que provoque l&#039;idée d&#039;un système objectivement indéterminé (même si cette indétermination est partielle) devait rendre beaucoup de sociologues plus laplaciens que Laplace. Aujourd&#039;hui encore un sociologue, qui observe une corrélation faible entre deux phénomènes, aura tendance soit à considérer la faiblesse de la corrélation comme le produits d&#039;erreurs d&#039;observation, soit à admettre sans discussion que la corrélation serait portée au maximum s&#039;il était possible d&#039;observer l&#039;intégralité des facteurs agissant sur la variable indépendante. Les deux interprétations sont équivalentes par rapport à une question fondamentale : elles écartent l&#039;une et l&#039;autre la possibilité de l&#039;indétermination objective. Mais l&#039;existence d&#039;une indétermination objective n&#039;est pas un obstacle à l&#039;explication scientifique. Comme les exemples sommairement développés ci-dessus suffisent à le démontrer, on peut &#039;&#039;expliquer&#039;&#039; que certaines situations définissent des « solutions » possibles entre lesquelles les acteurs sont indifférents. De même, on peut &#039;&#039;expliquer&#039;&#039; que certaines structures soient porteuses d&#039;appels à l&#039;innovation dont le contenu peut être dans certains cas pour des raisons qu&#039;on peut elles-mêmes analyser, difficilement prévisible. Contrairement à ce qu&#039;avance Thom, la vue selon laquelle le déterminisme serait un postulat indispensable à l&#039;explication scientifique peut, dans le domaine des sciences sociales du moins, non pas rendre possible, mais au contraire contribuer à inhiber l&#039;explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
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&amp;lt;references /&amp;gt; &lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>François Bourricaud</title>
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		<updated>2014-01-07T17:00:46Z</updated>

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		<title>Raymond Boudon:Déterminisme</title>
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&lt;br /&gt;
On dit d&#039;un système social qu&#039;il est soumis au déterminisme si, connaissant son état en &#039;&#039;t&#039;&#039;, on est capable de prévoir son état à des « instants » ultérieurs, &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc. Mais il faut immédiatement distinguer deux cas de figure. Il est possible que l&#039;observateur ne dispose pas des éléments lui permettant de prévoir l&#039;état d&#039;un système en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc., bien que l&#039;état futur du système soit contenu dans son état présent. O dira, dans ce cas, que le système est objectivement déterminé mais apparaît subjectivement comme indéterminé. Bien que le parcours d&#039;une feuille qui tombe soit entièrement déterminé, il est difficile de prévoir son point de chute, car on ignore généralement les caractéristiques des forces qui déterminent son parcours. On sait seulement qu&#039;elle a toutes chances, plus exactement, qu&#039;elle a une certaine probabilité (dont la valeur peut être éventuellement déterminée) de tomber à l&#039;intérieur d&#039;un cerle donné. Lorsqu&#039;un système est tel que, même en supposant un observateur omniscient, l&#039;état du système en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,...,&#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc., ne peut être connu à partir de la connaissance de son état en &#039;&#039;t&#039;&#039;, on dira que le système est objectivement indéterminé ou qu&#039;il est soustrait à la « loi générale » du déterminisme. La question de savoir s&#039;il existe effectivement des systèmes objectivement indéterminés soulève d&#039;épineuses questions philosophiques qui sortent du cadre de la présente discussion. La principale difficulté soulevée par les discussions philosophiques relatives au déterminisme réside sans doute dans le fait qu&#039;elles introduisent immanquablement la fiction d&#039;un observateur omniscient. Or, on peut se demander si cette notion n&#039;est pas affectée d&#039;une contradiction interne : comment un observateur non omniscient peut-il se mettre à la place d&#039;un observateur omniscient ? On peut imaginer un observateur qui en saurait plus que tel observateur réel sur tel ou tel point. Mais la notion d&#039;un observateur omniscient suppose que celui-ci soit informé sur des sujets dont l&#039;observateur réel peut être incapable de concevoir la nature même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sociologie a hérité de sa naissance — plus exactement de son institutionnalisation au XIXe siècle, à une époque où la physique est considérée comme la reine de sciences, et où règne dans cette discipline une conception laplacienne du monde (connaissant l&#039;état du monde en t il est possible à l&#039;observateur omniscient de prédire son état en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc.), une vision déterministe des systèmes sociaux. En d&#039;autres termes, beaucoup de sociologues ont tendance à admettre que l&#039;indétermination des systèmes sociaux ne peut être que subjective : l&#039;état d&#039;un système social en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc., est entièrement contenu dans son état en t. On relève bien entendu des erreurs de prévision, mais ces erreurs sont conçues comme résultant de l&#039;ignorance où peut se trouver le sociologue de l&#039;intensité des « forces » sociales (comme aurait dit Marx) à l&#039;oeuvre dans tel ou tel système.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut se demander si l&#039;évolution récente de la sociologue ne conduit pas à substituer à cette vision laplacienne une vision plus complexe où : 1) la détermination des systèmes sociaux serait considérée comme objectivement variable et comme susceptible de degrés, certains systèmes sociaux étant objectivement plus prévisibles et plus déterminés, d&#039;autres moins prévisibles et moins déterminés, même pour un observateur, sinon omniscient, du moins pourvu de données pertinentes, et où 2) le caractère plus ou moins déterminé du système serait conçu comme résultant de la structure du système lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour illustrer cette conception non laplacienne du déterminisme social,  on peut recourir à un exemple simple emprunté à la théorie des jeux : imaginons que deux acteurs sociaux en situation d&#039;interaction aient le choix entre deux stratégies A et B. Quatre « solutions » sont possibles : AA (le premier choisit A, le second choisit A), AB (le premier choisit A, le second choisit B), BA et BB. Supposons maintenant que le premier préfère AA aux autres combinaisons, et qu&#039;il en aille de même pour le second. Supposons, en outre, que chacun connaisse les préférences de l&#039;autre. Dans ce cas, le devenir du système est entièrement déterminé. Le sociologue qui observe une situation de ce genre ne courra en d&#039;autres termes aucun risque s&#039;il affirme que les deux acteurs choisiront A et que la combinaison qui sera finalement réalisée à l&#039;exclusion des autres sera la combinaison AA. Imaginons maintenant que les préférences des deux acteurs soient les suivantes : le premier préfère AB à BA, BA à AA et AA à BB; le second préfère BA à AB, AB et AA et AA à BB. Les deux considèrent donc AA et surtout BB comme indésirables, mais ne s&#039;accordent pas quant à la préférabilité relative de AB et de BA. Le premier souhaite choisir A à condition que l&#039;autre choisisse B; le second voudrait choisir A à condition que l&#039;autre choisisse B. Que va-t-il se passer ? Chacun voit bien que, pour obtenir la combinaison qu&#039;il préfère, il doit jouer A, mais chacun voit aussi que si l&#039;autre joue A, la combinaison réalisée sera la combinaison AA considérée par l&#039;un et par l&#039;autre comme indésirable. L&#039;acteur 1 peut essayer de donner à 2 un signe convaincant qu&#039;il ne jouera pas autre chose que A. Mais l&#039;acteur 2 peut faire de même. Dans un système comme celui-là, il est très difficile de savoir ce qui va se passer. L&#039;avenir du système n&#039;est pas contenu dans son présent. Tout au plus peut-on estimer, si les enjeux sont de taille, que les deux acteurs feront tout pour éviter que ne se réalisent les combinaisons AA et BB que l&#039;un et l&#039;autre s&#039;accordent à juger indésirables. Mais il sera difficile de prévoir laquelle des deux combinaisons AB ou BA sera finalement réalisée. On peut certes imaginer des cas où des données « psychologiques » permettraient à l&#039;observateur « omniscient » de lever l&#039;incertitude. Ainsi, si 1 est craintif et 2 dominateur, BA aura plus de chances de se réaliser que AB. Mais si, on suppose par la pensée que 1 et 2 sont psychologiquement totalement indistincts l&#039;un de l&#039;autre, l&#039;observateur omniscient est incapable de conclure. Le système est objectivement indéterminé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De façon plus générale, certains systèmes d&#039;action ont une structure telle que : 1) les comportements des acteurs peuvent être aisément prévus; 2) les comportements des acteurs n&#039;ont pas d&#039;incidence sur la structure du système d&#039;interaction. Dans ce cas, le comportement du système peut être aisément anticipé par un observateur disposant des données pertinente. Le système est objectivement déterminé. Le comportement des acteurs peut être anticipé sans difficulté notamment dans deux cas de figure : soit lorsque le système d&#039;interaction leur permet de réaliser leurs objectifs, soit lorsque, sans leur permettre de réaliser leurs objectifs, il leur inspire une ligne d&#039;action particulière. Ainsi, Le &#039;&#039;phénomène bureaucratique&#039;&#039; de Crozier (chapitre sur le monopole) décrit un système d&#039;interaction où certains acteurs de par leur position dans l&#039;organisation peuvent choisir l&#039;interprétation de leur rôle la plus favorable à leurs intérêts et la plus conforme à leurs préférences et imposer cette interprétation aux autres, tandis que les autres acteurs sont contraints par le contexte à interpréter leur propre rôle de manière qui ne les satisfait pas, sans toutefois pouvoir ni choisir une interprétation plus favorable, ni amener les premiers à se comporter autrement. Ainsi, les ouvriers d&#039;entretien du &#039;&#039;Monopole&#039;&#039;, qui circulent d&#039;atelier en atelier au gré des pannes de machine peuvent choisir de ne pas se laisser bousculer et de faire supporter aux ouvriers de production les à-coups dans le travail et les incidences financières qui résultent pour ces derniers de l&#039;arrêt de la production. En dépit de la situation défavorable qui leur est faite par les ouvriers d&#039;entretien, les ouvriers de production ne peuvent chercher à modifier l&#039;interprétation « égoïste » que les premiers adoptent « naturellement » de leur rôle. Car s&#039;ils cherchaient à faire pression sur les ouvriers d&#039;entretien, non seulement il y aurait peu de chances que la pression soit efficace, mais il en résulterait une tension nuisible à la solidarité ouvrière. Cette tension remettrait en cause les avantages que, grâce au truchement syndical, la solidarité, fût-elle apparente, peut apporter à tous. Comme le système est par ailleurs défini de telle manière qu&#039;aucun des acteurs extérieurs au système composé par les ouvriers d&#039;entretien et les ouvriers de production n&#039;a intérêt à modifier la situation, il en résulte qu&#039;on a affaire à un système à peu près entièrement prévisible et déterminé. La structure du système est telle que les comportements des acteurs sont aisément prévisibles. Comme les actions des uns et des autres n&#039;ont d&#039;autre part aucune incidence sur la structure du système, celui-ci tend à se reproduire de &#039;&#039;t&#039;&#039; à &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1 ou &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les systèmes prévisibles et déterminés ont souvent un caractère &#039;&#039;reproductif&#039;&#039;. Mais il n&#039;en va pas nécessairement ainsi. Certains systèmes sont tels que : 1) le comportement des acteurs est aisément prévisible, 2) le comportement des acteurs modifie la structure du système de manière prévisible. Dans ce cas l&#039;évolution du système est elle-même prévisible. Exemple élémentaire : celui du système composé par la communauté scientifique. Les acteurs produisent de nouvelles connaissances. L&#039;accumulation des connaissances produit un effet de spécialisation croissant (au moins dans le cas de certaines disciplines). Autre exemple : celui des cycles démographiques néo-malthusions dans l&#039;Europe médiévale : les taux de reproduction excèdent le remplacement simple. De nouvelles terres sont mises en valeur. Mais il s&#039;agit de terres toujours plus marginales dont la productivité est de plus en plus faible. Il en résulte une baisse du revenu et, après un temps, une baisse de la natalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemples suffisent sans doute à montrer qu&#039;il existe à coup sûr des systèmes sociaux dont la structure est telle que : 1) les comportements des acteurs sont prévisibles; 2) les effets du comportement des acteurs sur la structure du système sont eux-mêmes prévisibles. Dans ce cas, le devenir du système est lui-même prévisible. Son avenir peut être tenu pour inclus dans son présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de la sociologie offre de nombreux exemples d&#039;indétermination subjective où tel ou tel sociologue soit s&#039;est avéré incapable de prévoir le devenir d&#039;un système parce qu&#039;il ne disposait pas des informations nécessaires, soit a été conduit à des prévisions erronées &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Prévision&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; parce qu&#039;il disposait d&#039;informations inadéquates. Cf. par exemple les déceptions nombreuses auxquelles ont conduit les politiques de développement fondées sur l&#039;injection de capital physique ou les échecs essuyés par certains programmes natalistes ou antinatalistes &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Développement&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. De tels exemples n&#039;impliquent pas nécessairement l&#039;existence d&#039;une indétermination objective. Ainsi, l&#039;échec de certains programmes antinatalistes a parfois conduit à une retour au terrain, lequel a permis de montrer que les hypothèses sur la rationalité des acteurs utilisées par ces programmes ne tenaient pas compte des caractères particuliers du contexte socio-économique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il importe surtout de souligner qu&#039;il peut exister dans les systèmes sociaux une indétermination objective. Cette indétermination apparaît dans un premier cas de figure : lorsque la structure d&#039;un système est telle qu&#039;elle laisse à certains au moins des acteurs inclus dans le système une autonomie telle qu&#039;ils peuvent effectivement procéder à des choix entre des options contrastées, et que les acteurs n&#039;ont pas de préférences prévisibles par rapport à ces options. Une situation de ce type peut se produire par exemple si : 1) certains acteurs sont indifférents entre des fins possibles, 2) s&#039;ils sont dans l&#039;incapacité de déterminer les actions les mieux accordées à leurs préférences &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Rationalité&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;, 3) si leur choix est soumis au « paradoxe de l&#039;information » (pour acquérir une quantité optimale d&#039;information il faut connaître sa valeur; mais on ne peut décider de la valeur d&#039;une information qu&#039;on ne possède pas encore). Dans les trois hypothèses, l&#039;acteur se conduira de manière objectivement aléatoire. L&#039;âne de Buridan (deuxième cas de figure) « choisira » certainement un des deux sacs d&#039;avoine, mais son choix ne peut être que le produit du hasard. Dans une situation de ce genre le système est partiellement indéterminé. En effet, l&#039;évolution future du système dépend des choix que vont faire les acteurs (choix dont les conséquences peuvent éventuellement être irréversibles) et le système ouvre effectivement des possibilités de choix; mais ces choix eux-mêmes ne sont pas prévisibles. L&#039;état du système en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1 ne peut donc être déterminé à partir de son état en &#039;&#039;t&#039;&#039;. Il n&#039;y a aucun intérêt à supposer que le choix fait par l&#039;acteur dépend toujours, même lorsque celui-ci s&#039;estime en état d&#039;indifférence par rapport aux options qui s&#039;ouvrent à lui, de variables logées dans la « structure de sa personnalité ». Il est vrai que, dans certains cas, les goûts ou aspirations de l&#039;acteur peuvent permettre de trancher entre des options. Mais il est aussi des cas de réelle indifférence : lorsque par exemple deux options A et B offrent l&#039;une et l&#039;autre des avantages et des désavantages, que ces avantages et désavantages ne sont pas clairement comparables et qu&#039;ils ont des probabilités difficilement appréciables par l&#039;acteur de se produire. Ainsi, des responsables syndicaux ne peuvent manquer de se donner pour objectif de maintenir et éventuellement d&#039;accroître leur clientèle. Cet objectif fixé, plusieurs moyens (dans certaines circonstances historiques) peuvent être utilisés pour y parvenir : offrir aux syndiqués des services que ceux-ci sont susceptibles d&#039;apprécier, tenter de contrôler l&#039;entrée dans la profession, etc. Dans certains cas, ces différents moyens peuvent être inégalement efficaces et coûteux. Dans d&#039;autres cas, les responsables peuvent se trouver dans une situation d&#039;indifférence entre les moyens possibles, de sorte que la stratégie qui sera finalement adopée est largement imprévisible. Naturellement, une fois qu&#039;une stratégie est retenue elle a des chances d&#039;être irréversible : sa mise en oeuvre n&#039;est pas instantanée mais s&#039;étend au contraire sur une certaine durée. Il en résulte que certains acteurs seront plus ou moins profondément impliqués dans sa défense et s&#039;opposeront à ce qu&#039;elle soit remise en question. En outre, un changement de stratégie peut comporter des coûts collectifs supérieurs aux avantages que procurerait une stratégie nouvelle. Ces considérations contribuent à expliquer, par exemple, pourquoi des sociétés très comparables du point de vue économique, ont des traditions syndicales très contrastées. Plus généralement, elles expliquent l&#039;« autonomie relative » des institutions les unes par rapport aux autres, ainsi que des institutions par rapport aux « structures ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fait qu&#039;il existe des structures plaçant les acteurs dans une situation d&#039;indifférence est une évidence que les sociologues ont parfois peine à reconnaître. La raison en est sans doute dans un contresens épistémologique. On a parfois tendance à considérer que les situations d&#039;indétermination sont des situations à propos desquelles l&#039;observateur n&#039;a rien à dire. Mais s&#039;il ne prend pas en compte l&#039;indétermination objective produite par certaines structures, le sociologue se condamne à l&#039;impuissance. Ainsi, pour expliquer que la révolution industrielle ait été associée à des formes différente d&#039;action syndicale, il faut montrer que certaines structures et conjonctures historiques offrent des options entre lesquelles les acteurs se perçoivent (et ont de bonnes raisons de se percevoir) en état d&#039;indifférence. L&#039;usage fait par certains sociologues des instruments statistiques est instructif à cet égard. Lorsqu&#039;un sociologue observe une corrélation, éventuellement très faible entre deux variables X et Y, il retient souvent seulement l&#039;existence de la corrélation (c&#039;est-à-dire le fait qu&#039;elle soit non nulle) et oublie d&#039;en considérer la faible valeur absolue. Mais rendre compte d&#039;une corrélation, c&#039;est non seulement expliquer pourquoi elle est non nulle, mais aussi pourquoi elle est située dans telle ou telle zone de valeurs. Or, parfois, une corrélation est faibl parce qu&#039;elle résulte de structures donnant aux acteurs des possibilités de choix entre des options par rapport auxquelles ils ont des chances de se percevoir comme indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième cas de figure : certains systèmes ont une structure telle qu&#039;ils engendrent un effet d&#039;appel à l&#039;&#039;&#039;innovation&#039;&#039;. On rencontre, par exemple, ce cas de figure lorsqu&#039;une séquence de tentatives politiques conçues dans le cadre d&#039;un même « paradigme » engendre un sentiment diffus d&#039;échec et suggère l&#039;impression que le « paradigme » est inadéquat. Il faut alors recourir à un autre « paradigme ». Mais le « choix » qui sera finalement effectué peut être difficilement prévisible. Plus précisément, il peut être difficile de prévoir lequel d&#039;un ensemble fini de paradigmes possibles sera finalement retenu. Ainsi, comme l&#039;a montré Hirschman, le « problème agraire » colombien fut abordé pendant une longue périodre dans le cadre d&#039;un paradigme jurisique hérité de la tradition espagnole jusqu&#039;au moment où la plupart des participants se trouvèrent convaincu que l&#039;objectif résumé par l&#039;adage &#039;&#039;morada y labor&#039;&#039; ne pouvait être atteint par le perfectionnement des dispositions légales. Il se produisit alors un déplacement de paradigme (un &#039;&#039;paradigm shift&#039;&#039; dans le langage de Kuhn); on chercha à atteindre l&#039;objectif fixé par des dispositions de type fiscal. Mais la forme du nouveau paradigme, si elle est intelligible &#039;&#039;a posteriori&#039;&#039;, était peu prévisible a &#039;&#039;priori&#039;&#039;. De manière générale, lorsqu&#039;un système engendre un effet d&#039;appel à l&#039;innovation plusieurs situations peuvent se produire. Dans la quasi-totalité des cas, le détail de l&#039;innovation sera — en quelque sorte par définition de la notion même d&#039;innovation — difficilement prévisible. Sinon, il n&#039;y aurait pas innovation. Mais, si le détail de l&#039;innovation est généralement imprévisible, certains effets de l&#039;innovation peuvent dans certains cas être prévus avant que celle-ci soit conçue. Ainsi dans l&#039;Angleterre du XVIIIe et du XIXe siècle, la concurrence qui s&#039;établit entre les entrepreneurs de l&#039;industrie textile donne naissance à une demande d&#039;innovation technique. Le détail des innovations n&#039;était pas prévisible. Mais on pouvait prévoir que de nouveaux métiers à tisser seraient inventés et que seraient retenues les inventions garantissant un gain de productivité. L&#039;existence d&#039;une demande d&#039;innovation ne suffit donc pas à rendre un système imprévisible et indéterminé. Mais il existe aussi des cas de figure où un effet d&#039;appel à l&#039;innovation ne permet pas d&#039;affirmer grand-chose &#039;&#039;a priori&#039;&#039; sur le contenu de l&#039;innovation. De façon générale, lorsqu&#039;un système comporte des effets d&#039;appel à l&#039;innovation, la plus ou moins grande prévisiblité de l&#039;innovation est une fonction des caractéristiques du système. D&#039;où on tire le corollaire que l&#039;évolution de certains systèmes peut être difficilement prévisible même par un observateur complètement informé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le double fait que certains systèmes sociaux : 1) déterminent des champs de possibilités entre lesquels certains acteurs peuvent être indifférents, 2) engendrent une demande d&#039;innovations, dont le contenu peut être parfaitement prévisible, introduit une indétermination objective. A quoi il faut ajouter que l&#039;indétermination croît à mesure que l&#039;observateur situé en &#039;&#039;t&#039;&#039; cherche à prévoir l&#039;évolution du système à une période plus éloignée de &#039;&#039;t&#039;&#039;. Car, si certains systèmes sociaux comportement une indétermination objective, tous les systèmes opposent à l&#039;observateur une indétermination subjective d&#039;autant plus grande que la distance croît entre &#039;&#039;t&#039;&#039;, l&#039;« instant » où est effectué la prévision, et &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, l&#039;« instant » sur lequel porte la prévision. Cette indétermination subjective résulte simplement de ce que les actions des acteurs inclus dans un système social comportent pratiquement toujours des conséquences qui débordent à la fois les intentions des acteurs et les capacités d&#039;anticipation des observateurs. Naturellement, il faut aussi tenir compte du fait que l&#039;observateur n&#039;est pas toujours capable d&#039;une distanciation et d&#039;une décentration suffisante et qu&#039;il a parfois tendance à tomber dans cette forme particulière de socio-centrisme qui consiste à projeter dans le futur des éléments empruntés à la situation qui est la sienne à l&#039;instant &#039;&#039;t&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des processus sociaux partiels de type évolutif (le développement des sciences, des techniques et généralement des connaissances) ont pendant longtemps renforcé les sociologues dans l&#039;idée que les systèmes sociaux obéissaient à un déterminisme de type laplacien. Par ailleurs, la croyance au déterminisme universel leur paraissait une condition de possibilité de toute science. Le fait incontestable que certains processus sont aisément prévisibles &amp;lt;ref&amp;gt;cf. les « tendances lourdes » des économistes&amp;lt;/ref&amp;gt; joint au malaise épistémologique que provoque l&#039;idée d&#039;un système objectivement indéterminé (même si cette indétermination est partielle) devait rendre beaucoup de sociologues plus laplaciens que Laplace. Aujourd&#039;hui encore un sociologue, qui observe une corrélation faible entre deux phénomènes, aura tendance soit à considérer la faiblesse de la corrélation comme le produits d&#039;erreurs d&#039;observation, soit à admettre sans discussion que la corrélation serait portée au maximum s&#039;il était possible d&#039;observer l&#039;intégralité des facteurs agissant sur la variable indépendante. Les deux interprétations sont équivalentes par rapport à une question fondamentale : elles écartent l&#039;une et l&#039;autre la possibilité de l&#039;indétermination objective. Mais l&#039;existence d&#039;une indétermination objective n&#039;est pas un obstacle à l&#039;explication scientifique. Comme les exemples sommairement développés ci-dessus suffisent à le démontrer, on peut &#039;&#039;expliquer&#039;&#039; que certaines situations définissent des « solutions » possibles entre lesquelles les acteurs sont indifférents. De même, on peut &#039;&#039;expliquer&#039;&#039; que certaines structures soient porteuses d&#039;appels à l&#039;innovation dont le contenu peut être dans certains cas pour des raisons qu&#039;on peut elles-mêmes analyser, difficilement prévisible. Contrairement à ce qu&#039;avance Thom, la vue selon laquelle le déterminisme serait un postulat indispensable à l&#039;explication scientifique peut, dans le domaine des sciences sociales du moins, non pas rendre possible, mais au contraire contribuer à inhiber l&#039;explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Raymond_Boudon:D%C3%A9terminisme&amp;diff=51337</id>
		<title>Raymond Boudon:Déterminisme</title>
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		<updated>2014-01-07T16:56:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Déterminisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit d&#039;un système social qu&#039;il est soumis au déterminisme si, connaissant son état en &#039;&#039;t&#039;&#039;, on est capable de prévoir son état à des « instants » ultérieurs, &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc. Mais il faut immédiatement distinguer deux cas de figure. Il est possible que l&#039;observateur ne dispose pas des éléments lui permettant de prévoir l&#039;état d&#039;un système en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc., bien que l&#039;état futur du système soit contenu dans son état présent. O dira, dans ce cas, que le système est objectivement déterminé mais apparaît subjectivement comme indéterminé. Bien que le parcours d&#039;une feuille qui tombe soit entièrement déterminé, il est difficile de prévoir son point de chute, car on ignore généralement les caractéristiques des forces qui déterminent son parcours. On sait seulement qu&#039;elle a toutes chances, plus exactement, qu&#039;elle a une certaine probabilité (dont la valeur peut être éventuellement déterminée) de tomber à l&#039;intérieur d&#039;un cerle donné. Lorsqu&#039;un système est tel que, même en supposant un observateur omniscient, l&#039;état du système en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,...,&#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc., ne peut être connu à partir de la connaissance de son état en &#039;&#039;t&#039;&#039;, on dira que le système est objectivement indéterminé ou qu&#039;il est soustrait à la « loi générale » du déterminisme. La question de savoir s&#039;il existe effectivement des systèmes objectivement indéterminés soulève d&#039;épineuses questions philosophiques qui sortent du cadre de la présente discussion. La principale difficulté soulevée par les discussions philosophiques relatives au déterminisme réside sans doute dans le fait qu&#039;elles introduisent immanquablement la fiction d&#039;un observateur omniscient. Or, on peut se demander si cette notion n&#039;est pas affectée d&#039;une contradiction interne : comment un observateur non omniscient peut-il se mettre à la place d&#039;un observateur omniscient ? On peut imaginer un observateur qui en saurait plus que tel observateur réel sur tel ou tel point. Mais la notion d&#039;un observateur omniscient suppose que celui-ci soit informé sur des sujets dont l&#039;observateur réel peut être incapable de concevoir la nature même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sociologie a hérité de sa naissance — plus exactement de son institutionnalisation au XIXe siècle, à une époque où la physique est considérée comme la reine de sciences, et où règne dans cette discipline une conception laplacienne du monde (connaissant l&#039;état du monde en t il est possible à l&#039;observateur omniscient de prédire son état en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc.), une vision déterministe des systèmes sociaux. En d&#039;autres termes, beaucoup de sociologues ont tendance à admettre que l&#039;indétermination des systèmes sociaux ne peut être que subjective : l&#039;état d&#039;un système social en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1,..., &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, etc., est entièrement contenu dans son état en t. On relève bien entendu des erreurs de prévision, mais ces erreurs sont conçues comme résultant de l&#039;ignorance où peut se trouver le sociologue de l&#039;intensité des « forces » sociales (comme aurait dit Marx) à l&#039;oeuvre dans tel ou tel système.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut se demander si l&#039;évolution récente de la sociologue ne conduit pas à substituer à cette vision laplacienne une vision plus complexe où : 1) la détermination des systèmes sociaux serait considérée comme objectivement variable et comme susceptible de degrés, certains systèmes sociaux étant objectivement plus prévisibles et plus déterminés, d&#039;autres moins prévisibles et moins déterminés, même pour un observateur, sinon omniscient, du moins pourvu de données pertinentes, et où 2) le caractère plus ou moins déterminé du système serait conçu comme résultant de la structure du système lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour illustrer cette conception non laplacienne du déterminisme social,  on peut recourir à un exemple simple emprunté à la théorie des jeux : imaginons que deux acteurs sociaux en situation d&#039;interaction aient le choix entre deux stratégies A et B. Quatre « solutions » sont possibles : AA (le premier choisit A, le second choisit A), AB (le premier choisit A, le second choisit B), BA et BB. Supposons maintenant que le premier préfère AA aux autres combinaisons, et qu&#039;il en aille de même pour le second. Supposons, en outre, que chacun connaisse les préférences de l&#039;autre. Dans ce cas, le devenir du système est entièrement déterminé. Le sociologue qui observe une situation de ce genre ne courra en d&#039;autres termes aucun risque s&#039;il affirme que les deux acteurs choisiront A et que la combinaison qui sera finalement réalisée à l&#039;exclusion des autres sera la combinaison AA. Imaginons maintenant que les préférences des deux acteurs soient les suivantes : le premier préfère AB à BA, BA à AA et AA à BB; le second préfère BA à AB, AB et AA et AA à BB. Les deux considèrent donc AA et surtout BB comme indésirables, mais ne s&#039;accordent pas quant à la préférabilité relative de AB et de BA. Le premier souhaite choisir A à condition que l&#039;autre choisisse B; le second voudrait choisir A à condition que l&#039;autre choisisse B. Que va-t-il se passer ? Chacun voit bien que, pour obtenir la combinaison qu&#039;il préfère, il doit jouer A, mais chacun voit aussi que si l&#039;autre joue A, la combinaison réalisée sera la combinaison AA considérée par l&#039;un et par l&#039;autre comme indésirable. L&#039;acteur 1 peut essayer de donner à 2 un signe convaincant qu&#039;il ne jouera pas autre chose que A. Mais l&#039;acteur 2 peut faire de même. Dans un système comme celui-là, il est très difficile de savoir ce qui va se passer. L&#039;avenir du système n&#039;est pas contenu dans son présent. Tout au plus peut-on estimer, si les enjeux sont de taille, que les deux acteurs feront tout pour éviter que ne se réalisent les combinaisons AA et BB que l&#039;un et l&#039;autre s&#039;accordent à juger indésirables. Mais il sera difficile de prévoir laquelle des deux combinaisons AB ou BA sera finalement réalisée. On peut certes imaginer des cas où des données « psychologiques » permettraient à l&#039;observateur « omniscient » de lever l&#039;incertitude. Ainsi, si 1 est craintif et 2 dominateur, BA aura plus de chances de se réaliser que AB. Mais si, on suppose par la pensée que 1 et 2 sont psychologiquement totalement indistincts l&#039;un de l&#039;autre, l&#039;observateur omniscient est incapable de conclure. Le système est objectivement indéterminé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De façon plus générale, certains systèmes d&#039;action ont une structure telle que : 1) les comportements des acteurs peuvent être aisément prévus; 2) les comportements des acteurs n&#039;ont pas d&#039;incidence sur la structure du système d&#039;interaction. Dans ce cas, le comportement du système peut être aisément anticipé par un observateur disposant des données pertinente. Le système est objectivement déterminé. Le comportement des acteurs peut être anticipé sans difficulté notamment dans deux cas de figure : soit lorsque le système d&#039;interaction leur permet de réaliser leurs objectifs, soit lorsque, sans leur permettre de réaliser leurs objectifs, il leur inspire une ligne d&#039;action particulière. Ainsi, Le &#039;&#039;phénomène bureaucratique&#039;&#039; de Crozier (chapitre sur le monopole) décrit un système d&#039;interaction où certains acteurs de par leur position dans l&#039;organisation peuvent choisir l&#039;interprétation de leur rôle la plus favorable à leurs intérêts et la plus conforme à leurs préférences et imposer cette interprétation aux autres, tandis que les autres acteurs sont contraints par le contexte à interpréter leur propre rôle de manière qui ne les satisfait pas, sans toutefois pouvoir ni choisir une interprétation plus favorable, ni amener les premiers à se comporter autrement. Ainsi, les ouvriers d&#039;entretien du &#039;&#039;Monopole&#039;&#039;, qui circulent d&#039;atelier en atelier au gré des pannes de machine peuvent choisir de ne pas se laisser bousculer et de faire supporter aux ouvriers de production les à-coups dans le travail et les incidences financières qui résultent pour ces derniers de l&#039;arrêt de la production. En dépit de la situation défavorable qui leur est faite par les ouvriers d&#039;entretien, les ouvriers de production ne peuvent chercher à modifier l&#039;interprétation « égoïste » que les premiers adoptent « naturellement » de leur rôle. Car s&#039;ils cherchaient à faire pression sur les ouvriers d&#039;entretien, non seulement il y aurait peu de chances que la pression soit efficace, mais il en résulterait une tension nuisible à la solidarité ouvrière. Cette tension remettrait en cause les avantages que, grâce au truchement syndical, la solidarité, fût-elle apparente, peut apporter à tous. Comme le système est par ailleurs défini de telle manière qu&#039;aucun des acteurs extérieurs au système composé par les ouvriers d&#039;entretien et les ouvriers de production n&#039;a intérêt à modifier la situation, il en résulte qu&#039;on a affaire à un système à peu près entièrement prévisible et déterminé. La structure du système est telle que les comportements des acteurs sont aisément prévisibles. Comme les actions des uns et des autres n&#039;ont d&#039;autre part aucune incidence sur la structure du système, celui-ci tend à se reproduire de &#039;&#039;t&#039;&#039; à &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1 ou &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les systèmes prévisibles et déterminés ont souvent un caractère &#039;&#039;reproductif&#039;&#039;. Mais il n&#039;en va pas nécessairement ainsi. Certains systèmes sont tels que : 1) le comportement des acteurs est aisément prévisible, 2) le comportement des acteurs modifie la structure du système de manière prévisible. Dans ce cas l&#039;évolution du système est elle-même prévisible. Exemple élémentaire : celui du système composé par la communauté scientifique. Les acteurs produisent de nouvelles connaissances. L&#039;accumulation des connaissances produit un effet de spécialisation croissant (au moins dans le cas de certaines disciplines). Autre exemple : celui des cycles démographiques néo-malthusions dans l&#039;Europe médiévale : les taux de reproduction excèdent le remplacement simple. De nouvelles terres sont mises en valeur. Mais il s&#039;agit de terres toujours plus marginales dont la productivité est de plus en plus faible. Il en résulte une baisse du revenu et, après un temps, une baisse de la natalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemples suffisent sans doute à montrer qu&#039;il existe à coup sûr des systèmes sociaux dont la structure est telle que : 1) les comportements des acteurs sont prévisibles; 2) les effets du comportement des acteurs sur la structure du système sont eux-mêmes prévisibles. Dans ce cas, le devenir du système est lui-même prévisible. Son avenir peut être tenu pour inclus dans son présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de la sociologie offre de nombreux exemples d&#039;indétermination subjective où tel ou tel sociologue soit s&#039;est avéré incapable de prévoir le devenir d&#039;un système parce qu&#039;il ne disposait pas des informations nécessaires, soit a été conduit à des prévisions erronées (cf. article Prévision) parce qu&#039;il disposait d&#039;informations inadéquates. Cf. par exemple les déceptions nombreuses auxquelles ont conduit les politiques de développement fondées sur l&#039;injection de capital physique ou les échecs essuyés par certains programmes natalistes ou antinatalistes (cf. article Développement). De tels exemples n&#039;impliquent pas nécessairement l&#039;existence d&#039;une indétermination objective. Ainsi, l&#039;échec de certains programmes antinatalistes a parfois conduit à une retour au terrain, lequel a permis de montrer que les hypothèses sur la rationalité des acteurs utilisées par ces programmes ne tenaient pas compte des caractères particuliers du contexte socio-économique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il importe surtout de souligner qu&#039;il peut exister dans les systèmes sociaux une indétermination objective. Cette indétermination apparaît dans un premier cas de figure : lorsque la structure d&#039;un système est telle qu&#039;elle laisse à certains au moins des acteurs inclus dans le système une autonomie telle qu&#039;ils peuvent effectivement procéder à des choix entre des options contrastées, et que les acteurs n&#039;ont pas de préférences prévisibles par rapport à ces options. Une situation de ce type peut se produire par exemple si : 1) certains acteurs sont indifférents entre des fins possibles, 2) s&#039;ils sont dans l&#039;incapacité de déterminer les actions les mieux accordées à leurs préférences (cf. article Rationalité), 3) si leur choix est soumis au « paradoxe de l&#039;information » (pour acquérir une quantité optimale d&#039;information il faut connaître sa valeur; mais on ne peut décider de la valeur d&#039;une information qu&#039;on ne possède pas encore). Dans les trois hypothèses, l&#039;acteur se conduira de manière objectivement aléatoire. L&#039;âne de Buridan (deuxième cas de figure) « choisira » certainement un des deux sacs d&#039;avoine, mais son choix ne peut être que le produit du hasard. Dans une situation de ce genre le système est partiellement indéterminé. En effet, l&#039;évolution future du système dépend des choix que vont faire les acteurs (choix dont les conséquences peuvent éventuellement être irréversibles) et le système ouvre effectivement des possibilités de choix; mais ces choix eux-mêmes ne sont pas prévisibles. L&#039;état du système en &#039;&#039;t&#039;&#039; + 1 ne peut donc être déterminé à partir de son état en &#039;&#039;t&#039;&#039;. Il n&#039;y a aucun intérêt à supposer que le choix fait par l&#039;acteur dépend toujours, même lorsque celui-ci s&#039;estime en état d&#039;indifférence par rapport aux options qui s&#039;ouvrent à lui, de variables logées dans la « structure de sa personnalité ». Il est vrai que, dans certains cas, les goûts ou aspirations de l&#039;acteur peuvent permettre de trancher entre des options. Mais il est aussi des cas de réelle indifférence : lorsque par exemple deux options A et B offrent l&#039;une et l&#039;autre des avantages et des désavantages, que ces avantages et désavantages ne sont pas clairement comparables et qu&#039;ils ont des probabilités difficilement appréciables par l&#039;acteur de se produire. Ainsi, des responsables syndicaux ne peuvent manquer de se donner pour objectif de maintenir et éventuellement d&#039;accroître leur clientèle. Cet objectif fixé, plusieurs moyens (dans certaines circonstances historiques) peuvent être utilisés pour y parvenir : offrir aux syndiqués des services que ceux-ci sont susceptibles d&#039;apprécier, tenter de contrôler l&#039;entrée dans la profession, etc. Dans certains cas, ces différents moyens peuvent être inégalement efficaces et coûteux. Dans d&#039;autres cas, les responsables peuvent se trouver dans une situation d&#039;indifférence entre les moyens possibles, de sorte que la stratégie qui sera finalement adopée est largement imprévisible. Naturellement, une fois qu&#039;une stratégie est retenue elle a des chances d&#039;être irréversible : sa mise en oeuvre n&#039;est pas instantanée mais s&#039;étend au contraire sur une certaine durée. Il en résulte que certains acteurs seront plus ou moins profondément impliqués dans sa défense et s&#039;opposeront à ce qu&#039;elle soit remise en question. En outre, un changement de stratégie peut comporter des coûts collectifs supérieurs aux avantages que procurerait une stratégie nouvelle. Ces considérations contribuent à expliquer, par exemple, pourquoi des sociétés très comparables du point de vue économique, ont des traditions syndicales très contrastées. Plus généralement, elles expliquent l&#039;« autonomie relative » des institutions les unes par rapport aux autres, ainsi que des institutions par rapport aux « structures ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fait qu&#039;il existe des structures plaçant les acteurs dans une situation d&#039;indifférence est une évidence que les sociologues ont parfois peine à reconnaître. La raison en est sans doute dans un contresens épistémologique. On a parfois tendance à considérer que les situations d&#039;indétermination sont des situations à propos desquelles l&#039;observateur n&#039;a rien à dire. Mais s&#039;il ne prend pas en compte l&#039;indétermination objective produite par certaines structures, le sociologue se condamne à l&#039;impuissance. Ainsi, pour expliquer que la révolution industrielle ait été associée à des formes différente d&#039;action syndicale, il faut montrer que certaines structures et conjonctures historiques offrent des options entre lesquelles les acteurs se perçoivent (et ont de bonnes raisons de se percevoir) en état d&#039;indifférence. L&#039;usage fait par certains sociologues des instruments statistiques est instructif à cet égard. Lorsqu&#039;un sociologue observe une corrélation, éventuellement très faible entre deux variables X et Y, il retient souvent seulement l&#039;existence de la corrélation (c&#039;est-à-dire le fait qu&#039;elle soit non nulle) et oublie d&#039;en considérer la faible valeur absolue. Mais rendre compte d&#039;une corrélation, c&#039;est non seulement expliquer pourquoi elle est non nulle, mais aussi pourquoi elle est située dans telle ou telle zone de valeurs. Or, parfois, une corrélation est faibl parce qu&#039;elle résulte de structures donnant aux acteurs des possibilités de choix entre des options par rapport auxquelles ils ont des chances de se percevoir comme indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième cas de figure : certains systèmes ont une structure telle qu&#039;ils engendrent un effet d&#039;appel à l&#039;&#039;&#039;innovation&#039;&#039;. On rencontre, par exemple, ce cas de figure lorsqu&#039;une séquence de tentatives politiques conçues dans le cadre d&#039;un même « paradigme » engendre un sentiment diffus d&#039;échec et suggère l&#039;impression que le « paradigme » est inadéquat. Il faut alors recourir à un autre « paradigme ». Mais le « choix » qui sera finalement effectué peut être difficilement prévisible. Plus précisément, il peut être difficile de prévoir lequel d&#039;un ensemble fini de paradigmes possibles sera finalement retenu. Ainsi, comme l&#039;a montré Hirschman, le « problème agraire » colombien fut abordé pendant une longue périodre dans le cadre d&#039;un paradigme jurisique hérité de la tradition espagnole jusqu&#039;au moment où la plupart des participants se trouvèrent convaincu que l&#039;objectif résumé par l&#039;adage &#039;&#039;morada y labor&#039;&#039; ne pouvait être atteint par le perfectionnement des dispositions légales. Il se produisit alors un déplacement de paradigme (un &#039;&#039;paradigm shift&#039;&#039; dans le langage de Kuhn); on chercha à atteindre l&#039;objectif fixé par des dispositions de type fiscal. Mais la forme du nouveau paradigme, si elle est intelligible &#039;&#039;a posteriori&#039;&#039;, était peu prévisible a &#039;&#039;priori&#039;&#039;. De manière générale, lorsqu&#039;un système engendre un effet d&#039;appel à l&#039;innovation plusieurs situations peuvent se produire. Dans la quasi-totalité des cas, le détail de l&#039;innovation sera — en quelque sorte par définition de la notion même d&#039;innovation — difficilement prévisible. Sinon, il n&#039;y aurait pas innovation. Mais, si le détail de l&#039;innovation est généralement imprévisible, certains effets de l&#039;innovation peuvent dans certains cas être prévus avant que celle-ci soit conçue. Ainsi dans l&#039;Angleterre du XVIIIe et du XIXe siècle, la concurrence qui s&#039;établit entre les entrepreneurs de l&#039;industrie textile donne naissance à une demande d&#039;innovation technique. Le détail des innovations n&#039;était pas prévisible. Mais on pouvait prévoir que de nouveaux métiers à tisser seraient inventés et que seraient retenues les inventions garantissant un gain de productivité. L&#039;existence d&#039;une demande d&#039;innovation ne suffit donc pas à rendre un système imprévisible et indéterminé. Mais il existe aussi des cas de figure où un effet d&#039;appel à l&#039;innovation ne permet pas d&#039;affirmer grand-chose &#039;&#039;a priori&#039;&#039; sur le contenu de l&#039;innovation. De façon générale, lorsqu&#039;un système comporte des effets d&#039;appel à l&#039;innovation, la plus ou moins grande prévisiblité de l&#039;innovation est une fonction des caractéristiques du système. D&#039;où on tire le corollaire que l&#039;évolution de certains systèmes peut être difficilement prévisible même par un observateur complètement informé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le double fait que certains systèmes sociaux : 1) déterminent des champs de possibilités entre lesquels certains acteurs peuvent être indifférents, 2) engendrent une demande d&#039;innovations, dont le contenu peut être parfaitement prévisible, introduit une indétermination objective. A quoi il faut ajouter que l&#039;indétermination croît à mesure que l&#039;observateur situé en &#039;&#039;t&#039;&#039; cherche à prévoir l&#039;évolution du système à une période plus éloignée de &#039;&#039;t&#039;&#039;. Car, si certains systèmes sociaux comportement une indétermination objective, tous les systèmes opposent à l&#039;observateur une indétermination subjective d&#039;autant plus grande que la distance croît entre &#039;&#039;t&#039;&#039;, l&#039;« instant » où est effectué la prévision, et &#039;&#039;t&#039;&#039; + &#039;&#039;k&#039;&#039;, l&#039;« instant » sur lequel porte la prévision. Cette indétermination subjective résulte simplement de ce que les actions des acteurs inclus dans un système social comportent pratiquement toujours des conséquences qui débordent à la fois les intentions des acteurs et les capacités d&#039;anticipation des observateurs. Naturellement, il faut aussi tenir compte du fait que l&#039;observateur n&#039;est pas toujours capable d&#039;une distanciation et d&#039;une décentration suffisante et qu&#039;il a parfois tendance à tomber dans cette forme particulière de socio-centrisme qui consiste à projeter dans le futur des éléments empruntés à la situation qui est la sienne à l&#039;instant &#039;&#039;t&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des processus sociaux partiels de type évolutif (le développement des sciences, des techniques et généralement des connaissances) ont pendant longtemps renforcé les sociologues dans l&#039;idée que les systèmes sociaux obéissaient à un déterminisme de type laplacien. Par ailleurs, la croyance au déterminisme universel leur paraissait une condition de possibilité de toute science. Le fait incontestable que certains processus sont aisément prévisibles (cf. les « tendances lourdes » des économistes) joint au malaise épistémologique que provoque l&#039;idée d&#039;un système objectivement indéterminé (même si cette indétermination est partielle) devait rendre beaucoup de sociologues plus laplaciens que Laplace. Aujourd&#039;hui encore un sociologue, qui observe une corrélation faible entre deux phénomènes, aura tendance soit à considérer la faiblesse de la corrélation comme le produits d&#039;erreurs d&#039;observation, soit à admettre sans discussion que la corrélation serait portée au maximum s&#039;il était possible d&#039;observer l&#039;intégralité des facteurs agissant sur la variable indépendante. Les deux interprétations sont équivalentes par rapport à une question fondamentale : elles écartent l&#039;une et l&#039;autre la possibilité de l&#039;indétermination objective. Mais l&#039;existence d&#039;une indétermination objective n&#039;est pas un obstacle à l&#039;explication scientifique. Comme les exemples sommairement développés ci-dessus suffisent à le démontrer, on peut &#039;&#039;expliquer&#039;&#039; que certaines situations définissent des « solutions » possibles entre lesquelles les acteurs sont indifférents. De même, on peut &#039;&#039;expliquer&#039;&#039; que certaines structures soient porteuses d&#039;appels à l&#039;innovation dont le contenu peut être dans certains cas pour des raisons qu&#039;on peut elles-mêmes analyser, difficilement prévisible. Contrairement à ce qu&#039;avance Thom, la vue selon laquelle le déterminisme serait un postulat indispensable à l&#039;explication scientifique peut, dans le domaine des sciences sociales du moins, non pas rendre possible, mais au contraire contribuer à inhiber l&#039;explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Raymond Boudon:Déterminisme</title>
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		<updated>2014-01-07T16:46:47Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{Infobox Raymond Boudon}} {{titre|Déterminisme|Raymond Boudon &amp;amp; François Bourricaud|Article du &amp;#039;&amp;#039;Dictionnaire critique de la sociologie&amp;#039;&amp;#039;, 1982.}} &amp;lt;div class=&amp;quot;t... »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Déterminisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On dit d&#039;un système social qu&#039;il est soumis au déterminisme si, connaissant son état en t, on est capable de prévoir son état à des « instants » ultérieurs, t + 1,..., t + k, etc. Mais il faut immédiatement distinguer deux cas de figure. Il est possible que l&#039;observateur ne dispose pas des éléments lui permettant de prévoir l&#039;état d&#039;un système en t + 1,..., t + k, etc., bien que l&#039;état futur du système soit contenu dans son état présent. O dira, dans ce cas, que le système est objectivement déterminé mais apparaît subjectivement comme indéterminé. Bien que le parcours d&#039;une feuille qui tombe soit entièrement déterminé, il est difficile de prévoir son point de chute, car on ignore généralement les caractéristiques des forces qui déterminent son parcours. On sait seulement qu&#039;elle a toutes chances, plus exactement, qu&#039;elle a une certaine probabilité (dont la valeur peut être éventuellement déterminée) de tomber à l&#039;intérieur d&#039;un cerle donné. Lorsqu&#039;un système est tel que, même en supposant un observateur omniscient, l&#039;état du système en t + 1,...,t + k, etc., ne peut être connu à partir de la connaissance de son état en t, on dira que le système est objectivement indéterminé ou qu&#039;il est soustrait à la « loi générale » du déterminisme. La question de savoir s&#039;il existe effectivement des systèmes objectivement indéterminés soulève d&#039;épineuses questions philosophiques qui sortent du cadre de la présente discussion. La principale difficulté soulevée par les discussions philosophiques relatives au déterminisme réside sans doute dans le fait qu&#039;elles introduisent immanquablement la fiction d&#039;un observateur omniscient. Or, on peut se demander si cette notion n&#039;est pas affectée d&#039;une contradiction interne : comment un observateur non omniscient peut-il se mettre à la place d&#039;un observateur omniscient ? On peut imaginer un observateur qui en saurait plus que tel observateur réel sur tel ou tel point. Mais la notion d&#039;un observateur omniscient suppose que celui-ci soit informé sur des sujets dont l&#039;observateur réel peut être incapable de concevoir la nature même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sociologie a hérité de sa naissance — plus exactement de son institutionnalisation au XIXe siècle, à une époque où la physique est considérée comme la reine de sciences, et où règne dans cette discipline une conception laplacienne du monde (connaissant l&#039;état du monde en t il est possible à l&#039;observateur omniscient de prédire son état en t + 1,..., t + k, etc.), une vision déterministe des systèmes sociaux. En d&#039;autres termes, beaucoup de sociologues ont tendance à admettre que l&#039;indétermination des systèmes sociaux ne peut être que subjective : l&#039;état d&#039;un système social en t + 1,..., t + k, etc., est entièrement contenu dans son état en t. On relève bien entendu des erreurs de prévision, mais ces erreurs sont conçues comme résultant de l&#039;ignorance où peut se trouver le sociologue de l&#039;intensité des « forces » sociales (comme aurait dit Marx) à l&#039;oeuvre dans tel ou tel système.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut se demander si l&#039;évolution récente de la sociologue ne conduit pas à substituer à cette vision laplacienne une vision plus complexe où : 1) la détermination des systèmes sociaux serait considérée comme objectivement variable et comme susceptible de degrés, certains systèmes sociaux étant objectivement plus prévisibles et plus déterminés, d&#039;autres moins prévisibles et moins déterminés, même pour un observateur, sinon omniscient, du moins pourvu de données pertinentes, et où 2) le caractère plus ou moins déterminé du système serait conçu comme résultant de la structure du système lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour illustrer cette conception non laplacienne du déterminisme social,  on peut recourir à un exemple simple emprunté à la théorie des jeux : imaginons que deux acteurs sociaux en situation d&#039;interaction aient le choix entre deux stratégies A et B. Quatre « solutions » sont possibles : AA (le premier choisit A, le second choisit A), AB (le premier choisit A, le second choisit B), BA et BB. Supposons maintenant que le premier préfère AA aux autres combinaisons, et qu&#039;il en aille de même pour le second. Supposons, en outre, que chacun connaisse les préférences de l&#039;autre. Dans ce cas, le devenir du système est entièrement déterminé. Le sociologue qui observe une situation de ce genre ne courra en d&#039;autres termes aucun risque s&#039;il affirme que les deux acteurs choisiront A et que la combinaison qui sera finalement réalisée à l&#039;exclusion des autres sera la combinaison AA. Imaginons maintenant que les préférences des deux acteurs soient les suivantes : le premier préfère AB à BA, BA à AA et AA à BB; le second préfère BA à AB, AB et AA et AA à BB. Les deux considèrent donc AA et surtout BB comme indésirables, mais ne s&#039;accordent pas quant à la préférabilité relative de AB et de BA. Le premier souhaite choisir A à condition que l&#039;autre choisisse B; le second voudrait choisir A à condition que l&#039;autre choisisse B. Que va-t-il se passer ? Chacun voit bien que, pour obtenir la combinaison qu&#039;il préfère, il doit jouer A, mais chacun voit aussi que si l&#039;autre joue A, la combinaison réalisée sera la combinaison AA considérée par l&#039;un et par l&#039;autre comme indésirable. L&#039;acteur 1 peut essayer de donner à 2 un signe convaincant qu&#039;il ne jouera pas autre chose que A. Mais l&#039;acteur 2 peut faire de même. Dans un système comme celui-là, il est très difficile de savoir ce qui va se passer. L&#039;avenir du système n&#039;est pas contenu dans son présent. Tout au plus peut-on estimer, si les enjeux sont de taille, que les deux acteurs feront tout pour éviter que ne se réalisent les combinaisons AA et BB que l&#039;un et l&#039;autre s&#039;accordent à juger indésirables. Mais il sera difficile de prévoir laquelle des deux combinaisons AB ou BA sera finalement réalisée. On peut certes imaginer des cas où des données « psychologiques » permettraient à l&#039;observateur « omniscient » de lever l&#039;incertitude. Ainsi, si 1 est craintif et 2 dominateur, BA aura plus de chances de se réaliser que AB. Mais si, on suppose par la pensée que 1 et 2 sont psychologiquement totalement indistincts l&#039;un de l&#039;autre, l&#039;observateur omniscient est incapable de conclure. Le système est objectivement indéterminé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De façon plus générale, certains systèmes d&#039;action ont une structure telle que : 1) les comportements des acteurs peuvent être aisément prévus; 2) les comportements des acteurs n&#039;ont pas d&#039;incidence sur la structure du système d&#039;interaction. Dans ce cas, le comportement du système peut être aisément anticipé par un observateur disposant des données pertinente. Le système est objectivement déterminé. Le comportement des acteurs peut être anticipé sans difficulté notamment dans deux cas de figure : soit lorsque le système d&#039;interaction leur permet de réaliser leurs objectifs, soit lorsque, sans leur permettre de réaliser leurs objectifs, il leur inspire une ligne d&#039;action particulière. Ainsi, Le phénomène bureaucratique de Crozier (chapitre sur le monopole) décrit un système d&#039;interaction où certains acteurs de par leur position dans l&#039;organisation peuvent choisir l&#039;interprétation de leur rôle la plus favorable à leurs intérêts et la plus conforme à leurs préférences et imposer cette interprétation aux autres, tandis que les autres acteurs sont contraints par le contexte à interpréter leur propre rôle de manière qui ne les satisfait pas, sans toutefois pouvoir ni choisir une interprétation plus favorable, ni amener les premiers à se comporter autrement. Ainsi, les ouvriers d&#039;entretien du Monopole, qui circulent d&#039;atelier en atelier au gré des pannes de machine peuvent choisir de ne pas se laisser bousculer et de faire supporter aux ouvriers de production les à-coups dans le travail et les incidences financières qui résultent pour ces derniers de l&#039;arrêt de la production. En dépit de la situation défavorable qui leur est faite par les ouvriers d&#039;entretien, les ouvriers de production ne peuvent chercher à modifier l&#039;interprétation « égoïste » que les premiers adoptent « naturellement » de leur rôle. Car s&#039;ils cherchaient à faire pression sur les ouvriers d&#039;entretien, non seulement il y aurait peu de chances que la pression soit efficace, mais il en résulterait une tension nuisible à la solidarité ouvrière. Cette tension remettrait en cause les avantages que, grâce au truchement syndical, la solidarité, fût-elle apparente, peut apporter à tous. Comme le système est par ailleurs défini de telle manière qu&#039;aucun des acteurs extérieurs au système composé par les ouvriers d&#039;entretien et les ouvriers de production n&#039;a intérêt à modifier la situation, il en résulte qu&#039;on a affaire à un système à peu près entièrement prévisible et déterminé. La structure du système est telle que les comportements des acteurs sont aisément prévisibles. Comme les actions des uns et des autres n&#039;ont d&#039;autre part aucune incidence sur la structure du système, celui-ci tend à se reproduire de t à t + 1 ou t + k.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les systèmes prévisibles et déterminés ont souvent un caractère reproductif. Mais il n&#039;en va pas nécessairement ainsi. Certains systèmes sont tels que : 1) le comportement des acteurs est aisément prévisible, 2) le comportement des acteurs modifie la structure du système de manière prévisible. Dans ce cas l&#039;évolution du système est elle-même prévisible. Exemple élémentaire : celui du système composé par la communauté scientifique. Les acteurs produisent de nouvelles connaissances. L&#039;accumulation des connaissances produit un effet de spécialisation croissant (au moins dans le cas de certaines disciplines). Autre exemple : celui des cycles démographiques néo-malthusions dans l&#039;Europe médiévale : les taux de reproduction excèdent le remplacement simple. De nouvelles terres sont mises en valeur. Mais il s&#039;agit de terres toujours plus marginales dont la productivité est de plus en plus faible. Il en résulte une baisse du revenu et, après un temps, une baisse de la natalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemples suffisent sans doute à montrer qu&#039;il existe à coup sûr des systèmes sociaux dont la structure est telle que : 1) les comportements des acteurs sont prévisibles; 2) les effets du comportement des acteurs sur la structure du système sont eux-mêmes prévisibles. Dans ce cas, le devenir du système est lui-même prévisible. Son avenir peut être tenu pour inclus dans son présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de la sociologie offre de nombreux exemples d&#039;indétermination subjective où tel ou tel sociologue soit s&#039;est avéré incapable de prévoir le devenir d&#039;un système parce qu&#039;il ne disposait pas des informations nécessaires, soit a été conduit à des prévisions erronées (cf. article Prévision) parce qu&#039;il disposait d&#039;informations inadéquates. Cf. par exemple les déceptions nombreuses auxquelles ont conduit les politiques de développement fondées sur l&#039;injection de capital physique ou les échecs essuyés par certains programmes natalistes ou antinatalistes (cf. article Développement). De tels exemples n&#039;impliquent pas nécessairement l&#039;existence d&#039;une indétermination objective. Ainsi, l&#039;échec de certains programmes antinatalistes a parfois conduit à une retour au terrain, lequel a permis de montrer que les hypothèses sur la rationalité des acteurs utilisées par ces programmes ne tenaient pas compte des caractères particuliers du contexte socio-économique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il importe surtout de souligner qu&#039;il peut exister dans les systèmes sociaux une indétermination objective. Cette indétermination apparaît dans un premier cas de figure : lorsque la structure d&#039;un système est telle qu&#039;elle laisse à certains au moins des acteurs inclus dans le système une autonomie telle qu&#039;ils peuvent effectivement procéder à des choix entre des options contrastées, et que les acteurs n&#039;ont pas de préférences prévisibles par rapport à ces options. Une situation de ce type peut se produire par exemple si : 1) certains acteurs sont indifférents entre des fins possibles, 2) s&#039;ils sont dans l&#039;incapacité de déterminer les actions les mieux accordées à leurs préférences (cf. article Rationalité), 3) si leur choix est soumis au « paradoxe de l&#039;information » (pour acquérir une quantité optimale d&#039;information il faut connaître sa valeur; mais on ne peut décider de la valeur d&#039;une information qu&#039;on ne possède pas encore). Dans les trois hypothèses, l&#039;acteur se conduira de manière objectivement aléatoire. L&#039;âne de Buridan (deuxième cas de figure) « choisira » certainement un des deux sacs d&#039;avoine, mais son choix ne peut être que le produit du hasard. Dans une situation de ce genre le système est partiellement indéterminé. En effet, l&#039;évolution future du système dépend des choix que vont faire les acteurs (choix dont les conséquences peuvent éventuellement être irréversibles) et le système ouvre effectivement des possibilités de choix; mais ces choix eux-mêmes ne sont pas prévisibles. L&#039;état du système en t + 1 ne peut donc être déterminé à partir de son état en t. Il n&#039;y a aucun intérêt à supposer que le choix fait par l&#039;acteur dépend toujours, même lorsque celui-ci s&#039;estime en état d&#039;indifférence par rapport aux options qui s&#039;ouvrent à lui, de variables logées dans la « structure de sa personnalité ». Il est vrai que, dans certains cas, les goûts ou aspirations de l&#039;acteur peuvent permettre de trancher entre des options. Mais il est aussi des cas de réelle indifférence : lorsque par exemple deux options A et B offrent l&#039;une et l&#039;autre des avantages et des désavantages, que ces avantages et désavantages ne sont pas clairement comparables et qu&#039;ils ont des probabilités difficilement appréciables par l&#039;acteur de se produire. Ainsi, des responsables syndicaux ne peuvent manquer de se donner pour objectif de maintenir et éventuellement d&#039;accroître leur clientèle. Cet objectif fixé, plusieurs moyens (dans certaines circonstances historiques) peuvent être utilisés pour y parvenir : offrir aux syndiqués des services que ceux-ci sont susceptibles d&#039;apprécier, tenter de contrôler l&#039;entrée dans la profession, etc. Dans certains cas, ces différents moyens peuvent être inégalement efficaces et coûteux. Dans d&#039;autres cas, les responsables peuvent se trouver dans une situation d&#039;indifférence entre les moyens possibles, de sorte que la stratégie qui sera finalement adopée est largement imprévisible. Naturellement, une fois qu&#039;une stratégie est retenue elle a des chances d&#039;être irréversible : sa mise en oeuvre n&#039;est pas instantanée mais s&#039;étend au contraire sur une certaine durée. Il en résulte que certains acteurs seront plus ou moins profondément impliqués dans sa défense et s&#039;opposeront à ce qu&#039;elle soit remise en question. En outre, un changement de stratégie peut comporter des coûts collectifs supérieurs aux avantages que procurerait une stratégie nouvelle. Ces considérations contribuent à expliquer, par exemple, pourquoi des sociétés très comparables du point de vue économique, ont des traditions syndicales très contrastées. Plus généralement, elles expliquent l&#039;« autonomie relative » des institutions les unes par rapport aux autres, ainsi que des institutions par rapport aux « structures ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fait qu&#039;il existe des structures plaçant les acteurs dans une situation d&#039;indifférence est une évidence que les sociologues ont parfois peine à reconnaître. La raison en est sans doute dans un contresens épistémologique. On a parfois tendance à considérer que les situations d&#039;indétermination sont des situations à propos desquelles l&#039;observateur n&#039;a rien à dire. Mais s&#039;il ne prend pas en compte l&#039;indétermination objective produite par certaines structures, le sociologue se condamne à l&#039;impuissance. Ainsi, pour expliquer que la révolution industrielle ait été associée à des formes différente d&#039;action syndicale, il faut montrer que certaines structures et conjonctures historiques offrent des options entre lesquelles les acteurs se perçoivent (et ont de bonnes raisons de se percevoir) en état d&#039;indifférence. L&#039;usage fait par certains sociologues des instruments statistiques est instructif à cet égard. Lorsqu&#039;un sociologue observe une corrélation, éventuellement très faible entre deux variables X et Y, il retient souvent seulement l&#039;existence de la corrélation (c&#039;est-à-dire le fait qu&#039;elle soit non nulle) et oublie d&#039;en considérer la faible valeur absolue. Mais rendre compte d&#039;une corrélation, c&#039;est non seulement expliquer pourquoi elle est non nulle, mais aussi pourquoi elle est située dans telle ou telle zone de valeurs. Or, parfois, une corrélation est faibl parce qu&#039;elle résulte de structures donnant aux acteurs des possibilités de choix entre des options par rapport auxquelles ils ont des chances de se percevoir comme indifférents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deuxième cas de figure : certains systèmes ont une structure telle qu&#039;ils engendrent un effet d&#039;appel à l&#039;innovation. On rencontre, par exemple, ce cas de figure lorsqu&#039;une séquence de tentatives politiques conçues dans le cadre d&#039;un même « paradigme » engendre un sentiment diffus d&#039;échec et suggère l&#039;impression que le « paradigme » est inadéquat. Il faut alors recourir à un autre « paradigme ». Mais le « choix » qui sera finalement effectué peut être difficilement prévisible. Plus précisément, il peut être difficile de prévoir lequel d&#039;un ensemble fini de paradigmes possibles sera finalement retenu. Ainsi, comme l&#039;a montré Hirschman, le « problème agraire » colombien fut abordé pendant une longue périodre dans le cadre d&#039;un paradigme jurisique hérité de la tradition espagnole jusqu&#039;au moment où la plupart des participants se trouvèrent convaincu que l&#039;objectif résumé par l&#039;adage morada y labor ne pouvait être atteint par le perfectionnement des dispositions légales. Il se produisit alors un déplacement de paradigme (un paradigm shift dans le langage de Kuhn); on chercha à atteindre l&#039;objectif fixé par des dispositions de type fiscal. Mais la forme du nouveau paradigme, si elle est intelligible a posteriori, était peu prévisible a priori. De manière générale, lorsqu&#039;un système engendre un effet d&#039;appel à l&#039;innovation plusieurs situations peuvent se produire. Dans la quasi-totalité des cas, le détail de l&#039;innovation sera — en quelque sorte par définition de la notion même d&#039;innovation — difficilement prévisible. Sinon, il n&#039;y aurait pas innovation. Mais, si le détail de l&#039;innovation est généralement imprévisible, certains effets de l&#039;innovation peuvent dans certains cas être prévus avant que celle-ci soit conçue. Ainsi dans l&#039;Angleterre du XVIIIe et du XIXe siècle, la concurrence qui s&#039;établit entre les entrepreneurs de l&#039;industrie textile donne naissance à une demande d&#039;innovation technique. Le détail des innovations n&#039;était pas prévisible. Mais on pouvait prévoir que de nouveaux métiers à tisser seraient inventés et que seraient retenues les inventions garantissant un gain de productivité. L&#039;existence d&#039;une demande d&#039;innovation ne suffit donc pas à rendre un système imprévisible et indéterminé. Mais il existe aussi des cas de figure où un effet d&#039;appel à l&#039;innovation ne permet pas d&#039;affirmer grand-chose a priori sur le contenu de l&#039;innovation. De façon générale, lorsqu&#039;un système comporte des effets d&#039;appel à l&#039;innovation, la plus ou moins grande prévisiblité de l&#039;innovation est une fonction des caractéristiques du système. D&#039;où on tire le corollaire que l&#039;évolution de certains systèmes peut être difficilement prévisible même par un observateur complètement informé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le double fait que certains systèmes sociaux : 1) déterminent des champs de possibilités entre lesquels certains acteurs peuvent être indifférents, 2) engendrent une demande d&#039;innovations, dont le contenu peut être parfaitement prévisible, introduit une indétermination objective. A quoi il faut ajouter que l&#039;indétermination croît à mesure que l&#039;observateur situé en t cherche à prévoir l&#039;évolution du système à uné période plus éloignée de t. Car, si certains systèmes sociaux comportement une indétermination objective, tous les systèmes opposent à l&#039;observateur une indétermination subjective d&#039;autant plus grande que la distance croît entre t, l&#039;« instant » où est effecuté la prévision, et t + k, l&#039;« instant » sur lequel porte la prévision. Cette indétermination subjective résulte simlement de ce que les actions des acteurs inclus dans un système social comportent pratiquement toujours des conséquences qui débordent à la fois les intentions des acteurs et les capacités d&#039;anticipation des observateurs. Naturellement, il faut aussi tenir compte du fait que l&#039;observateur n&#039;est pas toujours capable d&#039;une distanciation et d&#039;une décentration suffisante et qu&#039;il a parfois tendance à tomber dans cette forme particulière de socio-centrisme qui consiste à projeter dans le futur des éléments empruntés à la situation qui est la sienne à l&#039;instant t.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des processus sociaux partiels de type évolutif (le développement des sciences, des techniques et généralement des connaissances) ont pendant longtemps renforcé les sociologues dans l&#039;idée que les systèmes sociaux obéissaient à un déterminisme de type laplacien. Par ailleurs, la croyance au déterminisme universel leur paraissait une condition de possibilité de toute science. Le fait incontestable que certains processus sont aisément prévisibles (cf. les « tendances lourdes » des économistes) joint au malaise épistémologique que provoque l&#039;idée d&#039;un système objectivement indéterminé (même si cette indétermination est partielle) devait rendre beaucoup de sociologues plus laplaciens que Laplace. Aujourd&#039;hui encore un sociologue, qui observe une corrélation faible entre deux phénomènes, aura tendance soit à considérer la faiblesse de la corrélation comme le produits d&#039;erreurs d&#039;observation, soit à admettre sans discussion que la corrélation serait portée au maximum s&#039;il était possible d&#039;observer l&#039;intégralité des facteurs agissant sur la variable indépendante. Les deux interprétations sont équivalentes par rapport à une question fondamentale : elles écartent l&#039;une et l&#039;autre la possibilité de l&#039;indétermination objective. Mais l&#039;existence d&#039;une indétermination objective n&#039;est pas un obstacle à l&#039;explication scientifique. Comme les exemples sommairement développés ci-dessus suffisent à le démontrer, on peut expliquer que certaines situations définissent des « solutions » possibles entre lesquelles les acteurs sont indifférents. De même, on peut expliquer que certaines structures soient porteuses d&#039;appels à l&#039;innovation dont le contenu peut être dans certains cas pour des raisons qu&#039;on peut elles-mêmes analyser, difficilement prévisible. Contrairement à ce qu&#039;avance Thom, la vue selon laquelle le déterminisme serait un postulat indispensable à l&#039;explication scientifique peut, dans le domaine des sciences sociales du moins, non pas rendre possible, mais au contraire contribuer à inhiber l&#039;explication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Raymond_Boudon:Structuralisme&amp;diff=51334</id>
		<title>Raymond Boudon:Structuralisme</title>
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		<updated>2014-01-06T23:45:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Structuralisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce vocable désigne un mouvement d&#039;idées diffus et complexe qui s&#039;est développé dans le domaine des sciences sociales au cours années 1960 principalement, pour ne pas dire à peu près exclusivement, sur la scène française.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L&#039;origine de l&#039;analyse structurale ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;origine, le structuralisme apparaît comme une tentative méthodologique pour étendre à d&#039;autres sciences sociales les bénéfices de la révolution « structuraliste » telle qu&#039;elle passait pour s&#039;être développée en linguistique. La philologie classique s&#039;était principalement orientée vers la description &#039;&#039;historique&#039;&#039; des langues dans leurs différentes composantes (vocabulaire, syntaxe, etc). Par contraste, la linguistique « structurale » se propose d&#039;analyser la « structure » des langues. L&#039;exemple de la phonologie permet d&#039;illustrer aisément la signification de la notion de structure &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;[[Raymond Boudon:Structure|Structure]]&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; dans ce contexte. La phonologie « classique » se donne pour objectif la détermination des phonèmes (c&#039;est-à-dire des sons élémentaires) des langues. Éventuellement, elle s&#039;efforce de décrire l&#039;évolution de ces phonèmes dans le temps ou leur variation d&#039;une région à l&#039;autre; de comparer les stocks de phonèmes de l&#039;allemand à ceux du français, etc. La phonologie « structurale » se soucie plutôt, quant à elle, d&#039;établir que l&#039;ensemble des phonèmes d&#039;une langue forme un &#039;&#039;système&#039;&#039; cohérent, capable de constituer un support « commode » et économique aux processus de communication. Considérons par exemple les phonèmes de l&#039;anglais. Selon Jakobson, ils représentent tous des combinaisons de 12 « traits distinctifs » binaires élémentaires : « vocalique/non vocalique », « consonnantique/non consonnantique », « grave/aigu », « nasal/oral », « continu/instantané », etc. Ces 12 traits binaires peuvent en théorie donner lieu à 2^12 = 4096 combinaisons ou phonèmes possibles. En réalité, la plupart des langues (dont l&#039;anglais) n&#039;utilisent que quelques dizaines de phonèmes au total. Naturellement, les phonèmes réels ne représentent pas une « sélection » aléatoire des phonèmes possibles : ils représentent un « système » de combinaisons distinctifs élémentaires dont la phonologie structurale se propose précisément d&#039;analyser la « stucture » &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;[[Raymond Boudon:Structure|Structure]]&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Système&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La distinction entre phonologie « classique » et phonologie « structurale » et plus généralement, entre linguistique « classique » et linguistique « structurale » retrouve dans le domaine de l&#039;étude des langues des distinctions familières et anciennes, explicitement ou implicitement reconnues par plusieurs sciences sociales. Ainsi on peut analyser les institutions sociales de manière descriptive. Mais on peut aussi s&#039;interroger sur la structure du système constitué par l&#039;ensemble des institutions d&#039;une société. Cette perspective, qu&#039;on peut appeler &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;, est par exemple celle qu&#039;adopte [[Charles de Montesquieu|Montesquieu]] dans &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; : régimes politiques, institutions juridiques, organisation sociale et familiale tendent, selon Montesquieu, à former des touts cohérents, des « structures » comme on dirait aujourd&#039;hui, excluant nombre de combinaisons possibles d&#039;un point de vue strictement combinatoire, mais difficilement concevables d&#039;un point de vue sociologique. Il faut toutefois souligner que Montesquieu &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;[[Raymond Boudon:Montesquieu|Montesquieu]]&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; se garde d&#039;affirmer que les divers éléments d&#039;un système social s&#039;impliquent les uns les autres de façon nécessaire : que certaines combinaisons soient exclues n&#039;entraîne pas que les combinaisons réalisées et observables soient d&#039;une rigoureuse cohérence. On retrouve la même perspective chez [[Alexis de Tocqueville|Tocqueville]] : &#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; montre comment le caractère centralisé de l&#039;administration française a rendu le « système » social et politique français très différent dans sa structure du système anglais. Si on se tourne vers des auteurs modernes, on observe par exemple la même perspective chez Murdock. Dans &#039;&#039;Social Structure&#039;&#039; cet auteur a montré, à partir de données concernant un ensemble de sociétés archaïques que les règles de résidence (matrilocale, patrilocale, etc.) de transmission du patrimoine, de filiation (patrilinéaire, matrilinéaire, etc.), les règles relatives de la prohibition de l&#039;inceste, le vocabulaire utilisé pour désigner les divers types de relation de parenté, etc., constituent des « structures » au sens où elles sont des combinaisons non aléatoires, un type de règle de résidence ayant par exemple plus de chance d&#039;être associé à un certain type de règle de filiation et à certaines institutions matrimoniales qu&#039;à d&#039;autres. Mais, chez Murdock comme chez Montesquieu, on a affaire à une conception &#039;&#039;minimaliste&#039;&#039; plutôt que &#039;&#039;maximaliste&#039;&#039; de la cohérence des systèmes institutionnels sont donc assimilables, non à des implications &#039;&#039;strictes&#039;&#039; de type logique (si A, alors B), mais à des implications &#039;&#039;faibles&#039;&#039; de type stochastique (si A, alors plus souvent B). Autre exemple : l&#039;opposition sociologique classique — et qui ne va pas sans poser des problèmes — entre sociétés « traditionnelles » et sociétés « modernes » peut être considérée comme un exemple d&#039;analyse « structurelle » : les deux types de sociétés sont caractérisés ou supposés être caractérisés par des ensembles de traits qui s&#039;opposent terme à terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces travaux relèvent de ce qu&#039;on peut appeler l&#039;analyse &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;. Dans tous les cas, il s&#039;agit de montrer qu&#039;un ensemble d&#039;institutions caractéristiques d&#039;une société constitue une « structure » au sens où cet ensemble doit être analysé comme une combinaison non aléatoire d&#039;éléments. Dans le domaine de la phonologie, l&#039;analyse structurelle consiste bien, de même, à montrer que les phonèmes d&#039;une langue constitue une combinaison non aléatoire de traits distinctifs. La linguistique dite « structurale », c&#039;est-à-dire celle qui adopte une perspective « structurelle », ne représente donc en aucune façon une innovation méthodologique radicale. La « révolution » qu&#039;elle a accomplie, si révolution il y a, consiste plutôt dans l&#039;application à un domaine particulier, celui des langues, d&#039;une perspective que des disciplines comme la sociologie et l&#039;économie avaient traditionnellement utilisée. Comme M. Jourdain faisait de la prose, Montesquieu et Tocqueville avaient, sans le savoir, appliqué l&#039;analyse « structurelle » à la sociologie ou, comme on peut dire encore, pratiqué une sociologie « structurale ». Le fait que, par différence avec les expressions « linguistique structurale » ou « anthropologie structurale », des expressions comme « économie structurale » ou « sociologie structurale » ne se soient pas imposées, suffit peut-être à indiquer que la perspective de l&#039;analyse structurelle est traditionnelle dans ces deux disciplines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;en va pas de même en anthropologie. Dans les &#039;&#039;structures élémentaires de la parenté&#039;&#039;, Lévi-Strauss applique la perpective structurelle telle qu&#039;elle vient d&#039;être définie à un domaine de l&#039;ethnologie où avait traditionnellement prévalu une perspective de type descriptif. Jusqu&#039;à Lévi-Strauss, les ethnologues s&#039;étaient heurtés à un problème difficile : rendre compte de la diversité des règles de prohibition de l&#039;inceste. Pourquoi par exemple le mariage entre cousins parallèles est-il généralement interdit, tandis que tout mariage entre cousins croisés est toléré dans certaines sociétés et que, dans d&#039;autres sociétés encore, certains types de mariage entre cousins croisés sont autorisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère) et d&#039;autres interdits (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille de la soeur de son père) ? Lévi-Strauss a proposé de résoudre ces énigmes classiques en adoptant une méthodologie analogue à celle de la phonologie structuralle. Le phonologue s&#039;efforce de montrer que tout système phonétique peut être considéré comme une solution particulière à un problème général : constituer un support sonore économique aux processus de communication. De même, Lévi-Strauss s&#039;efforça de montrer que les systèmes de règles d&#039;interdiction et d&#039;autorisation du mariage qu&#039;on observe dans les sociétés archaïques sont les solutions particulières d&#039;un « problème » général : assurer une circulation des femmes entre les segments constitutifs des sociétés. Cette perspective générale étant posée, on démontre par exemple qu&#039;une « solution » cohérente (d&#039;un certain point de vue) contient, outre d&#039;autres règles, l&#039;interdiction du mariage entre cousins parallèles et l&#039;autorisation du mariage entre cousins croisés, et qu&#039;un autre système cohérent de règles interdit le mariage entre cousins parallèles et autorise le mariage entre certains cousins croisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théorie de Lévi-Strauss s&#039;est heurtée à de sérieuses objections. G. Homans par exemple souligne son caractère téléologique (les règles du mariage ont pour &#039;&#039;fonction&#039;&#039; d&#039;assurer la solidarité du groupe). D&#039;autre part, il relève que le mariage préférentiel avec la fille du frère de la mère est plus fréquent dans les sociétés patrilinéaires, où &#039;&#039;Ego&#039;&#039; entretient des rapports distants avec son père et avec la soeur de son père, tandis que ses rapports avec sa mère et avec le frère de celle-ci sont familiers et chaleureux. Selon Lévi-Strauss, insister sur de tels &#039;&#039;faits&#039;&#039;, c&#039;est revenir aux « vieux errements » du « psychologisme ». Pour sa part, Leach devait souligner à partir notamment de l&#039;analyse des systèmes Kachin qu&#039;il est impossible d&#039;isoler les échanges matrimoniaux de l&#039;ensemble plus vaste (échanges économiques, politiques, etc.) auquel ils appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le dérapage métaphysique ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut souligner que, si les révolutions « structurales » (adoption d&#039;une perspective « structurelle ») de la linguistique  et l&#039;anthropologie doivent être tenues pour locales plutôt que générales dans la mesure où elles ne font qu&#039;étendre à de nouveaux domaines une idée ancienne , elles ont donné naissance à des innovations méthodologiques dépassant le cadre de l&#039;ethnologie et de la linguistique. Ainsi, la phonologie structurale, la syntaxe structurale de Chomsky, les travaux de Lévi-Strauss et Weil, ceux de Bush sur les structures de la parenté utilisent une instrumentation mathématique novatrice qui a contribué à leur audience et à leur prestige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce prestige est une des raisons du dérapage vers la métaphysique de ce qui fut d&#039;abord une perspective méthodologique. Bien que certains auteurs, comme Piaget, assimilent les notions de « perspective structurelle » et de « structuralisme », c&#039;est à ce dérapage métaphysique qu&#039;il convient sans doute de réserver le vocable de structuralisme. Il consiste dans son principe en une généralisation abusive, ou plutôt une réification de postulats que linguistes et anthropologues avaient été naturellement amenés à introduire sur leur terrain, mais dont l&#039;extension et la généralisation à d&#039;autres terrains soulèvent un problème de légitimité. Ainsi, l&#039;ethnologue des sociétés sans écriture comme le phonologue sont à l&#039;évidence condamnés à une perspective « synchronique » : ils peuvent observer un système de phonèmes constitué, un système de règles d&#039;autorisation et d&#039;interdiction du mariage, un ensemble de récits mythiques, mais ils ne disposent généralement pas de données leur permettant d&#039;étudier la genèse ou l&#039;évolution de ces « systèmes ». La nature de leurs données leur interdit pratiquement toute analyse &#039;&#039;diachronique&#039;&#039;. Le prestige momentané des analyses structurelles de la linguistique et de l&#039;anthropologie, l&#039;autorité qui paraissait se dégager des aphorismes épistémologiques et Lévi-Strauss, incitèrent certains sociologues à conclure que l&#039;analyse synchronique possédait pour de mystérieuses raisons un privilège inconditionnel par rapport à l&#039;analyse diachronique. Exemple entre beaucoup, Althusser et Balibar se mirent à (re)lire Marx en général et &#039;&#039;Le Capital&#039;&#039; en particulier en s&#039;efforçant d&#039;y découvrir une typologie des formations sociales et des modes de production construite à partir d&#039;éléments simples (types d&#039;appropriation de la plus-value, etc.), exactement comme les systèmes phonétiques sont des combinaisons structurés de traits distinctifs. Marx se retrouvra déguisé en structuraliste préoccupé de la structure synchronique de formations sociales et en fait pratiquement indifférent  à l&#039;analyse du changement social. L&#039;interprétation « structuraliste » de Marx, en insistant sur la possibilité de construire des systèmes combinatoires différents, avait l&#039;avantage non négligeable d&#039;« assouplir » les relations entre infrastructure et superstructure, de « montrer » que les « formations sociales » capitalistes et socialistes pouvaient correspondre à une certaine diversité de structures. C&#039;est pourquoi elle connut le succès : le traitement structuraliste qu&#039;Althusser et ses disciples administrèrent à Marx eut pour effet de tirer le marxisme de l&#039;ornière du marxisme vulgaire dans laquelle il était tombé, et de lui restituer une respectabilité académique et une souplesse que les intellectuels marxistes ne pouvaient pas ne pas considérer comme des bienfaits. Le même « goût » pour le « synchronique » peut être observé  dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; de M. Foucault, livre qui interprète l&#039;« histoire » des sciences naturelles et sociales comme une séquence de basculements structurels : les grandes &#039;&#039;époques&#039;&#039; de cette histoire sont dominés par des « structures » épistémologiques dont l&#039;auteur s&#039;efforce d&#039;analyser l&#039;implacable cohérence interne. Quant à la succession de ces « structures », elle est supposée par Foucault inintelligible ou inintéressante. La brillante construction contenue dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; n&#039;est guère plus, du point de vue logique, qu&#039;une typologie; typologie qui, de surcroît, fait bon marché de l&#039;histoire des sciences. Ainsi, aucun historien des sciences sociales n&#039;admettait qu&#039;[[Adam Smith]] ait inauguré un basculement épistémologique en proposant &#039;&#039;pour la première fois&#039;&#039; des modèles évolutifs endogènes des processus sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En privilégiant l&#039;analyse « synchronique » par rapport à l&#039;analyse « diachronique », dans les domaines où la nature de l&#039;information disponible ne l&#039;impose pas, les structuralistes réduisent  leurs ambitions à peu de choses : le plus souvent , à la mise en évidence de typologies dont ils renoncent à rechercher la raison d&#039;être &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Typologies&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. On peut douter qu&#039;il s&#039;agisse là d&#039;un progrès par rapport à des démarches comme celles de Marx ou de Tocqueville, qui interprètent toujours les différences synchroniques qu&#039;on peut observer entre types sociaux comme le résultat de processus diachroniques. Le « système » des différences qu&#039;on peut par exemple relever entre la France et l&#039;Angleterre &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou entre la France et l&#039;Amérique &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;De la Démocratie en Amérique&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; est analysé par Tocqueville comme le résultat de processus en cascade résultant de différences institutionnelles initiales. Il en va de même chez Marx : les différences entre types sociaux observés au niveau synchronique sont toujours analysés par lui comme le résultat de processus diachroniques. Le primat inconditionnel accordé au synchronique a non seulement pour effet de rendre inintelligible les différences entre types, il conduit aussi à exagérer et à relier ces différences. Ainsi, l&#039;opposition sociétés « traditionnelles » / sociétés « modernes » a largement contribué au développement de conceptions simplistes et fausses. La sociologie de la modernisation admet fréquemment par exemple que les sociétés « traditionnelles » sont nécessairement immobiles ou que la « modernisation » est vouée à progresser simultanément sur tous les fronts &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Développement&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Modernisation&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. De telles propositions, qui ne résistent pas à l&#039;examen le plus superficiel, résultent de ce que la typologie opposant les sociétés traditionnelles aux sociétés modernes est traitée, non comme un outil heuristique, mais comme l&#039;expression d&#039;une « réalité » ou d&#039;une « structure profonde ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contraintes qui s&#039;imposent à l&#039;anthropologie étudiant des mythes archaïques ou au phonologue leur interdisent en second lieu d&#039;analyser les mythes ou systèmes phonétiques comme des produits de l&#039;&#039;&#039;activité humaine&#039;&#039; (ce qu&#039;ils &#039;&#039;sont&#039;&#039; pourtant à l&#039;évidence). La métaphysique structuraliste, procédant ici encore par généralisation et par réification, tire de ces conditions particulières une proposition méthodologique et une proposition ontologique. &#039;&#039;Proposition méthodologique&#039;&#039; : les phénomènes sociaux sont le produit ou la manifestation de structures et ne sauraient être analysés comme le résultat de l&#039;action des hommes. &#039;&#039;Proposition ontologique&#039;&#039; : seules les structures ont une existence « réelle »; les individus sont de simples apparences ou de purs « supports de structures ». Ils n&#039;ont d&#039;intérêt que dans la mesure où ils permettent aux structures de se manifester. Et lorsque les individus ne sont pas réduits à être des « supports de structures » et sont décrits par le sociologue structuraliste comme étant capables de comportements « stratégiques » (mot souvent abusivement tenu pour synonyme de « intentionnel »), on ne tarde pas à découvrir que ces comportements intentionnels ne sauraient qu&#039;aboutir à la reproduction des structures ou, selon les passions idéologiques du sociologue, à leur évolution dans une direction prescrite par le sens de l&#039;Histoire. Adam Smith et Darwin ne sont, selon Foucault, que des manifestations particulières de la « structure épistémique » de leur temps. Le « moi » qui tenait un rôle fondamental dans la trilogie classique de Freud (&#039;&#039;surmoi&#039;&#039;, &#039;&#039;moi&#039;&#039;, &#039;&#039;ça&#039;&#039;) disparaît, comme l&#039;a montré Turkle, dans la version structuraliste que Lacan a donnée de la doctrine psychanalytique. L&#039;individu devient selon Lacan le simple support des structures inconscientes qui l&#039;habitent (le &#039;&#039;ça&#039;&#039;). Les agents sociaux de la sociologie d&#039;inspiration structuraliste sont de même, quant à eux, de simples supports ou, au mieux, des truchements consentants ou aveugles, à travers lesquels s&#039;expriment, se réalisent, se reproduisent ou évoluent les structures sociales. Quant aux « structures sociales », elles sont généralement réduites à quelques variables arbitrairement choisies, dont on suppose qu&#039;elles dominent l&#039;ensemble des variables caractérisant le système social. Sur ce point encore il importe de noter le contraste avec un auteur comme Tocqueville : la « centralisation administrative » n&#039;est pas posée &#039;&#039;a priori&#039;&#039; comme une variable essentielle. Son importance est au contraire démontrée &#039;&#039;a posteriori&#039;&#039;. Par contraste, les variables de stratification, elles-mêmes condensées dans la distinction sommaire classe dominante / classe dominée, sont &#039;&#039;a priori&#039;&#039; posées par les sociologues structuralistes comme les variables essentielles. On peut par exemple ignorer l&#039;existence de l&#039;État puisqu&#039;il est entendu qu&#039;il est nécessairement au service de la classe dominante. &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;État&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le structuralisme (non au sens où le prend Piaget, celui d&#039;« analyse structurelle », mais au sens où nous le prenons ici de dérapage métaphysique à partir de l&#039;« analyse structurelle »), le structuralisme est, on l&#039;a dit, un mouvement d&#039;idée diffus qui s&#039;est surtout développé en France. Pourquoi ? D&#039;abord parce que le déclin de l&#039;existentialisme vers la fin des années 50 laissait le champ libre à une nouvelle mode philosophique, que le Tout-Paris intellectuel paraît manifester une demande permanente en matière de modes philosophiques, et qu&#039;il n&#039;existe de structure équivalente au Tout-Paris intellectuel ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni en Italie, ni aux États-Unis par exemple (Clark). Ensuite parce que le structuralisme pouvait se parer du prestige scientifique dont bénéficièrent pendant un temps les découvertes de la linguistique et de l&#039;anthropologie. Enfin, parce qu&#039;un certain nombre d&#039;auteurs de talent surent composer d&#039;habiles synthèses verbales (ré)interprétant dans le langage structuraliste les textes sacrés de Freud, de Marx, de Nietzsche et de quelques autres. Mais si le structuralisme est une spécialité locale qui n&#039;a guère fait tache d&#039;huile et a pu être décrit par F. Alberoni, un observateur italien familier de la scène culturelle française, comme une illustration de l&#039;« arroganza della cultura francese », c&#039;est essentiellement que, en dépit des virtuosités verbales qui ont contribués à son succès et de la vocation que par définition il affiche à la « profondeur », il représente, dans ses formes métaphysiques, une régression intellectuelle. Comment, en gommant la marge d&#039;autonomie laissée à l&#039;agent ou à l&#039;acteur social par les structures, en subsistant des typologies sommaires à la diversité des types sociaux, en ramenant la complexité structurelle des systèmes d&#039;interdépendance et d&#039;interaction à quelques variables auxquelles on accorde un primat arbitraire (variables de stratification par exemple), en accordant une inconditionnelle suprématie au « synchronique » par rapport au « diachronique », peut-on espérer faire progresser la connaissance des systèmes et processus sociaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Raymond_Boudon:Structuralisme&amp;diff=51333</id>
		<title>Raymond Boudon:Structuralisme</title>
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		<updated>2014-01-06T23:44:50Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Structuralisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce vocable désigne un mouvement d&#039;idées diffus et complexe qui s&#039;est développé dans le domaine des sciences sociales au cours années 1960 principalement, pour ne pas dire à peu près exclusivement, sur la scène française.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L&#039;origine de l&#039;analyse structurale ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;origine, le structuralisme apparaît comme une tentative méthodologique pour étendre à d&#039;autres sciences sociales les bénéfices de la révolution « structuraliste » telle qu&#039;elle passait pour s&#039;être développée en linguistique. La philologie classique s&#039;était principalement orientée vers la description &#039;&#039;historique&#039;&#039; des langues dans leurs différentes composantes (vocabulaire, syntaxe, etc). Par contraste, la linguistique « structurale » se propose d&#039;analyser la « structure » des langues. L&#039;exemple de la phonologie permet d&#039;illustrer aisément la signification de la notion de structure &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;[[Raymond Boudon:Structure|Structure]]&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; dans ce contexte. La phonologie « classique » se donne pour objectif la détermination des phonèmes (c&#039;est-à-dire des sons élémentaires) des langues. Éventuellement, elle s&#039;efforce de décrire l&#039;évolution de ces phonèmes dans le temps ou leur variation d&#039;une région à l&#039;autre; de comparer les stocks de phonèmes de l&#039;allemand à ceux du français, etc. La phonologie « structurale » se soucie plutôt, quant à elle, d&#039;établir que l&#039;ensemble des phonèmes d&#039;une langue forme un &#039;&#039;système&#039;&#039; cohérent, capable de constituer un support « commode » et économique aux processus de communication. Considérons par exemple les phonèmes de l&#039;anglais. Selon Jakobson, ils représentent tous des combinaisons de 12 « traits distinctifs » binaires élémentaires : « vocalique/non vocalique », « consonnantique/non consonnantique », « grave/aigu », « nasal/oral », « continu/instantané », etc. Ces 12 traits binaires peuvent en théorie donner lieu à 2^12 = 4096 combinaisons ou phonèmes possibles. En réalité, la plupart des langues (dont l&#039;anglais) n&#039;utilisent que quelques dizaines de phonèmes au total. Naturellement, les phonèmes réels ne représentent pas une « sélection » aléatoire des phonèmes possibles : ils représentent un « système » de combinaisons distinctifs élémentaires dont la phonologie structurale se propose précisément d&#039;analyser la « stucture » &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;[[Raymond Boudon:Structure|Structure]]&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Système&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La distinction entre phonologie « classique » et phonologie « structurale » et plus généralement, entre linguistique « classique » et linguistique « structurale » retrouve dans le domaine de l&#039;étude des langues des distinctions familières et anciennes, explicitement ou implicitement reconnues par plusieurs sciences sociales. Ainsi on peut analyser les institutions sociales de manière descriptive. Mais on peut aussi s&#039;interroger sur la structure du système constitué par l&#039;ensemble des institutions d&#039;une société. Cette perspective, qu&#039;on peut appeler &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;, est par exemple celle qu&#039;adopte [[Charles de Montesquieu|Montesquieu]] dans &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; : régimes politiques, institutions juridiques, organisation sociale et familiale tendent, selon Montesquieu, à former des touts cohérents, des « structures » comme on dirait aujourd&#039;hui, excluant nombre de combinaisons possibles d&#039;un point de vue strictement combinatoire, mais difficilement concevables d&#039;un point de vue sociologique. Il faut toutefois souligner que Montesquieu &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;[[Boudon:Montesquieu|Montesquieu]]&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; se garde d&#039;affirmer que les divers éléments d&#039;un système social s&#039;impliquent les uns les autres de façon nécessaire : que certaines combinaisons soient exclues n&#039;entraîne pas que les combinaisons réalisées et observables soient d&#039;une rigoureuse cohérence. On retrouve la même perspective chez [[Alexis de Tocqueville|Tocqueville]] : &#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; montre comment le caractère centralisé de l&#039;administration française a rendu le « système » social et politique français très différent dans sa structure du système anglais. Si on se tourne vers des auteurs modernes, on observe par exemple la même perspective chez Murdock. Dans &#039;&#039;Social Structure&#039;&#039; cet auteur a montré, à partir de données concernant un ensemble de sociétés archaïques que les règles de résidence (matrilocale, patrilocale, etc.) de transmission du patrimoine, de filiation (patrilinéaire, matrilinéaire, etc.), les règles relatives de la prohibition de l&#039;inceste, le vocabulaire utilisé pour désigner les divers types de relation de parenté, etc., constituent des « structures » au sens où elles sont des combinaisons non aléatoires, un type de règle de résidence ayant par exemple plus de chance d&#039;être associé à un certain type de règle de filiation et à certaines institutions matrimoniales qu&#039;à d&#039;autres. Mais, chez Murdock comme chez Montesquieu, on a affaire à une conception &#039;&#039;minimaliste&#039;&#039; plutôt que &#039;&#039;maximaliste&#039;&#039; de la cohérence des systèmes institutionnels sont donc assimilables, non à des implications &#039;&#039;strictes&#039;&#039; de type logique (si A, alors B), mais à des implications &#039;&#039;faibles&#039;&#039; de type stochastique (si A, alors plus souvent B). Autre exemple : l&#039;opposition sociologique classique — et qui ne va pas sans poser des problèmes — entre sociétés « traditionnelles » et sociétés « modernes » peut être considérée comme un exemple d&#039;analyse « structurelle » : les deux types de sociétés sont caractérisés ou supposés être caractérisés par des ensembles de traits qui s&#039;opposent terme à terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces travaux relèvent de ce qu&#039;on peut appeler l&#039;analyse &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;. Dans tous les cas, il s&#039;agit de montrer qu&#039;un ensemble d&#039;institutions caractéristiques d&#039;une société constitue une « structure » au sens où cet ensemble doit être analysé comme une combinaison non aléatoire d&#039;éléments. Dans le domaine de la phonologie, l&#039;analyse structurelle consiste bien, de même, à montrer que les phonèmes d&#039;une langue constitue une combinaison non aléatoire de traits distinctifs. La linguistique dite « structurale », c&#039;est-à-dire celle qui adopte une perspective « structurelle », ne représente donc en aucune façon une innovation méthodologique radicale. La « révolution » qu&#039;elle a accomplie, si révolution il y a, consiste plutôt dans l&#039;application à un domaine particulier, celui des langues, d&#039;une perspective que des disciplines comme la sociologie et l&#039;économie avaient traditionnellement utilisée. Comme M. Jourdain faisait de la prose, Montesquieu et Tocqueville avaient, sans le savoir, appliqué l&#039;analyse « structurelle » à la sociologie ou, comme on peut dire encore, pratiqué une sociologie « structurale ». Le fait que, par différence avec les expressions « linguistique structurale » ou « anthropologie structurale », des expressions comme « économie structurale » ou « sociologie structurale » ne se soient pas imposées, suffit peut-être à indiquer que la perspective de l&#039;analyse structurelle est traditionnelle dans ces deux disciplines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;en va pas de même en anthropologie. Dans les &#039;&#039;structures élémentaires de la parenté&#039;&#039;, Lévi-Strauss applique la perpective structurelle telle qu&#039;elle vient d&#039;être définie à un domaine de l&#039;ethnologie où avait traditionnellement prévalu une perspective de type descriptif. Jusqu&#039;à Lévi-Strauss, les ethnologues s&#039;étaient heurtés à un problème difficile : rendre compte de la diversité des règles de prohibition de l&#039;inceste. Pourquoi par exemple le mariage entre cousins parallèles est-il généralement interdit, tandis que tout mariage entre cousins croisés est toléré dans certaines sociétés et que, dans d&#039;autres sociétés encore, certains types de mariage entre cousins croisés sont autorisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère) et d&#039;autres interdits (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille de la soeur de son père) ? Lévi-Strauss a proposé de résoudre ces énigmes classiques en adoptant une méthodologie analogue à celle de la phonologie structuralle. Le phonologue s&#039;efforce de montrer que tout système phonétique peut être considéré comme une solution particulière à un problème général : constituer un support sonore économique aux processus de communication. De même, Lévi-Strauss s&#039;efforça de montrer que les systèmes de règles d&#039;interdiction et d&#039;autorisation du mariage qu&#039;on observe dans les sociétés archaïques sont les solutions particulières d&#039;un « problème » général : assurer une circulation des femmes entre les segments constitutifs des sociétés. Cette perspective générale étant posée, on démontre par exemple qu&#039;une « solution » cohérente (d&#039;un certain point de vue) contient, outre d&#039;autres règles, l&#039;interdiction du mariage entre cousins parallèles et l&#039;autorisation du mariage entre cousins croisés, et qu&#039;un autre système cohérent de règles interdit le mariage entre cousins parallèles et autorise le mariage entre certains cousins croisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théorie de Lévi-Strauss s&#039;est heurtée à de sérieuses objections. G. Homans par exemple souligne son caractère téléologique (les règles du mariage ont pour &#039;&#039;fonction&#039;&#039; d&#039;assurer la solidarité du groupe). D&#039;autre part, il relève que le mariage préférentiel avec la fille du frère de la mère est plus fréquent dans les sociétés patrilinéaires, où &#039;&#039;Ego&#039;&#039; entretient des rapports distants avec son père et avec la soeur de son père, tandis que ses rapports avec sa mère et avec le frère de celle-ci sont familiers et chaleureux. Selon Lévi-Strauss, insister sur de tels &#039;&#039;faits&#039;&#039;, c&#039;est revenir aux « vieux errements » du « psychologisme ». Pour sa part, Leach devait souligner à partir notamment de l&#039;analyse des systèmes Kachin qu&#039;il est impossible d&#039;isoler les échanges matrimoniaux de l&#039;ensemble plus vaste (échanges économiques, politiques, etc.) auquel ils appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le dérapage métaphysique ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut souligner que, si les révolutions « structurales » (adoption d&#039;une perspective « structurelle ») de la linguistique  et l&#039;anthropologie doivent être tenues pour locales plutôt que générales dans la mesure où elles ne font qu&#039;étendre à de nouveaux domaines une idée ancienne , elles ont donné naissance à des innovations méthodologiques dépassant le cadre de l&#039;ethnologie et de la linguistique. Ainsi, la phonologie structurale, la syntaxe structurale de Chomsky, les travaux de Lévi-Strauss et Weil, ceux de Bush sur les structures de la parenté utilisent une instrumentation mathématique novatrice qui a contribué à leur audience et à leur prestige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce prestige est une des raisons du dérapage vers la métaphysique de ce qui fut d&#039;abord une perspective méthodologique. Bien que certains auteurs, comme Piaget, assimilent les notions de « perspective structurelle » et de « structuralisme », c&#039;est à ce dérapage métaphysique qu&#039;il convient sans doute de réserver le vocable de structuralisme. Il consiste dans son principe en une généralisation abusive, ou plutôt une réification de postulats que linguistes et anthropologues avaient été naturellement amenés à introduire sur leur terrain, mais dont l&#039;extension et la généralisation à d&#039;autres terrains soulèvent un problème de légitimité. Ainsi, l&#039;ethnologue des sociétés sans écriture comme le phonologue sont à l&#039;évidence condamnés à une perspective « synchronique » : ils peuvent observer un système de phonèmes constitué, un système de règles d&#039;autorisation et d&#039;interdiction du mariage, un ensemble de récits mythiques, mais ils ne disposent généralement pas de données leur permettant d&#039;étudier la genèse ou l&#039;évolution de ces « systèmes ». La nature de leurs données leur interdit pratiquement toute analyse &#039;&#039;diachronique&#039;&#039;. Le prestige momentané des analyses structurelles de la linguistique et de l&#039;anthropologie, l&#039;autorité qui paraissait se dégager des aphorismes épistémologiques et Lévi-Strauss, incitèrent certains sociologues à conclure que l&#039;analyse synchronique possédait pour de mystérieuses raisons un privilège inconditionnel par rapport à l&#039;analyse diachronique. Exemple entre beaucoup, Althusser et Balibar se mirent à (re)lire Marx en général et &#039;&#039;Le Capital&#039;&#039; en particulier en s&#039;efforçant d&#039;y découvrir une typologie des formations sociales et des modes de production construite à partir d&#039;éléments simples (types d&#039;appropriation de la plus-value, etc.), exactement comme les systèmes phonétiques sont des combinaisons structurés de traits distinctifs. Marx se retrouvra déguisé en structuraliste préoccupé de la structure synchronique de formations sociales et en fait pratiquement indifférent  à l&#039;analyse du changement social. L&#039;interprétation « structuraliste » de Marx, en insistant sur la possibilité de construire des systèmes combinatoires différents, avait l&#039;avantage non négligeable d&#039;« assouplir » les relations entre infrastructure et superstructure, de « montrer » que les « formations sociales » capitalistes et socialistes pouvaient correspondre à une certaine diversité de structures. C&#039;est pourquoi elle connut le succès : le traitement structuraliste qu&#039;Althusser et ses disciples administrèrent à Marx eut pour effet de tirer le marxisme de l&#039;ornière du marxisme vulgaire dans laquelle il était tombé, et de lui restituer une respectabilité académique et une souplesse que les intellectuels marxistes ne pouvaient pas ne pas considérer comme des bienfaits. Le même « goût » pour le « synchronique » peut être observé  dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; de M. Foucault, livre qui interprète l&#039;« histoire » des sciences naturelles et sociales comme une séquence de basculements structurels : les grandes &#039;&#039;époques&#039;&#039; de cette histoire sont dominés par des « structures » épistémologiques dont l&#039;auteur s&#039;efforce d&#039;analyser l&#039;implacable cohérence interne. Quant à la succession de ces « structures », elle est supposée par Foucault inintelligible ou inintéressante. La brillante construction contenue dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; n&#039;est guère plus, du point de vue logique, qu&#039;une typologie; typologie qui, de surcroît, fait bon marché de l&#039;histoire des sciences. Ainsi, aucun historien des sciences sociales n&#039;admettait qu&#039;[[Adam Smith]] ait inauguré un basculement épistémologique en proposant &#039;&#039;pour la première fois&#039;&#039; des modèles évolutifs endogènes des processus sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En privilégiant l&#039;analyse « synchronique » par rapport à l&#039;analyse « diachronique », dans les domaines où la nature de l&#039;information disponible ne l&#039;impose pas, les structuralistes réduisent  leurs ambitions à peu de choses : le plus souvent , à la mise en évidence de typologies dont ils renoncent à rechercher la raison d&#039;être &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Typologies&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. On peut douter qu&#039;il s&#039;agisse là d&#039;un progrès par rapport à des démarches comme celles de Marx ou de Tocqueville, qui interprètent toujours les différences synchroniques qu&#039;on peut observer entre types sociaux comme le résultat de processus diachroniques. Le « système » des différences qu&#039;on peut par exemple relever entre la France et l&#039;Angleterre &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou entre la France et l&#039;Amérique &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;De la Démocratie en Amérique&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; est analysé par Tocqueville comme le résultat de processus en cascade résultant de différences institutionnelles initiales. Il en va de même chez Marx : les différences entre types sociaux observés au niveau synchronique sont toujours analysés par lui comme le résultat de processus diachroniques. Le primat inconditionnel accordé au synchronique a non seulement pour effet de rendre inintelligible les différences entre types, il conduit aussi à exagérer et à relier ces différences. Ainsi, l&#039;opposition sociétés « traditionnelles » / sociétés « modernes » a largement contribué au développement de conceptions simplistes et fausses. La sociologie de la modernisation admet fréquemment par exemple que les sociétés « traditionnelles » sont nécessairement immobiles ou que la « modernisation » est vouée à progresser simultanément sur tous les fronts &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Développement&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Modernisation&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. De telles propositions, qui ne résistent pas à l&#039;examen le plus superficiel, résultent de ce que la typologie opposant les sociétés traditionnelles aux sociétés modernes est traitée, non comme un outil heuristique, mais comme l&#039;expression d&#039;une « réalité » ou d&#039;une « structure profonde ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contraintes qui s&#039;imposent à l&#039;anthropologie étudiant des mythes archaïques ou au phonologue leur interdisent en second lieu d&#039;analyser les mythes ou systèmes phonétiques comme des produits de l&#039;&#039;&#039;activité humaine&#039;&#039; (ce qu&#039;ils &#039;&#039;sont&#039;&#039; pourtant à l&#039;évidence). La métaphysique structuraliste, procédant ici encore par généralisation et par réification, tire de ces conditions particulières une proposition méthodologique et une proposition ontologique. &#039;&#039;Proposition méthodologique&#039;&#039; : les phénomènes sociaux sont le produit ou la manifestation de structures et ne sauraient être analysés comme le résultat de l&#039;action des hommes. &#039;&#039;Proposition ontologique&#039;&#039; : seules les structures ont une existence « réelle »; les individus sont de simples apparences ou de purs « supports de structures ». Ils n&#039;ont d&#039;intérêt que dans la mesure où ils permettent aux structures de se manifester. Et lorsque les individus ne sont pas réduits à être des « supports de structures » et sont décrits par le sociologue structuraliste comme étant capables de comportements « stratégiques » (mot souvent abusivement tenu pour synonyme de « intentionnel »), on ne tarde pas à découvrir que ces comportements intentionnels ne sauraient qu&#039;aboutir à la reproduction des structures ou, selon les passions idéologiques du sociologue, à leur évolution dans une direction prescrite par le sens de l&#039;Histoire. Adam Smith et Darwin ne sont, selon Foucault, que des manifestations particulières de la « structure épistémique » de leur temps. Le « moi » qui tenait un rôle fondamental dans la trilogie classique de Freud (&#039;&#039;surmoi&#039;&#039;, &#039;&#039;moi&#039;&#039;, &#039;&#039;ça&#039;&#039;) disparaît, comme l&#039;a montré Turkle, dans la version structuraliste que Lacan a donnée de la doctrine psychanalytique. L&#039;individu devient selon Lacan le simple support des structures inconscientes qui l&#039;habitent (le &#039;&#039;ça&#039;&#039;). Les agents sociaux de la sociologie d&#039;inspiration structuraliste sont de même, quant à eux, de simples supports ou, au mieux, des truchements consentants ou aveugles, à travers lesquels s&#039;expriment, se réalisent, se reproduisent ou évoluent les structures sociales. Quant aux « structures sociales », elles sont généralement réduites à quelques variables arbitrairement choisies, dont on suppose qu&#039;elles dominent l&#039;ensemble des variables caractérisant le système social. Sur ce point encore il importe de noter le contraste avec un auteur comme Tocqueville : la « centralisation administrative » n&#039;est pas posée &#039;&#039;a priori&#039;&#039; comme une variable essentielle. Son importance est au contraire démontrée &#039;&#039;a posteriori&#039;&#039;. Par contraste, les variables de stratification, elles-mêmes condensées dans la distinction sommaire classe dominante / classe dominée, sont &#039;&#039;a priori&#039;&#039; posées par les sociologues structuralistes comme les variables essentielles. On peut par exemple ignorer l&#039;existence de l&#039;État puisqu&#039;il est entendu qu&#039;il est nécessairement au service de la classe dominante. &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;État&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le structuralisme (non au sens où le prend Piaget, celui d&#039;« analyse structurelle », mais au sens où nous le prenons ici de dérapage métaphysique à partir de l&#039;« analyse structurelle »), le structuralisme est, on l&#039;a dit, un mouvement d&#039;idée diffus qui s&#039;est surtout développé en France. Pourquoi ? D&#039;abord parce que le déclin de l&#039;existentialisme vers la fin des années 50 laissait le champ libre à une nouvelle mode philosophique, que le Tout-Paris intellectuel paraît manifester une demande permanente en matière de modes philosophiques, et qu&#039;il n&#039;existe de structure équivalente au Tout-Paris intellectuel ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni en Italie, ni aux États-Unis par exemple (Clark). Ensuite parce que le structuralisme pouvait se parer du prestige scientifique dont bénéficièrent pendant un temps les découvertes de la linguistique et de l&#039;anthropologie. Enfin, parce qu&#039;un certain nombre d&#039;auteurs de talent surent composer d&#039;habiles synthèses verbales (ré)interprétant dans le langage structuraliste les textes sacrés de Freud, de Marx, de Nietzsche et de quelques autres. Mais si le structuralisme est une spécialité locale qui n&#039;a guère fait tache d&#039;huile et a pu être décrit par F. Alberoni, un observateur italien familier de la scène culturelle française, comme une illustration de l&#039;« arroganza della cultura francese », c&#039;est essentiellement que, en dépit des virtuosités verbales qui ont contribués à son succès et de la vocation que par définition il affiche à la « profondeur », il représente, dans ses formes métaphysiques, une régression intellectuelle. Comment, en gommant la marge d&#039;autonomie laissée à l&#039;agent ou à l&#039;acteur social par les structures, en subsistant des typologies sommaires à la diversité des types sociaux, en ramenant la complexité structurelle des systèmes d&#039;interdépendance et d&#039;interaction à quelques variables auxquelles on accorde un primat arbitraire (variables de stratification par exemple), en accordant une inconditionnelle suprématie au « synchronique » par rapport au « diachronique », peut-on espérer faire progresser la connaissance des systèmes et processus sociaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Charles de Montesquieu</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;{{Infobox Auteur|nom=Charles de Montesquieu&lt;br /&gt;
|image=[[Image:Montesquieu.gif]]&lt;br /&gt;
|dates = 1689-1755&lt;br /&gt;
|tendance = [[:wl:Libéraux classiques|Libéral classique]]&lt;br /&gt;
|citations = « Chacun va au bien commun croyant aller à ses intérêts particuliers. »&amp;lt;br&amp;gt;« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut, que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »&amp;lt;br&amp;gt;« L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. »&lt;br /&gt;
|liens = [[:wl:Montesquieu|Wikibéral]]&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
* [[Charles de Montesquieu:De l&#039;esprit des lois|De l&#039;esprit des lois]] {{analyse}}&lt;br /&gt;
* [[Charles de Montesquieu:Montesquieu et le droit naturel|Montesquieu et le droit naturel]] {{document}}&lt;br /&gt;
* [[Raymond Boudon:Montesquieu|Article Montesquieu du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;]] {{analyse}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[wl:Charles de Montesquieu]]&lt;br /&gt;
{{Charles de Montesquieu}}&lt;br /&gt;
[[Catégorie:Auteurs-M]]&lt;/div&gt;</summary>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|[[Charles de Montesquieu|Montesquieu]]|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sociologie dès sa naissance a entretenu des relations ambiguës avec « la philosophie des Lumières ». En effet, Auguste Comte, qui se proclame le fondateur de cette discipline, voyait dans les « philosophes » des esprits « métaphysiques » c&#039;est-à-dire pour lui, négatifs, et tout à fait incapables de comprendre les fondements de l&#039;ordre social. Montesquieu était le seul à échapper à sa censure. Comme &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; est aussi célébré comme une des bibles de la politique humaniste et libérale, cette oeuvre ne peut pas manquer d&#039;intriguer le sociologue qui cherche à la placer dans la lignée des fondateurs, ou du moins des précurseurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui frappe d&#039;abord chez Montesquieu, c&#039;est l&#039;idée qu&#039;il se fait des lois. Il en donne une vue qui doit être tenue pour naturaliste et laïque en dépit de la référence de Montesquieu à Dieu : « Les rapports nécessaires qui découlent de la nature des choses. » On peut voir dans cette formule l&#039;annonce de la fameuse maxime durkheimienne selon laquelle il faut « traiter les faits sociaux comme des choses ». Mais tout en apercevant dans la société l&#039;opération des lois qui la gouvernent, tout en identifiant le système de rapports qui assurent à la conduite des hommes une certaine régularité et une certaine prévisibilité, Montesquieu se garde bien de s&#039;enfermer dans une conception étroitement positiviste de la légalité qu&#039;il ne limite point à la pure constatation de constances, ou de régularités, « La divinité même a ses lois ». Cette proposition n&#039;est pas une clause de style, car pour Montesquieu « Dieu a du rapport avec l&#039;univers » et notamment avec les hommes qui lui sont rattachés par des liens de la morale et de la religion. Les lois de l&#039;organisation sociale ont donc à voir avec Dieu, avec « sa sagesse et sa puissance ». Il ne s&#039;agit pas de savoir si le Dieu auquel Montesquieu fait appel est celui de Spinoza ou celui de Malebranche. Ce qui importe au sociologue c&#039;est d&#039;observer qu&#039;après avoir si fortement souligné la &#039;&#039;légalité&#039;&#039; de la nature sociale, Montesquieu évite soigneusement de la confondre avec celle de la nature physique. Les lois gouvernent si rigoureusement le comportement des hommes que Montesquieu est tenté de dire qu&#039;une fois posés les « principes », il a vu « l&#039;infini diversité des lois et des coutumes (...) s&#039;y plier comme d&#039;eux-mêmes ». Pourtant l&#039;homme qui est un « être flexible », « se pliant dans la société aux pensées et aux impressions des autres », est aussi soumis aux lois morales et aux lois religieuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lois dont Montesquieu s&#039;occupe concernent des « êtres particuliers et intelligents », des &#039;&#039;acteurs&#039;&#039;, dirions-nous dans notre language. Aussi ne se présentent-elles pas avec la même rigueur que les lois de la mécanique qui s&#039;établissent « entre un corps mû et un autre corps mû ». « Il s&#039;en faut que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique ». La légalité que nous observons dans les phénomènes sociaux n&#039;est pas de l&#039;ordre de la « fatalité » ou du déterminisme. Elle doit faire place aux intentions, aux stratégies des « êtres particuliers et intelligents » qui d&#039;ailleurs peuvent se servir à leurs fins propres des « constances » et des « uniformités » qu&#039;elle nous permet d&#039;établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Montesquieu a une vue très réaliste de l&#039;extrême diversité des lois. Il prend ce terme dans un sens délibérément extensif. Il ne prétend pas comme certains jusristes positivites limiter le domaine de la loi à celui des prescriptions impératives renvues efficaces par l&#039;intervention des autorités politiques. Nous ne sommes pas seulement soumis aux lois de l&#039;État. Nous obéissons aussi aux lois divines, aux lois de la nature physique, comme le climat, aux lois de la nature animale, comme celles qui intéressent la croissance et la propagation de l&#039;espèce. Enfin, parmi les lois positives, encore faut-il distinguer celles qui relèves du droit politique et celles qui relèvent du droit des gens. Chaque type de légalité a sa logique propre, et les abus les plus criants viennent de ce que ces diverses sortes de lois sont parfois confondues par une sorte de fureur d&#039;unification, qui constitue l&#039;essence même du despotisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lois constituent un &#039;&#039;système&#039;&#039;. Cette idée circule dans toute l&#039;oeuvre de Montesquieu. Elle est clairement soulignée dès le premier livre de son grand ouvrage. Elle est repise et affirmée avec plus de précision dans les textes où est énoncée la notion très riche, mais quelque peu fuyante, de « l&#039;esprit général d&#039;une nation ». Voici ce texte, dont il est facile de trouver plusieurs variantes. « Plusieurs choses gouvernent les hommes : le climat, la religion, les lois, les maximes du gouvernement, les exemples des choses passées, les moeurs, les manières. » A première vue, la liste se présente comme une énumération dont rien ne nous garantit qu&#039;elle est complète et ordonnée. Un critère pourtant est introduit qui permet de distinguer la manière dont agissent ces diverses &#039;&#039;contraintes&#039;&#039; sur les diverses sortes de lois. C&#039;est « la force avec laquelle dans chaque nation agit une de ces causes ». Moins les sociétés sont différenciées, plus la « base morphologique » (le climat, l&#039;environnement physique, la structure démographique) est contraignante. Plus les hommes sont « civilisés », c&#039;est-à-dire sont au sens fort des « êtres particuliers et intelligents », des individus avec leurs « singularités », plus la légalité de l&#039;ordre social repose sur « les lois, les moeurs et les manières ». Montesquieu distingue soigneusement les trois termes, et d&#039;abord les deux derniers du premier. La Chine où la régulation se fait par les « manières », rites et cérémonies, est différente de la Lacédémone, où les « moeurs », c&#039;est-à-dire les règles de conduite vis-à-vis d&#039;autrui avaient priorité. Après les avoir distinguées, il associe moeurs et manières qu&#039;il oppose conjointement aux lois qui sont « des usages que le législateur a établis ». Les peuples libres sont ceux qui se gouvernent par les lois, tandis que les pays où prédominent moeurs et manières sont exposés au despotisme ou à la tyrannie. Mais la régulation par les lois est elle-même complexe et problématique. Il est vrai, comme le suggère l&#039;exemple de l&#039;Angleterre, que la liberté politique peut produire des moeurs et des manières libres dans le domaine du commerce et de la vie privée. Mais il peut se faire aussi, comme à Sparte et à Rome, que les lois ne soient qu&#039;un artifice du législateur qui cherche à rendre aux « coutumes anciennes », c&#039;est-à-dire aux moeurs et manières, une autorité qu&#039;elles avaient perdue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme les lois de chaque pays constituent un système, on peut comparer ces pays. Montesquieu compare l&#039;Angleterre et Rome, la Chine à Sparte. Mais il prend toujours le plus grand soin de préciser sous quel rapport il les compare. Deux sociétés peuvent se ressembler sous un rapport, alors que sous un autre rapport elles sont différentes. Dans le langage moderne, on dirait que Montesquieu est tenté par l&#039;« analyse systémique ». Mais sa conception du système social est pure de toute tentation holiste et totalitaire. Aucune société ne constitue un tout parfaitement intégré. C&#039;est un ensemble de dimensions différenciées, dont Montesqieu cherche à restituer l&#039;extraordinaire complexité, en parlant d&#039;« esprit général ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur un point encore, l&#039;oeuvre de Montesquieu est tout à fait moderne. Les sociologues ont depuis Marx indéfiniment débattu des rapports entre infrastructure et superstructure. Montesquieu, dans le texte sur l&#039;esprit général cité plus haut, parle lui aussi de « causes » et cherche à apprécier laquelle de ces « causes » dans une société donnée agit le plus fortement. Mais il se protège très bien contre la tentation de chercher un « facteur » unique ou du moins prépondérant. On le voit par la manière dont évolue dans &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; le concept de régime politique. Dans les premiers livres, ce sont des principes et de la nature des gouvernements que semblent dériver les lois. Mais très vite la fécondité explicative du facteur politique s&#039;épuise; et Montesquieu, imperturbable, ajoute d&#039;autres facteurs qu&#039;il juge plus pertinents et plus adéquats. L&#039;avantage de cette démarche est double. Ce n&#039;est pas seulement la notion de loi qui s&#039;enrichit; c&#039;est aussi celle de régime politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre aspect par où l&#039;oeuvre de Montesquieu doit retenir l&#039;attention des sociologues, c&#039;est l&#039;interprétation qu&#039;elle suggère du changement social. Montesquieu ne tombe, ni du côté des tenants d&#039;une conception du Progrès linéaire et uniformément accéléré, ni du côté des tenants d&#039;une conception cyclique (&#039;&#039;corsi e recorsi&#039;&#039; à la Vico). Il est très sensible, comme ses contemporains, aux phénomènes de décadence. Mais il en donne une vue qui ne sacrifie pas aux explications unilatérales de la chute des empires par la corruption des moeurs. Dans les vues qu&#039;il propose sur « la grandeur et la décadence des Romain », Montesquieu souligne le caractère paradoxal de leur développement. « Les lois de la Rome primitive conduisaient à l&#039;agrandissement de la ville. Mais une fois que Rome se fut soumis l&#039;univers, par un renversement aussi brutal qu&#039;inévitable, les principes de sa grandeur devinrent les causes de sa décadence. » Montesquieu s&#039;attache à plusieurs facteurs dont il cherche la liaison. « La taille de la ville, l&#039;extension très limitée des territoires sur lesquels les Romains exerçaient leur pouvoir donnait à l&#039;État une force ramassée, qui retenait les particuliers dans la sphère des passions civiques ». Il n&#039;en va plus de même dès que par l&#039;extension et la multiplication des provinces, le nombre croissant des soldats qui en assurent la protection, l&#039;insubordination de leurs chefs, la prolifération de la ville de Rome, et les problèmes de subsistance qui en résultèrent, à la vieille unité civique succéda une concurrence de plus en plus vive entre les factions civiles et militaires, les régions et les groupes ethniques plus ou moins récemment conquis. Montesquieu sent très bien la complexité de cet enchaînement causal. Comme il décrit les cheminements qui d&#039;une intention vicieuse et censurable peuvent conduire à des résultats inattendus. Ainsi, selon le titre du chapitre 20 du livre XXI de &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; « le commerce se fit un jour en Occident à travers la Barbarie. Le prêt à intérêt ayant été condamné sur l&#039;autorité d&#039;Aristote, le commerce fut confondu avec l&#039;usure la plus affreuse et les Juifs furent les seuls à qui cette occupaton fût consentie ». Les préjugés racistes et l&#039;ignorance en matière économique se prêtant appui, les Juifs furent soumis à toutes les exactions de la part des rois et des princes. Mais ils parvinrent à s&#039;y soustraire « en inventant les lettres de change qui pouvaient être envoyées partout et en laissaient de trace nulle part ». Une « main invisible » guide le développement des institutions; mais ce n&#039;est plus celle d&#039;une Providence à la Bossuet. Ce n&#039;est pas davantage le « sens de l&#039;histoire » qui intéresse Montesquieu, mais plutôt les modalités de son déroulement qui expriment la diversité des contraintes (la nature des choses), la richesse de nos ressources, et notre capacité de répondre aux premières et de combiner les secondes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;{{Infobox Auteur|nom=Charles de Montesquieu&lt;br /&gt;
|image=[[Image:Montesquieu.gif]]&lt;br /&gt;
|dates = 1689-1755&lt;br /&gt;
|tendance = [[:wl:Libéraux classiques|Libéral classique]]&lt;br /&gt;
|citations = « Chacun va au bien commun croyant aller à ses intérêts particuliers. »&amp;lt;br&amp;gt;« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut, que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »&amp;lt;br&amp;gt;« L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. »&lt;br /&gt;
|liens = [[:wl:Montesquieu|Wikibéral]]&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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[[Catégorie:Auteurs-B]]&lt;br /&gt;
{{François Bourricaud}}&lt;/div&gt;</summary>
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&lt;br /&gt;
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[[Catégorie:Auteurs-B]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
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		<title>Raymond Boudon:Montesquieu</title>
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		<updated>2014-01-06T23:34:43Z</updated>

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&lt;hr /&gt;
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&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sociologie dès sa naissance a entretenu des relations ambiguës avec « la philosophie des Lumières ». En effet, Auguste Comte, qui se proclame le fondateur de cette discipline, voyait dans les « philosophes » des esprits « métaphysiques » c&#039;est-à-dire pour lui, négatifs, et tout à fait incapables de comprendre les fondements de l&#039;ordre social. Montesquieu était le seul à échapper à sa censure. Comme &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; est aussi célébré comme une des bibles de la politique humaniste et libérale, cette oeuvre ne peut pas manquer d&#039;intriguer le sociologue qui cherche à la placer dans la lignée des fondateurs, ou du moins des précurseurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui frappe d&#039;abord chez Montesquieu, c&#039;est l&#039;idée qu&#039;il se fait des lois. Il en donne une vue qui doit être tenue pour naturaliste et laïque en dépit de la référence de Montesquieu à Dieu : « Les rapports nécessaires qui découlent de la nature des choses. » On peut voir dans cette formule l&#039;annonce de la fameuse maxime durkheimienne selon laquelle il faut « traiter les faits sociaux comme des choses ». Mais tout en apercevant dans la société l&#039;opération des lois qui la gouvernent, tout en identifiant le système de rapports qui assurent à la conduite des hommes une certaine régularité et une certaine prévisibilité, Montesquieu se garde bien de s&#039;enfermer dans une conception étroitement positiviste de la légalité qu&#039;il ne limite point à la pure constatation de constances, ou de régularités, « La divinité même a ses lois ». Cette proposition n&#039;est pas une clause de style, car pour Montesquieu « Dieu a du rapport avec l&#039;univers » et notamment avec les hommes qui lui sont rattachés par des liens de la morale et de la religion. Les lois de l&#039;organisation sociale ont donc à voir avec Dieu, avec « sa sagesse et sa puissance ». Il ne s&#039;agit pas de savoir si le Dieu auquel Montesquieu fait appel est celui de Spinoza ou celui de Malebranche. Ce qui importe au sociologue c&#039;est d&#039;observer qu&#039;après avoir si fortement souligné la &#039;&#039;légalité&#039;&#039; de la nature sociale, Montesquieu évite soigneusement de la confondre avec celle de la nature physique. Les lois gouvernent si rigoureusement le comportement des hommes que Montesquieu est tenté de dire qu&#039;une fois posés les « principes », il a vu « l&#039;infini diversité des lois et des coutumes (...) s&#039;y plier comme d&#039;eux-mêmes ». Pourtant l&#039;homme qui est un « être flexible », « se pliant dans la société aux pensées et aux impressions des autres », est aussi soumis aux lois morales et aux lois religieuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lois dont Montesquieu s&#039;occupe concernent des « êtres particuliers et intelligents », des &#039;&#039;acteurs&#039;&#039;, dirions-nous dans notre language. Aussi ne se présentent-elles pas avec la même rigueur que les lois de la mécanique qui s&#039;établissent « entre un corps mû et un autre corps mû ». « Il s&#039;en faut que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique ». La légalité que nous observons dans les phénomènes sociaux n&#039;est pas de l&#039;ordre de la « fatalité » ou du déterminisme. Elle doit faire place aux intentions, aux stratégies des « êtres particuliers et intelligents » qui d&#039;ailleurs peuvent se servir à leurs fins propres des « constances » et des « uniformités » qu&#039;elle nous permet d&#039;établir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Montesquieu a une vue très réaliste de l&#039;extrême diversité des lois. Il prend ce terme dans un sens délibérément extensif. Il ne prétend pas comme certains jusristes positivites limiter le domaine de la loi à celui des prescriptions impératives renvues efficaces par l&#039;intervention des autorités politiques. Nous ne sommes pas seulement soumis aux lois de l&#039;État. Nous obéissons aussi aux lois divines, aux lois de la nature physique, comme le climat, aux lois de la nature animale, comme celles qui intéressent la croissance et la propagation de l&#039;espèce. Enfin, parmi les lois positives, encore faut-il distinguer celles qui relèves du droit politique et celles qui relèvent du droit des gens. Chaque type de légalité a sa logique propre, et les abus les plus criants viennent de ce que ces diverses sortes de lois sont parfois confondues par une sorte de fureur d&#039;unification, qui constitue l&#039;essence même du despotisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lois constituent un &#039;&#039;système&#039;&#039;. Cette idée circule dans toute l&#039;oeuvre de Montesquieu. Elle est clairement soulignée dès le premier livre de son grand ouvrage. Elle est repise et affirmée avec plus de précision dans les textes où est énoncée la notion très riche, mais quelque peu fuyante, de « l&#039;esprit général d&#039;une nation ». Voici ce texte, dont il est facile de trouver plusieurs variantes. « Plusieurs choses gouvernent les hommes : le climat, la religion, les lois, les maximes du gouvernement, les exemples des choses passées, les moeurs, les manières. » A première vue, la liste se présente comme une énumération dont rien ne nous garantit qu&#039;elle est complète et ordonnée. Un critère pourtant est introduit qui permet de distinguer la manière dont agissent ces diverses &#039;&#039;contraintes&#039;&#039; sur les diverses sortes de lois. C&#039;est « la force avec laquelle dans chaque nation agit une de ces causes ». Moins les sociétés sont différenciées, plus la « base morphologique » (le climat, l&#039;environnement physique, la structure démographique) est contraignante. Plus les hommes sont « civilisés », c&#039;est-à-dire sont au sens fort des « êtres particuliers et intelligents », des individus avec leurs « singularités », plus la légalité de l&#039;ordre social repose sur « les lois, les moeurs et les manières ». Montesquieu distingue soigneusement les trois termes, et d&#039;abord les deux derniers du premier. La Chine où la régulation se fait par les « manières », rites et cérémonies, est différente de la Lacédémone, où les « moeurs », c&#039;est-à-dire les règles de conduite vis-à-vis d&#039;autrui avaient priorité. Après les avoir distinguées, il associe moeurs et manières qu&#039;il oppose conjointement aux lois qui sont « des usages que le législateur a établis ». Les peuples libres sont ceux qui se gouvernent par les lois, tandis que les pays où prédominent moeurs et manières sont exposés au despotisme ou à la tyrannie. Mais la régulation par les lois est elle-même complexe et problématique. Il est vrai, comme le suggère l&#039;exemple de l&#039;Angleterre, que la liberté politique peut produire des moeurs et des manières libres dans le domaine du commerce et de la vie privée. Mais il peut se faire aussi, comme à Sparte et à Rome, que les lois ne soient qu&#039;un artifice du législateur qui cherche à rendre aux « coutumes anciennes », c&#039;est-à-dire aux moeurs et manières, une autorité qu&#039;elles avaient perdue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme les lois de chaque pays constituent un système, on peut comparer ces pays. Montesquieu compare l&#039;Angleterre et Rome, la Chine à Sparte. Mais il prend toujours le plus grand soin de préciser sous quel rapport il les compare. Deux sociétés peuvent se ressembler sous un rapport, alors que sous un autre rapport elles sont différentes. Dans le langage moderne, on dirait que Montesquieu est tenté par l&#039;« analyse systémique ». Mais sa conception du système social est pure de toute tentation holiste et totalitaire. Aucune société ne constitue un tout parfaitement intégré. C&#039;est un ensemble de dimensions différenciées, dont Montesqieu cherche à restituer l&#039;extraordinaire complexité, en parlant d&#039;« esprit général ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur un point encore, l&#039;oeuvre de Montesquieu est tout à fait moderne. Les sociologues ont depuis Marx indéfiniment débattu des rapports entre infrastructure et superstructure. Montesquieu, dans le texte sur l&#039;esprit général cité plus haut, parle lui aussi de « causes » et cherche à apprécier laquelle de ces « causes » dans une société donnée agit le plus fortement. Mais il se protège très bien contre la tentation de chercher un « facteur » unique ou du moins prépondérant. On le voit par la manière dont évolue dans &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; le concept de régime politique. Dans les premiers livres, ce sont des principes et de la nature des gouvernements que semblent dériver les lois. Mais très vite la fécondité explicative du facteur politique s&#039;épuise; et Montesquieu, imperturbable, ajoute d&#039;autres facteurs qu&#039;il juge plus pertinents et plus adéquats. L&#039;avantage de cette démarche est double. Ce n&#039;est pas seulement la notion de loi qui s&#039;enrichit; c&#039;est aussi celle de régime politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un autre aspect par où l&#039;oeuvre de Montesquieu doit retenir l&#039;attention des sociologues, c&#039;est l&#039;interprétation qu&#039;elle suggère du changement social. Montesquieu ne tombe, ni du côté des tenants d&#039;une conception du Progrès linéaire et uniformément accéléré, ni du côté des tenants d&#039;une conception cyclique (&#039;&#039;corsi e recorsi&#039;&#039; à la Vico). Il est très sensible, comme ses contemporains, aux phénomènes de décadence. Mais il en donne une vue qui ne sacrifie pas aux explications unilatérales de la chute des empires par la corruption des moeurs. Dans les vues qu&#039;il propose sur « la grandeur et la décadence des Romain », Montesquieu souligne le caractère paradoxal de leur développement. « Les lois de la Rome primitive conduisaient à l&#039;agrandissement de la ville. Mais une fois que Rome se fut soumis l&#039;univers, par un renversement aussi brutal qu&#039;inévitable, les principes de sa grandeur devinrent les causes de sa décadence. » Montesquieu s&#039;attache à plusieurs facteurs dont il cherche la liaison. « La taille de la ville, l&#039;extension très limitée des territoires sur lesquels les Romains exerçaient leur pouvoir donnait à l&#039;État une force ramassée, qui retenait les particuliers dans la sphère des passions civiques ». Il n&#039;en va plus de même dès que par l&#039;extension et la multiplication des provinces, le nombre croissant des soldats qui en assurent la protection, l&#039;insubordination de leurs chefs, la prolifération de la ville de Rome, et les problèmes de subsistance qui en résultèrent, à la vieille unité civique succéda une concurrence de plus en plus vive entre les factions civiles et militaires, les régions et les groupes ethniques plus ou moins récemment conquis. Montesquieu sent très bien la complexité de cet enchaînement causal. Comme il décrit les cheminements qui d&#039;une intention vicieuse et censurable peuvent conduire à des résultats inattendus. Ainsi, selon le titre du chapitre 20 du livre XXI de &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; « le commerce se fit un jour en Occident à travers la Barbarie. Le prêt à intérêt ayant été condamné sur l&#039;autorité d&#039;Aristote, le commerce fut confondu avec l&#039;usure la plus affreuse et les Juifs furent les seuls à qui cette occupaton fût consentie ». Les préjugés racistes et l&#039;ignorance en matière économique se prêtant appui, les Juifs furent soumis à toutes les exactions de la part des rois et des princes. Mais ils parvinrent à s&#039;y soustraire « en inventant les lettres de change qui pouvaient être envoyées partout et en laissaient de trace nulle part ». Une « main invisible » guide le développement des institutions; mais ce n&#039;est plus celle d&#039;une Providence à la Bossuet. Ce n&#039;est pas davantage le « sens de l&#039;histoire » qui intéresse Montesquieu, mais plutôt les modalités de son déroulement qui expriment la diversité des contraintes (la nature des choses), la richesse de nos ressources, et notre capacité de répondre aux premières et de combiner les secondes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{Charles de Montesquieu}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Raymond_Boudon:Le_Juste_et_le_vrai&amp;diff=51326</id>
		<title>Raymond Boudon:Le Juste et le vrai</title>
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		<updated>2014-01-06T21:50:32Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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&lt;br /&gt;
{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre2|Le Juste et le vrai|Analyse de Catallaxia|Autour de l&#039;ouvrage de Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
==Introduction==&lt;br /&gt;
Comment expliquer les croyances et notamment les croyances collectives ? C&#039;est la question que se pose Raymond Boudon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un inventaire rapide permet d&#039;établir une courte liste des schémas couramment utilisés par les sciences humaines classiques et modernes à ce propos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le schéma des moralistes : pour La Rochefoucauld, &amp;quot;l&#039;esprit est le plus souvent la dupe du coeur&amp;quot;, ou, comme le dit Pascal, &amp;quot;le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas&amp;quot;. Pareto a repris ce schéma en sociologie, et Aronson de nos jours (1).&lt;br /&gt;
* Le schéma utilitariste ensuite : il suppose, quant à lui, que je crois bon ou juste ce qui est de mon intérêt : la démocratie passe pour bonne parce qu&#039;elle est de l&#039;intérêt de la classe dominante (Marx).&lt;br /&gt;
* Le schéma de l&#039;imitation, de &amp;quot;l&#039;automatisme&amp;quot;, de la suggestibilité et de la contagion : il se rencontre chez des auteurs anciens, comme Le Bon ou Tarde, et chez quelques modernes.&lt;br /&gt;
* Le schéma de la socialisation ou de l&#039;inculcation : il joue un rôle essentiel chez Durkheim, et les néo-durkeimiens comme Mary Douglas ou R. Needham (2).&lt;br /&gt;
* Le schéma psychanalytique : il fait de l&#039;angoisse le primum mobile des représentations du monde.&lt;br /&gt;
* Le schéma des déficiences cognitives, de la mentalité pré-logique, ou de la pensée magique : elle est représentée, de façon ininterrompue, de Lévy-Bruhl à l&#039;anthropologue Shweder. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut qualifier toutes ces explications d&#039;&amp;quot;irrationnelles&amp;quot;, car, par-delà leurs différences, elles partagent un postulat, à savoir que les croyances du sujet social s&#039;expliquent non par les raisons qu&#039;il se donne ou pourrait se donner, mais par des causes d&#039;une autre nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais, même s&#039;il ne nie pas l&#039;importance de ces schémas explicatifs, Boudon ne fait pas siennes ces observations : une chose est de reconnaître l&#039;existence de ces processus familiers, qui jouent effectivement un rôle très important dans l&#039;installation de bien des croyances collectives, une autre est d&#039;avancer qu&#039;elles sont d&#039;origine affective. Prenant le contre-pied de ces conceptions, Boudon estime qu&#039;il est beaucoup plus pertinent d&#039;analyser les croyances comme l&#039;effet de raisons. Ce modèle, c&#039;est le modèle &amp;quot;cognitiviste&amp;quot;. Les processus de formation des croyances sont dans cette optique largement indépendants de la nature et du contenu des croyances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autre part, les croyances dites &amp;quot;positives&amp;quot; (vrai/faux), même lorsqu&#039;elles sont fausses, apparaissent comme fondées sur des principes généralement valides. Ainsi, bon nombre de ces croyances fausses dérivent de l&#039;application de postulats apparemment aussi irrécusables que &amp;quot;tout effet a une cause&amp;quot;, ou &amp;quot;il faut croire à ce que l&#039;on voit&amp;quot;.Ils constituent des guides sûrs de la pensée. Mais ils peuvent aussi être appliqués de façon malencontreuse, et, ainsi, donner naissance à des croyances non fondées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce modèle cognitiviste s&#039;appuie sur des considérations méthodologiques. Il part de la remarque que toutes les théories irrationnelles se heurtent à une sérieuse difficulté, à savoir qu&#039;elles sont presque inéluctablement vouées à attribuer les croyances à des causes occultes. On n&#039;a jamais décrypté les mécanismes liés à la &amp;quot;contagion&amp;quot; de Le Bon ou aux &amp;quot;sentiments&amp;quot; de Pareto. Pour mettre cette difficulté en relief, supposons qu&#039;on veuille expliquer pourquoi un sujet croit que 2 et 2 font 4. Il serait peu satisfaisant d&#039;expliquer cette croyance en avançant que le sujet en question a &amp;quot;intériorisé&amp;quot; cet énoncé. La bonne explication consiste bien sûr à montrer que le sujet a d&#039;excellentes raisons de croire à l&#039;énoncé. Mais pourquoi ne pas supposer qu&#039;il en va de même lorsque la qualité des raisons est moins irrécusable ? Nous devons adopter un double postulat wéberien, à savoir que les croyances individuelles doivent être analysées comme faisant sens pour l&#039;acteur, et que les croyances collectives résultent de ce qu&#039;un individu quelconque a des raisons de les endosser personnellement. Cette perspective cognitiviste permet d&#039;expliquer facilement une donnée phénoménologique essentielle, à savoir que le sujet a normalement un sentiment de conviction et non d&#039;&amp;quot;interiorisation&amp;quot; ou de &amp;quot;contrainte&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bloor (3) a bien senti toute la difficulté qu&#039;il y avait à expliquer les croyances fondées par les raisons objectives qu&#039;on a d&#039;y croire et les croyances non fondées par des causes étrangères aux raisons que le sujet se donne. A juste titre, il a proposé d&#039;abolir l&#039;asymétrie entre l&#039;explication des croyances fondées et les autres. Il propose d&#039;expliquer toute croyance, quelle qu&#039;elle soit, par des causes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour liquider cette asymétrie, Boudon propose quant à lui une solution inverse : partir du postulat que &amp;quot;comprendre de manière significative&amp;quot; aussi bien les croyances qui nous paraissent les plus étranges que l&#039;adhésion aux vérités de l&#039;arithmétique, c&#039;est dans la plupart des cas rechercher les raisons que le sujet a d&#039;y croire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le modèle cognitiviste s&#039;appuie, non seulement sur ces considérations de méthode, mais aussi sur des considérations sociologiques. On admet facilement qu&#039;il existe dans d&#039;autres domaines que le domaine scientifique des argumentations que tout le monde s&#039;accorde à reconnaître comme plus ou moins défendables. Il y a une différence de forme plutôt que de contenu, de degré plutôt que de nature, entre la situation du magistrat qui doit motiver sa décision et bien des situations banales : celle de la mère qui doit pouvoir expliquer ses injonctions à l&#039;enfant qui les conteste ou à la grand-mère qui la surveille du coin de l&#039;oeil, voire s&#039;expliquer à elle-même pourquoi elle s&#039;autorise à lui infliger une réprimande ; ou celle de l&#039;individu qui défend son point de vue dans une discussion entre amis. Le fait que le sujet doive souvent défendre ses croyances, fût-ce à ses propres yeux, suggère qu&#039;il n&#039;y a pas de conviction qui ne s&#039;appuie sur un système de raisons perçues comme plus ou moins solides par le sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Boudon nomme transsubjectives les raisons qui, afin d&#039;être crédibles, doivent être vues par le sujet sinon comme démonstratives, du moins comme convaincantes. Ce sont les raisons qui ont une capacité à être endossées par un ensemble de personnes, même si l&#039;on ne peut parler à leur propos de validité objective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette notion s&#039;applique à deux situations distinctes. La première correspond aux propositions qui relèvent du vrai et du faux, qui sont douteuses ou fausses, et qui font l&#039;objet d&#039;une croyance collective. La seconde est celle des croyances en des énoncés, soit qui ne relèvent pas du vrai et du faux, soit dont il est difficile d&#039;affirmer s&#039;ils sont vrais ou faux, et qui font également l&#039;objet d&#039;une croyance collective. Pour illustrer le premier cas, nous prendrons quelques exemples relevant de la psychologie cognitive. Pour illustrer le second, des exemples de sociologie de la connaissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Exemples tirés de la psychologie cognitive==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les travaux de la psychologie cognitive évitent toute implication affective du sujet et rendent invraisemblables les explications par les intérêts, les passions ou la mauvaise foi, de même que les hypothèses du type &amp;quot;imitation&amp;quot; ou &amp;quot;contagion&amp;quot;. Les explications par les effets de socialisation n&#039;ont pas non plus une grande place ici. Ces expériences sont en général conçues de façon telles qu&#039;on peut comparer les croyances du sujet au vrai et déterminer avec certitude si elles s&#039;en écartent ou non. Elles font apparaître des &amp;quot;croyances collectives&amp;quot; particulièrement intéressantes parce que énigmatiques : tout le monde ou presque pense que la proposition de X est vraie, ou X est faux. On est facilement tenté d&#039;émettre une conjecture de type &amp;quot;Lévy-Bruhl&amp;quot; : la pensée ordinaire est soumise à des règles d&#039;inférence illégitimes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait, on peut le plus souvent analyser les résultats souvent inattendus de la psychologie cognitive à l&#039;aide du modèle cognitiviste. Que l&#039;inférence naturelle découvre de bonnes ou de mauvaises réponses, celles-ci ne peuvent en général être interprétées comme fondées sur des arguments que le sujet a des raisons d&#039;appréhender comme valides.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Un exemple de consensus sur une idée fausse===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pose à des médecins la question suivante : une maladie a un taux de pénétration de 1 pour 1000. Il existe un test permettant de détecter sa présence. Ce teste a un taux de &amp;quot;faux positifs&amp;quot; (c&#039;est-à-dire d&#039;erreurs positives) de 5 %. Un individu est soumis au test. Le résultat est positif. Quelle est la probabilité pour qu&#039;il soit effectivement atteint ? (4) La réponse des médecins est à la fois très structurée, et fausse. On observe un consensus ou une croyance collective franchement fausse. La plupart des médecins répondent que dans les conditions décrites, le sujet &amp;quot;positif&amp;quot; a 95 % de chances d&#039;être réellement atteint par la maladie. Quant à la réponse correcte, elle est donnée par 18 % des médecins. (5) Il n&#039;existe qu&#039;une seule manière satisfaisante d&#039;expliquer cette structuration macroscopique : la surestimation des risques auxquels est exposé un sujet positif au test tend à être endossée collectivement par les répondants, parce qu&#039;elle est fondée sur des raisons qui tendent à être perçues comme valides. Ce sont en d&#039;autres termes des raisons transsubjectives qui expliquent ici la structuration de l&#039;&amp;quot;opinion publique&amp;quot; et engendrent la croyance collective. Ici les sujets &amp;quot;raisonnent&amp;quot; de la façon suivante : il y a 5 % d&#039;erreurs, donc une surestimation de 5 % du nombre des sujets positifs au test (T) par rapport au nombre des malades réels (M).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
T = M + 5 % M (1+5%)=1.05 M&lt;br /&gt;
M = T/1.05 = 0.95 T&lt;br /&gt;
Pr (M/T) = 0.95&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces réponses mauvaises sont choisies parce qu&#039;on a des raisons de penser qu&#039;elles sont bonnes. La notion de &amp;quot;faux positifs&amp;quot; évoque celle de &amp;quot;faux malades&amp;quot;, de personnes positives au test, mais qui ne sont pas malades.&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;table width=&amp;quot;50%&amp;quot; border=&amp;quot;1&amp;quot; align=&amp;quot;center&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;tr&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;td&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;div align=&amp;quot;center&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;font size=&amp;quot;2&amp;quot; face=&amp;quot;Arial, Helvetica, sans-serif&amp;quot;&amp;gt;Test Maladie&amp;lt;/font&amp;gt;&amp;lt;/div&amp;gt;&amp;lt;/td&amp;gt;&lt;br /&gt;
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&#039;&#039;L&#039;interprétation sous-jacente aux réponses majoritaires&#039;&#039;&lt;br /&gt;
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Il suffit de mettre les données sous cette forme  pour voir qu&#039;on peut interpréter &amp;quot;false positive rate&amp;quot;, &amp;quot;taux de faux positifs&amp;quot;, d&#039;une autre façon : &amp;quot;il y a 5 % de faux positifs&amp;quot; peut aussi vouloir dire que &amp;quot;sur 100 non-malades, il y a 5 % de personnes positives au test&amp;quot;. Le nombre des faux malades est donc de 4 995 et celui des vrais malades de 100. Ainsi, la probabilité d&#039;être malade quand on est positif au test est, non de 95 %, mais de :&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Les sujets donnent une réponse erronée parce que la notion de &amp;quot;false positive rate&amp;quot; est ambiguë. La notion de &amp;quot;faux positif&amp;quot; est parfaitement claire. Mais c&#039;est le concept de &amp;quot;taux&amp;quot; qui est ici ambigu : faut-il rapporter les &amp;quot;faux positifs&amp;quot; aux &amp;quot;vrais positifs&amp;quot; ou aux &amp;quot;vrais négatifs&amp;quot; ? La plupart des médecins ne se sont sans doute pas posé la question. Mais, s&#039;ils se la sont posée, elle les a sans doute engagés sur la voie de la mauvaise réponse. La notion de &amp;quot;faux positifs&amp;quot; appelle plus facilement une comparaison avec les &amp;quot;vrais positifs&amp;quot; : n&#039;est-il pas plus naturel de rapporter les faux positifs aux vrais, plutôt que d&#039;introduire le chiasme &amp;quot;faux positifs/vrais négatifs&amp;quot; ? A cela, il faut ajouter que la notion de test est un &amp;quot;success world&amp;quot; : par définition, sous peine de ne pas mériter son nom, un test ne saurait être que valide. Le faible taux d&#039;erreurs annoncé (5%) est donc interprété normalement par les répondants comme un indicateur de la validité du test. Les médecins ont donc de bonnes raisons de se tromper. Bref, la situation secrète des raisons fortes pour adopter la mauvaise réponse. Voilà une belle illustration des raisons transsubjectives. Ici, la croyance s&#039;installe bien sur la base de raisons perçues comme suffisantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Autres exemples : les études de Shweder===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;un consensus s&#039;établit sur une idée fausse, on peut généralement émettre la conjecture qu&#039;il en est ainsi parce que cette idée fait sens pour chacun, que chacun a des raisons d&#039;y croire, et que, de surcroît, il peut facilement avoir l&#039;impression que ces raisons sont dignes d&#039;être partagées (6). Shweder (7) présente plusieurs expériences où des sujets à qui on propose d&#039;examiner des données statistiques en tirent à une écrasante majorité des conclusions que les règles de l&#039;inférence statistique n&#039;autorisent en aucune façon. Il en conclut que la pensée ordinaire est &amp;quot;magique&amp;quot;, au sens de Lévy-Bruhl. Autant les résultats de l&#039;étude sont passionnants, autant cette interprétation est discutable (8). On propose à des infirmières un lot de 100 fiches supposées représenter chacune une maladie. On y a reporté des informations fictives : le patient présente/ne présente pas le symptôme S ; il est/n&#039;est pas affecté de la maladie M. L&#039;on demande alors aux infirmières si le symptôme S doit être interprété comme un symptôme de la maladie M.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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Les infirmières n&#039;utilisent, semble-t-il, qu&#039;une seule information pour déterminer leur réponse : la proportion des cas où le patient à la fois est atteint par la maladie et présente le symptôme. Ces cas sont &amp;quot;relativement fréquents&amp;quot; (37 sur 100). Mais cette seule information ne permet pas de conclure à une relation de causalité M =) S. En fait, la probabilité pour qu&#039;un patient soit atteint est un peu plus faible lorsqu&#039;il présente le symptôme que quand il ne le présente pas (37/70 = 0.53 ; 17/30 = 0.57).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;où vient donc que les réponses aillent très majoritairement dans le mauvais sens ? D&#039;où vient qu&#039;une corrélation en réalité faiblement négative soit avec un bel entrain perçue comme positive ? On peut interpréter la conviction des infirmières comme résultant d&#039;un effort pour maîtriser la complexité du problème, d&#039;analyser leurs réponses comme faisant sens pour elles, comme dérivant de raisons. Ces dernières sont transsubjectives, et c&#039;est ce caractère transsubjectif qui explique le caractère collectif de la croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici quelle pourrait être l&#039;analyse. Premier point : s&#039;il est vrai qu&#039;un tableau de contingence binaire comprend quatre informations indépendantes, en pratique on peut dans bien des cas conclure valablement d&#039;une information unique à une relation de causalité. Cette situation est caractéristique notamment des phénomènes pathologiques : elle résulte du simple fait que le normal est plus fréquent que l&#039;anormal. Pourquoi ce sentiment de certitude ? Il résulte tout simplement de ce que l&#039;inférence est effectivement valide. L&#039;interprétation de Boudon est donc que les infirmières se sont peut-être inspirées de ces cas, très fréquents dans la vie courante, où la simple constatation, même d&#039;un petit nombre de coïncidences entre X et Y, permet de conclure valablement à l&#039;existence d&#039;une relation de causalité X =) Y.&lt;br /&gt;
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Une information lacunaire n&#039;interdit pas toujours l&#039;inf&amp;amp;eacute;rence causale&amp;lt;/i&amp;gt;&amp;lt;/font&amp;gt;&amp;lt;/p&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les infirmières ont pu, de façon métaconsciente, juger que la fréquence de la maladie est &amp;quot;faible&amp;quot;, et que celle de tout &amp;quot;symptôme&amp;quot; particulier est également faible. Maladies et symptômes, étant des phénomènes anormaux, sont par définition des événements rares. Si le tableau avait été plus réaliste, plus conforme au réel en ce qui concerne ses effectifs marginaux, l&#039;information selon laquelle les deux caractères - maladie et symptôme - se trouvent conjugués 37 fois sur 100 représenterait effectivement un sérieux indice de causalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ecartons tout de suite une objection aussi peu pertinente que fréquente : les infirmières ne se tiennent évidemment pas le discours présent ; leurs raisons ne leur apparaissent pas avec la même clarté. Mais si l&#039;on ne suppose pas l&#039;existence, sur le mode métaconscient, de telles raisons, on ne comprend pas le caractère collectif de la réponse. La psychologie la mieux ecceptée a d&#039;ailleurs un nom pour qualifier ces systèmes de raisons qui apparaissent sur le mode métaconscient : l&#039;intuition. Rien n&#039;autorise à tirer d&#039;un cas comme celui-là l&#039;idée que l&#039;inférence statistique &amp;quot;ordinaire&amp;quot; obéirait à des &amp;quot;lois&amp;quot; venues d&#039;on ne sait où, et qui seraient d&#039;une autre nature que celles auxquelles obéissent les procédures d&#039;inférence légitimes codifiées dans les manuels de statistique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les deux cas et dans tous les exemples que nous propose la psychologie cognitive, les sujets apparaissent comme faisant des conjectures raisonnables, des synthèses acceptables entre leurs informations. Bien sûr, les synthèses auxquelles parvient le sujet peuvent, comme le montrent ces exemples, être fragiles ou fausses. Dans les deux cas, elles sont transsubjectives : loin de provenir d&#039;idiosyncrasies personnelles, elles tendent à s&#039;imposer, parce que les raisons sur lesquelles elles s&#039;appuient ont une force intrinsèque. Mais cette fausseté n&#039;implique pas l&#039;absence de raisons transsubjectives.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On peut parler de &amp;quot;rationalité cognitive&amp;quot; pour désigner le type de rationalité présent. Ces exemples suggèrent que, pour rendre compte d&#039;une croyance collective, il est bien souvent inopportun de faire appel à des hypothèses supposant un effet mécanique de forces sociales mal définies sur l&#039;esprit de l&#039;individu. Il suffit de comprendre les raisons que chaque sujet ou chaque individu idéal-typique a d&#039;endosser telle croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Exemples tirés de la sociologie de la connaissance==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par contraste, les croyances dont traite la sociologie de la connaissance se caractérisent généralement par le fait qu&#039;elles ne peuvent pas être comparées à une vérité objective. C&#039;est pourquoi il est intéressant de se demander si elles relèvent du modèle cognitiviste.En lisant Tocqueville et Marx, lorsqu&#039;ils expliquent pourquoi les sujets sociaux croient à telles propositions, sans prêter la moindre attention aux modèles irrationnalistes, ces deux auteurs recherchent spontanément les raisons qu&#039;ils ont d&#039;y croire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Marx===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marx est intéressant parce que, dans ses analyses de sociologie de la connaissance, il fait souvent le contraire de ce qu&#039;il recommande dans ses textes doctrinaux. Dans Le Capital, il se demande pourquoi les prolétaires acceptent l&#039;exploitation (9). A cette question, le néo-marxisme vulgaire propose une réponse verbeuse et irrationnelle du type de celles évoquées plus haut : parce qu&#039;ils sont &amp;quot;aliénés&amp;quot;. Or Marx lui-même ne l&#039;évoque même pas. Son analyse suggère que, loin de s&#039;appuyer sur le pouvoir occulte qu&#039;aurait la classe dominante d&#039;imposer ses vues aux prolétaires, ils acceptent l&#039;exploitation parce qu&#039;ils ont de bonnes raisons de le faire. Cette analyse propose une interprétation cognitiviste de la &amp;quot;théorie des groupes de référence&amp;quot;. On peut retranscrire la démarche que Marx impute à un prolétaire idéal-typique sous la forme de l&#039;argumentaire suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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L&#039;analyse consiste d&#039;abord à suggérer que le prolétaire part d&#039;une théorie précise de la justice : à contribution égale, rétribution égale. Cette théorie de la justice lui apparaît comme une évidence car le salarié participe au système de production pour toucher un salaire ; quant audit salaire, il est censé rémunérer la contribution du salarié à la production. L&#039;équivalence lui fournit un moyen indirect de déterminer la valeur de son travail, qu&#039;il ne peut calculer directement. Mais une comparaison effectuée à l&#039;intérieur de l&#039;entreprise est insuffisante. L&#039;ouvirer doit se comparer à un travailleur qui fasse à peu près la même chose que lui, dont par conséquent il puisse tenir la contribution comme égale à la sienne, et dont, d&#039;autre part, il connaisse la rétribution. Bien sûr, cette comparaison néglige le fait que les coûts de production par unité sont plus faibles dans la boulangerie industrielle ; mais, pour le savoir, il faut avoir fait un peu d&#039;économie : pas plus que le principe de conservation de l&#039;énergie, l&#039;effet de la division du travail sur les coûts de production n&#039;est une vérité intuitive. En cons&amp;quot;quence, l&#039;ouvrier-boulanger a tendance à sous-estimer la valeur réelle de son travail. Et c&#039;est cette sous-estimation qui le conduit à ne pas voir qu&#039;il est &amp;quot;exploité&amp;quot;, que son travail est payé au-dessous de sa valeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;analyse de Marx suggère bien que, si le prolétaire accepte l&#039;exploitation, c&#039;est qu&#039;il a de bonnes raisons de le faire. Il adopte une théorie de la justice parfaitement acceptable. Elle lui suggère des &amp;quot;tests empiriques&amp;quot; lui permettant de savoir si son travail est payé à sa valeur. Ces tests sont biaisés. Mais il n&#039;y a aucune raison pour que l&#039;ouvrier perçoive cette distorsion, laquelle n&#039;est clairement perceptible qu&#039;à la lumière de théories économiques dont il n&#039;y a pas lieu de penser qu&#039;il puisse les subodorer à l&#039;aide des seules ressources de l&#039;intuition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Tocqueville===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il traite les croyances collectives comme l&#039;effet agrégé de croyances individuelles. Ensuite, il postule que restituer le sens de ces croyances revient à reconstruire les raisons qu&#039;un acteur idéal-typique a de les endosser. A cette fin, il montre qu&#039;elles dérivent d&#039;un entrelacs de principes, d&#039;évidences empiriques, logiques ou morales, dont certains sont universels, tandis que d&#039;autres sont indexés sur le contexte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bref, la méthodologie de Tocqueville consiste à montrer que les croyances collectives dérivent d&#039;une argumentation qu&#039;aucun des acteurs réels n&#039;a peut-être jamais littéralement développée, mais que l&#039;on peut en toute vraisemblance imputer à un acteur idéal-typique. Dans L&#039;Ancien Régime, il se demande pourquoi les intellectuels français de la fin du XVIIIe siècle ne jurent que par la Raison, et pourquoi leur vocabulaire et leurs idées se répandent aussi facilement. En fait, nous dit Tocqueville, les intellectuels de la fin du XVIIIe ont des raisons de croire à la Raison. Il se dégage le sentiment que les institutions sont inadaptées, confuses et dépourvues de raison d&#039;être, que la tradition est mauvaise, que les hiérarchies sociales sont illégitimes, que la société est atomisée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour Tocqueville, comme pour tous ceux qui se rattachent aux principes d&#039;une méthodologie individualiste, une croyance collective ne s&#039;explique que dans la mesure où elle fait sens pour un sujet idéal-typique, pour un individu quelconque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, Tocqueville pressent bien les menaces de la planification et du &amp;quot;despotisme démocratique&amp;quot; dont ces croyances sont grosses. Mais il ne les interprête à aucun moment sur le mode irrationnel. Au contraire, le contexte français fait que les intellectuels ont de bonnes raisons d&#039;y croire, tout comme leurs homologues anglais ont de bonnes raisons de ne pas y croire. Derrière la croyance à la raison et la disqualification de la tradition, Tocqueville décèle un argumentaire qui en fonde le sens pour l&#039;acteur idéal-typique et explique ainsi qu&#039;elle ait pu devenir collective.L&#039;hypothèse de la contagion et de l&#039;inculcation est d&#039;ailleurs explicitement répudiée par Tocqueville :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;La rencontre de plusieurs grands écrivains disposés à nier les vérités de la religion ne paraît pas suffisante pour rendre raison d&#039;un événement si extraordinaire ; pourquoi auraient-ils tous portés leur esprit plutôt de ce côté ?&amp;quot; (10)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;irréligion résulte d&#039;un syllogisme pratique diffus dont les prémisses sont traitées par chacun comme des évidences, de caractère soit analytique, soit empirique. C&#039;est parce que chacun a des raisons solides d&#039;être irréligieux que tous tendent à l&#039;être. La croyance collective est l&#039;effet agrégé des croyances individuelles, lesquelles résultent d&#039;un système de raisons que tous perçoivent comme fortes. Tocqueville ne se contente pas d&#039;affirmer, à la façon d&#039;un Goffman (11), que l&#039;irréligion est un &amp;quot;cadre&amp;quot; de pensée, ou, à la manière de certains psychologues sociaux, qu&#039;elle est une &amp;quot;représentation sociale&amp;quot; venue d&#039;on ne sait où, ou encore que toute société comporte des valeurs que le sujet se contenterait d&#039;&amp;quot;intérioriser&amp;quot;. Il ne se serait pas satisfait de telles explications, car elles négligent entièrement de rendre compte de la conviction des acteurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi les Américains ont-ils échappé au mouvement européen d&#039;irréligiosité qui caractérise la plupart des pays européens au XIXe siècle ? Parce que les Eglises américaines, étant nombreuses et concurrentielles, ont échappé à la tentation du politique et se sont inscrites dans le social, exerçant sur le terrain des fonctions de préservation de la santé publique, d&#039;assistance sociale, d&#039;éducation publique, ... que ni les autorités publiques ni les citoyens ne leur contestent. Elles font donc partie de la vie sociale de tous les jours : le citoyen n&#039;a ici aucune raison de les rejeter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En suivant le droit fil de la pensée de Tocqueville, on peut ainsi forger des conjectures plausibles permettant d&#039;expliquer des différences qui, aujourd&#039;hui encore, sautent aux yeux entre la &amp;quot;culture&amp;quot; américaine et les cultures européennes : la morale étant davantage détachée de tout dogme religieux, aux Etats-Unis comme au Japon (pour des raisons historiques différentes), elle est plus puissante et davantage partagée. L&#039;analyse de Tocqueville garde aujourd&#039;hui toute sa pertinence. (12) Si les travaux de Gerschenkron (13) constituent un guide efficace pour comprendre les idéologies, non seulement d&#039;hier, mais d&#039;aujourd&#039;hui (14), c&#039;est que, dans ses analyses comparatives, il adopte toujours une perspective cognitiviste : les tard-venus au développement que sont les Prussiens de la seonde moitié du XIXe ou les Russes de la fin du XIXe avaient peu d&#039;intérêt, explique-t-il, à adopter une idéologie de type libéral. Le néo-mercantilisme, la protection des frontières commerciales, la constitution de marchés exclusifs, le dirigisme étaient des moyens plus appropriés à l&#039;objectif de rattrapage qui s&#039;impose facilement aux puissances attardées. Réciproquement, les idées nationalistes d&#039;un Frédéric List ou d&#039;un von Treitschke, ainsi que l&#039;audience qui fut la leur, s&#039;expliquent parce qu&#039;elles faisaient sens pour beaucoup d&#039;acteurs. (15)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==L&#039;influence du positivisme==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi le modèle cognitiviste est-il si peu utilisé ? Son rejet est sans doute dans une large mesure la contrepartie d&#039;une conception étroite de l&#039;argumentation, laquelle provient elle-même de l&#039;influence du &amp;quot;positivisme&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le &amp;quot;positivisme&amp;quot; est employé ici dans un sens à dessein vague, comme désignant les doctrines qui prétendent établir une ligne de démarcation franche entre la pensée scientifique et la pensée ordinaire (16). Cette influence a eu pour effet que l&#039;argumentation scientifique tend à être traitée comme la seule capable de produire des convictions fondées. En un mot, le positivisme a conduit à donner le statut de l&#039;évidence à l&#039;idée que seules les raisons objectivement valides peuvent avoir une influence causale sur les convictions du sujet social.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce schéma est illustré de manière franche par Pareto (17), pour qui une argumentation ne relevant pas de la catégorie du &amp;quot;logico-expérimental&amp;quot; a nécessairement le statut d&#039;un simple &amp;quot;vernis idéologique&amp;quot; dépourvu par principe de toute force de conviction et servant de couverture à l&#039;action des &amp;quot;sentiments&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette vision binaire se heurte à une difficulté majeure, à savoir que l&#039;argumentation scientifique n&#039;a rien de spécifique. Elle est seulement, en principe du moins, soumise à une étiquette plus rigoureuse : elle doit se soumettre à des règles de présentation bien définies. Mais, pour le reste, les différences s&#039;estompent : une argumentation morale peut être aussi solide qu&#039;une argumentation scientifique. Bref, il n&#039;existe guère de corrélation entre les domaines d&#039;application de la démarche argumentative et la solidité des raisons qu&#039;elle mobilise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres facteurs devraient bien sûr être évoqués pour rendre compte de la faible audience du modèle cognitiviste et de l&#039;attraction des modèles irrationalistes : il est si simple, quand on ne comprend pas pourquoi tel individu croit X, de supposer qu&#039;il est mû par des forces occultes. La plupart des auteurs qui évoquent ces forces irrationnelles se contentent de les nommer, sans jamais tenter de les identifier ni de leur donner le moindre contenu. Ces influences expliquent sans doute pourquoi les sciences humaines modernes paraissent avoir oublié la grande leçon de méthode des sociologues classiques à propos des croyances collectives : expliquer telle croyance collective, nous enseignent Tocqueville, Marx, Max Weber et les autres, c&#039;est montrer qu&#039;elle fait sens pour un individu idéal-typique, c&#039;est-à-dire qu&#039;il a des raisons solides de l&#039;endosser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour expliquer les croyances collectives, deux modèles apparaissent en fin de compte comme en concurrence permanente, celui qui prétend faire des croyances collectives le produit d&#039;un processus d&#039;&amp;quot;interiorisation&amp;quot; voué à rester à jamais conjectural, et le modèle wéberien, qui suppose que l&#039;intériorisation de &amp;quot;X est juste&amp;quot; a lieu parce que le sujet a des raisons, exprimées ou non, de croire que &amp;quot;X est juste&amp;quot;, et qu&#039;elle doit par conséquent s&#039;analyser comme un effet, et non comme une cause (18).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objection la plus fréquente à l&#039;encontre de l&#039;idée selon laquelle expliquer une croyance collective, c&#039;est reconstruire les raisons que l&#039;individu idéal-typique a de les endosser, est que l&#039;individu reprend en fait à son compte toutes sortes de croyances dont il n&#039;examine jamais les fondements (19). Sans doute tout Français croit-il que l&#039;objet chaise est désigné en français par le mot &amp;quot;chaise&amp;quot;, et endosse-t-il cette croyance de façon mécanique, sans s&#039;interroger sur son bien-fondé ni se demander comment et pourquoi ce mot s&#039;est formé. Ce mot lui apparaît comme une réalité (sociale) qu&#039;il ne peut qu&#039;enregistrer. En résulte-t-il que l&#039;indignation devant le vol, l&#039;anticléricalisme des révolutionnaires de 1789 ou la religiosité des Américains doivent s&#039;analyser de la même façon ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre objection consiste à affirmer que la notion de &amp;quot;bonnes raisons&amp;quot; comporte une conséquence indésirable, à savoir qu&#039;elle signifierait toute croyance. Mais &amp;quot;comprendre&amp;quot; ne signifie pas &amp;quot;justifier&amp;quot;. D&#039;ailleurs la même distinction entre &amp;quot;compréhension&amp;quot; et &amp;quot;justification&amp;quot; doit être introduite dans le cas des croyances qui, comme les croyances normatives (20), ne peuvent être dites vraies ou fausses. Car si l&#039;on a traité plus haut des seules croyances positives (relatives à l&#039;être), les considérations qui précèdent peuvent être étendues aux croyances axiologiques (celles qui portent sur le devoir-être).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un problème essentiel, commun à la plupart des sciences humaines et sociales, est celui de l&#039;explication des croyances non fondées objectivement. Il est au coeur des travaux de Pareto sur les phénomènes idéologiques, de la sociologie de la religion de Durkheim et de Weber, ou de la sociologie de la connaissance de Mannheim. Il se pose à propos des croyances normatives comme à propos des positives. Occupons-nous ici uniquement des positives. Il existe à leur sujet quelques modes d&#039;explication majeurs. L&#039;un d&#039;entre eux est représenté par la théorie irrationnelle classique. Comme le dit superberment La Rochefoucauld : &amp;quot;L&#039;esprit est toujours dupe du coeur&amp;quot;. Cette théorie a été largement reprise par Pareto.&lt;br /&gt;
Mais la théorie la plus importante, la plus utile peut-être, est celle qu&#039;on peut qualifier de cognitiviste. S&#039;il est intéressant de s&#039;y arrêter, c&#039;est qu&#039;on la trouve surtout à l&#039;état implicite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Le fondement de la théorie cognitiviste==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De façon générale, le sujet social se forme des opinions sur une multitude de sujets mobilisant toutes sortes d&#039;a priori. Cette mobilisation le conduit en général à des solutions insatisfaisantes, mais ces instruments peuvent aussi être à l&#039;origine de croyances douteuses. Dans ce cas, on dira : il croit à des idées fausses, mais il a de bonnes raisons d&#039;y croire. La politique de lutte contre la drogue, le crime ou le chômage, la politique de développement industriel ou urbain mettent en oeuvre toutes sortes de représentations et de théories, lesquelles sont en général fondées sur de bonnes raisons. Ainsi, pendant des décennies, les courbes de Phillips semblèrent confirmer l&#039;existence d&#039;une corrélation positive entre l&#039;inflation et l&#039;emploi. Elles fournissaient aux responsables de la politique économique de bonnes raisons de croire que, en laissant filer l&#039;inflation, on pouvait espérer réduire le chômage, jusqu&#039;à ce qu&#039;on s&#039;aperçoive que la corrélation en question n&#039;avait rien de nécessaire et que, en fait, elle s&#039;était évanouie.&lt;br /&gt;
Mais il ne suffit pas de constater que telle théorie est mobilisée dans telle situation, il faut aussi comprendre pourquoi elle l&#039;est. La conviction : &amp;quot;telle théorie, telle solution, telle représentation est la bonne&amp;quot; n&#039;apparaît que si l&#039;acteur a des raisons d&#039;y adhérer qu&#039;il perçoit comme solides. La psychologie cognitive est alors un auxiliaire sérieux de la sociologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===L&#039;exemple de Feldman-Simon===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons d&#039;un expérimentateur joue devant un sujet à une partie de pile ou face en utilisant une pièce biaisée, ayant 8 chances sur 10 de tomber sur face et 2 de tomber sur pile (1). On demande au sujet de prédire les résultats. Il choisit, de façon aussi aléatoire que possible, la prédiction &amp;quot;face&amp;quot; 8 fois sur 10 et la prédiction &amp;quot;pile&amp;quot; 2 fois. Cette stratégie cognitive apparaît, à première vue du moins, comme judicieuse. Mais, si elle est bonne en général, elle est mauvaise ici. En effet, elle ne donne au sujet que moins de 7 chances sur 10 (exactement 68 sur 100) de deviner correctement les résultats de la partie de pile ou face jouée par l&#039;expérimentateur, alors qu&#039;en choisissant face tout le temps, l aurait eu 8 chances sur 10 de réussite. Cette croyance, où le sujet imite le modèle qu&#039;on lui demande de reproduire, s&#039;appuie sur de bonnes raisons. Sinon, on ne peut comprendre pourquoi la croyance fausse est endossée par une imposante majorité, en d&#039;autres termes, pourquoi elle est collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Effets de position===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sujet a tendance à utiliser telle conjecture parce qu&#039;elle lui paraît aller de soi : il est d&#039;autant moins porté à la remettre en question qu&#039;elle lui paraît s&#039;imposer. Selon l&#039;un des points les mieux acceptés de la théorie keynésienne, voire de la théorie économique tout court, l&#039;augmentation de la fiscalité aurait normalement des effets déflationnistes. En effet, en ponctionnant le pouvoir d&#039;achat, elle provoquerait une baisse de la demande pour les biens et les services et finalement une baisse des prix. Or, lorsqu&#039;on demande à des chefs d&#039;entreprise si une augmentation de la fiscalité a, selon eux, des effets inflationnistes ou déflationnistes, une immense majorité d&#039;entre eux choisit la première réponse. Pourquoi ? Simplement parce qu&#039;ils répondent par référence à leur situation immédiate : une fiscalité plus lourde pèse sur les coûts de l&#039;entreprise, invitant le chef d&#039;entreprise à tenter de répercuter cette hausse sur ses prix de vente. Il n&#039;est pas sûr que cette croyance soit entièrement dénuée de fondement, mais il est certain que les chefs d&#039;entreprise, la pensant fondée sur une expérience immédiate, lui accordent plus de confiance et surtout plus de généralité qu&#039;elle ne mérite.&lt;br /&gt;
Autre exemple : beaucoup de personnes sont convaincues que le progrès technique est en lui-même générateur de chômage. Citons notamment le mouvement luddite. L&#039;influence positive du progrès technique sur l&#039;emploi n&#039;est visible qu&#039;à un niveau global et abstrait, tandis que l&#039;effet négatif est facilement perceptible au niveau local et peut même être décelé par une simple expérience mentale. Comme dans le cas précédent, celui qui croit que le progrès technique est en lui-même cause de chômage n&#039;est donc nullement victime d&#039;une illusion. Au contraire : il croit ce qu&#039;il voit.&lt;br /&gt;
C&#039;est pour ces raisons, qui relèvent de la rationalité qu&#039;on peut qualifier de &amp;quot;cognitive&amp;quot;, et qui traduisent la présence d&#039;un &amp;quot;effet de Gré&amp;quot;, que beaucoup d&#039;essayistes, voire de responsables politiques continuent de considérer le chômage comme un mal nécessaire, résultant mécaniquement du &amp;quot;progrès technique&amp;quot;, et en concluent que la seule manière efficace de lutter contre le chômage est de partager le travail. Sans doute suffit-il d&#039;évoquer le cas du Japon ou de la Suisse pour voir qu&#039;une bonne politique économique et une politique d&#039;éducation avisée peuvent avoir une incidence favorable sur les taux de chômage. Mais l&#039;évidence selon laquelle l&#039;automatisation &amp;quot;détruit l&#039;emploi&amp;quot; est trop forte.&lt;br /&gt;
Autre exemple : le succès étonnant avec lequel ont été accueillies les thèses scientifiquement indéfendables de Michel Foucault dans Surveiller et punir. Il provient de ce que les effets de désocialisation de la prison sont facilement perceptibles, alors que ses effets dissuasifs et sécuritaires sont à la fois non visibles et non mesurables. Cette double asymétrie explique qu&#039;on puisse facilement convaincre un auditoire lorsqu&#039;on affirme que la prison augmente la criminalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans les deux cas examinés ici (effet Feldman et effet de Gré) les croyances fausses sont le produit de la &amp;quot;rationalité cognitive&amp;quot;, c&#039;est-à-dire de la mise en oeuvre par le sujet de stratégies qu&#039;il utilise normalement pour obtenir une maîtrise cognitive de son environnement, parce qu&#039;elles le conduisent généralement à des résultats satisfaisants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La théorie cognitiviste des croyances appliquée à la psychologie==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;on ne peut qu&#039;être très impressionné par le caractère original, sérieux et instructif des résultats que cette discipline nous apporte sur ce chapitre de l&#039;inférence naturelle. Un promeneur remonte un sentier de montagne le lundi, le redescend le mardi, en partant exactement à la même heure que la veille. En montant comme en descendant, il a cheminé de manière irrégulière. Il n&#039;a jamais quitté le sentier. On demande à des sujets s&#039;il existe un point tel que le promeneur y est passé exactement au même moment les deux jours. On observe alors : 1. que les sujets répondent très fréquemment que l&#039;existence d&#039;un tel point est &amp;quot;peu vraisemblable&amp;quot; ; 2. qu&#039;ils parviennent à cette croyance en mettant implicitement en oeuvre une procédure consistant à examiner mentalement quelques-uns des points pouvant éventuellement avoir la propriété recherchée. Ils concluent à propos de chacun de ces points que la chance pour qu&#039;il ait la propriété recherchée est nulle ; par induction, ils en tirent l&#039;impression qu&#039;aucun point n&#039;a sans doute la propriété en question.&lt;br /&gt;
Toutes ces considérations sont raisonnables, et, par là, compréhensibles. Mais le piège se referme sur le sujet parce que, dans la situation considérée, tous les points (qui sont une infinité) ont bien la propriété qu&#039;il leur attribue, sauf un. Il existe un point répondant à la propriété.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La théorie cognitiviste des croyances appliquée à l&#039;histoire et à la théorie des idées et des idéologies==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tocqueville fait apparaître un intéressant effet de Gré. Pourquoi les penseurs politiques français, à la différence de leurs homologues anglais, ont-ils tendance à traiter le politique comme la variable indépendante ultime, celle qui explique les autres ? Tout simplement, explique-t-il, parce que, en raison de la forte centralisation administrative qui caractérise la France, le politique, par le truchement de la toute-puissance de l&#039;Etat, joue un rôle effectivement beaucoup plus grand qu&#039;en Angleterre. A l&#039;inverse, les analystes anglais font de la &amp;quot;main invisible&amp;quot; la source principale du changement social, parce que, la &amp;quot;société civile&amp;quot; étant plus indépendante en Angleterre, l&#039;agrégation des initiatives individuelles y affecte l&#039;ensemble du système de manière beaucoup plus déterminante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La théorie cognitiviste des croyances appliquée à l&#039;économie et à la théorie politique==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Downs a montré qu&#039;un acte aussi élémentaire que celui qui consiste pour l&#039;électeur à voter pour le candidat ou le programme de son choix ne peut être guidé par des raisons objectives. L&#039;électeur se décidera sur les principes inspirant les programmes politiques et optera pour celui qui lui paraît reposer sur les principes le plus proches des siens. Pour mesurer l&#039;intérêt de cette analyse &amp;quot;cognitiviste&amp;quot;, il est intéressant de noter que cette manière de faire scandalisait Hume, qui ne comprenait pas qu&#039;un parti politique puisse être fondé sur des principes, ni qu&#039;on puisse se décider pour tel parti parce qu&#039;il souscrit à des principes qu&#039;on approuve soi-même. Car Hume avait une vision étroite de ce que nous appelons la rationalité : pour lui, une politique ne peut être jugée que sur ses conséquences. La juger sur les principes, c&#039;est mettre la charrue avant les boeufs. Cette analyse comporte une conséquence considérable : elle montre que l&#039;idéologie (au sens de Downs : idées non fondées objectivement) est un ingrédient naturel de la rationalité politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La théorie cognitiviste des croyances appliquée à l&#039;histoire et à la sociologie des sciences==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire et la sociologie des sciences ont l&#039;avantage de montrer que les mécanismes de la rationalité cognitive ne sont pas caractéristiques de la seule connaissance ordinaire ; connaissance scientifique et connaissance ordinaire procèdent par les mêmes voies. Car le déchiffrement de la complexité du monde passe par la formulation de conjectures plus ou moins fragiles, par l&#039;utilisation de moyens plus ou moins efficaces pour tester lesdites conjectures, ces moyens étant choisis à partir d&#039;a priori plus ou moins judicieux, etc. Il suffit d&#039;évoquer cette intrication des raisons sur lesquelles s&#039;échafaude la connaissance ordinaire pour comprendre qu&#039;elle puisse aussi facilement produire des croyances fausses que des croyances vraies. S&#039;agissant de la connaissance scientifique comme des autres formes de connaissance, les croyances germent sur un empilement de raisons. Or il n&#039;y a pas de raison pour que cette cascade argumentative ne produise pas des idées fausses aussi bien que des idées justes. Il est impossible de comprendre le caractère &amp;quot;naturel&amp;quot; de l&#039;erreur scientifique, si l&#039;on ne voit pas que la connaissance ne peut se dispenser de passer par la mobilisation d&#039;a priori, par l&#039;utilisation de &amp;quot;cadres&amp;quot; conjecturaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons un exemple : celui des relations causales qui fondent les mesures de prévention en matière de santé publique. L&#039;urgence à trouver des remèdes pousse les milieux scientifiques à mettre en évidence des relations causales par exemple entre régimes alimentaires et risques, permettant de dessiner une politique de prévention. L&#039;urgence invite à mobiliser d&#039;abord les données facilement disponibles. Supposons alors qu&#039;on observe une corrélation comme celle de la figure 1 entre la pratique alimentaire A et la maladie M. On en concluera que A cause de M et qu&#039;il vaut mieux renoncer à A si l&#039;on veut éviter M. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;center&amp;gt;[[Image:Boudonschema1.gif]]&amp;lt;/center&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une telle corrélation ne démontre rien. D&#039;abord parce que rien ne prouve que les individus qui pratiquent A soient ceux qui sont malades. La deuxième raison est que, à supposer que A soit associée au niveau individuel à une probabilité plus forte d&#039;être malade, la corrélation pourrait de nouveau être fallacieuse : si ceux qui manifestent la pratique alimentaire en question sont en moyenne plus pauvres et par là exposés à des conditions d&#039;hygiène moins favorables, il est possible que ce dernier facteur, et non A, soit responsable de la corrélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La formulation de conjectures incertaines mais plausibles est une étape obligée de tout processus de connaissance. Les croyances collectives que nous venons d&#039;évoquer, et qui apparaîtront demain comme des croyances fausses, sont des produits aussi naturels des processus de connaissance que les croyances qui seront ensuite validées et considérées comme des vérités. Dès lors qu&#039;une telle croyance a été réfutée, comme c&#039;est le cas par exemple quand l&#039;observation directe vient contredire des données nationales, il est tentant de donner une interprétation irrationnelle de la croyance défunte et d&#039;expliquer que les médecins qui l&#039;ont endossé ont obéi à des règles d&#039;inférence causale rappelant la &amp;quot;mentalité primitive&amp;quot; de Levy-Bruhl. Mais, en dehors de ses autres défauts, une telle interprétation est parfaitement invraisemblable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==La théorie cognitiviste des croyances et l&#039;explication des croyances magiques==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les discussions relatives à l&#039;explication des croyances magiques fournissent un témoignage particulièrement éloquent de l&#039;importance de la théorie cognitiviste pour l&#039;explication des croyances. Suivant le sens commun, beaucoup d&#039;auteurs ont interprété les croyances magiques comme irrationnelles (&amp;quot;il n&#039;y a vraiment pas de raisons de croire que A est cause de B, mais...&amp;quot;) à partir d&#039;une axiomatique de comportement qu&#039;ils ne songeraient certainement pas à utiliser pour analyser les croyances fausses des hommes de science. Ainsi, selon Levy-Bruhl (2), les croyances magiques indiqueraient que le &amp;quot;primitif&amp;quot; a une constitution mentale différente de la nôtre. Cette cause expliquerait par exemple que le magicien confonde similarités verbales et similarités réelles, et de façon générale, relations entre les mots et relations entre les choses. Les croyances magiques sont analysées comme l&#039;effet de causes inconscientes sur lesquelles l&#039;individu n&#039;aurait pas davantage de prise que sur les mécanismes physiologiques dont il est le siège. La cause explicative est inférée de manière circulaire à partir des effets qu&#039;elle est supposée expliquer. Ainsi ceux que la théorie causale de Levy-Bruhl (3) laissaient insatisfaits ont souvent cherché à nier l&#039;existence de ces croyances, plutôt qu&#039;à en donner une explication &amp;quot;rationnelle&amp;quot; (au sens de la rationalité cognitive).&lt;br /&gt;
La théorie selon laquelle les croyances magiques consisteraient en un simple mirage dont serait victime l&#039;observateur a été défendue par exemple par le philosophe Wittgenstein (4), mais aussi par de nombreux sociologues et anthropologues modernes. Selon eux, il faut voir en ces prétendues croyances magiques l&#039;expression symbolique d&#039;un désir. Le primitif ne croirait pas réellement que tel rituel a pour effet de produire la pluie par exemple. Il exprimerait seulement par ce rituel son voeu de voir tomber la pluie. Mais, comme Horton l&#039;a bien montré, cette théorie contredit les croyances des &amp;quot;primitifs&amp;quot; eux-mêmes, qui apparaissent comme absolument convaincus de l&#039;efficacité de leurs rituels, bien qu&#039;ils voient avec une parfaite clarté que ces rituels sont complémentaires des opérations techniques sans lesquelles - ils le savent bien - aucune plante ne pousserait.&lt;br /&gt;
{{Autres projets|&lt;br /&gt;
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}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fait, la théorie de la magie de loin la plus acceptable est l&#039;une des plus anciennes, à savoir celle qu&#039;esquissent en des termes à peu près équivalents Durkheim et Weber. (5) Il s&#039;agit d&#039;une théorie rationnelle (au sens cognitif). Selon cette dernière, il faut d&#039;abord reconnaître que le savoir du &amp;quot;primitif&amp;quot; n&#039;est pas celui de l&#039;occidental. Il n&#039;a pas comme lui été initié à la méthodologie de l&#039;inférence causale et n&#039;a aucune raison de maîtriser les principes de la biologie ou de la physique. Pourquoi ferait-il une distinction entre le faiseur de feu et le faiseur de pluie ? En second lieu, la conduite de la vie quotidienne, mais aussi la production agricole, la pêche ou l&#039;élevage supposent toutes sortes de savoir-faire : pour une part ceux-ci sont tirés, dans les sociétés traditionnelles comme chez nous, de l&#039;expérience. Mais l&#039;expérience ne suffit pas. Il faut que l&#039;agriculteur ou l&#039;éleveur mobilisent certaines représentations théoriques pour faire parler l&#039;expérience. Or ils ne peuvent tirer ces représentations que du corpus disponible et considéré comme légitime dans leur société, notamment les doctrines religieuses. L&#039;hypothèse de Durkheim - comme celle de Weber - est ainsi que ces doctrines jouent dans les sociétés traditionnelles le même rôle que la science dans les sociétés modernes. Le démenti du réel ne suffit pas à mettre un terme à ces croyances. Car, comme l&#039;indique la thèse dite de Durheim-Quine, lorsqu&#039;une théorie est démentie par le réel, on ne peut savoir d&#039;avance ce qui dans la théorie est reponsable de cet état de choses.&lt;br /&gt;
Si l&#039;on accepte d&#039;illustrer la théorie de Durkheim par un exemple contemporain, il nous suggère que les croyances magiques qui étonnent tant l&#039;observateur ne sont pas plus difficiles à comprendre que la conviction aujourd&#039;hui répandue selon laquelle la pollution industrielle aurait une incidence sur le climat. Dans un cas comme dans l&#039;autre, la démonstration - ou la réfutation - de la relation causale est objectivement difficile. Durkheim suggère au total que les croyances magiques que l&#039;on observe dans les sociétés traditionnelles ne sont pas d&#039;une nature autre que toutes ces croyances en des relations de causalité mal confirmées qu&#039;on observe dans les nôtres.&lt;br /&gt;
Armé de cette théorie esquissée par Durkheim et Weber, on n&#039;a pas de peine à comprendre que les pratiques magiques ne soient en aucune façon uniformément distribuées à travers les sociétés &amp;quot;primitives&amp;quot;. On sait qu&#039;elles sont par exemple peu répandues dans la Chine classique et dans la Grèce primitive. Cela est dû à ce que les doctrines religieuses en vigueur dans ces sociétés insistent sur les lois qui président au Cosmos, laissant peu de place aux formes capricieuses que la pensée magique met en oeuvre.&lt;br /&gt;
Plus généralement, la cause de toutes ces croyances magiques est que l&#039;inférence causale est une opération difficile, qui mobilise des a priori plus ou moins valides selon les cas, mais qui sont facilement traités comme allant de soi par le sujet social.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé, nous ne dirons pas que les explications irrationnelles des comportements et des croyances sont toujours illégitimes. Il serait absurde de le prétendre. Mais seulement que le sens commun (comme les sciences humaines qui sur ce point ont bien de la peine à échapper à son emprise) a souvent tendance à abuser des explications irrationnelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Notes==&lt;br /&gt;
&amp;lt;small&amp;gt;&lt;br /&gt;
1 : Aronson (E.), &amp;quot;Dissonance Theory : Progress and Problems&amp;quot;, in : Abelson, Aronson et al., Theories of Cognitive Consistency : a Sourcebook, 1968.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 : Douglas (M.), Parity and Danger : an Analysis of the Concepts of Pollution and Taboo, 1966 (en français, De la souillure : essai sur les notions de pollution et de tabou, La Découverte, 1992 ; Needham (R.), Belief, Language and Experience, 1972.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 : Bloor (D.), Knowledge and Social Imagery, 1976 (en fr. : Socio-logie de la logique, 1982.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 : The Economist, 4 juillet 1992, p. 81-2 (présentation d&#039;une recherche de L. Cosmides et J. Tooby de Stanford).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 : La réponse correcte est : en l&#039;absence de toute autre information, le sujet a, dans les conditions décrites, un peu moins de 2 chances sur 100 d&#039;être effectivement atteint s&#039;il est positif au test (NdC.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6 : Boudon (R.), L&#039;Art de se persuader.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 : Shweder (R.A.), &amp;quot;Likeliness and Likelihood in Everyday Thought : Magical Thinking in Judgment about Personality&amp;quot;, Current Anthropology, vol. 18, n°4, dec. 1977, p. 637-659.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8 : La résurgence constante de cette hypothèse de la &amp;quot;pensée magique&amp;quot;, de la &amp;quot;mentalité prélogique&amp;quot;, s&#039;explique par son côté spectaculaire et inquiétant. Les travaux de la psychologie cognitive sont généralement présentés par les médiateurs et par leurs auteurs mêmes comme révélant des &amp;quot;anomalies&amp;quot; de la pensée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9 : Boudon s&#039;inspire ici de suggestions d&#039;Elster (J.), Making Sense of Marx. Studies in Marxism and Social Theory, Cambridge University Press, 1985 (en français : Karl Marx. Une interprétation analytique, PUF, 1989).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10 : Tocqueville (A. de), L&#039;Ancien régime et la Révolution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11 : Goffman (E.), Frame Analysis. An Essay on the Organization of Experience, New York, 1974.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12 : Bellah (R.N.), Beyond Belief. Essays on Religion in a Post-Traditionalist World, 1991 ; Chaves (M.), Cann (D.), &amp;quot;Regulation, Pluralism and Religious Market Structure : Explaining Religious Vitality&amp;quot;, Rationality And Society, 4, 3 july 1992 ; Boudon (R.), &amp;quot;The Understanding of Religious Vitality Needs Additional Factors&amp;quot;, Rationality and Society, 4, 4 october 1992.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
13 : Gerschenkron (A.), Economic Backwardness in Historical Perspective. A Book of Essays, 1962.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
14 : Synder (J.), &amp;quot;Russian Backwardness and the Future of Europe&amp;quot;, Daedalus, vol. 123, spring 1994.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
15 : Greetz (C.), &amp;quot;Ideology as a Cultural System&amp;quot;, in Apter (D.), Ideology and Discontent, 1964.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16 : Cette définition couvre aussi bien le positivisme de Comte que le néo-positivisme du Cercle de Vienne, ou le &amp;quot;rationalisme critique&amp;quot; de Popper. Elle n&#039;abolit évidemment pas mes différences entre ces trois variantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
17 : Il y a plusieurs lectures possibles de Pareto. La première, exotérique, est celle ici présente : les actions non logiques sont le plus souvent le produit des sentiments, même si elles sont couvertes par un &amp;quot;vernis idéologique&amp;quot;, c&#039;est-à-dire par des raisons fallacieuses. Mais l&#039;on ne peut prendre cette interprétation trop au pied de la lettre, sous peine de ne pas comprendre pourquoi le Traité de sociologie générale inclut un véritable traité de rhétorique et d&#039;argumentation (la théorie des &amp;quot;dérivations&amp;quot;). Cette théorie des dérivations suggère que les arguments sont de force inégale, que seuls certains procédés argumentatifs peuvent avoir une force de conviction, que, pour convaincre, un argument doit avoir une forme logique impeccable et dissimuler les glissements qui font que l&#039;auditoire aura tendance à prendre un sophisme pour un raisonnement valide. De tels développements impliquent que, pour Pareto, les dérivations ont une force de conviction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
18 : Le paradigme interactionniste est illustré par exemple par Piaget (J.), Le jugement moral chez l&#039;enfant, 1932 : deux enfants jouent aux billes, l&#039;un triche ; le jeu perd son intérêt. Cette expérience induit dans l&#039;esprit des deux le jugement &amp;quot;tricher est mauvais&amp;quot;, qui aura maintes occasions d&#039;être renforcé (ce qui ne veut pas dire qu&#039;il ne sera pas violé).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
19 : Turner (S.), The Social Theory of Practices. Tradition Tacit Knowledge and Presuppositions, 1993. Cf. également Hayek (F.), La Constitution de la liberté, 1960 ; Droit, Législation et Liberté, vol.1. Règles et ordres, 1973, et le dossier que ce site consacre à Hayek. (NdC)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
20 : Ce qui est juste, ce qui est injuste ; ce qui est honnête, ce qui est malhonnête ; ce qui est bien, ce qui est mal ; etc.. (NdC)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 : Simon (H), Models of Bounded Rationality : Economic Analysis and Public Policy, Cambridge, The MIT Press, 1982. Feldman (J), &amp;quot;Simulation of Behavior in the Binary Choice Experiment&amp;quot;, in : Feigenbaum, Feldman, Computers and Thought, New York, McGraw Hill, 1963, p. 329-346.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2 : Lévy-Bruhl (L.), La Mentalité primitive, 1922, PUF, 1960.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3 : On repère chez Levy-Bruhl la thèse &amp;quot;positiviste&amp;quot; reprise par Friedman (M.), The Methodology of Positive Economics : Essays in Positive Economics, Chicago, University of Chicago Press, 1953, p.3-42, selon laquelle le sociologue et l&#039;économiste peuvent décrire les principes du comportement humain comme ils l&#039;entendent, pourvu que les conséquences de leurs théories soient compatibles avec les faits. Une telle épistémologie est intenable : une théorie arbitraire du comportement ne peut au mieux que produire par hasard des conséquences congruentes avec des faits limités et grossiers. Ainsi, la théorie de Lévy-Bruhl explique qu&#039;il existe des croyances magiques, mais non leur distribution dans le temps et dans l&#039;espace.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4 : Wittgenstein (L), &amp;quot;Bemerkungen über Frazer&#039;s The Golden Bough&amp;quot;, in : Wiggershaus (R), Sprachanalyse und Soziologie, Frankfurt, Suhrkamp, 1975.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5 : Durkheim (E), Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912, PUF, 1979 ; Weber (M), Wirtschaft und Gesellschaft, Tübingen, Mohr, 1922.&lt;br /&gt;
&amp;lt;/small&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Charles_de_Montesquieu:De_l%27esprit_des_lois&amp;diff=51325</id>
		<title>Charles de Montesquieu:De l&#039;esprit des lois</title>
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		<updated>2014-01-06T21:48:12Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Auteur|nom=Charles de Montesquieu&lt;br /&gt;
|image=[[Image:Montesquieu.gif]]&lt;br /&gt;
|dates = 1689-1755&lt;br /&gt;
|tendance = [[:wl:Libéraux classiques|Libéral classique]]&lt;br /&gt;
|citations = « Chacun va au bien commun croyant aller à ses intérêts particuliers. »&amp;lt;br&amp;gt;« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut, que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »&amp;lt;br&amp;gt;« L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. »&lt;br /&gt;
|liens = [[:wl:Montesquieu|Wikibéral]]&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
{{titre2|&#039;&#039;De l&#039;esprit des lois&#039;&#039; de Montesquieu|Analyse de Catallaxia|}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Alors que Hobbes ou Locke parlent le langage des droits absolus (de la souveraineté comme de l&#039;état de nature), Montesquieu, lui, rétablit la flexibilité de la politique ancienne, celle du langage comparatif (le plus et le moins). La notion de souveraineté a été le salut de la pensée politique car elle a permis de concevoir un pouvoir neutre, singulièrement imperméable au pouvoir de la religion. Mais la souveraineté est en même temps un fléau car en construisant un pouvoir capable d&#039;imposer la paix, on a élevé un pouvoir capable de faire une terrible guerre à ses sujets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Montesquieu va montrer comment le projet libéral peut se passer de ce dangereux moyen qu&#039;est la souveraineté absolue comme de ce périlleux remède qu&#039;est la révolte, sans risquer l&#039;anarchie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut savoir qu&#039;une distribution à peu près égale du pouvoir entre le législatif et l&#039;executif ne pouvait être conçue tant que la souveraineté était censée résider dans le roi -- comme c&#039;était le cas au moment où Locke écrivait. Or à une souveraineté royale absolue, on ne pouvait opposer qu&#039;une souveraineté absolue, à celle du roi, celle du peuple. La souveraineté du peuple, en tant qu&#039;absolue, n&#039;est pas en principe plus propice à la séparation des pouvoirs que la souveraineté du roi ; mais, un régime fondé sur la souveraineté du peuple a pratiquement besoin d&#039;une autre pouvoir que le souverain. Ainsi l&#039;affirmation lockéenne de la souveraineté du peuple s&#039;est traduite pratiquement, lors de la Glorious Revolution de 1688-89, par un compromis entre les chambres représentatives et la monarchie réformée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi dans l&#039;Esprit des lois (1748), Montesquieu part du pouvoir qui menace la liberté. Il montre que le désir du pouvoir n&#039;est pas essentiellement inscrit dans la nature de l&#039;homme ; il ne naît à sa forme excessive et dangereuse que si l&#039;individu se trouve dans une position sociale ou politique qui le dote déjà d&#039;un certain pouvoir ; il ne naît qu&#039;à la faveur de l&#039;insitution. Ainsi &amp;quot;pour qu&#039;on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Montesquieu n&#039;y considère réellement que deux pouvoirs, le législatif et l&#039;éxécutif. Le judiciaire n&#039;a d&#039;importance politique réelle que dans les régimes où les deux premiers pouvoirs sont confondus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de subordination de l&#039;éxécutif au législatif : celui-ci contient la volonté générale de l&#039;Etat , celui-là l&#039;éxécution de cette volonté générale. Quant à la signification du législatif, c&#039;est qu&#039;il faut que &amp;quot;le peuple fasse par ses représentants tout ce qu&#039;il ne peut pas faire par lui-même&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Locke insistait sur la continuité, pour ainsi dire, entre la masse du peuple et le corps des représentants. Montesqieu, lui, va insister sur ce qui distingue le corps des représentants de la masse du peuple. Car si le peuple est tout à fait capable de bien choisir ses représentants, il n&#039;est pas apte à bien délibérer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c&#039;est du corps législatif que vient le danger premier : c&#039;est lui, titulaire de la légitimité représentative, qui est le plus naturellement tenté et en mesure d&#039;accroître abusivement son pouvoir. Pour tout dire, toutes les dispositions constitutionnelles ont pour but de rendre les deux pouvoirs approximativement égaux en force, ou en capacités, alors qu&#039;en vertu du principe de légitimité, l&#039;exécutif devrait être strictement subordonné au législatif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son génie, c&#039;est qu&#039;à l&#039;objection classique des absolutistes : il faut bien que quelqu&#039;un décide en dernier ressort, et celui-là a nécessairement la souveraineté absolue, Montesquieu répond : il faut bien en effet que les décisions soient prises, mais cela ne signifie nullement que ces décisions doivent être prises par un pouvoir.Une décision peut être prise par deux pouvoirs qui se sont accordés ; et ils s&#039;accorderont --volens nolens-- précisément parce qu&#039;il faut qu&#039;une décision soit prise. Le vrai souverain n&#039;est ni le législatif ni l&#039;exécutif, c&#039;est la nécessité : la plupart des décisions prises n&#039;auront été voulues telles quelles par aucun des deux pouvoirs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chacun des deux pouvoirs, précisément parce qu&#039;il fait face à un autre pouvoir de force approximativement égale, a besoin de partisans. Et parce qu&#039;il est un pouvoir, il en attirera nécessairement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, parce que la société est représentée par un pouvoir divisé, les citoyens vont être impuissants à se faire beaucoup de mal les uns aux autres. Si un des pouvoirs paraît trop l&#039;emporter, les citoyens se porteront au secours de l&#039;autre. C&#039;est que ces derniers ont en effet en général un double intérêt : que le pouvoir serve leurs intérêts et qu&#039;il ne pèse pas trop lourdement sur la société ; et un double sentiment : que le pouvoir qui les favorise et qu&#039;ils soutiennent les &amp;quot;représente&amp;quot;, est &amp;quot;leur&amp;quot; pouvoir, et aussi qu&#039;il est différent d&#039;eux, distant, qu&#039;il ne les comprend pas, va les trahir. Et c&#039;est le jeu inévitable de ces deux intérêts et de ces deux sentiments inséparables qui garantit que les citoyens se porteront spontanément au secours du pouvoir qui sera devenu trop faible.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un tel régime est donc producteur d&#039;une double impuissance : la division du pouvoir rend les citoyens largement incapables d&#039;agir beaucoup les uns sur les autres, et en sens inverse, les citoyens, qui passent volontiers d&#039;un parti à l&#039;autre, rendent aisément le pouvoir impuissant. Impuissance des citoyens et impuissance du pouvoir se conditionnent réciproquement. C&#039;est là ultimement ce que Montesquieu appelle la liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La loi va opérer la maximisation des avantages des uns et des autres, étant entendu que chacun obtiendra moins que ce qu&#039;il voulait. La Loi n&#039;a de pouvoir que pour empêcher le pouvoir d&#039;un citoyen sur un autre citoyen. C&#039;est ainsi qu&#039;il faut surmonter l&#039;apparente contradiction entre &amp;quot;faire valoir à son gré son indépendance&amp;quot; et &amp;quot;le droit de faire tout ce que les lois permettent&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La particularité de cette pensée est de faire apparaître un mécanisme de décision qui rend inutile la notion de souveraineté. Et il importe de préciser que, si ce mécanisme de prise de décision se substitue à la souveraineté absolue, il est fort différent aussi de la délibération ou de la souveraineté de délibération telle qu&#039;on la trouvait instituée dans les républiques grecques. En cèdant à la nécessité du compromis, nous dit Aristote, la délibération n&#039;en cessait pas moins d&#039;être &amp;quot;souveraine&amp;quot;. Chez Montesquieu, au contraire, le compromis est lui-même le souverain de la décision, puisque ce qui est décidé est la résultante composée de ce qui est voulu par l&#039;un des deux pouvoirs et de ce qui est voulu par l&#039;autre.&lt;br /&gt;
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}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La représentation conduit naturellement à un accroissement continu du pouvoir de l&#039;Etat sur la société, parce qu&#039;elle érode continuellement les pouvoirs intra - sociaux qui assurent l&#039;indépendance et la consistance de cette société. Tel est le paradoxe de la représentation : le pouvoir représentatif tend nécessairement à dominer, seul et sans rival, la société civile qu&#039;il prétend seulement &amp;quot;représenter&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais simultanément les lois de l&#039;Etat représentatif tendent non moins nécessairement à être généralement favorables à la liberté des individus. Car le compromis entre les deux pouvoirs se fait bien plus aisément sur le mode négatif que sur le mode positif. Chaque pouvoir tendant à exercer son pouvoir en empêchant l&#039;autre d&#039;obtenir ce qu&#039;il veut, s&#039;accroissent ainsi les espaces de liberté du citoyen.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons donc rempli le programme originel du libéralisme en inversant l&#039;ordre des facteurs : le régime représentatif était l&#039;artifice permettant de sortir d&#039;un état de nature essentiellement insupportable, il est devenu l&#039;artifice permettant d&#039;habiter un état de nature essentiellement satisfaisant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==note==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cf. P. Manent, &#039;&#039;Histoire intellectuelle du libéralisme&#039;&#039;, Hachette, Pluriel. 1987. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Charles de Montesquieu]]&lt;br /&gt;
{{Charles de Montesquieu}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Charles_de_Montesquieu:Montesquieu_et_le_droit_naturel&amp;diff=51324</id>
		<title>Charles de Montesquieu:Montesquieu et le droit naturel</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://www.catallaxia.org/index.php?title=Charles_de_Montesquieu:Montesquieu_et_le_droit_naturel&amp;diff=51324"/>
		<updated>2014-01-06T21:47:13Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Auteur|nom=Charles de Montesquieu&lt;br /&gt;
|image=[[Image:Montesquieu.gif]]&lt;br /&gt;
|dates = 1689-1755&lt;br /&gt;
|tendance = [[:wl:Libéraux classiques|Libéral classique]]&lt;br /&gt;
|citations = « Chacun va au bien commun croyant aller à ses intérêts particuliers. »&amp;lt;br&amp;gt;« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut, que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »&amp;lt;br&amp;gt;« L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. »&lt;br /&gt;
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}}&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
[...] Avant qu&#039;il y eût des lois faites, il y avait des rapports de justice possibles. Dire qu&#039;il n&#039;y a rien de juste ni d&#039;injuste que ce qu&#039;ordonnent ou défendent les lois positives, c&#039;est dire qu&#039;avant qu&#039;on eût tracé de cercle, tous les rayons n&#039;étaient pas égaux.&lt;br /&gt;
Il faut donc avouer des rapports d&#039;équité antérieurs à la loi positive qui les établit ; comme, par exemple, que supposé qu&#039;il y eût des sociétés d&#039;hommes, il serait juste de se conformer à leurs lois ; que, s&#039;il y avait des êtres intelligents qui eussent reçu quelque bienfait d&#039;un autre être, ils devraient en avoir de la reconnaissance ; que, si un être intelligent avait créé un être intelligent, le créé devrait rester dans la dépendance qu&#039;il a eue dès son origine ; qu&#039;un être intelligent, qui a fait du mal à un être intelligent, mérite de recevoir le même mal, et ainsi du reste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais il s&#039;en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique. Car, quoique celui-là ait aussi des lois qui, par leur nature, sont invariables, il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes. La raison en est que les êtres particuliers intelligents sont bomés par leur nature, et, par conséquent sujets à l&#039;erreur ; et, d&#039;un autre côté, il est de leur nature qu&#039;ils agissent par eux-mêmes. Ils ne suivent donc pas constamment leurs lois primitives ; et celles même qu&#039;ils se donnent, ils ne les suivent pas toujours.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
----&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[...] La loi, en général, est la raison humaine, en tant qu&#039;elle gouverne tous les peuples de la terre ; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent être que les cas particuliers où s&#039;applique cette raison humaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elles doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites, que c&#039;est un très grand hasard si celles d&#039;une nation peuvent convenir à une autre.&lt;br /&gt;
{{Autres projets|&lt;br /&gt;
  wikiberal=Charles de Montesquieu|&lt;br /&gt;
  librairal=|&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
Il faut qu&#039;elles se rapportent à la nature et au principe du gouvernement qui est établi, ou qu&#039;on veut établir ; soit qu&#039;elles le forment, comme font les lois politiques ; soit qu&#039;elles le maintiennent, comme font les lois civiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elles doivent être relatives au physique du pays ; au climat glacé, brûlant ou tempéré ; à la qualité du terrain, à sa situation, à sa grandeur; au genre de vie des peuples, laboureurs, chasseurs ou pasteurs ; elles doivent se rapporter au degré de liberté que la constitution peut souffrir ; à la religion des habitants, à leurs inclinations, à leurs richesses, à leur nombre, à leur commerce, à leurs moeurs, à leurs manières. Enfin elles ont des rapports entre elles ; elles en ont avec leur origine, avec l&#039;objet du législateur, avec l&#039;ordre des choses sur lesquelles elles sont établies. C&#039;est dans toutes ces vues qu&#039;il faut les considérer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Première partie, livre 1, chap. 1 et chap. 3&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[wl:Charles de Montesquieu]]&lt;br /&gt;
{{Charles de Montesquieu}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Raymond_Boudon:Lib%C3%A9ralisme&amp;diff=51323</id>
		<title>Raymond Boudon:Libéralisme</title>
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		<updated>2014-01-06T21:16:53Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Libéralisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même que l&#039;égalitarisme est une idéologie qui évalue l&#039;organisation d&#039;une société par le rapport entre les contributions et les rétributions qui s&#039;y trouvent institués entre les individus, le libéralisme est une idéologie qui juge de la qualité d&#039;une organisation sociale par l&#039;étendue de la sphère qu&#039;elle reconnaît à l&#039;initiative et à l&#039;autonomie individuelles. Comme l&#039;égalitarisme, le libéralisme est un complexe d&#039;orientations théoriques et pratiques, faiblement intégré, qui s&#039;est constitué au cours du processus historique de laïcisation et de spécialisation du pouvoir politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premières idéologies auxquelles a été accolée l&#039;étiquette libérale s&#039;intéressent à la question du gouvernement, aux rapports entre ses divers organes et aux rapports de ceux-ci avec les particuliers. En gros, on a commencé à appeler les libéraux les adversaires de l&#039;absolutisme, quelle que soit la nature de cet absolutisme. Les libéraux revendiquent les droits du for intérieur devant la prétentions de toutes les églises établies. Entre la tradition libérale et les autorités religieuses, notamment le siège apostolique de Rome, le conflit a été profond et prolongé. Pour les libéraux, l&#039;État doit s&#039;abstenir de mettre son bras séculier à la disposition d&#039;une orthodoxie — pas plus celle qu&#039;il s&#039;efforcerait d&#039;imposer pour son propre compte que celle à la disposition de laquelle il serait lui-même placé au nom d&#039;une quelconque révélation. Mais la tradition libérale n&#039;est pas seulement laïque ou laïciste en ce qui concerne les rapports entre les Églises et l&#039;État. Elle est aussi anti-absolutiste en ce qui concerne les pouvoirs de l&#039;État. Ce n&#039;est pas seulement le droit de trancher en dernier ressort, de distinguer le bon grain de l&#039;ivraie — et de livrer celle-ci au feu purificateur — qui est explicitement dénié à un pseudo-dépositaire du vrai et du faux; c&#039;est aussi, dans l&#039;ordre politique, l&#039;idée d&#039;une souveraineté échappant à tout contrôle de ceux sur lesquels elle s&#039;exerce, qui est attaquée dans la tradition libérale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le libéralisme s&#039;est présenté selon la fameuse formule de Montesquieu et des constituants américains, comme une technique de « freins et de contrepoids », par lesquels « le Pouvoir arrête le Pouvoir ». La gamme des moyens mis en oeuvre pour atteindre cet objectif est très variée — et le parlementarisme n&#039;est qu&#039;un moyen parmi d&#039;autres. Mais le contrôle parlementaire, à condition qu&#039;il soit efficace — ce qu&#039;il a peut-être cessé d&#039;être au fur et à mesure que l&#039;administration publique est mieux parvenue à s&#039;y soustraire — apporte-t-il aux individus un ensemble de protections très efficaces ? C&#039;est ce que suggère l&#039;histoire anglaise, si remarquable par la précocité avec laquelle se sont développées, en partie sans doute en raison de la faiblesse des traditions féodales, les institutions parlementaires. Le principe de l&#039;&#039;&#039;habeas corpus&#039;&#039; fournissait aux Anglais une garantie essentielle contre l&#039;arbitraire du Roi et de ses gens. En deuxième lieu, le principe qu&#039;aucun impôt ne peut être légalement levé qui n&#039;ait été d&#039;abord consenti par les représentants des contribuables, et à la limite de la nation, plaçait une autorité royale incapable de financer elle-même ses propres opérations, sous la dépendance du Parlement. Le libéralisme français a eu beaucoup plus de peine à se constituer, car la Couronne qu&#039;il s&#039;agissait de contrôler avait réussi à s&#039;assurer, en particulier grâce à la centralisation des moyens administratifs, une prépondérance solide à l&#039;égard de ses éventuels contestataires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Contrôler le pouvoir&#039;&#039;, sous toutes ses formes, tel est l&#039;aspect le plus manifeste de l&#039;idéologie libérale. Les arrangements constitutionnels vont d&#039;une séparation plus ou moins rigide des pouvoirs, à l&#039;américaine (qui oblige d&#039;ailleurs les diverses « branches » du gouvernement à des négociations et à des compromis plus ou moins laborieux), à une claire prépondérance de la majorité parlementaire à l&#039;anglaise. Mais ces divers arrangements ont en commun quelques traits qui concernent les modalités du contrôle des gouvernés sur les gouvernants. Si l&#039;on s&#039;efforce de dégager les présupposés implicites de l&#039;idéologie libérale, on s&#039;aperçoit que cette démarche est associée à une série de choix qui concernent l&#039;organisation de la société toute entière. La fameuse distinction entre le libéralisme économique et le libéralisme politique, quelle que soit sa pertinence, méconnaît la liaison entre ces facettes ou aspects très différents, mais pourtant complémentaires de la tradition libérale. On réduit souvent le libéralisme à la fameuse formule « laissez-faire, laissez-passer », que l&#039;on interprète comme le mot d&#039;ordre de la bourgeoisie conquérante. En réalité, l&#039;injonction faite aux autorités politiques de ne pas se mêler de la production et des échanges ne s&#039;adresse pas seulement à un État libéral, mais aussi bien à un État autoritaire — comme le suggère l&#039;exemple des Physiocrates. Inversement, des sociétés où les libertés des particuliers sont effectivement garanties par l&#039;&#039;&#039;habeas corpus&#039;&#039;, par le contrôle juridictionnel sur l&#039;administration et le contrôle du Parlement sur l&#039;exécutif, peuvent comporter un degré élevé d&#039;intervention des autorités administratives dans la production des richesses, la redistribution des revenus, ou les échanges avec l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui assure la connexion entre le libéralisme économique et le libéralisme politique, c&#039;est une conception de l&#039;individu et de ses droits, définis corrélativement à ceux de l&#039;État. Pour tenter la délimitation de ces domaines, deux méthodes son applicables. On peut convenir d&#039;appeler la première libéralisme vulgaire. Elle est pratiquée par les hommes politiques et possède de très solides garants dans l&#039;opinion commune. Ce qui la caractérise, c&#039;est qu&#039;elle part des institutions constitutives de la société civile : la famille, la propriété privée, le marché, en ignorant l&#039;interdépendance de ces institutions avec celle de l&#039;État. En tant qu&#039;époux, propriétaire, producteur, l&#039;individu serait libre d&#039;accomplir un certain nombre d&#039;activité sous la double condition de réciprocité et de licéité. Il lui faut trouver un partenaire et, dans beaucoup de cas, un associé lié à lui contractuellement. Dans cette conception restrictive, l&#039;État est le garant des contrats, dont il rend efficace l&#039;exécution, comme il assure aux propriétaires la jouissance paisible de leurs biens. Même s&#039;il en est aussi discret et peu visible que possible, il est donc présent à toutes les transactions de la société civile. Non seulement « veilleur de nuit », mais aussi médiateur et arbitre, il règle le jeu des intérêts, et maintient ou rétablit la paix entre les parties en conflit. L&#039;État exerce donc des fonctions spécifiques, limitées, mais absolument essentielles. Malheureusement sa force, qui est nécessaire à la protection des particuliers, &#039;&#039;peut&#039;&#039; devenir une source d&#039;abus contre lesquels ceux-ci doivent se prémunir. Le libéralisme classique est obsédé par la crainte que l&#039;État ne devienne un instrument au service du « pouvoir personnel » d&#039;un tyran. Mais il existe un second risque, contre lequel le libéralisme classique est assez mal défendu : c&#039;est que l&#039;État devienne une immense machine bureaucratique asservissant les particuliers aux règlements d&#039;une &#039;&#039;administration despotique&#039;&#039;. Face à ces deux dangers, en enserrant, les gouvernants dans un réseau d&#039;autorisations préalables et en les soumettant à une gamme de sanctions ex post dans l&#039;ordre administratif, judiciaire et politique (par la menace de la non-réélection), l&#039;État libéral assure-t-il la liberté effective des particuliers ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Montesquieu entendait la liberté comme le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui; selon lui, cet idéal peut être atteint quelle que soit la nature du régime — sauf, bien entendu, s&#039;il s&#039;agit d&#039;une tyrannie ou d&#039;un despotisme. Mais une monarchie peut être aussi libre qu&#039;une république — bien qu&#039;elle le soit &#039;&#039;autrement&#039;&#039;, et que toutes les monarchies ne le soient pas à un égal degré. Aux yeux de Montesquieu, la monarchie française n&#039;était pas aussi libre que la monarchie anglaise. Mais dans la mesure où les parlements, les traditions locales, et aussi les privilèges de la noblesse et du clergé faisaient obstacle aux prétentions de la Couronne, et surtout de l&#039;arbitraire ministériel, les sujets du Roi de France ne peuvent pas être assimilés aux esclaves d&#039;un despote oriental. La tradition libérale est attentive aux garanties que les pratiques fondées sur la coutume et les traditions assurent aux citoyens. Au XIXe siècle, la plupart des libéraux français sont finalement assez indifférents à la fameuse question dynastique qui divisait légitimistes, orléanistes et bonapartistes, et qui les opposait conjointement aux républicains. Occupés qu&#039;ils étaient à réduire la souveraineté, les libéraux s&#039;intéressaient peu aux titulaires de cette souveraineté. Thiers l&#039;a rappelé dans son discours fameux sur les « libertés nécessaires » qui n&#039;était pas seulement un rideau de fumée pour couvrir un éventuel rapprochement avec Napoléon III. Cette attitude est au fond un ralliement ultérieur des orléanistes, comme A. Thiers, à la forme républicaine contre laquelle ils nourrissaient les plus fortes préventions à cause des souvenirs de la dictature jacobine et de la hantise des récidives blanquistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par des cheminements historiques tout à fait différents, les libéraux anglais, américains et français sont parvenus à construire un État limité, caractérisé par l&#039;autonomie relative de la sphère spirituelle et culturelle (la laïcité de l&#039;État dans la variante française) et par une triple différenciation du politique, de l&#039;administratif et de l&#039;économique, qui est censé assurer aux particuliers la jouissance paible de leurs intérêts privés. Mais ce compromis s&#039;est avéré précaire. Il s&#039;est trouvé exposé à plusieurs difficultés. D&#039;abord les tâches classiques de l&#039;État, notamment la défense contre les ennemis, se sont accrues sous l&#039;effet d&#039;une concurrence de plus en plus féroce entre les impérialismes rivaux. En deuxième lieu, les conflits entre des intérêts de mieux en mieux organisés, appelaient l&#039;intervention de plus en plus fréqunte et de plus en plus étendue d&#039;un arbitre bien décidé pour être efficace à s&#039;assurer le dernier mot. Enfin, la demande croissante pour des « biens publics » comme la santé, l&#039;éducation, dont la responsabilité incombe à des administrations financées, et même très souvent gérées, par le gouvernement achève de rendre précaires les frontières entre le public et le privé. La doctrine libérale telle qu&#039;elle s&#039;est constituée au cours d&#039;un processus qui associe les réponses circonstancielles et passagères, à des orientations générales, récurrentes, et même constantes, s&#039;est trouvée confrontée à des exigences auxquelles elle a de plus en plus de peine à répondre. L&#039;existence d&#039;États &#039;&#039;nationaux&#039;&#039; constitue une difficulté qui depuis longtemps embarrasse la pensée libérale. En effet, la défense de cette entité constitue un des fondements du civisme, mais fournit un argument (&#039;&#039;salus populi, suprema lex esto&#039;&#039;) à ceux qui entendent restreindre les libertés individuelles. La délimitation des compétences de l&#039;État, l&#039;affection à celui-ci de secteurs de plus en plus étendus dans la fourniture des biens publics, embarrassent aussi les libéraux. Ils tendent à se diviser entre les tenants d&#039;une conception minimaliste (l&#039;État doit se charger exclusivement des tâches qu&#039;il est le seul à pouvoir remplir) et les tenants d&#039;un libéralisme favorable à une &#039;&#039;socialisation&#039;&#039; de larges secteurs de l&#039;activité économique et aussi culturelle. Ce qui complique encore les choses, c&#039;est que la qualification idéologique de la première espèce de libéraux est malaisée. Sous certains rapports ils peuvent être dits &#039;&#039;conservateurs&#039;&#039;, puisqu&#039;ils sont hostiles aux interférences administratives dans le fonctionnement des activités économiques, notamment de production. Mais, par d&#039;autres côtés certains libéraux peuvent se sentir très près des &#039;&#039;anarchistes&#039;&#039;, puisque pour contester la légitimité des transferts sur lesquels est fondé le &#039;&#039;welfare state&#039;&#039;, ils invoquent volontiers l&#039;incomparabilité des préférences individuelles et l&#039;arbitraire radical de tout arbitrage entre ces préférences, s&#039;il n&#039;est pas le fait des intéressés eux-mêmes. On peut donc distinguer plusieurs courants libéraux et néo-libéraux : l&#039;un que l&#039;on peut qualifier de quasi-conservateur, l&#039;autre de quasi-anarchiste, et un troisième de quasi-socialiste. Si aucune règle à la fois cohérente et efficace ne permet d&#039;effectuer un arbitrage satisfaisant entre ce qui relève du privé et ce qui relève des autorités publiques, l&#039;idéologie libérale est menacée de confusion. Pourtant, même si elle est exposée à des tiraillements manifestes, il ne s&#039;ensuit pas qu&#039;elle ait perdu toute vitalité. Elle tire sa force et sa pertinence d&#039;une question qu&#039;elle a contribué à formuler dans la diversité de ses énoncés et de ses implications : à quelles conditions charbonnier peut-il être maître chez lui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Fran%C3%A7ois_Bourricaud&amp;diff=51322</id>
		<title>François Bourricaud</title>
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		<updated>2014-01-06T21:16:06Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Raymond Boudon</title>
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		<updated>2014-01-06T21:15:19Z</updated>

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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Raymond Boudon:Libéralisme</title>
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		<updated>2014-01-06T21:13:57Z</updated>

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De même que l&#039;égalitarisme est une idéologie qui évalue l&#039;organisation d&#039;une société par le rapport entre les contributions et les rétributions qui s&#039;y trouvent institués entre les individus, le libéralisme est une idéologie qui juge de la qualité d&#039;une organisation sociale par l&#039;étendue de la sphère qu&#039;elle reconnaît à l&#039;initiative et à l&#039;autonomie individuelles. Comme l&#039;égalitarisme, le libéralisme est un complexe d&#039;orientations théoriques et pratiques, faiblement intégré, qui s&#039;est constitué au cours du processus historique de laïcisation et de spécialisation du pouvoir politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premières idéologies auxquelles a été accolée l&#039;étiquette libérale s&#039;intéressent à la question du gouvernement, aux rapports entre ses divers organes et aux rapports de ceux-ci avec les particuliers. En gros, on a commencé à appeler les libéraux les adversaires de l&#039;absolutisme, quelle que soit la nature de cet absolutisme. Les libéraux revendiquent les droits du for intérieur devant la prétentions de toutes les églises établies. Entre la tradition libérale et les autorités religieuses, notamment le siège apostolique de Rome, le conflit a été profond et prolongé. Pour les libéraux, l&#039;État doit s&#039;abstenir de mettre son bras séculier à la disposition d&#039;une orthodoxie — pas plus celle qu&#039;il s&#039;efforcerait d&#039;imposer pour son propre compte que celle à la disposition de laquelle il serait lui-même placé au nom d&#039;une quelconque révélation. Mais la tradition libérale n&#039;est pas seulement laïque ou laïciste en ce qui concerne les rapports entre les Églises et l&#039;État. Elle est aussi anti-absolutiste en ce qui concerne les pouvoirs de l&#039;État. Ce n&#039;est pas seulement le droit de trancher en dernier ressort, de distinguer le bon grain de l&#039;ivraie — et de livrer celle-ci au feu purificateur — qui est explicitement dénié à un pseudo-dépositaire du vrai et du faux; c&#039;est aussi, dans l&#039;ordre politique, l&#039;idée d&#039;une souveraineté échappant à tout contrôle de ceux sur lesquels elle s&#039;exerce, qui est attaquée dans la tradition libérale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le libéralisme s&#039;est présenté selon la fameuse formule de Montesquieu et des constituants américains, comme une technique de « freins et de contrepoids », par lesquels « le Pouvoir arrête le Pouvoir ». La gamme des moyens mis en oeuvre pour atteindre cet objectif est très variée — et le parlementarisme n&#039;est qu&#039;un moyen parmi d&#039;autres. Mais le contrôle parlementaire, à condition qu&#039;il soit efficace — ce qu&#039;il a peut-être cessé d&#039;être au fur et à mesure que l&#039;administration publique est mieux parvenue à s&#039;y soustraire — apporte-t-il aux individus un ensemble de protections très efficaces ? C&#039;est ce que suggère l&#039;histoire anglaise, si remarquable par la précocité avec laquelle se sont développées, en partie sans doute en raison de la faiblesse des traditions féodales, les institutions parlementaires. Le principe de l&#039;&#039;&#039;habeas corpus&#039;&#039; fournissait aux Anglais une garantie essentielle contre l&#039;arbitraire du Roi et de ses gens. En deuxième lieu, le principe qu&#039;aucun impôt ne peut être légalement levé qui n&#039;ait été d&#039;abord consenti par les représentants des contribuables, et à la limite de la nation, plaçait une autorité royale incapable de financer elle-même ses propres opérations, sous la dépendance du Parlement. Le libéralisme français a eu beaucoup plus de peine à se constituer, car la Couronne qu&#039;il s&#039;agissait de contrôler avait réussi à s&#039;assurer, en particulier grâce à la centralisation des moyens administratifs, une prépondérance solide à l&#039;égard de ses éventuels contestataires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Contrôler le pouvoir&#039;&#039;, sous toutes ses formes, tel est l&#039;aspect le plus manifeste de l&#039;idéologie libérale. Les arrangements constitutionnels vont d&#039;une séparation plus ou moins rigide des pouvoirs, à l&#039;américaine (qui oblige d&#039;ailleurs les diverses « branches » du gouvernement à des négociations et à des compromis plus ou moins laborieux), à une claire prépondérance de la majorité parlementaire à l&#039;anglaise. Mais ces divers arrangements ont en commun quelques traits qui concernent les modalités du contrôle des gouvernés sur les gouvernants. Si l&#039;on s&#039;efforce de dégager les présupposés implicites de l&#039;idéologie libérale, on s&#039;aperçoit que cette démarche est associée à une série de choix qui concernent l&#039;organisation de la société toute entière. La fameuse distinction entre le libéralisme économique et le libéralisme politique, quelle que soit sa pertinence, méconnaît la liaison entre ces facettes ou aspects très différents, mais pourtant complémentaires de la tradition libérale. On réduit souvent le libéralisme à la fameuse formule « laissez-faire, laissez-passer », que l&#039;on interprète comme le mot d&#039;ordre de la bourgeoisie conquérante. En réalité, l&#039;injonction faite aux autorités politiques de ne pas se mêler de la production et des échanges ne s&#039;adresse pas seulement à un État libéral, mais aussi bien à un État autoritaire — comme le suggère l&#039;exemple des Physiocrates. Inversement, des sociétés où les libertés des particuliers sont effectivement garanties par l&#039;&#039;&#039;habeas corpus&#039;&#039;, par le contrôle juridictionnel sur l&#039;administration et le contrôle du Parlement sur l&#039;exécutif, peuvent comporter un degré élevé d&#039;intervention des autorités administratives dans la production des richesses, la redistribution des revenus, ou les échanges avec l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui assure la connexion entre le libéralisme économique et le libéralisme politique, c&#039;est une conception de l&#039;individu et de ses droits, définis corrélativement à ceux de l&#039;État. Pour tenter la délimitation de ces domaines, deux méthodes son applicables. On peut convenir d&#039;appeler la première libéralisme vulgaire. Elle est pratiquée par les hommes politiques et possède de très solides garants dans l&#039;opinion commune. Ce qui la caractérise, c&#039;est qu&#039;elle part des institutions constitutives de la société civile : la famille, la propriété privée, le marché, en ignorant l&#039;interdépendance de ces institutions avec celle de l&#039;État. En tant qu&#039;époux, propriétaire, producteur, l&#039;individu serait libre d&#039;accomplir un certain nombre d&#039;activité sous la doubl condition de réciprocité et de licéité. Il lui faut trouver un partenaire et, dans beaucoup de cas, un associé lié à lui contractuellement. Dans cette conception restrictive, l&#039;État est le garant des contrats, dont il rend efficace l&#039;exécution, comme il assure aux propriétaires la jouissance paisible de leurs biens. Même s&#039;il en est aussi discret et peu visible que possible, il est donc présent à toutes les transactions de la société civile. Non seulement « veilleur de nuit », mais aussi médiateur et arbitre, il règle le jeu des intérêts, et maintient ou rétablit la paix entre les parties en conflit. L&#039;État exerce donc des fonctions spécifiques, limitées, mais absolument essentielles. Malheureusement sa force, qui est nécessaire à la protection des particuliers, &#039;&#039;peut&#039;&#039; devenir une source d&#039;abus contre lesquels ceux-ci doivent se prémunir. Le libéralisme classique est obsédé par la crainte que l&#039;État ne devienne un instrument au service du « pouvoir personnel » d&#039;un tyran. Mais il existe un second risque, contre lequel le libéralisme classique est assez mal défendu : c&#039;est que l&#039;État devienne une immense machine bureaucratique asservissant les particuliers aux règlements d&#039;une &#039;&#039;administration despotique&#039;&#039;. Face à ces deux dangers, en enserrant, les gouvernants dans un réseau d&#039;autorisations préalables et en les soumettant à une gamme de sanctions ex post dans l&#039;ordre administratif, judiciaire et politique (par la menace de la non-réélection), l&#039;État libéral assure-t-il la liberté effective des particuliers ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Montesquieu entendait la liberté comme le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui; selon lui, cet idéal peut être atteint quelle que soit la nature du régime — sauf, bien entendu, s&#039;il s&#039;agit d&#039;une tyrannie ou d&#039;un despotisme. Mais une monarchie peut être aussi libre qu&#039;une république — bien qu&#039;elle le soit &#039;&#039;autrement&#039;&#039;, et que toutes les monarchies ne le soient pas à un égal degré. Aux yeux de Montesquieu, la monarchie française n&#039;était pas aussi libre que la monarchie anglaise. Mais dans la mesure où les parlements, les traditions locales, et aussi les privilèges de la noblesse et du clergé faisaient obstacle aux prétentions de la Couronne, et surtout de l&#039;arbitraire ministériel, les sujets du Roi de France ne peuvent pas être assimilés aux esclaves d&#039;un despote oriental. La tradition libérale est attentive aux garanties que les pratiques fondées sur la coutume et les traditions assurent aux citoyens. Au XIXe siècle, la plupart des libéraux français sont finalement assez indifférents à la fameuse question dynastique qui divisait légitimistes, orléanistes et bonapartistes, et qui les opposait conjointement aux républicains. Occupés qu&#039;ils étaient à réduire la souveraineté, les libéraux s&#039;intéressaient peu aux titulaires de cette souveraineté. Thiers l&#039;a rappelé dans son discours fameux sur les « libertés nécessaires » qui n&#039;était pas seulement un rideau de fumée pour couvrir un éventuel rapprochement avec Napoléon III. Cette attitude est au fond un ralliement ultérieur des orléanistes, comme A. Thiers, à la forme républicaine contre laquelle ils nourrissaient les plus fortes préventions à cause des souvenirs de la dictature jacobine et de la hantise des récidives blanquistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par des cheminements historiques tout à fait différents, les libéraux anglais, américains et français sont parvenus à construire un État limité, caractérisé par l&#039;autonomie relative de la sphère spirituelle et culturelle (la laïcité de l&#039;État dans la variante française) et par une triple différenciation du politique, de l&#039;administratif et de l&#039;économique, qui est censé assurer aux particuliers la jouissance paible de leurs intérêts privés. Mais ce compromis s&#039;est avéré précaire. Il s&#039;est trouvé exposé à plusieurs difficultés. D&#039;abord les tâches classiques de l&#039;État, notamment la défense contre les ennemis, se sont accrues sous l&#039;effet d&#039;une concurrence de plus en plus féroce entre les impérialismes rivaux. En deuxième lieu, les conflits entre des intérêts de mieux en mieux organisés, appelaient l&#039;intervention de plus en plus fréqunte et de plus en plus étendue d&#039;un arbitre bien décidé pour être efficace à s&#039;assurer le dernier mot. Enfin, la demande croissante pour des « biens publics » comme la santé, l&#039;éducation, dont la responsabilité incombe à des administrations financées, et même très souvent gérées, par le gouvernement achève de rendre précaires les frontières entre le public et le privé. La doctrine libérale telle qu&#039;elle s&#039;est constituée au cours d&#039;un processus qui associe les réponses circonstancielles et passagères, à des orientations générales, récurrentes, et même constantes, s&#039;est trouvée confrontée à des exigences auxquelles elle a de plus en plus de peine à répondre. L&#039;existence d&#039;États &#039;&#039;nationaux&#039;&#039; constitue une difficulté qui depuis longtemps embarrasse la pensée libérale. En effet, la défense de cette entité constitue un des fondements du civisme, mais fournit un argument (&#039;&#039;salus populi, suprema lex esto&#039;&#039;) à ceux qui entendent restreindre les libertés individuelles. La délimitation des compétences de l&#039;État, l&#039;affection à celui-ci de secteurs de plus en plus étendus dans la fourniture des biens publics, embarrassent aussi les libéraux. Ils tendent à se diviser entre les tenants d&#039;une conception minimaliste (l&#039;État doit se charger exclusivement des tâches qu&#039;il est le seul à pouvoir remplir) et les tenants d&#039;un libéralisme favorable à une &#039;&#039;socialisation&#039;&#039; de larges secteurs de l&#039;activité économique et aussi culturelle. Ce qui complique encore les choses, c&#039;est que la qualification idéologique de la première espèce de libéraux est malaisée. Sous certains rapports ils peuvent être dits &#039;&#039;conservateurs&#039;&#039;, puisqu&#039;ils sont hostiles aux interférences administratives dans le fonctionnement des activités économiques, notamment de production. Mais, par d&#039;autres côtés certains libéraux peuvent se sentir très près des &#039;&#039;anarchistes&#039;&#039;, puisque pour contester la légitimité des transferts sur lesquels est fondé le &#039;&#039;welfare state&#039;&#039;, ils invoquent volontiers l&#039;incomparabilité des préférences individuelles et l&#039;arbitraire radical de tout arbitrage entre ces préférences, s&#039;il n&#039;est pas le fait des intéressés eux-mêmes. On peut donc distinguer plusieurs courants libéraux et néo-libéraux : l&#039;un que l&#039;on peut qualifier de quasi-conservateur, l&#039;autre de quasi-anarchiste, et un troisième de quasi-socialiste. Si aucune règle à la fois cohérente et efficace ne permet d&#039;effectuer un arbitrage satisfaisant entre ce qui relève du privé et ce qui relève des autorités publiques, l&#039;idéologie libérale est menacée de confusion. Pourtant, même si elle est exposée à des tiraillements manifestes, il ne s&#039;ensuit pas qu&#039;elle ait perdu toute vitalité. Elle tire sa force et sa pertinence d&#039;une question qu&#039;elle a contribué à formuler dans la diversité de ses énoncés et de ses implications : à quelles conditions charbonnier peut-il être maître chez lui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Raymond Boudon:Libéralisme</title>
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		<updated>2014-01-06T21:13:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{Infobox Raymond Boudon}} {{titre|Libéralisme|Raymond Boudon &amp;amp; François Bourricaud|Article du &amp;#039;&amp;#039;Dictionnaire critique de la sociologie&amp;#039;&amp;#039;, 1982.}} &amp;lt;div class=&amp;quot;te... »&lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Libéralisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De même que l&#039;égalitarisme est une idéologie qui évalue l&#039;organisation d&#039;une société par le rapport entre les contributions et les rétributions qui s&#039;y trouvent institués entre les individus, le libéralisme est une idéologie qui juge de la qualité d&#039;une organisation sociale par l&#039;étendue de la sphère qu&#039;elle reconnaît à l&#039;initiative et à l&#039;autonomie individuelles. Comme l&#039;égalitarisme, le libéralisme est un complexe d&#039;orientations théoriques et pratiques, faiblement intégré, qui s&#039;est constitué au cours du processus historique de laïcisation et de spécialisation du pouvoir politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les premières idéologies auxquelles a été accolée l&#039;étiquette libérale s&#039;intéressent à la question du gouvernement, aux rapports entre ses divers organes et aux rapports de ceux-ci avec les particuliers. En gros, on a commencé à appeler les libéraux les adversaires de l&#039;absolutisme, quelle que soit la nature de cet absolutisme. Les libéraux revendiquent les droits du for intérieur devant la prétentions de toutes les églises établies. Entre la tradition libérale et les autorités religieuses, notamment le siège apostolique de Rome, le conflit a été profond et prolongé. Pour les libéraux, l&#039;État doit s&#039;abstenir de mettre son bras séculier à la disposition d&#039;une orthodoxie — pas plus celle qu&#039;il s&#039;efforcerait d&#039;imposer pour son propre compte que celle à la disposition de laquelle il serait lui-même placé au nom d&#039;une quelconque révélation. Mais la tradition libérale n&#039;est pas seulement laïque ou laïciste en ce qui concerne les rapports entre les Églises et l&#039;État. Elle est aussi anti-absolutiste en ce qui concerne les pouvoirs de l&#039;État. Ce n&#039;est pas seulement le droit de trancher en dernier ressort, de distinguer le bon grain de l&#039;ivraie — et de livrer celle-ci au feu purificateur — qui est explicitement dénié à un pseudo-dépositaire du vrai et du faux; c&#039;est aussi, dans l&#039;ordre politique, l&#039;idée d&#039;une souveraineté échappant à tout contrôle de ceux sur lesquels elle s&#039;exerce, qui est attaquée dans la tradition libérale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le libéralisme s&#039;est présenté selon la fameuse formule de Montesquieu et des constituants américains, comme une technique de « freins et de contrepoids », par lesquels « le Pouvoir arrête le Pouvoir ». La gamme des moyens mis en oeuvre pour atteindre cet objectif est très variée — et le parlementarisme n&#039;est qu&#039;un moyen parmi d&#039;autres. Mais le contrôle parlementaire, à condition qu&#039;il soit efficace — ce qu&#039;il a peut-être cessé d&#039;être au fur et à mesure que l&#039;administration publique est mieux parvenue à s&#039;y soustraire — apporte-t-il aux individus un ensemble de protections très efficaces ? C&#039;est ce que suggère l&#039;histoire anglaise, si remarquable par la précocité avec laquelle se sont développées, en partie sans doute en raison de la faiblesse des traditions féodales, les institutions parlementaires. Le principe de l&#039;&#039;&#039;habeas corpus&#039;&#039; fournissait aux Anglais une garantie essentielle contre l&#039;arbitraire du Roi et de ses gens. En deuxième lieu, le principe qu&#039;aucun impôt ne peut être légalement levé qui n&#039;ait été d&#039;abord consenti par les représentants des contribuables, et à la limite de la nation, plaçait une autorité royale incapable de financer elle-même ses propres opérations, sous la dépendance du Parlement. Le libéralisme français a eu beaucoup plus de peine à se constituer, car la Couronne qu&#039;il s&#039;agissait de contrôler avait réussi à s&#039;assurer, en particulier grâce à la centralisation des moyens administratifs, une prépondérance solide à l&#039;égard de ses éventuels contestataires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Contrôler le pouvoir&#039;&#039;, sous toutes ses formes, tel est l&#039;aspect le plus manifeste de l&#039;idéologie libérale. Les arrangements constitutionnels vont d&#039;une séparation plus ou moins rigide des pouvoirs, à l&#039;américaine (qui oblige d&#039;ailleurs les diverses « branches » du gouvernement à des négociations et à des compromis plus ou moins laborieux), à une claire prépondérance de la majorité parlementaire à l&#039;anglaise. Mais ces divers arrangements ont en commun quelques traits qui concernent les modalités du contrôle des gouvernés sur les gouvernants. Si l&#039;on s&#039;efforce de dégager les présupposés implicites de l&#039;idéologie libérale, on s&#039;aperçoit que cette démarche est associée à une série de choix qui concernent l&#039;organisation de la société toute entière. La fameuse distinction entre le libéralisme économique et le libéralisme politique, quelle que soit sa pertinence, méconnaît la liaison entre ces facettes ou aspects très différents, mais pourtant complémentaires de la tradition libérale. On réduit souvent le libéralisme à la fameuse formule « laissez-faire, laissez-passer », que l&#039;on interprète comme le mot d&#039;ordre de la bourgeoisie conquérante. En réalité, l&#039;injonction faite aux autorités politiques de ne pas se mêler de la production et des échanges ne s&#039;adresse pas seulement à un État libéral, mais aussi bien à un État autoritaire — comme le suggère l&#039;exemple des Physiocrates. Inversement, des sociétés où les libertés des particuliers sont effectivement garanties par l&#039;&#039;&#039;habeas corpus&#039;&#039;, par le contrôle juridictionnel sur l&#039;administration et le contrôle du Parlement sur l&#039;exécutif, peuvent comporter un degré élevé d&#039;intervention des autorités administratives dans la production des richesses, la redistribution des revenus, ou les échanges avec l&#039;étranger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce qui assure la connexion entre le libéralisme économique et le libéralisme politique, c&#039;est une conception de l&#039;individu et de ses droits, définis corrélativement à ceux de l&#039;État. Pour tenter la délimitation de ces domaines, deux méthodes son applicables. On peut convenir d&#039;appeler la première libéralisme vulgaire. Elle est pratiquée par les hommes politiques et possède de très solides garants dans l&#039;opinion commune. Ce qui la caractérise, c&#039;est qu&#039;elle part des institutions constitutives de la société civile : la famille, la propriété privée, le marché, en ignorant l&#039;interdépendance de ces institutions avec celle de l&#039;État. En tant qu&#039;époux, propriétaire, producteur, l&#039;individu serait libre d&#039;accomplir un certain nombre d&#039;activité sous la doubl condition de réciprocité et de licéité. Il lui faut trouver un partenaire et, dans beaucoup de cas, un associé lié à lui contractuellement. Dans cette conception restrictive, l&#039;État est le garant des contrats, dont il rend efficace l&#039;exécution, comme il assure aux propriétaires la jouissance paisible de leurs biens. Même s&#039;il en est aussi discret et peu visible que possible, il est donc présent à toutes les transactions de la société civile. Non seulement « veilleur de nuit », mais aussi médiateur et arbitre, il règle le jeu des intérêts, et maintient ou rétablit la paix entre les parties en conflit. L&#039;État exerce donc des fonctions spécifiques, limitées, mais absolument essentielles. Malheureusement sa force, qui est nécessaire à la protection des particuliers, &#039;&#039;peut&#039;&#039; devenir une source d&#039;abus contre lesquels ceux-ci doivent se prémunir. Le libéralisme classique est obsédé par la crainte que l&#039;État ne devienne un instrument au service du « pouvoir personnel » d&#039;un tyran. Mais il existe un second risque, contre lequel le libéralisme classique est assez mal défendu : c&#039;est que l&#039;État devienne une immense machine bureaucratique asservissant les particuliers aux règlements d&#039;une &#039;&#039;administration despotique&#039;&#039;. Face à ces deux dangers, en enserrant, les gouvernants dans un réseau d&#039;autorisations préalables et en les soumettant à une gamme de sanctions ex post dans l&#039;ordre administratif, judiciaire et politique (par la menace de la non-réélection), l&#039;État libéral assure-t-il la liberté effective des particuliers ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Montesquieu entendait la liberté comme le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui; selon lui, cet idéal peut être atteint quelle que soit la nature du régime — sauf, bien entendu, s&#039;il s&#039;agit d&#039;une tyrannie ou d&#039;un despotisme. Mais une monarchie peut être aussi libre qu&#039;une république — bien qu&#039;elle le soit &#039;&#039;autrement&#039;&#039;, et que toutes les monarchies ne le soient pas à un égal degré. Aux yeux de Montesquieu, la monarchie française n&#039;était pas aussi libre que la monarchie anglaise. Mais dans la mesure où les parlements, les traditions locales, et aussi les privilèges de la noblesse et du clergé faisaient obstacle aux prétentions de la Couronne, et surtout de l&#039;arbitraire ministériel, les sujets du Roi de France ne peuvent pas être assimilés aux esclaves d&#039;un despote oriental. La tradition libérale est attentive aux garanties que les pratiques fondées sur la coutume et les traditions assurent aux citoyens. Au XIXe siècle, la plupart des libéraux français sont finalement assez indifférents à la fameuse question dynastique qui divisait légitimistes, orléanistes et bonapartistes, et qui les opposait conjointement aux républicains. Occupés qu&#039;ils étaient à réduire la souveraineté, les libéraux s&#039;intéressaient peu aux titulaires de cette souveraineté. Thiers l&#039;a rappelé dans son discours fameux sur les « libertés nécessaires » qui n&#039;était pas seulement un rideau de fumée pour couvrir un éventuel rapprochement avec Napoléon III. Cette attitude est au fond un ralliement ultérieur des orléanistes, comme A. Thiers, à la forme républicaine contre laquelle ils nourrissaient les plus fortes préventions à cause des souvenirs de la dictature jacobine et de la hantise des récidives blanquistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par des cheminements historiques tout à fait différents, les libéraux anglais, américains et français sont parvenus à construire un État limité, caractérisé par l&#039;autonomie relative de la sphère spirituelle et culturelle (la laïcité de l&#039;État dans la variante française) et par une triple différenciation du politique, de l&#039;administratif et de l&#039;économique, qui est censé assurer aux particuliers la jouissance paible de leurs intérêts privés. Mais ce compromis s&#039;est avéré précaire. Il s&#039;est trouvé exposé à plusieurs difficultés. D&#039;abord les tâches classiques de l&#039;État, notamment la défense contre les ennemis, se sont accrues sous l&#039;effet d&#039;une concurrence de plus en plus féroce entre les impérialismes rivaux. En deuxième lieu, les conflits entre des intérêts de mieux en mieux organisés, appelaient l&#039;intervention de plus en plus fréqunte et de plus en plus étendue d&#039;un arbitre bien décidé pour être efficace à s&#039;assurer le dernier mot. Enfin, la demande croissante pour des « biens publics » comme la santé, l&#039;éducation, dont la responsabilité incombe à des administrations financées, et même très souvent gérées, par le gouvernement achève de rendre précaires les frontières entre le public et le privé. La doctrine libérale telle qu&#039;elle s&#039;est constituée au cours d&#039;un processus qui associe les réponses circonstancielles et passagères, à des orientations générales, récurrentes, et même constantes, s&#039;est trouvée confrontée à des exigences auxquelles elle a de plus en plus de peine à répondre. L&#039;existence d&#039;États &#039;&#039;nationaux&#039;&#039; constitue une difficulté qui depuis longtemps embarrasse la pensée libérale. En effet, la défense de cette entité constitue un des fondements du civisme, mais fournit un argument (&#039;&#039;salus populi, suprema lex esto&#039;&#039;) à ceux qui entendent restreindre les libertés individuelles. La délimitation des compétences de l&#039;État, l&#039;affection à celui-ci de secteurs de plus en plus étendus dans la fourniture des biens publics, embarrassent aussi les libéraux. Ils tendent à se diviser entre les tenants d&#039;une conception minimaliste (l&#039;État doit se charger exclusivement des tâches qu&#039;il est le seul à pouvoir remplir) et les tenants d&#039;un libéralisme favorable à une &#039;&#039;socialisation&#039;&#039; de larges secteurs de l&#039;activité économique et aussi culturelle. Ce qui complique encore les choses, c&#039;est que la qualification idéologique de la première espèce de libéraux est malaisée. Sous certains rapports ils peuvent être dits &#039;&#039;conservateurs&#039;&#039;, puisqu&#039;ils sont hostiles aux interférences administratives dans le fonctionnement des activités économiques, notamment de production. Mais, par d&#039;autres côtés certains libéraux peuvent se sentir très près des &#039;&#039;anarchistes&#039;&#039;, puisque pour contester la légitimité des transferts sur lesquels est fondé le &#039;&#039;welfare state&#039;&#039;, ils invoquent volontiers l&#039;incomparabilité des préférences individuelles et l&#039;arbitraire radical de tout arbitrage entre ces préférences, s&#039;il n&#039;est pas le fait des intéressés eux-mêmes. On peut donc distinguer plusieurs courants libéraux et néo-libéraux : l&#039;un que l&#039;on peut qualifier de quasi-conservateur, l&#039;autre de quasi-anarchiste, et un troisième de quasi-socialiste. Si aucune règle à la fois cohérente et efficace ne permet d&#039;effectuer un arbitrage satisfaisant entre ce qui relève du privé et ce qui relève des autorités publiques, l&#039;idéologie libérale est menacée de confusion. Pourtant, même si elle est exposée à des tiraillements manifestes, il ne s&#039;ensuit pas qu&#039;elle ait perdu toute vitalité. Elle tire sa force et sa pertinence d&#039;une question qu&#039;elle a contribué à formuler dans la diversité de ses énoncés et de ses implications : à quelles conditions charbonnier peut-il être maître chez lui ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Raymond Boudon:Structuralisme</title>
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		<updated>2014-01-06T18:37:13Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Structuralisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce vocable désigne un mouvement d&#039;idées diffus et complexe qui s&#039;est développé dans le domaine des sciences sociales au cours années 1960 principalement, pour ne pas dire à peu près exclusivement, sur la scène française.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L&#039;origine de l&#039;analyse structurale ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;origine, le structuralisme apparaît comme une tentative méthodologique pour étendre à d&#039;autres sciences sociales les bénéfices de la révolution « structuraliste » telle qu&#039;elle passait pour s&#039;être développée en linguistique. La philologie classique s&#039;était principalement orientée vers la description &#039;&#039;historique&#039;&#039; des langues dans leurs différentes composantes (vocabulaire, syntaxe, etc). Par contraste, la linguistique « structurale » se propose d&#039;analyser la « structure » des langues. L&#039;exemple de la phonologie permet d&#039;illustrer aisément la signification de la notion de structure &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;[[Raymond Boudon:Structure|Structure]]&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; dans ce contexte. La phonologie « classique » se donne pour objectif la détermination des phonèmes (c&#039;est-à-dire des sons élémentaires) des langues. Éventuellement, elle s&#039;efforce de décrire l&#039;évolution de ces phonèmes dans le temps ou leur variation d&#039;une région à l&#039;autre; de comparer les stocks de phonèmes de l&#039;allemand à ceux du français, etc. La phonologie « structurale » se soucie plutôt, quant à elle, d&#039;établir que l&#039;ensemble des phonèmes d&#039;une langue forme un &#039;&#039;système&#039;&#039; cohérent, capable de constituer un support « commode » et économique aux processus de communication. Considérons par exemple les phonèmes de l&#039;anglais. Selon Jakobson, ils représentent tous des combinaisons de 12 « traits distinctifs » binaires élémentaires : « vocalique/non vocalique », « consonnantique/non consonnantique », « grave/aigu », « nasal/oral », « continu/instantané », etc. Ces 12 traits binaires peuvent en théorie donner lieu à 2^12 = 4096 combinaisons ou phonèmes possibles. En réalité, la plupart des langues (dont l&#039;anglais) n&#039;utilisent que quelques dizaines de phonèmes au total. Naturellement, les phonèmes réels ne représentent pas une « sélection » aléatoire des phonèmes possibles : ils représentent un « système » de combinaisons distinctifs élémentaires dont la phonologie structurale se propose précisément d&#039;analyser la « stucture » &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;[[Raymond Boudon:Structure|Structure]]&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Système&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La distinction entre phonologie « classique » et phonologie « structurale » et plus généralement, entre linguistique « classique » et linguistique « structurale » retrouve dans le domaine de l&#039;étude des langues des distinctions familières et anciennes, explicitement ou implicitement reconnues par plusieurs sciences sociales. Ainsi on peut analyser les institutions sociales de manière descriptive. Mais on peut aussi s&#039;interroger sur la structure du système constitué par l&#039;ensemble des institutions d&#039;une société. Cette perspective, qu&#039;on peut appeler &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;, est par exemple celle qu&#039;adopte [[Charles de Montesquieu|Montesquieu]] dans &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; : régimes politiques, institutions juridiques, organisation sociale et familiale tendent, selon Montesquieu, à former des touts cohérents, des « structures » comme on dirait aujourd&#039;hui, excluant nombre de combinaisons possibles d&#039;un point de vue strictement combinatoire, mais difficilement concevables d&#039;un point de vue sociologique. Il faut toutefois souligner que Montesquieu &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Montesquieu&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; se garde d&#039;affirmer que les divers éléments d&#039;un système social s&#039;impliquent les uns les autres de façon nécessaire : que certaines combinaisons soient exclues n&#039;entraîne pas que les combinaisons réalisées et observables soient d&#039;une rigoureuse cohérence. On retrouve la même perspective chez [[Alexis de Tocqueville|Tocqueville]] : &#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; montre comment le caractère centralisé de l&#039;administration française a rendu le « système » social et politique français très différent dans sa structure du système anglais. Si on se tourne vers des auteurs modernes, on observe par exemple la même perspective chez Murdock. Dans &#039;&#039;Social Structure&#039;&#039; cet auteur a montré, à partir de données concernant un ensemble de sociétés archaïques que les règles de résidence (matrilocale, patrilocale, etc.) de transmission du patrimoine, de filiation (patrilinéaire, matrilinéaire, etc.), les règles relatives de la prohibition de l&#039;inceste, le vocabulaire utilisé pour désigner les divers types de relation de parenté, etc., constituent des « structures » au sens où elles sont des combinaisons non aléatoires, un type de règle de résidence ayant par exemple plus de chance d&#039;être associé à un certain type de règle de filiation et à certaines institutions matrimoniales qu&#039;à d&#039;autres. Mais, chez Murdock comme chez Montesquieu, on a affaire à une conception &#039;&#039;minimaliste&#039;&#039; plutôt que &#039;&#039;maximaliste&#039;&#039; de la cohérence des systèmes institutionnels sont donc assimilables, non à des implications &#039;&#039;strictes&#039;&#039; de type logique (si A, alors B), mais à des implications &#039;&#039;faibles&#039;&#039; de type stochastique (si A, alors plus souvent B). Autre exemple : l&#039;opposition sociologique classique — et qui ne va pas sans poser des problèmes — entre sociétés « traditionnelles » et sociétés « modernes » peut être considérée comme un exemple d&#039;analyse « structurelle » : les deux types de sociétés sont caractérisés ou supposés être caractérisés par des ensembles de traits qui s&#039;opposent terme à terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces travaux relèvent de ce qu&#039;on peut appeler l&#039;analyse &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;. Dans tous les cas, il s&#039;agit de montrer qu&#039;un ensemble d&#039;institutions caractéristiques d&#039;une société constitue une « structure » au sens où cet ensemble doit être analysé comme une combinaison non aléatoire d&#039;éléments. Dans le domaine de la phonologie, l&#039;analyse structurelle consiste bien, de même, à montrer que les phonèmes d&#039;une langue constitue une combinaison non aléatoire de traits distinctifs. La linguistique dite « structurale », c&#039;est-à-dire celle qui adopte une perspective « structurelle », ne représente donc en aucune façon une innovation méthodologique radicale. La « révolution » qu&#039;elle a accomplie, si révolution il y a, consiste plutôt dans l&#039;application à un domaine particulier, celui des langues, d&#039;une perspective que des disciplines comme la sociologie et l&#039;économie avaient traditionnellement utilisée. Comme M. Jourdain faisait de la prose, Montesquieu et Tocqueville avaient, sans le savoir, appliqué l&#039;analyse « structurelle » à la sociologie ou, comme on peut dire encore, pratiqué une sociologie « structurale ». Le fait que, par différence avec les expressions « linguistique structurale » ou « anthropologie structurale », des expressions comme « économie structurale » ou « sociologie structurale » ne se soient pas imposées, suffit peut-être à indiquer que la perspective de l&#039;analyse structurelle est traditionnelle dans ces deux disciplines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;en va pas de même en anthropologie. Dans les &#039;&#039;structures élémentaires de la parenté&#039;&#039;, Lévi-Strauss applique la perpective structurelle telle qu&#039;elle vient d&#039;être définie à un domaine de l&#039;ethnologie où avait traditionnellement prévalu une perspective de type descriptif. Jusqu&#039;à Lévi-Strauss, les ethnologues s&#039;étaient heurtés à un problème difficile : rendre compte de la diversité des règles de prohibition de l&#039;inceste. Pourquoi par exemple le mariage entre cousins parallèles est-il généralement interdit, tandis que tout mariage entre cousins croisés est toléré dans certaines sociétés et que, dans d&#039;autres sociétés encore, certains types de mariage entre cousins croisés sont autorisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère) et d&#039;autres interdits (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille de la soeur de son père) ? Lévi-Strauss a proposé de résoudre ces énigmes classiques en adoptant une méthodologie analogue à celle de la phonologie structuralle. Le phonologue s&#039;efforce de montrer que tout système phonétique peut être considéré comme une solution particulière à un problème général : constituer un support sonore économique aux processus de communication. De même, Lévi-Strauss s&#039;efforça de montrer que les systèmes de règles d&#039;interdiction et d&#039;autorisation du mariage qu&#039;on observe dans les sociétés archaïques sont les solutions particulières d&#039;un « problème » général : assurer une circulation des femmes entre les segments constitutifs des sociétés. Cette perspective générale étant posée, on démontre par exemple qu&#039;une « solution » cohérente (d&#039;un certain point de vue) contient, outre d&#039;autres règles, l&#039;interdiction du mariage entre cousins parallèles et l&#039;autorisation du mariage entre cousins croisés, et qu&#039;un autre système cohérent de règles interdit le mariage entre cousins parallèles et autorise le mariage entre certains cousins croisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théorie de Lévi-Strauss s&#039;est heurtée à de sérieuses objections. G. Homans par exemple souligne son caractère téléologique (les règles du mariage ont pour &#039;&#039;fonction&#039;&#039; d&#039;assurer la solidarité du groupe). D&#039;autre part, il relève que le mariage préférentiel avec la fille du frère de la mère est plus fréquent dans les sociétés patrilinéaires, où &#039;&#039;Ego&#039;&#039; entretient des rapports distants avec son père et avec la soeur de son père, tandis que ses rapports avec sa mère et avec le frère de celle-ci sont familiers et chaleureux. Selon Lévi-Strauss, insister sur de tels &#039;&#039;faits&#039;&#039;, c&#039;est revenir aux « vieux errements » du « psychologisme ». Pour sa part, Leach devait souligner à partir notamment de l&#039;analyse des systèmes Kachin qu&#039;il est impossible d&#039;isoler les échanges matrimoniaux de l&#039;ensemble plus vaste (échanges économiques, politiques, etc.) auquel ils appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le dérapage métaphysique ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut souligner que, si les révolutions « structurales » (adoption d&#039;une perspective « structurelle ») de la linguistique  et l&#039;anthropologie doivent être tenues pour locales plutôt que générales dans la mesure où elles ne font qu&#039;étendre à de nouveaux domaines une idée ancienne , elles ont donné naissance à des innovations méthodologiques dépassant le cadre de l&#039;ethnologie et de la linguistique. Ainsi, la phonologie structurale, la syntaxe structurale de Chomsky, les travaux de Lévi-Strauss et Weil, ceux de Bush sur les structures de la parenté utilisent une instrumentation mathématique novatrice qui a contribué à leur audience et à leur prestige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce prestige est une des raisons du dérapage vers la métaphysique de ce qui fut d&#039;abord une perspective méthodologique. Bien que certains auteurs, comme Piaget, assimilent les notions de « perspective structurelle » et de « structuralisme », c&#039;est à ce dérapage métaphysique qu&#039;il convient sans doute de réserver le vocable de structuralisme. Il consiste dans son principe en une généralisation abusive, ou plutôt une réification de postulats que linguistes et anthropologues avaient été naturellement amenés à introduire sur leur terrain, mais dont l&#039;extension et la généralisation à d&#039;autres terrains soulèvent un problème de légitimité. Ainsi, l&#039;ethnologue des sociétés sans écriture comme le phonologue sont à l&#039;évidence condamnés à une perspective « synchronique » : ils peuvent observer un système de phonèmes constitué, un système de règles d&#039;autorisation et d&#039;interdiction du mariage, un ensemble de récits mythiques, mais ils ne disposent généralement pas de données leur permettant d&#039;étudier la genèse ou l&#039;évolution de ces « systèmes ». La nature de leurs données leur interdit pratiquement toute analyse &#039;&#039;diachronique&#039;&#039;. Le prestige momentané des analyses structurelles de la linguistique et de l&#039;anthropologie, l&#039;autorité qui paraissait se dégager des aphorismes épistémologiques et Lévi-Strauss, incitèrent certains sociologues à conclure que l&#039;analyse synchronique possédait pour de mystérieuses raisons un privilège inconditionnel par rapport à l&#039;analyse diachronique. Exemple entre beaucoup, Althusser et Balibar se mirent à (re)lire Marx en général et &#039;&#039;Le Capital&#039;&#039; en particulier en s&#039;efforçant d&#039;y découvrir une typologie des formations sociales et des modes de production construite à partir d&#039;éléments simples (types d&#039;appropriation de la plus-value, etc.), exactement comme les systèmes phonétiques sont des combinaisons structurés de traits distinctifs. Marx se retrouvra déguisé en structuraliste préoccupé de la structure synchronique de formations sociales et en fait pratiquement indifférent  à l&#039;analyse du changement social. L&#039;interprétation « structuraliste » de Marx, en insistant sur la possibilité de construire des systèmes combinatoires différents, avait l&#039;avantage non négligeable d&#039;« assouplir » les relations entre infrastructure et superstructure, de « montrer » que les « formations sociales » capitalistes et socialistes pouvaient correspondre à une certaine diversité de structures. C&#039;est pourquoi elle connut le succès : le traitement structuraliste qu&#039;Althusser et ses disciples administrèrent à Marx eut pour effet de tirer le marxisme de l&#039;ornière du marxisme vulgaire dans laquelle il était tombé, et de lui restituer une respectabilité académique et une souplesse que les intellectuels marxistes ne pouvaient pas ne pas considérer comme des bienfaits. Le même « goût » pour le « synchronique » peut être observé  dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; de M. Foucault, livre qui interprète l&#039;« histoire » des sciences naturelles et sociales comme une séquence de basculements structurels : les grandes &#039;&#039;époques&#039;&#039; de cette histoire sont dominés par des « structures » épistémologiques dont l&#039;auteur s&#039;efforce d&#039;analyser l&#039;implacable cohérence interne. Quant à la succession de ces « structures », elle est supposée par Foucault inintelligible ou inintéressante. La brillante construction contenue dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; n&#039;est guère plus, du point de vue logique, qu&#039;une typologie; typologie qui, de surcroît, fait bon marché de l&#039;histoire des sciences. Ainsi, aucun historien des sciences sociales n&#039;admettait qu&#039;[[Adam Smith]] ait inauguré un basculement épistémologique en proposant &#039;&#039;pour la première fois&#039;&#039; des modèles évolutifs endogènes des processus sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En privilégiant l&#039;analyse « synchronique » par rapport à l&#039;analyse « diachronique », dans les domaines où la nature de l&#039;information disponible ne l&#039;impose pas, les structuralistes réduisent  leurs ambitions à peu de choses : le plus souvent , à la mise en évidence de typologies dont ils renoncent à rechercher la raison d&#039;être &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Typologies&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. On peut douter qu&#039;il s&#039;agisse là d&#039;un progrès par rapport à des démarches comme celles de Marx ou de Tocqueville, qui interprètent toujours les différences synchroniques qu&#039;on peut observer entre types sociaux comme le résultat de processus diachroniques. Le « système » des différences qu&#039;on peut par exemple relever entre la France et l&#039;Angleterre &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou entre la France et l&#039;Amérique &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;De la Démocratie en Amérique&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; est analysé par Tocqueville comme le résultat de processus en cascade résultant de différences institutionnelles initiales. Il en va de même chez Marx : les différences entre types sociaux observés au niveau synchronique sont toujours analysés par lui comme le résultat de processus diachroniques. Le primat inconditionnel accordé au synchronique a non seulement pour effet de rendre inintelligible les différences entre types, il conduit aussi à exagérer et à relier ces différences. Ainsi, l&#039;opposition sociétés « traditionnelles » / sociétés « modernes » a largement contribué au développement de conceptions simplistes et fausses. La sociologie de la modernisation admet fréquemment par exemple que les sociétés « traditionnelles » sont nécessairement immobiles ou que la « modernisation » est vouée à progresser simultanément sur tous les fronts &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Développement&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Modernisation&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. De telles propositions, qui ne résistent pas à l&#039;examen le plus superficiel, résultent de ce que la typologie opposant les sociétés traditionnelles aux sociétés modernes est traitée, non comme un outil heuristique, mais comme l&#039;expression d&#039;une « réalité » ou d&#039;une « structure profonde ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contraintes qui s&#039;imposent à l&#039;anthropologie étudiant des mythes archaïques ou au phonologue leur interdisent en second lieu d&#039;analyser les mythes ou systèmes phonétiques comme des produits de l&#039;&#039;&#039;activité humaine&#039;&#039; (ce qu&#039;ils &#039;&#039;sont&#039;&#039; pourtant à l&#039;évidence). La métaphysique structuraliste, procédant ici encore par généralisation et par réification, tire de ces conditions particulières une proposition méthodologique et une proposition ontologique. &#039;&#039;Proposition méthodologique&#039;&#039; : les phénomènes sociaux sont le produit ou la manifestation de structures et ne sauraient être analysés comme le résultat de l&#039;action des hommes. &#039;&#039;Proposition ontologique&#039;&#039; : seules les structures ont une existence « réelle »; les individus sont de simples apparences ou de purs « supports de structures ». Ils n&#039;ont d&#039;intérêt que dans la mesure où ils permettent aux structures de se manifester. Et lorsque les individus ne sont pas réduits à être des « supports de structures » et sont décrits par le sociologue structuraliste comme étant capables de comportements « stratégiques » (mot souvent abusivement tenu pour synonyme de « intentionnel »), on ne tarde pas à découvrir que ces comportements intentionnels ne sauraient qu&#039;aboutir à la reproduction des structures ou, selon les passions idéologiques du sociologue, à leur évolution dans une direction prescrite par le sens de l&#039;Histoire. Adam Smith et Darwin ne sont, selon Foucault, que des manifestations particulières de la « structure épistémique » de leur temps. Le « moi » qui tenait un rôle fondamental dans la trilogie classique de Freud (&#039;&#039;surmoi&#039;&#039;, &#039;&#039;moi&#039;&#039;, &#039;&#039;ça&#039;&#039;) disparaît, comme l&#039;a montré Turkle, dans la version structuraliste que Lacan a donnée de la doctrine psychanalytique. L&#039;individu devient selon Lacan le simple support des structures inconscientes qui l&#039;habitent (le &#039;&#039;ça&#039;&#039;). Les agents sociaux de la sociologie d&#039;inspiration structuraliste sont de même, quant à eux, de simples supports ou, au mieux, des truchements consentants ou aveugles, à travers lesquels s&#039;expriment, se réalisent, se reproduisent ou évoluent les structures sociales. Quant aux « structures sociales », elles sont généralement réduites à quelques variables arbitrairement choisies, dont on suppose qu&#039;elles dominent l&#039;ensemble des variables caractérisant le système social. Sur ce point encore il importe de noter le contraste avec un auteur comme Tocqueville : la « centralisation administrative » n&#039;est pas posée &#039;&#039;a priori&#039;&#039; comme une variable essentielle. Son importance est au contraire démontrée &#039;&#039;a posteriori&#039;&#039;. Par contraste, les variables de stratification, elles-mêmes condensées dans la distinction sommaire classe dominante / classe dominée, sont &#039;&#039;a priori&#039;&#039; posées par les sociologues structuralistes comme les variables essentielles. On peut par exemple ignorer l&#039;existence de l&#039;État puisqu&#039;il est entendu qu&#039;il est nécessairement au service de la classe dominante. &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;État&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le structuralisme (non au sens où le prend Piaget, celui d&#039;« analyse structurelle », mais au sens où nous le prenons ici de dérapage métaphysique à partir de l&#039;« analyse structurelle »), le structuralisme est, on l&#039;a dit, un mouvement d&#039;idée diffus qui s&#039;est surtout développé en France. Pourquoi ? D&#039;abord parce que le déclin de l&#039;existentialisme vers la fin des années 50 laissait le champ libre à une nouvelle mode philosophique, que le Tout-Paris intellectuel paraît manifester une demande permanente en matière de modes philosophiques, et qu&#039;il n&#039;existe de structure équivalente au Tout-Paris intellectuel ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni en Italie, ni aux États-Unis par exemple (Clark). Ensuite parce que le structuralisme pouvait se parer du prestige scientifique dont bénéficièrent pendant un temps les découvertes de la linguistique et de l&#039;anthropologie. Enfin, parce qu&#039;un certain nombre d&#039;auteurs de talent surent composer d&#039;habiles synthèses verbales (ré)interprétant dans le langage structuraliste les textes sacrés de Freud, de Marx, de Nietzsche et de quelques autres. Mais si le structuralisme est une spécialité locale qui n&#039;a guère fait tache d&#039;huile et a pu être décrit par F. Alberoni, un observateur italien familier de la scène culturelle française, comme une illustration de l&#039;« arroganza della cultura francese », c&#039;est essentiellement que, en dépit des virtuosités verbales qui ont contribués à son succès et de la vocation que par définition il affiche à la « profondeur », il représente, dans ses formes métaphysiques, une régression intellectuelle. Comment, en gommant la marge d&#039;autonomie laissée à l&#039;agent ou à l&#039;acteur social par les structures, en subsistant des typologies sommaires à la diversité des types sociaux, en ramenant la complexité structurelle des systèmes d&#039;interdépendance et d&#039;interaction à quelques variables auxquelles on accorde un primat arbitraire (variables de stratification par exemple), en accordant une inconditionnelle suprématie au « synchronique » par rapport au « diachronique », peut-on espérer faire progresser la connaissance des systèmes et processus sociaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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== Notes ==&lt;br /&gt;
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[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : Page créée avec « {{Infobox Raymond Boudon}} {{titre|Structure|Raymond Boudon &amp;amp; François Bourricaud|Article du &amp;#039;&amp;#039;Dictionnaire critique de la sociologie&amp;#039;&amp;#039;, 1982.}} &amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;... »&lt;/p&gt;
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&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Structure|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La notion de structure a des sens si divers en sociologie qu&#039;il est difficile et probablement impossible de faire une liste exhaustive de ses significations. On se contentera donc d&#039;établir quelques points de repère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chez Murdock, la notion de « structure sociale » désigne la cohérence des institutions sociales : les institutions ne sont pas des conglomérats arbitraires ou aléatoires; en ce sens, elles ont une &#039;&#039;structure&#039;&#039;. Murdock retrouve sur le terrain des sociétés archaïques une idée fondamentale que Montesquieu avait développé systématiquement dans &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039;&amp;lt;ref&amp;gt; cf. article &#039;&#039;&#039;[[Raymond Boudon:Structuralisme|Structuralisme]]&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette idée est reprise dans la forme d&#039;analyse qu&#039;on appelle parfois structuro-fonctionnelle. L&#039;un des objectifs de ce type d&#039;analyse est précisément de rendre compte de la cohérence et de montrer l&#039;interdépendance des institutions sociales. Ainsi, Parsons a tenté de montrer que la « structure » industrielle des professions est peu compatible avec des institutions familiales de type traditionnel (famille étendue avec unité de résidence) &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Fonctionnalisme&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus généralement, la notion de structure a, souvent chez les fonctionnalistes et les structuralistes, une signification voisine de la notion de type. Construire une typologie &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Typologie&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;, c&#039;est : 1) établir une liste de variables considérées comme pertinentes; 2) montrer que ces variables sont caractérisées par des intercorrélations plus ou moins fortes et « structurées », c&#039;est-à-dire réparties de manière non aléatoire 3) utiliser ces intercorrélations pour répartir les objets observés en types ou classes. Imaginons un cas simple : on a quatre variables à deux états (+/-); tous les objets observés sont soit ++++, soit ---- : on dira souvent dans ce cas qu&#039;on a déterminé deux types d&#039;objets ou fait apparaître deux &#039;&#039;structures&#039;&#039; distinctes. Dans ce cas les intercorrélations entre variables sont parfaites. On peut naturellement tenter de dégager des types ou « structures » lorsque les intercorrélations, bien qu&#039;imparfaites, ne sont pas réparties de manière aléatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans d&#039;autres cas, on utilise la notion de structure en opposition en relation avec d&#039;autres termes. Gurvitch distingue par exemple les groupes structurés des groupes organisés. Ainsi, les classes sociales peuvent, selon cet auteur, être « structurées » sans être « organisées ». Cette distinction retrouve, en un autre langage, une distinction familière : Gurvitch entend seulement souligner que les groupes et groupements peuvent être situés sur une sorte de continuum dont une extrémité est représentée par les groupes dont les « intérêts » sont représentés par une ou plusieurs organisations, et l&#039;autre par les groupes correspondants à de simples catégories statistiques. Entre les groupes « organisés » et les groupes qu&#039;on peut qualifier de « nominaux », on peut situer les groupes que Dahrendorf appelle « latents », à savoir les groupes composés de personnes ayant un intérêt commun. Plus continuiste que Dahrendorf, Gurvitch considère que, entre les groupes nominaux et les groupes organisés, on peut établir une gradation de groupes plus ou moins « structurés ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans d&#039;autres circonstances, la notion de « structure » est opposée à celle de conjoncture. Dans le même ordre d&#039;idées, la notion de structure désigne souvent les éléments stables d&#039;un système &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Système&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; par opposition à ses éléments variables. Ainsi, la notion de structure d&#039;un modèle désigne soit les paramètres du modèle, soit l&#039;ensemble des fonctions liant les variables entre elles, soit encore l&#039;ensemble des paramètres et des fonctions. Ainsi, supposons que trois variables &#039;&#039;x1&#039;&#039;, &#039;&#039;x2&#039;&#039; et &#039;&#039;x3&#039;&#039; soient liées entre elles par un système tel que : &#039;&#039;x2&#039;&#039; = &#039;&#039;f&#039;&#039; (&#039;&#039;x1&#039;&#039;) = &#039;&#039;ax1&#039;&#039; + &#039;&#039;b&#039;&#039;; &#039;&#039;x3&#039;&#039; = &#039;&#039;g&#039;&#039; (&#039;&#039;x1&#039;&#039;, &#039;&#039;x2&#039;&#039;) = &#039;&#039;cx1&#039;&#039; + &#039;&#039;dx2&#039;&#039; + &#039;&#039;q&#039;&#039;. Dans certains cas, on dira que les paramètres &#039;&#039;a&#039;&#039;, &#039;&#039;b&#039;&#039;, &#039;&#039;c&#039;&#039;, &#039;&#039;d&#039;&#039;, &#039;&#039;q&#039;&#039; représentent la structure du système. Dans d&#039;autres cas la notion de structure se référera plutôt aux formes &#039;&#039;f&#039;&#039; et &#039;&#039;g&#039;&#039; des relations entre les variables. Dans d&#039;autres cas encore, elle désignera l&#039;ensemble des formes &#039;&#039;f&#039;&#039; et &#039;&#039;g&#039;&#039; et des paramètres &#039;&#039;a&#039;&#039;, &#039;&#039;b&#039;&#039;, &#039;&#039;c&#039;&#039;, &#039;&#039;d&#039;&#039;, et &#039;&#039;q&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans d&#039;autres cas encore, la notion de structure est utilisée de façon plus ou moins lâche pour distinguer le fondamental du secondaire, l&#039;essentiel de l&#039;inessentiel, le primitif du dérivé. Ainsi, pour Mannheum, la « structure sociale » est « le tissu des forces sociales en interaction d&#039;où sont issus les divers modes d&#039;observation et de pensée ». Dans ce cas, la notion de structure sociale désigne implicitement l&#039;ensemble des éléments d&#039;un système social dont le sociologue présume qu&#039;ils dominent et déterminent les autres. Pour Mannheim, il s&#039;agit des éléments matériels (vaguement désignés par l&#039;expression de « forces sociales ») qui permettent d&#039;expliquer les éléments idéels. Cet usage rappelle évidemment la célèbre distinction marxiste entre infrastructure et superstructure. L&#039;influence de la tradition marxiste explique que des sociologues utilisent fréquemment la notion de « structure sociale » comme une sorte de doublet « système de stratification », les variables de stratification étant alors considérées comme premières et déterminantes. Si on refuse de considérer &#039;&#039;a priori&#039;&#039; certaines classes de variables comme déterminantes, la notion de « structure sociale » devient, comme le soulignent chacun à sa manière des auteurs comme Kroeber, Evans-Pritchard ou Radcliffe-Brown, un simple doublet d&#039;autres notions, comme celles d&#039;organisation sociale ou de système de relations sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelquefois, les « structures sociales » désignent les systèmes de contraintes qui balisent l&#039;action individuelle. Si on ajoute à cette définition tout à fait acceptable la proposition contestable selon laquelle les structures suffisent dans tous les cas à déterminer l&#039;action individuelle, c&#039;est-à-dire ne laissent au sujet, dans le cas général, aucune marge d&#039;autonomie, on obtient une espèce, largement répandue, du genre « structuralisme ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans d&#039;autres contextes, le mot structure est pratiquement synonyme de distribution au sens statistique du terme. Ainsi, lorqu&#039;on parle de « structure socio-professionnelle », on veut désigner la distribution des individus d&#039;une population dans les divers types de positions socio-professionnelles. Dans la même veine, Lazarfeld parle de variables &#039;&#039;structurelles&#039;&#039; à propos des variables caractérisant des unités collectives mais non définies sur les individus composant ces unités. Dans un sens voisin, Blau parle d&#039;effet « structurel » lorsqu&#039;une variable apparaît comme une fonction d&#039;une distribution. Ainsi il y a effet « structurel » au sens de Blau lorsque la proposension des ouvriers à voter à gauche apparaît comme dépendante de la proportion des ouvriers dans l&#039;environnement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La notion de structure est encore traitée comme un équivalent de l&#039;allemand &#039;&#039;Gestalt&#039;&#039; ou de l&#039;anglais &#039;&#039;pattern&#039;&#039;. Elle évoque alors la notion de configuation. En ce sens, on dit d&#039;un sociogramme qu&#039;il représente la « structure » d&#039;un groupe et on parle de l&#039;« analyse structurelle » des groupes pour désigner la représentation sous forme de graphe ou de matrice des relations d&#039;attraction ou de répulsion entre les membres du groupe. De la même manière, on parle de la &#039;&#039;structure&#039;&#039; d&#039;une matrice de corrélations entre variables pour indiquer que les valeurs des corrélations ne sont pas distribuées de manière aléatoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, la notion de structure peut apparaître en corrélation avec celle de système si on entend par système un ensemble d&#039;« éléments interdépendants ». Mais elle peut aussi apparaître comme implicitement ou explicitement par opposition ou contiguïté avec un ensemble important d&#039;autres notions, dans des sens très variables que seul le contexte peut éventuellement permettre de déterminer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Raymond_Boudon:Structuralisme&amp;diff=51314</id>
		<title>Raymond Boudon:Structuralisme</title>
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		<updated>2014-01-06T16:29:12Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Structuralisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; [[François Bourricaud]]|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce vocable désigne un mouvement d&#039;idées diffus et complexe qui s&#039;est développé dans le domaine des sciences sociales au cours années 1960 principalement, pour ne pas dire à peu près exclusivement, sur la scène française.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L&#039;origine de l&#039;analyse structurale ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;origine, le structuralisme apparaît comme une tentative méthodologique pour étendre à d&#039;autres sciences sociales les bénéfices de la révolution « structuraliste » telle qu&#039;elle passait pour s&#039;être développée en linguistique. La philologie classique s&#039;était principalement orientée vers la description &#039;&#039;historique&#039;&#039; des langues dans leurs différentes composantes (vocabulaire, syntaxe, etc). Par contraste, la linguistique « structurale » se propose d&#039;analyser la « structure » des langues. L&#039;exemple de la phonologie permet d&#039;illustrer aisément la signification de la notion de structure &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Structure&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; dans ce contexte. La phonologie « classique » se donne pour objectif la détermination des phonèmes (c&#039;est-à-dire des sons élémentaires) des langues. Éventuellement, elle s&#039;efforce de décrire l&#039;évolution de ces phonèmes dans le temps ou leur variation d&#039;une région à l&#039;autre; de comparer les stocks de phonèmes de l&#039;allemand à ceux du français, etc. La phonologie « structurale » se soucie plutôt, quant à elle, d&#039;établir que l&#039;ensemble des phonèmes d&#039;une langue forme un &#039;&#039;système&#039;&#039; cohérent, capable de constituer un support « commode » et économique aux processus de communication. Considérons par exemple les phonèmes de l&#039;anglais. Selon Jakobson, ils représentent tous des combinaisons de 12 « traits distinctifs » binaires élémentaires : « vocalique/non vocalique », « consonnantique/non consonnantique », « grave/aigu », « nasal/oral », « continu/instantané », etc. Ces 12 traits binaires peuvent en théorie donner lieu à 2^12 = 4096 combinaisons ou phonèmes possibles. En réalité, la plupart des langues (dont l&#039;anglais) n&#039;utilisent que quelques dizaines de phonèmes au total. Naturellement, les phonèmes réels ne représentent pas une « sélection » aléatoire des phonèmes possibles : ils représentent un « système » de combinaisons distinctifs élémentaires dont la phonologie structurale se propose précisément d&#039;analyser la « stucture » &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Structure&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Système&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La distinction entre phonologie « classique » et phonologie « structurale » et plus généralement, entre linguistique « classique » et linguistique « structurale » retrouve dans le domaine de l&#039;étude des langues des distinctions familières et anciennes, explicitement ou implicitement reconnues par plusieurs sciences sociales. Ainsi on peut analyser les institutions sociales de manière descriptive. Mais on peut aussi s&#039;interroger sur la structure du système constitué par l&#039;ensemble des institutions d&#039;une société. Cette perspective, qu&#039;on peut appeler &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;, est par exemple celle qu&#039;adopte [[Charles de Montesquieu|Montesquieu]] dans &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; : régimes politiques, institutions juridiques, organisation sociale et familiale tendent, selon Montesquieu, à former des touts cohérents, des « structures » comme on dirait aujourd&#039;hui, excluant nombre de combinaisons possibles d&#039;un point de vue strictement combinatoire, mais difficilement concevables d&#039;un point de vue sociologique. Il faut toutefois souligner que Montesquieu &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Montesquieu&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; se garde d&#039;affirmer que les divers éléments d&#039;un système social s&#039;impliquent les uns les autres de façon nécessaire : que certaines combinaisons soient exclues n&#039;entraîne pas que les combinaisons réalisées et observables soient d&#039;une rigoureuse cohérence. On retrouve la même perspective chez [[Alexis de Tocqueville|Tocqueville]] : &#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; montre comment le caractère centralisé de l&#039;administration française a rendu le « système » social et politique français très différent dans sa structure du système anglais. Si on se tourne vers des auteurs modernes, on observe par exemple la même perspective chez Murdock. Dans &#039;&#039;Social Structure&#039;&#039; cet auteur a montré, à partir de données concernant un ensemble de sociétés archaïques que les règles de résidence (matrilocale, patrilocale, etc.) de transmission du patrimoine, de filiation (patrilinéaire, matrilinéaire, etc.), les règles relatives de la prohibition de l&#039;inceste, le vocabulaire utilisé pour désigner les divers types de relation de parenté, etc., constituent des « structures » au sens où elles sont des combinaisons non aléatoires, un type de règle de résidence ayant par exemple plus de chance d&#039;être associé à un certain type de règle de filiation et à certaines institutions matrimoniales qu&#039;à d&#039;autres. Mais, chez Murdock comme chez Montesquieu, on a affaire à une conception &#039;&#039;minimaliste&#039;&#039; plutôt que &#039;&#039;maximaliste&#039;&#039; de la cohérence des systèmes institutionnels sont donc assimilables, non à des implications &#039;&#039;strictes&#039;&#039; de type logique (si A, alors B), mais à des implications &#039;&#039;faibles&#039;&#039; de type stochastique (si A, alors plus souvent B). Autre exemple : l&#039;opposition sociologique classique — et qui ne va pas sans poser des problèmes — entre sociétés « traditionnelles » et sociétés « modernes » peut être considérée comme un exemple d&#039;analyse « structurelle » : les deux types de sociétés sont caractérisés ou supposés être caractérisés par des ensembles de traits qui s&#039;opposent terme à terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces travaux relèvent de ce qu&#039;on peut appeler l&#039;analyse &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;. Dans tous les cas, il s&#039;agit de montrer qu&#039;un ensemble d&#039;institutions caractéristiques d&#039;une société constitue une « structure » au sens où cet ensemble doit être analysé comme une combinaison non aléatoire d&#039;éléments. Dans le domaine de la phonologie, l&#039;analyse structurelle consiste bien, de même, à montrer que les phonèmes d&#039;une langue constitue une combinaison non aléatoire de traits distinctifs. La linguistique dite « structurale », c&#039;est-à-dire celle qui adopte une perspective « structurelle », ne représente donc en aucune façon une innovation méthodologique radicale. La « révolution » qu&#039;elle a accomplie, si révolution il y a, consiste plutôt dans l&#039;application à un domaine particulier, celui des langues, d&#039;une perspective que des disciplines comme la sociologie et l&#039;économie avaient traditionnellement utilisée. Comme M. Jourdain faisait de la prose, Montesquieu et Tocqueville avaient, sans le savoir, appliqué l&#039;analyse « structurelle » à la sociologie ou, comme on peut dire encore, pratiqué une sociologie « structurale ». Le fait que, par différence avec les expressions « linguistique structurale » ou « anthropologie structurale », des expressions comme « économie structurale » ou « sociologie structurale » ne se soient pas imposées, suffit peut-être à indiquer que la perspective de l&#039;analyse structurelle est traditionnelle dans ces deux disciplines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;en va pas de même en anthropologie. Dans les &#039;&#039;structures élémentaires de la parenté&#039;&#039;, Lévi-Strauss applique la perpective structurelle telle qu&#039;elle vient d&#039;être définie à un domaine de l&#039;ethnologie où avait traditionnellement prévalu une perspective de type descriptif. Jusqu&#039;à Lévi-Strauss, les ethnologues s&#039;étaient heurtés à un problème difficile : rendre compte de la diversité des règles de prohibition de l&#039;inceste. Pourquoi par exemple le mariage entre cousins parallèles est-il généralement interdit, tandis que tout mariage entre cousins croisés est toléré dans certaines sociétés et que, dans d&#039;autres sociétés encore, certains types de mariage entre cousins croisés sont autorisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère) et d&#039;autres interdits (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille de la soeur de son père) ? Lévi-Strauss a proposé de résoudre ces énigmes classiques en adoptant une méthodologie analogue à celle de la phonologie structuralle. Le phonologue s&#039;efforce de montrer que tout système phonétique peut être considéré comme une solution particulière à un problème général : constituer un support sonore économique aux processus de communication. De même, Lévi-Strauss s&#039;efforça de montrer que les systèmes de règles d&#039;interdiction et d&#039;autorisation du mariage qu&#039;on observe dans les sociétés archaïques sont les solutions particulières d&#039;un « problème » général : assurer une circulation des femmes entre les segments constitutifs des sociétés. Cette perspective générale étant posée, on démontre par exemple qu&#039;une « solution » cohérente (d&#039;un certain point de vue) contient, outre d&#039;autres règles, l&#039;interdiction du mariage entre cousins parallèles et l&#039;autorisation du mariage entre cousins croisés, et qu&#039;un autre système cohérent de règles interdit le mariage entre cousins parallèles et autorise le mariage entre certains cousins croisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théorie de Lévi-Strauss s&#039;est heurtée à de sérieuses objections. G. Homans par exemple souligne son caractère téléologique (les règles du mariage ont pour &#039;&#039;fonction&#039;&#039; d&#039;assurer la solidarité du groupe). D&#039;autre part, il relève que le mariage préférentiel avec la fille du frère de la mère est plus fréquent dans les sociétés patrilinéaires, où &#039;&#039;Ego&#039;&#039; entretient des rapports distants avec son père et avec la soeur de son père, tandis que ses rapports avec sa mère et avec le frère de celle-ci sont familiers et chaleureux. Selon Lévi-Strauss, insister sur de tels &#039;&#039;faits&#039;&#039;, c&#039;est revenir aux « vieux errements » du « psychologisme ». Pour sa part, Leach devait souligner à partir notamment de l&#039;analyse des systèmes Kachin qu&#039;il est impossible d&#039;isoler les échanges matrimoniaux de l&#039;ensemble plus vaste (échanges économiques, politiques, etc.) auquel ils appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le dérapage métaphysique ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut souligner que, si les révolutions « structurales » (adoption d&#039;une perspective « structurelle ») de la linguistique  et l&#039;anthropologie doivent être tenues pour locales plutôt que générales dans la mesure où elles ne font qu&#039;étendre à de nouveaux domaines une idée ancienne , elles ont donné naissance à des innovations méthodologiques dépassant le cadre de l&#039;ethnologie et de la linguistique. Ainsi, la phonologie structurale, la syntaxe structurale de Chomsky, les travaux de Lévi-Strauss et Weil, ceux de Bush sur les structures de la parenté utilisent une instrumentation mathématique novatrice qui a contribué à leur audience et à leur prestige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce prestige est une des raisons du dérapage vers la métaphysique de ce qui fut d&#039;abord une perspective méthodologique. Bien que certains auteurs, comme Piaget, assimilent les notions de « perspective structurelle » et de « structuralisme », c&#039;est à ce dérapage métaphysique qu&#039;il convient sans doute de réserver le vocable de structuralisme. Il consiste dans son principe en une généralisation abusive, ou plutôt une réification de postulats que linguistes et anthropologues avaient été naturellement amenés à introduire sur leur terrain, mais dont l&#039;extension et la généralisation à d&#039;autres terrains soulèvent un problème de légitimité. Ainsi, l&#039;ethnologue des sociétés sans écriture comme le phonologue sont à l&#039;évidence condamnés à une perspective « synchronique » : ils peuvent observer un système de phonèmes constitué, un système de règles d&#039;autorisation et d&#039;interdiction du mariage, un ensemble de récits mythiques, mais ils ne disposent généralement pas de données leur permettant d&#039;étudier la genèse ou l&#039;évolution de ces « systèmes ». La nature de leurs données leur interdit pratiquement toute analyse &#039;&#039;diachronique&#039;&#039;. Le prestige momentané des analyses structurelles de la linguistique et de l&#039;anthropologie, l&#039;autorité qui paraissait se dégager des aphorismes épistémologiques et Lévi-Strauss, incitèrent certains sociologues à conclure que l&#039;analyse synchronique possédait pour de mystérieuses raisons un privilège inconditionnel par rapport à l&#039;analyse diachronique. Exemple entre beaucoup, Althusser et Balibar se mirent à (re)lire Marx en général et &#039;&#039;Le Capital&#039;&#039; en particulier en s&#039;efforçant d&#039;y découvrir une typologie des formations sociales et des modes de production construite à partir d&#039;éléments simples (types d&#039;appropriation de la plus-value, etc.), exactement comme les systèmes phonétiques sont des combinaisons structurés de traits distinctifs. Marx se retrouvra déguisé en structuraliste préoccupé de la structure synchronique de formations sociales et en fait pratiquement indifférent  à l&#039;analyse du changement social. L&#039;interprétation « structuraliste » de Marx, en insistant sur la possibilité de construire des systèmes combinatoires différents, avait l&#039;avantage non négligeable d&#039;« assouplir » les relations entre infrastructure et superstructure, de « montrer » que les « formations sociales » capitalistes et socialistes pouvaient correspondre à une certaine diversité de structures. C&#039;est pourquoi elle connut le succès : le traitement structuraliste qu&#039;Althusser et ses disciples administrèrent à Marx eut pour effet de tirer le marxisme de l&#039;ornière du marxisme vulgaire dans laquelle il était tombé, et de lui restituer une respectabilité académique et une souplesse que les intellectuels marxistes ne pouvaient pas ne pas considérer comme des bienfaits. Le même « goût » pour le « synchronique » peut être observé  dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; de M. Foucault, livre qui interprète l&#039;« histoire » des sciences naturelles et sociales comme une séquence de basculements structurels : les grandes &#039;&#039;époques&#039;&#039; de cette histoire sont dominés par des « structures » épistémologiques dont l&#039;auteur s&#039;efforce d&#039;analyser l&#039;implacable cohérence interne. Quant à la succession de ces « structures », elle est supposée par Foucault inintelligible ou inintéressante. La brillante construction contenue dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; n&#039;est guère plus, du point de vue logique, qu&#039;une typologie; typologie qui, de surcroît, fait bon marché de l&#039;histoire des sciences. Ainsi, aucun historien des sciences sociales n&#039;admettait qu&#039;[[Adam Smith]] ait inauguré un basculement épistémologique en proposant &#039;&#039;pour la première fois&#039;&#039; des modèles évolutifs endogènes des processus sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En privilégiant l&#039;analyse « synchronique » par rapport à l&#039;analyse « diachronique », dans les domaines où la nature de l&#039;information disponible ne l&#039;impose pas, les structuralistes réduisent  leurs ambitions à peu de choses : le plus souvent , à la mise en évidence de typologies dont ils renoncent à rechercher la raison d&#039;être &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Typologies&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. On peut douter qu&#039;il s&#039;agisse là d&#039;un progrès par rapport à des démarches comme celles de Marx ou de Tocqueville, qui interprètent toujours les différences synchroniques qu&#039;on peut observer entre types sociaux comme le résultat de processus diachroniques. Le « système » des différences qu&#039;on peut par exemple relever entre la France et l&#039;Angleterre &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou entre la France et l&#039;Amérique &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;De la Démocratie en Amérique&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; est analysé par Tocqueville comme le résultat de processus en cascade résultant de différences institutionnelles initiales. Il en va de même chez Marx : les différences entre types sociaux observés au niveau synchronique sont toujours analysés par lui comme le résultat de processus diachroniques. Le primat inconditionnel accordé au synchronique a non seulement pour effet de rendre inintelligible les différences entre types, il conduit aussi à exagérer et à relier ces différences. Ainsi, l&#039;opposition sociétés « traditionnelles » / sociétés « modernes » a largement contribué au développement de conceptions simplistes et fausses. La sociologie de la modernisation admet fréquemment par exemple que les sociétés « traditionnelles » sont nécessairement immobiles ou que la « modernisation » est vouée à progresser simultanément sur tous les fronts &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Développement&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Modernisation&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. De telles propositions, qui ne résistent pas à l&#039;examen le plus superficiel, résultent de ce que la typologie opposant les sociétés traditionnelles aux sociétés modernes est traitée, non comme un outil heuristique, mais comme l&#039;expression d&#039;une « réalité » ou d&#039;une « structure profonde ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contraintes qui s&#039;imposent à l&#039;anthropologie étudiant des mythes archaïques ou au phonologue leur interdisent en second lieu d&#039;analyser les mythes ou systèmes phonétiques comme des produits de l&#039;&#039;&#039;activité humaine&#039;&#039; (ce qu&#039;ils &#039;&#039;sont&#039;&#039; pourtant à l&#039;évidence). La métaphysique structuraliste, procédant ici encore par généralisation et par réification, tire de ces conditions particulières une proposition méthodologique et une proposition ontologique. &#039;&#039;Proposition méthodologique&#039;&#039; : les phénomènes sociaux sont le produit ou la manifestation de structures et ne sauraient être analysés comme le résultat de l&#039;action des hommes. &#039;&#039;Proposition ontologique&#039;&#039; : seules les structures ont une existence « réelle »; les individus sont de simples apparences ou de purs « supports de structures ». Ils n&#039;ont d&#039;intérêt que dans la mesure où ils permettent aux structures de se manifester. Et lorsque les individus ne sont pas réduits à être des « supports de structures » et sont décrits par le sociologue structuraliste comme étant capables de comportements « stratégiques » (mot souvent abusivement tenu pour synonyme de « intentionnel »), on ne tarde pas à découvrir que ces comportements intentionnels ne sauraient qu&#039;aboutir à la reproduction des structures ou, selon les passions idéologiques du sociologue, à leur évolution dans une direction prescrite par le sens de l&#039;Histoire. Adam Smith et Darwin ne sont, selon Foucault, que des manifestations particulières de la « structure épistémique » de leur temps. Le « moi » qui tenait un rôle fondamental dans la trilogie classique de Freud (&#039;&#039;surmoi&#039;&#039;, &#039;&#039;moi&#039;&#039;, &#039;&#039;ça&#039;&#039;) disparaît, comme l&#039;a montré Turkle, dans la version structuraliste que Lacan a donnée de la doctrine psychanalytique. L&#039;individu devient selon Lacan le simple support des structures inconscientes qui l&#039;habitent (le &#039;&#039;ça&#039;&#039;). Les agents sociaux de la sociologie d&#039;inspiration structuraliste sont de même, quant à eux, de simples supports ou, au mieux, des truchements consentants ou aveugles, à travers lesquels s&#039;expriment, se réalisent, se reproduisent ou évoluent les structures sociales. Quant aux « structures sociales », elles sont généralement réduites à quelques variables arbitrairement choisies, dont on suppose qu&#039;elles dominent l&#039;ensemble des variables caractérisant le système social. Sur ce point encore il importe de noter le contraste avec un auteur comme Tocqueville : la « centralisation administrative » n&#039;est pas posée &#039;&#039;a priori&#039;&#039; comme une variable essentielle. Son importance est au contraire démontrée &#039;&#039;a posteriori&#039;&#039;. Par contraste, les variables de stratification, elles-mêmes condensées dans la distinction sommaire classe dominante / classe dominée, sont &#039;&#039;a priori&#039;&#039; posées par les sociologues structuralistes comme les variables essentielles. On peut par exemple ignorer l&#039;existence de l&#039;État puisqu&#039;il est entendu qu&#039;il est nécessairement au service de la classe dominante. &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;État&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le structuralisme (non au sens où le prend Piaget, celui d&#039;« analyse structurelle », mais au sens où nous le prenons ici de dérapage métaphysique à partir de l&#039;« analyse structurelle »), le structuralisme est, on l&#039;a dit, un mouvement d&#039;idée diffus qui s&#039;est surtout développé en France. Pourquoi ? D&#039;abord parce que le déclin de l&#039;existentialisme vers la fin des années 50 laissait le champ libre à une nouvelle mode philosophique, que le Tout-Paris intellectuel paraît manifester une demande permanente en matière de modes philosophiques, et qu&#039;il n&#039;existe de structure équivalente au Tout-Paris intellectuel ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni en Italie, ni aux États-Unis par exemple (Clark). Ensuite parce que le structuralisme pouvait se parer du prestige scientifique dont bénéficièrent pendant un temps les découvertes de la linguistique et de l&#039;anthropologie. Enfin, parce qu&#039;un certain nombre d&#039;auteurs de talent surent composer d&#039;habiles synthèses verbales (ré)interprétant dans le langage structuraliste les textes sacrés de Freud, de Marx, de Nietzsche et de quelques autres. Mais si le structuralisme est une spécialité locale qui n&#039;a guère fait tache d&#039;huile et a pu être décrit par F. Alberoni, un observateur italien familier de la scène culturelle française, comme une illustration de l&#039;« arroganza della cultura francese », c&#039;est essentiellement que, en dépit des virtuosités verbales qui ont contribués à son succès et de la vocation que par définition il affiche à la « profondeur », il représente, dans ses formes métaphysiques, une régression intellectuelle. Comment, en gommant la marge d&#039;autonomie laissée à l&#039;agent ou à l&#039;acteur social par les structures, en subsistant des typologies sommaires à la diversité des types sociaux, en ramenant la complexité structurelle des systèmes d&#039;interdépendance et d&#039;interaction à quelques variables auxquelles on accorde un primat arbitraire (variables de stratification par exemple), en accordant une inconditionnelle suprématie au « synchronique » par rapport au « diachronique », peut-on espérer faire progresser la connaissance des systèmes et processus sociaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Eugen Böhm-Bawerk:Une nouvelle théorie sur le capital</title>
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}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
{{titre|Une nouvelle théorie sur le capital|[[Eugen Böhm-Bawerk]]|Revue d&#039;économie politique III, 1889}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;L&#039;article suivant a pour but d&#039;exposer brièvement au public français les idées fondamentales de mon ouvrage : &#039;&#039;Théorie positive du capital&#039;&#039; (Innsbrück, 1889, 467pp.), publié récemment. Cet ouvrage est la continuation et la fin d&#039;un ouvrage plus étendu : &#039;&#039;Capital et Intérêt&#039;&#039;, dont la première partie, contenant : « &#039;&#039;L&#039;Histoire et la critique des théories sur l&#039;intérêt&#039;&#039; », a paru en 1884 (Voy. le compte-rendu de cet ouvrage par St-Marc dans le dernier numéro de la &#039;&#039;Revue d&#039;économie politique&#039;&#039;.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une théorie sur le capital ! Dès le premier mot, voici la difficulté que nous rencontrons : le mot « capital », dans la science, a non pas une, mais &#039;&#039;deux&#039;&#039; significations, et comme chacune d&#039;elles ouvre un cycle nouveau de phénomènes et de problèmes que la théorie doit expliquer, il ne saurait y avoir &#039;&#039;une seule théorie&#039;&#039; sur &#039;&#039;deux choses différentes&#039;&#039; qui sont désignées tout à fait fortuitement sous ce nom équivoque de « capital ». Je m&#039;explique : il y a un certain capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;production&#039;&#039; et qu&#039;on a coutume de désigner comme un des trois facteurs de la production; il y a un autre capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;répartition&#039;&#039; des biens, le capital qui rapporte un profit ou intérêt. Mais le capital facteur de production n&#039;est nullement identique avec le capital qui rapporte un intérêt. Une maison, par exemple, ou un cabinet de lecture, rapportent à leurs propriétaires des intérêts, quoique ces biens n&#039;aient assurément rien à faire avec la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence qui en résulte est si simple et se présente si naturellement à l&#039;esprit qu&#039;on pourrait croire qu&#039;elle n&#039;a pu échapper à personne, et cependant elle a passé inaperçue de tous nos prédécesseurs. Si ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la répartition se compose de biens tous différents de ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la production, il est bien évident que les fonctions qu&#039;exerce &#039;&#039;celui-là&#039;&#039; et les effets qu&#039;il produit, par exemple, la capacité de produire intérêt, ne doivent pas être expliquées par des qualités ou forces qui n&#039;appartiennent qu&#039;à &#039;&#039;celui-ci&#039;&#039;; de même que si deux personnes portent le même nom, celui d&#039;Alexandre par exemple, il ne faudrait pas conclure de ce que Alexandre I trébuche, qu&#039;Alexandre II est myope ou maladroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi il ne faut pas confondre la solution du problème de distribution avec la solution du problème de production dans l&#039;examen scientifique ; il faut, non pas &#039;&#039;une&#039;&#039; théorie mais &#039;&#039;deux&#039;&#039; théories sur le capital ; une théorie sur le capital facteur de la production et une théorie indépendante de celle-ci, théorie sur &#039;&#039;capital&#039;&#039;, source de revenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont ces deux conceptions différentes ? Je les distinguerai par les termes de « capital productif » et « capital lucratif&amp;lt;ref&amp;gt;J&#039;emprunte les mots français employés dans le texte, à l&#039;ouvrage de M. Gide (&#039;&#039;Principes  d&#039;éc. pol.&#039;&#039; 1ère edit., p.148), auquel je ne reprocherai qu&#039;une seule faute : c&#039;est de montrer un mépris non justifié pour la conception du « capital lucratif » qui est scientifiquement aussi importante et aussi fertile que celle du « capital productif », et de se refuser à l&#039;admettre comme véritable capital. &amp;lt;/ref&amp;gt; ». J&#039;appelle &#039;&#039;capital productif&#039;&#039; tous les produits qui sont destinés à servir une &#039;&#039;production&#039;&#039; ultérieure, ou, plus brièvement, tous les &#039;&#039;produits intermédiaires&#039;&#039; (matières premières, outils, bâtiments de fabrique et autres); &#039;&#039;capital lucratif&#039;&#039;, tous les produits qui servent &#039;&#039;à acquérir&#039;&#039; des biens. Le capital lucratif comprend en premier lieu tout le capital productif, et de plus tous ces biens en nombre considérable destinés à satisfaire nos besoins, mais dont leurs propriétaires ne font pas personnellement usage et dont ils se servent seulement pour se procurer d&#039;autres biens par voie d&#039;échange (location ou prêt), tels que maisons d&#039;habitation louées, meubles, chevaux de selle, pianos, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne compte ni comme capital productif ni comme capital lucratif la terre, qui est une force productive originaire et non un produit. Pourquoi ? A cette question et à toutes celles sur la conception du capital, qui ont été jusqu&#039;à ce jour l&#039;occasion de malentendus sans nombre, j&#039;ai répondu avec détail dans mon ouvrage; — mais ici je passe sur ces questions de détail pour arriver aux problèmes qui s&#039;attachent au mot de &#039;&#039;capital&#039;&#039;, et parmi ceux-ci j&#039;examinerai en premier lieu ceux qui dépendent de la théorie de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie du capital productif ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Du rôle du capital dans la production ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute production a pour but l&#039;acquisition de biens qui servent à la jouissance de la vie, appelons-les brièvement &#039;&#039;biens de jouissance&#039;&#039;. Ces biens sont des choses matérielles, et comme telles, soumises aux lois qui régissent la matière. Leur formation, la science économique ne devrait jamais l&#039;oublier, constitue essentiellement un &#039;&#039;processus&#039;&#039; naturel, s&#039;accomplissant rigoureusement d&#039;après les lois de la physique et de la chimie. Pour qu&#039;un &#039;&#039;bien de jouissance&#039;&#039; prenne naissance, il faut qu&#039;une combinaison donnée de matières et de forces détermine cette naissance et fasse apparaître une forme matérielle telle, comme effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci posé, en quoi peut consister le rôle de l&#039;homme dans la production des biens ? Tout simplement dans la combinaison des facultés naturelles de l&#039;homme, qui est lui-même un rouage du monde physique, avec les forces naturelles extérieures. Il y a donc deux forces productives élémentaires ou originaires et il n&#039;y en a que deux : la &#039;&#039;nature&#039;&#039; et le &#039;&#039;travail&#039;&#039;. Ce que la nature fait d&#039;elle-même et ce que l&#039;homme y ajoute, voilà la double source d&#039;où découlent tous nos biens et d&#039;où ils doivent nécessairement découler. Il n&#039;y a point de place à côté pour une troisième source élémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les forces naturelles et élémentaires, il y en a qui existent en quantités illimitées : l&#039;air, l&#039;eau, le soleil. Leur concours étant libre en tout temps et gratuit, l&#039;économie politique n&#039;a pas à s&#039;en préoccuper autrement. Elles constituent un élément &#039;&#039;technique&#039;&#039;, mais non &#039;&#039;économique&#039;&#039; de la production. Par contre, ceux d&#039;entre les dons de la nature, qui ne nous sont répartis qu&#039;avec parcimonie, acquièrent une importance économique. Comme presque tous les dons et qualités rares de la nature dépendent du sol, nous pouvons, sans commettre d&#039;erreur grossière, indiquer comme représentant la dotation économique de la nature, les « services fonciers ». Nous pouvons donc dire à ceux qui nous demandent quels sont les éléments de la production : « La nature et le travail sont les éléments techniques, les services fonciers et le travail sont les éléments économiques de la production ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, je n&#039;ai pas encore nommé le capital parmi les forces productives, quoiqu&#039;il soit le héros de ma théorie. Que faut-il donc penser de lui ? Nous le verrons bientôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour tirer de ces forces productives élémentaires les biens de jouissance, l&#039;homme peut employer deux méthodes absolument différentes. Ou bien il cherche à obtenir ces biens désirés par lui directement, sans intermédiaire; par exemple, il ramasse avec sa main les animaux maritimes rejetés sur le rivage; ou bien, il prend un détour, construit avec ces éléments productifs un autre bien, un produit intermédiaire, et avec l&#039;aide de celui-ci, il acquiert enfin le bien convoité. Par exemple, pour prendre des poissons, il commence par fabriquer un hameçon, puis une ligne, ou, par des détours plus grands encore, un canot et des filets et n&#039;entreprend sa pêche qu&#039;aà l&#039;aide de ces outils. Autre exemple : il veut se procurer de l&#039;eau potable qui jaillit d&#039;une source à quelques cents pas de sa demeure; au lieu d&#039;aller à la source chaque fois qu&#039;il a soif et de s&#039;y désaltérer, moyen plus direct, mais fort incommode, il abat quelques douzaines d&#039;arbres, se fabrique un foret, creuse les arbres, et en fait une conduite lui amenant l&#039;eau à la maison en abondance et fort commodément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemple si simples prouvent de reste ce que chacun sait, c&#039;est qu&#039;à l&#039;aide de certains détours de production choisis avec art, on peut obtenir plus de résultats que par le chemin direct, avec la même quantité de forces productives originales, c&#039;est-à-dire qu&#039;avec le même nombre d&#039;heures ou de journées de travail, on peut produire indirectement une plus grande quantité de biens de jouissance que par les moyens directs. C&#039;est un des faits les plus sûrs, les plus connus et les plus importants prouvés par l&#039;expérience. Expliquer la raison de ce fait serait plutôt l&#039;affaire de la physique que de l&#039;économie politique. Mais celle-ci a proclamé tant d&#039;absurdités à ce sujet, elle a tant parlé, entre autres, d&#039;une force productive inhérente au capital, qu&#039;il n&#039;est pas superflu d&#039;indiquer, en passant, la raison physique très simple de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout problème dans l&#039;ordre physique vise en dernier lieu des combinaisons et des déplacements de la matière. Il faut savoir à propos réunir les matériaux qui peuvent concourir, afin que de leurs concours puisse résulter la production souhaitée. Mais trop souvent ces matériaux sont trop énormes ou trop délicats pour se laisser manier par la main humaine, à la fois si faible et si grossière. Nous sommes aussi impuissants à vaincre la force de cohésion de la paroi rocheuse, d&#039;où nous voulons tirer de la pierre à bâtir, qu&#039;à composer un seul grain de froment avec de l&#039;acide carbonique, de l&#039;hydrogène, de l&#039;azote, de l&#039;oxygène et du phosphore. Mais ce qui est refusé à nos propores forces, d&#039;autres forces peuvent l&#039;exécuter et ce sont celles de la nature elle-même. Il y a des forces naturelles dont l&#039;action dépasse de beaucoup le pouvoir humain, comme il en est d&#039;autres qui se plient aux combinaisons les plus délicates. Si nous réussissions à faire de ces forces puissantes nos alliées pour notre oeuvre de production, les limites de notre puissance se trouveraient infiniment reculées. Et nous pouvons y réussir, en effet, mais à une condition, c&#039;est que nous trouvions le moyen de manier plus facilement la matière dont nous voulons nous aider, que celle que nous voulons transformer pour nous procurer le bien convoité. Cette condition se trouve heureusement presque toujours réalisée. Notre main faible et délicate ne saurait vaincre la force de cohésion du rocher ; mais le coin de fer, dur et pointu, le peut, et il nous est facile de le manier, lui et le marteau qui doit le faire pénétrer. A la vérité, il nous est parfois impossible de nous servir directement de la matière dont nous attendons le secours, mais en ce cas nous employons contre elle les mêmes armes qu&#039;elle doit nous fournir à nous-mêmes : nous cherchons à dompter une seconde force naturelle qui nous permette de vaincre la première.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous voudrions conduire l&#039;eau de la source à notre demeure; des tuyaux de bois la contraindraient bien à suivre la voie que lui trace notre désir. Mais impossible à notre main de donner aux arbre de la forêt la forme de tuyaux. Le détour est promptement trouvé; nous cherchons une seconde force auxiliaire dans la hache et le foret : avec l&#039;aide nous façonnons la conduite et avec l&#039;aide de celle-ci nous transportons l&#039;eau. Et ce qu&#039;on produit dans cet exemple à l&#039;aide de deux ou trois étapes successives, on le fera avec un succès plus grand encore à l&#039;aide de cinq, dix ou vingt étapes. De même que nous maîtrisons les éléments du bien convoité à l&#039;aide d&#039;une force auxiliaire, de même nous pouvons maîtriser la seconde force auxiliaire au moyen d&#039;une troisième, celle-ci au moyen d&#039;une quatrième, etc, en remontant ainsi à des causes toujours plus éloignées du résultat final, jusqu&#039;à ce que dans cette série nous rencontrions enfin une cause que nous pouvons maîtriser commodément à l&#039;aide de nos seules forces personnelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà la véritable signification de ces détours dans la production et voici la raison des succès qui en dépendent : chaque détour démontre l&#039;acquisition d&#039;une force auxiliaire, plus forte ou plus habile que la main de l&#039;homme. Toute prolongation de ces détours représente une augmentation des forces auxiliaires mises au service de l&#039;homme et par conséquent la libération, grâce à elle, d&#039;une partie du travail pénible et coûteux de la production dont il se décharge sur la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est temps maintenant de donner un nom aux divers procédés que nous venons de décrire. La production qui prend d&#039;habiles détours n&#039;est autre chose que ce que les économistes appellent la production « capitalistique », de même que la production qui va droit au but, la main vide, s&#039;appelle la production sans capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Mais quant au capital lui-même, ce n&#039;est autre chose que ces produits intermédiaires qui prennent naissance pendant les différentes étapes de la production.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pourtant compléter notre description du &#039;&#039;processus&#039;&#039; de la production du capital par deux observations : nous avons déjà dit que le fait de prendre des détours amenait à obtenir de plus grands résultats. Il faut ajouter que cet avantage n&#039;est pas seulement la conséquence du premier détour, mais de toute prolongation de celui-ci; toutefois, l&#039;accroissement de la production n&#039;est pas en raison directe de la prolongation progressive du détour. Avec un détour qui dure 3 jours (par exemple, la confection d&#039;un hameçon), on obtient plus que par la voie directe; avec un détour qui exige 30 jours (par exemple, la construction d&#039;un bateau), on obtient davantage encore; avec une prolongation du détour portée à 300 ou 3000 jours (par exemple, la construction d&#039;un vaisseau parfaitement équipé; ouverture d&#039;une mine pour obtenir du fer pour construire des machines pour vaisseaux, etc.), on augmentera encore le rapport, mais non point dans les proportions de 3 : 30 : 300 : 3000, proportion qui dépasserait bientôt les limites du possible ! Le succès obtenu sera dans des proportions plus modestes. Il importe de noter cette loi, elle trouvera plus loin une application dans notre théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l&#039;avantage d&#039;un plus grand rendement a, comme revers, ce désavantage : perte de temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les détours de production par le capital procurent finalement plus de biens de jouissance, mais il faut les attendre plus longtemps. Celui qui ramasse les poissons sur le rivage avec la main, prend peu, mais ce peu, il en jouit aussitôt. Celui qui se fait une ligne, doit attendre sa première pêche quelques jours; celui qui construit un bateau, l&#039;attendre quelques mois; celui qui creuse une mine, attendre des années. Encore un fait qu&#039;il importe de retenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Résumons maintenant brièvement le contenu de cet article dans lequel nous n&#039;avons pas encore développé de théories, nous contentant de décrire simplement les faits :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens de jouissance que produit l&#039;homme naissent du concours des forces humaines avec les forces naturelles, en partie forces économiques, en partie forces naturelles gratuites. L&#039;homme peut se procurer ces biens de jouissance, convoités par lui, avec ces forces productives, soit directement, soit indirectement, par l&#039;intervention de produits intermédiaires appelés &#039;&#039;biens capitaux&#039;&#039;. Cette dernière méthode demande un sacrifice de temps, mais permet de produire davantage, et cet avantage se fait sentir, quoique suivant une progression décroissante, pour chaque prolongation de détour dans la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant cherchons à tirer de ces faits les conclusions en réponse aux questions que nous pose la théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le capital constitue t-il un facteur indépendant ou original de la production ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette question, il faut répondre d&#039;une manière absolument négative. La nature et le travail seuls sont des facteurs élémentaires ou originaux de la production. Le capital est un produit intermédiaire du travail de la nature; rien de plus. Sa propre formation, son existence, son action ne sont que des épisodes dans l&#039;action ininterrompue des véritables éléments, nature et travail. Ceux-là seuls font &#039;&#039;tout&#039;&#039; depuis le commencement jusqu&#039;à la fin pour la formation des biens de jouissance. La seule différence est qu&#039;ils font ce tout parfois d&#039;un seul trait, parfois par étapes successives; dans ce dernier cas la fin de chaque étape est marquée extérieurement par la formation d&#039;un produit préliminaire ou intermédiaire , et le capital apparaît. Mais, je le demande, si les auteurs d&#039;une oeuvre quelconque, au lieu de l&#039;accomplir d&#039;un seul trait, s&#039;y prennent à plusieurs reprises, est-ce une raison pour ne pas reconnaître qu&#039;ils en sont les véritables auteurs ? Si aujourd&#039;hui, par le concours de mon travail avec les forces naturelles, je forme des briques avec de l&#039;argile; si demain, unissant de nouveau mon travail à d&#039;autres forces naturelles, je fais de la chaux, et si après-demain avec ces briques et ce mortier j&#039;élève un mur, serait-on fondé à prétendre d&#039;une partie quelconque de ce mur qu&#039;il n&#039;est pas fait par moi et les forces naturelles ? Ou bien encore, avant qu&#039;un ouvrage de longue haleine, la construction d&#039;une maison par exemple, ne soit mené à bonne fin, je suppose qu&#039;on n&#039;en fait une première fois que le quart, puis la moitié, puis les trois quarts et enfin le tout. Que penserait-on si quelqu&#039;un prétendait que ces étapes inévitables de l&#039;avancement de l&#039;ouvrage en constituent des conditions indépendantes et que pour construite une maison il faut, en plus ces matières premières et ce travail des maçons, « une maison achevée au quart, une maison achevée à moitié, enfin, une maison achevée aux trois quarts ? » L&#039;erreur est moins frappante peut-être dans la forme, mais tout aussi forte dans le fond, quand on veut placer à côté de la nature et du travail, comme agents indépendants de la production, ces étapes intermédiaires du progrès de l&#039;ouvrage qui se présentent extérieurement sous la forme de biens capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais d&#039;où vient donc que tant d&#039;auteurs, et parmi eux des auteurs si éminents, s&#039;obstinent à compter malgré tout &#039;&#039;trois&#039;&#039; facteurs de la production, et parmi ces trois le capital ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette classification, c&#039;est ma profonde conviction, tient uniquement à ce que ces auteurs craignent d&#039;être embarrassés pour expliquer et justifier l&#039;intérêt du capital. Tout revenu primitif vient, disent-ils, d&#039;une participation dans la production. La rente foncière forme les honoraires du facteur productif de la nature, le salaire rémunère le facteur travail, et l&#039;intérêt rémunère le capital; mais dans cette théorie, l&#039;intérêt du capital eût semblé planer dans le vide, si on n&#039;avait pu le présenter au même titre que les autres, c&#039;est-à-dire comme représentant les honoraires d&#039;un troisième facteur productif indépendant. Et comme il fallait sauver à tout prix, dans l&#039;intérêt de la société civile, la cause de l&#039;intérêt du capital, on a mieux aimé fermer les yeux sur les faits et laisser passer le capital comme troisième facteur indépendant de la production, quoique forcé parfois, dès la page suivante, de convenir que ce prétendu facteur élémentaire doit être formé préalablement lui-même par le concours de la nature et du travail. Je suis convaincu qu&#039;il suffirait d&#039;indiquer aux économistes un moyen qui leur permît d&#039;expliquer et de justifier l&#039;intérêt du capital sans avoir besoin de reconnaître le capital comme facteur élémentaire de la production, pour qu&#039;ils abandonnassent aussitôt cette théorie qui n&#039;a aucune consistance en elle-même. J&#039;essaierai d&#039;indiquer ce moyen dans la deuxième partie de ce travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le capital ne doit pas être considéré comme un facteur indépendant de la production, alors quel rôle jour-t-il donc dans la production ? Répondons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Son existence nous apparaît toujours comme le &#039;&#039;symptôme d&#039;un détour avantageux dans la production&#039;&#039;. Je dis « symptôme » et non « cause » car son existence est, en effet, plutôt la conséquence que la cause de ces détours. Ce n&#039;est pas parce que le bateau et les filets existent déjà, que je prends des poissons par ce détour, mais c&#039;est seulement après avoir choisi ce détour avantageux et parce que je l&#039;ai choisi que le bateau et les filets existent; il faut déjà avoir trouvé le détour dans la production, pour que les biens capitaux prennent naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le capital devient une &#039;&#039;cause intermédiaire efficace pour servir à l&#039;achèvement du détour avantageux déjà choisi&#039;&#039;. Chaque portion du capital constitue en quelque sorte un réservoir de forces naturelles utilisables qui aideront à achever le détour de production au cours duquel cette portion du capital a pris naissance. Je répète « cause intermédiaire » et non « cause première ». Le capital ne saurait, en effet, donner aucune impulsion par lui-même, il ne peut que transmettre une impulsion une fois donnée par des forces naturelles, de même qu&#039;une boule une fois lancée peut communiquer son mouvement à une autre boule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le capital devient quelquefois une &#039;&#039;cause indirecte en nous permettant de choisir d&#039;autres détours de production avantageux&#039;&#039;, d&#039;autres que ceux à l&#039;occasion desquels il a été formé. Quand un peuple possède beaucoup de capitaux et précisément parce qu&#039;il les possède, il peut non seulement achever avec succès les détours de production au cours desquels ces capiaux ont été formés, mais il peut choisir d&#039;autres détours nouveaux. Car le stock existant de capitaux n&#039;est autre chose que produit d&#039;un travail passé qui va se transformer chaque année en biens de jouissance. Chaque année cette transformation s&#039;opère pour une certaine partie du capital. Donc plus grand est le stock du capital, plus grande aussi est la part que prennent de cette manière les forces productives des périodes passées à la formation des biens de jouissance du présent, et d&#039;autant moins il faut employer à cette dernière fin les forces productives nouvelles de la période courante. Une part bien plus grande reste donc disponible pour être mise au service de l&#039;avenir et peut être employée dans des détours de production à plus grande portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout bien considéré, aucun des nombreux certificats donnés au capital par l&#039;économie politique ne désigne mieux son rôle dans la production que celui-ci : &#039;&#039;un instrument de production&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Comment se forment les capitaux ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe sur ce point trois opinions différentes dans la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les uns affirment que le capital se forme par la seule &#039;&#039;épargne&#039;&#039;. Adam Smith dit&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Richesse des nations&#039;&#039;, liv. II, chap. III.&amp;lt;/ref&amp;gt; : « c&#039;est l&#039;économie et non l&#039;activité qui est la cause immédiate de l&#039;augmentation du capital. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres affirment exactement le contraire, à savoir, que le capital est formé non par l&#039;épargne, mais par &#039;&#039;le travail&#039;&#039;; ainsi le socialiste allemand Rodbertus dit : « le capital national augmente par le travail et non par l&#039;économie.&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Le capital&#039;&#039;, Berlin, 1884, p.268. La même opinion est exprimée par M. Gide dans ses &#039;&#039;Principes d&#039;économie politique&#039;&#039;, 1ère ed., p.168. &amp;lt;/ref&amp;gt; »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres enfin affirment que ces deux choses sont nécessaires à la fois « l&#039;épargne et le travail productif ». Je me range à l&#039;opinion de ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque portion du capital, c&#039;est-à-dire, par exemple, chaque canot, ou chaque filet, ou chaque marteau, ou chaque machine est certainement formée directement par le travail. Mais pour pouvoir produire ces portions du capital, il fallu nécessairement faire autre chose auparavant, il a fallu rendre libres certaines forces productives pour la formation projetée du capital : et cela ne peut avoir lieu que par l&#039;épargne. Représentons-nous un Robinson dans une île déserte, capable de travailler douze heures par jour. Il est dépourvu de tout et se nourrit de fruits sauvages. Il voudrait bien posséder un arc et des flèches pour tuer le gibier. Mais ce travail lui demanderait un mois, et les fruits sauvages sont malheureusement si rares dans son île, qu&#039;il lui faut passer toute  la journée, sans perdre un instant, pour en récolter de quoi suffire tout juste à son entretien. Dans ces conditions, il ne lui reste certainement pas de temps pour fabriquer un arc et des flèches. Demandons-nous pourquoi il n&#039;entre pas dans la possession du capital convoité : pourquoi il ne le produit pas ? Tout simplement parce que toute la force productive dont il dipose est occupée et au-delà à produire ce dont il a besoin pour le moment et qu&#039;il ne lui reste pas de force productive libre pour créer des produits intermédiaires qui ne lui rapporteront que dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons maintenant que les fruits sauvages soient plus abondants, de telle sorte que Robinson puisse en neuf heures en cueillir assez pour être à l&#039;abri des affres de la faim, tandis qu&#039;il lui faudrait continuer sa cueillette pendant douze heures s&#039;il voulait en récolter assez pour satisfaire amplement son appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;en sera-t-il maintenant de la confection des armes de chasse ? La chose est parfaitement claire. Ou bien Robinson tient absolument à apaiser sa faim dans la mesure du possible et à consommer chaque jour le fruit d&#039;une récolte de douze heures : il ne lui restera alors naturellement ni le temps ni la force pour produire les armes dont il a besoin. Ou bien il restreindra ses exigences quant à sa ration journalière, de façon à se contenter du résultat de la cueillette de dix heures, par exemple : alors il lui restera quelques heures libres chaque jour pour travailler, et il pourra se mettre à fabriquer les armes de chasse qu&#039;il convoite. Ceci revient à dire : avant que de pouvoir réellement former un capital, il faut &#039;&#039;épargner&#039;&#039; d&#039;abord les forces productives nécessaires pour sa formation en se privant de certaines jouissances immédiates.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui se présente pour Robinson avec ses douze heures de travail par jour, avec ses fruits et ses armes, se présente en grand pour chaque nation dont la dotation quotidienne en forces productives se compose du travail de plusieurs millions d&#039;hommes, qui tirent leurs moyens de subsistance de toutes les richesses et de toute les commodités du XIXe siècle et dont les besoins en capitaux sont représentés par des machines, des chemins de fer et des canaux. Les quantités et les noms seuls varient. Nombre de complications&amp;lt;ref&amp;gt;Elles sont exposées avec détails dans mon livre.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, rendent difficile de tout embrasser d&#039;un seul coup d&#039;oeil, mais le fond reste toujours le même : une nation pas plus qu&#039;un individu ne saurait former autrement son capital, on augmenter ce capital une fois formé, qu&#039;en s&#039;astreignant à consommer pendant chaque année courante une quantité de produits &#039;&#039;moindre&#039;&#039; que celle que ses forces productives peuvent mettre à sa disposition dans la même période. Ce n&#039;est qu&#039;en rendant libre par l&#039;épargne une part de sa dotation annuelle en forces productives et en la dérobant aux désirs de jouissance immédiate de la vie, qu&#039;elle pourra l&#039;affecter à la création des produits intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ce ne sont pas les biens capitaux eux-mêmes ce ne sont pas les machines, fabriques, matières premières, etc, qu&#039;on épargne, mais ce qu&#039;on épargne, ce sont les &#039;&#039;moyens de jouissance&#039;&#039; et par là même on &#039;&#039;épargne des forces productives&#039;&#039; qu&#039;on peut employer alors &#039;&#039;à la production des capitaux&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quittons maintenant le domaine de la production pour nous tourner vers les problèmes de la distribution. Si dans les explications précédentes je n&#039;ai fait que rectifier et étendre l&#039;ancienne théorie, sans en présenter une nouvelle, j&#039;espère que les explications suivantes justifieront un peu mieux notre titre de « nouvelle théorie » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie de l&#039;intérêt du capital ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le problème ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi le capital rapporte-t-il un intérêt ? — Ce n&#039;est qu&#039;assez tard que la science s&#039;est posée cette question. Mais depuis qu&#039;elle l&#039;a posée, elle a été submergée par un vrai déluge de réponses. Dans mon Histoire et critique des théories sur l&#039;intérêt du capital, j&#039;ai été à même de distinguer au moins treize groupe différents de théories sur le capital, et comme presque chaque &#039;&#039;groupe&#039;&#039; comprend à son tour plusieurs sous-théories nettement distinctes, je ne saurais être accusé d&#039;exagération si j&#039;évalue à quarante ou cinquante l&#039;ensemble des essais de solutions proposées jusqu&#039;à ce jour. Si maintenant on veut considérer que de toutes ces solutions, une seule au plus peut être juste, on sera de mon avis pour regarder cette surabondance non comme le résultat d&#039;une connaissance parfaite de la matière, mais bien au contraire comme la conséquence d&#039;un manque absolu de clarté et d&#039;intelligence. C&#039;est parce qu&#039;on ne connaît pas le vrai chemin conduisant au but qu&#039;on tâtonne à l&#039;aventure dans tous les sentiers possibles, et quelquefois impossibles, pour trouver une solution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois, en effet, et j&#039;ai essayé de prouver d&#039;une manière circonstanciée dans mon livre cité plus haut, que &#039;&#039;tous&#039;&#039; les essais de solutions donnés jusqu&#039;ici sont faux. Il est impossible de dire que l&#039;intérêt du capital est, comme l&#039;affirment les uns, « une prime accordée à l&#039;abstention », — ni, selon d&#039;autres, « le salaire du travail moral de l&#039;épargne », — ni, comme le prétendent d&#039;autres encore, « un traitement pour l&#039;accomplissement de certaines fonctions économiques », — ni comme « le fruit d&#039;une vertu productive et particulière au capital », — ni enfin, comme le prétendent les socialistes, le résultat « d&#039;une simple exploitation du privilège de la propriété par ceux qui possèdent ». La véritable explication doit être cherchée, ce me semble, dans une tout autre direction. Mais avant de me tourner de ce côté, il importe de faire quelques courtes observations sur les différentes formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici trois modes primitifs par lesquels on peut tirer de son capital un revenu net ou &#039;&#039;intérêt&#039;&#039;, employant le mot dans un sens étendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. En prêtant un capital en argent : c&#039;est tout simplement le prêt à « intérêt » dans le sens le plus restreint du mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. En plaçant son capital dans une entreprise productive et en créant dans celle-ci un produit dont la valeur laisse, défalcation faite de tous les frais, un excédent ou plus-value, qu&#039;on peut attribuer à la coopération du capital, « le profit » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. En possédant un bien de longue durée (mais non pas destiné à la production), tel qu&#039;une maison d&#039;habitation, une piano, un cabinet de lecture, et en le louant moyennant un prix annuel assez élevé pour laisser un excédent, un revenu net, après en avoir déduit les frais d&#039;entretien ainsi qu&#039;une prime d&#039;amortissement pour la dégradation de l&#039;objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ressort clairement de cette énumération, encore une fois, que le « capital » représente dans la théorie sur l&#039;intérêt une idée  beaucoup plus étendue que le « capital » dans la théorie de la production. En outre, il est clair qu&#039;une théorie exacte sur l&#039;intérêt doit pouvoir donner l&#039;explication de &#039;&#039;toutes&#039;&#039; les formes sous lesquelles nous avons dit que se présentait l&#039;intérêt. Essayons de le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;influence du temps sur la valeur des biens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quiconque s&#039;occupe d&#039;économie politique sait aujourd&#039;hui que la valeur n&#039;est pas une qualité matérielle des biens, qualité qui leur serait inhérente, mais le résultat variable de circonstances variables elles-mêmes. Un quintal de blé, par exemple, vaut plus après une mauvaise révolte, moins après une moisson abondante. Un stère de bois vaut beaucoup plus à Paris que dans une des forêts des Alpes ou des Pyrénées. Ces quelques exemples montrent déjà que &#039;&#039;le lieu&#039;&#039; et &#039;&#039;le temps&#039;&#039; de la disponibilité jouent un rôle particulièrement important parmi les circonstances qui influent sur la valeur. Des différences de valeur innombrables s&#039;y rattachent. Et cependant on peut de nouveau y distinguer deux catégories. Certaines différences de valeur locales et temporaires sont fortuites et indépendantes de toute règle. Ces différences sont dues au hasard, si toutefois en économie politique il est permis de parler de hasard. Il se peut, par exemple, que la vendange soit cette année-ci bonne en Allemagne et mauvaise en France : donc le prix du vin sera élevé ici, en baisse là-bas. Mais l&#039;année prochaine le contraire aura peut-être lieu, la révolte sera bonne en France et mauvaise en Allemagne : alors aussi le prix sera déprécié ici, en hausse là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En regardant de plus près, on rencontrera à côté de ces différences de valeur irrégulières une catégorie de différences régulières, causées par des différences de lieux. Ainsi, par exemple, voici une loi qui se manifeste très nettement dans tous les faits, c&#039;est que tous les articles valent beaucoup moins à l&#039;endroit où ils sont produits, qu&#039;à l&#039;endroit où ils sont expédiés et consommés. Le blé est toujours meilleur marché dans le sud de la Hongrie qu&#039;à Pest, à Pest meilleur marché qu&#039;à Vienne, à Vienne meilleur marché qu&#039;en Suisse. Ou encore, c&#039;est dans la mine que le charbon est le moins cher; il est déjà un peu plus cher à la station la plus rapprochée de la mine, plus cher aux stations plus éloignées et le plus cher à la station finale, par exemple à Paris. Or la question qui s&#039;impose ici est de savoir si cette différence de valeur légitime, produite par la différence des &#039;&#039;lieux&#039;&#039;, ne se rattache pas simplement à une différence dans le &#039;&#039;temps&#039;&#039; ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai examiné les faits concernant cette question et j&#039;y ai trouvé une loi aussi simple que nette. Cette loi, la voici : &#039;&#039;des biens présents ont toujours une valeur plus élevée que des biens futurs de même espèce en quantité égale&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ils n&#039;ont pas une valeur plus élevée que celle que ces biens futurs &#039;&#039;auront&#039;&#039; un jour, mais que celle qu&#039;ils &#039;&#039;ont&#039;&#039; dans notre estimation d&#039;aujourd&#039;hui pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous préférons toujours posséder aujourd&#039;hui 100 francs ou 100 quintaux de blé que de ne les avoir que dans un an, et nous préférons encore les avoir dans un an que dans deux, trois, dix ou cent ans ; de même que nous préférons toujours avoir un quintal de charbon à Paris que dans la mine, un stère de bois chez nous que dans la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc les biens présents valent-ils, dans tous les cas, plus que des biens futurs ? — Trois raisons différentes concourent à ce résultat : &#039;&#039;une raison économique, une raison psychologique et une raison technique&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Une raison économique : &#039;&#039;c&#039;est le rapport entre le besoin et l&#039;approvisionnement dans le présent et dans l&#039;avenir&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un fait bien connu, c&#039;est que nous estimons un bien d&#039;autant plus que nous en éprouvons un besoin plus pressant et que nous en sommes moins bien pourvus, et &#039;&#039;vice versa&#039;&#039;. Or, en voici les conséquences, en ce qui touche notre question : toutes les personnes qui éprouvent des besoins pressants et n&#039;ont que peu de provisions estimeront énormément ces biens indispensables pour eux à ce moment et bien plus que des biens futurs ne sauraient leur servir à satisfaire leurs besoins présents. Représentons-nous des hommes assiégés dans une forteresse, manquant d&#039;approvisionnements. Ils estimeront bien plus un quintal de froment qu&#039;ils peuvent l&#039;obtenir maintenant pendant le siège, que deux ou même dix quintaux du même froment qu&#039;ils pourraient recevoir dans un an, quand le siège serait levé depuis longtemps. On dira que les sièges sont, heureusement, très rares. Mais, sous une forme un peu différente, des millions de nos concitoyens sont constamment en état de siège, manquant d&#039;approvisionnements; ce sont tous les gens sans fortune. Demandez à cet ouvrier qui vit au jour le jour de la paye de sa semaine et qui mourrait de faim si pendant plusieurs semaines elle venait à lui manquer, demandez-lui s&#039;il préfère toucher de suite les 20 francs qui constituent sa paye d&#039;une semaine ou s&#039;il aime mieux toucher 40 francs représentant la paye de deux semaines, mais seulement dans trois ans. Il répondra naturellement qu&#039;il préfère 20 francs aujourd&#039;hui à 40 francs qu&#039;on lui fonnerait dans trois ans. A quoi lui serviront ces 40 francs si, d&#039;ici-là, il est mort de faim ? Ainsi répondront la moitié, ou les trois quarts, de tous ceux qui font partie des classes pauvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais n&#039;y a t-il pas aussi des gens dont la condition est plus aisée dans le présent qu&#039;elle ne le sera plus tard ? Assurément il y en a. Alors ceux-ci, n&#039;estimeront-ils pas davantage les biens futurs que les biens présents et ne compenseront-ils pas par là le peu d&#039;attrait que ces biens futurs exercent sur leurs concitoyens plus pauvres ? Nullement ! Les biens présents, sauf quelques exceptions tout à fait extraordinaires, ne sont jamais estimés plus bas que des biens futurs. Et, en effet, il y a toujours un moyen très simple de les transformer à volonté en biens futurs, si on préférait ces derniers; ce serait de les laisser sans y toucher jusqu&#039;au moment où le besoin s&#039;en ferait sentir ! Mais il n&#039;existe aucun moyen pour transformer des biens futurs en biens présents, et c&#039;est pour cette raison que ces derniers gardent pour des millions de gens une valeur subjective plus élevée&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez l&#039;article de M. St-Marc sur ma &#039;&#039;Théorie de la valeur&#039;&#039;, dans le n°1 de la 2e année de cette &#039;&#039;Revue&#039;&#039;, p.119 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui ne peut manquer de leur conférer une supériorité quant au prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une raison psychologique. — C&#039;est un penchant caractéristique de presque tous les hommes, à un degré plus ou moins élevé, d&#039;attribuer moins d&#039;importance à des joies ou à des douleurs futures qu&#039;aux plaisirs ou aux peines du moment présent et ils éprouvent le même sentiment d&#039;indifférence pour les biens dont ils ne jouiront que dans un temps à venir. Ce n&#039;est pas le lieu ici de faire de la psychologie; c&#039;est pourquoi je passe rapidement sur les motifs plus raffinés qui conduisent à ce résultat et que j&#039;ai développés dans mon ouvrage. Nous pouvons observer ce résultat dans la vie de tous les jours, et cela à un degré très prononcé soit chez les personnes légères ou insouciantes, par exemple, les enfants, les prodigues; soit chez des peuples entiers, par exemple, les tribus barbares vivant au jour le jour; cette disposition peut même se présenter chez des personnes prudentes, au caractère ferme. Jevons a déjà indiqué cette cause de dépreciation des biens futurs dans son excellent ouvrage&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Theory of Political Economy&#039;&#039;, 2e ed., 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La raison technique est assurément la plus importante de celle que j&#039;ai indiquée. Elle réside dans ce fait acquis par l&#039;expérience et déjà indiqué dans la première partie de cet article, c&#039;est que la production est plus abondante par voie de détours que par la voie directe. Essayons de nous rendre compte de cette corrélation des faits. On sait qu&#039;on pourra arriver à une production plus grande avec la même quantité des forces originaires (par exemple, avec le même nombre de journées de travail), si on prend des détours qui conduisent tout d&#039;abord à la production de produits intermédiaires, plutôt qu&#039;en cherchant à produire d&#039;une manière immédiate les biens de jouissance convoités. Si on se borne, par exemple, à ramasser avec la main les poissons rejetés sur le rivage par les flots, le travail de toute une journée se trouvera peut-être récompensé par une récolte de 3 poissons en moyenne; mais si on commence par fabriquer un canot et des filets, on prendra peut-être 30 poissons en moyenne chaque jour. Mais nous savons d&#039;un autre côté que la production par détour demande plus de temps. La fabrication du bateau et des filets demandera peut-être six mois, et ce n&#039;est qu&#039;après ce délai que pourra commencer la pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est clair que, puisque la production détournée, tout en rapportant davantage, demande du temps avant de pouvoir produire, celui-là seul pourra y recourir qui se trouvera pourvu de biens présents pendant toute la durée des préliminaires et jusqu&#039;au moment du rendement : pour pouvoir prendre un détour de production qui demandera six mois, il faut par ses ressources présentes posséder au moins un approvisionnement pour six mois : si le détour doit s&#039;étendre à une année, il faudra être approvisionné pour un an, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence de tout ceci, c&#039;est que l&#039;avantage de pouvoir choisir la méthode productive la plus abondante est réservé à ceux qui possèdent des biens présents, avantage que ne sauraient leur donner des biens futurs et pour lequel, par conséquent, les biens présents sont de beaucoup supérieurs. Et il est facile de s&#039;en apercevoir dans la vie pratique en remarquant que ceux qui veulent produire, non seulement préfèrent toujours les biens présents aux biens futurs, mais qu&#039;ils sont même toujours disposés, pour se procurer une somme inférieure de biens présents qui leur seront plus utiles, à sacrifier une somme bien supérieure de biens futurs moins utiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imaginons un habitant du littoral absolument dénué de biens et qui, jusqu&#039;à ce moment, a péniblement trouvé son entretien en ramassant sur le rivage les poissons rejetés par l&#039;eau. Combien volontiers ne choisirait-il pas la méthode bien plus avantageuse de pêcher avec un bateau et des filets ! Mais il ne peut attendre dix mois parce qu&#039;il n&#039;a rien à manger en attendant. Proposez-lui de lui avancer son entretien, par exemple 3 poissons chaque jour pendant ces six mois, à la condition qu&#039;il vous rende un an après le double des poissons avancés; réclamez pour les 540 poissons de cette année, 1080 poissons l&#039;année prochaine, il acceptera ce marché avec enthousiasme parce qu&#039;il lui sera facile de faire ce paiement, — sa pêche étant rendue dix fois plus abondante, grâce aux instruments de pêche fabriqués dans l&#039;intervalle, — et qu&#039;il lui restera toujours un gain suffisant pour lui-même. C&#039;est dans cet échange de 540 poissons présentement contre 1080 poissons dans un temps futur, que se manifeste bien nettement cette supériorité des biens présents sur des biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que chacun a des raisons pour estimer plus haut des biens présents que les biens futurs, soit pour un motif, soit pour un autre : le pauvre diable, parce que c&#039;est de biens présents qu&#039;il a le plus grand besoin; le prodigue, parce qu&#039;il ne songe pas à l&#039;avenir; le producteur — et qui n&#039;est pas plus ou moins producteur ? — parce qu&#039;ils lui assurent la supériorité des moyens de production les plus avantageux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc tout le monde ou presque tout le monde estime les biens présents plus que les biens futurs, il va de soi que si des biens présents sont échangés sur le marché contre des biens futurs, les biens présents étant évalués bien plus haut par tout le monde, doivent aussi avoir un &#039;&#039;prix&#039;&#039; plus élevé, un &#039;&#039;agio&#039;&#039; par rapport aux biens futurs&amp;lt;ref&amp;gt;Le prix n&#039;est en effet autre chose qu&#039;une résultante des évaluations subjectives se rencontrant sur le marché. Voyez cette &#039;&#039;Revue&#039;&#039;, 1888, n° 2, pages 219 et suivantes. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la constatation de ces faits, nous nous trouvons bien près de la solution du problème de l&#039;intérêt. Nous n&#039;avons qu&#039;à embrasser les différents modes sous lesquels les marchandises présentes peuvent être échangés contre des marchandises futures et nous verrons naître de chacun de ces modes d&#039;échange d&#039;une manière directe une des formes de l&#039;intérêt qui nous sont connues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;origine de l&#039;intérêt du capital ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Premier cas : l&#039;intérêt du prêt ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas le plus simple entre tous est celui du prêt. Le prêt n&#039;est autre chose qu&#039;un échange de biens présents contre des biens futurs, et c&#039;est la forme la plus pure et la plus simple sous laquelle un tel échange puisse s&#039;effectuer. Si j&#039;emprunte, suivant l&#039;expression consacrée, 1000 F. pour un an, j&#039;échange en réalité 1000 francs présents que me compte le créancier et qu&#039;il met dans mon avoir, contre 1000 F. de l&#039;année prochaine que je devrai lui payer. Mais comme partout, et par conséquent aussi sur le marché du prêt, 1000 F. présents valent &#039;&#039;plus&#039;&#039; que 1000 F. futurs, il me faudra bien, au moment de l&#039;échange, payer quelque chose en plus au créancier pour égaliser les valeurs : ainsi au lieu de 1000 F. il me faudra payer 1050 F. par exemple, et ce surplus est ce qu&#039;on appelle l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà l&#039;explication très simple d&#039;une chose que depuis des siècles on a tournée de toutes façons et qu&#039;on s&#039;est plu à expliquer d&#039;une manière bien spécieuse et pourtant fausse. On a coutume de regarder le prêt non comme un échange, mais comme une espèce de location, et l&#039;intérêt comme le prix de l&#039;usage de l&#039;argent cédé pour une ou plusieurs années, — comme si on pouvait se servir de l&#039;argent d&#039;une manière ininterrompue pendant des années, de la même façon que d&#039;une maison ou d&#039;un meuble ! en réalité on ne peut s&#039;en servir qu&#039;une seule fois et pendant un très court moment, c&#039;est-à-dire, au moment où on le dépense. Et toute conception fausse engendre une autre non moins fausse, ici comme partout. Je ne puis m&#039;attarder ici à démontrer vers quel abîme de contradictions, d&#039;inexactitudes et d&#039;absurdités conduit cette façon de présenter les choses, si inoffensive en apparence. Je me hâte d&#039;arriver à la seconde forme sous laquelle se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième cas : Le profit du capital investi dans des entreprises productives ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce cas est à la fois important et le plus difficile. Mais par les explications déjà données, nous avons la clef pour en trouver également la solution. Exposons d&#039;abord nettement le fait qu&#039;il s&#039;agit d&#039;expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un entrepreneur achète avec son capital une somme d&#039;instruments de production; il achète des matières premières, des outils, du travail, et en employant ces moyens de production, il crée un produit. Ce produit une fois formé a une valeur bien supérieure à celle des biens productifs sacrifiés pour l&#039;obtenir : sa plus-value sera en rapport d&#039;un côté avec le capital employé, de l&#039;autre avec la durée du temps qu&#039;a exigé la création du produit. Si l&#039;entrepreneur a employé 1000 F. par exemple pour les matières premières, etc, et si la période de production dure un an, il arrivera ordinairement à un produit qui vaudra 1050 F. Cet excédent de 50 F. représente le profit du capital. Comment faut-il expliquer cette différence de valeur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a certaines théories qui sont si claires qu&#039;il suffit de les énoncer pour démontrer leur exactitude. Parmi ces théories nous pouvons placer celle-ci : que la valeur des biens productifs doit être déduite de la valeur de leurs produits et non réciproquement. La valeur du vin de Château-Yquem n&#039;est pas très élevée parce que le terrain sur lequel il croît est cher, mais le terrain est cher parce que la valeur du produit qu&#039;on en tire est très grande. Les lecteurs de cette Revue connaissance d&#039;ailleurs déjà cette théorie d&#039;après l&#039;exposé si lucide que M. St-Marc a fait d&#039;un de mes ouvrages sur la valeur, et je puis m&#039;en servir ici sans autre explication&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez cette &#039;&#039;Revue&#039;&#039; 1888, n°1, pages 118 et suivantes, surtout page 125.&amp;lt;/ref&amp;gt; !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rester dans l&#039;esprit de cette théorie, nous devons affirmer que tout groupe complémentaire de moyens de production a pour nous absolument la même valeur que le produit que nous espérons créer par son intermédiaire. Si donc le produit futur vaut 1050 F., dois-je estimer le groupe des moyens de production à 1050 F. ? Prenons bien garde, c&#039;est ici l&#039;oeuf de Christophe Colomb; la chose est des plus simples, mais encore faut-il la trouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici l&#039;explication : le produit, d&#039;après lequel nous estimons le groupe des moyens de production, est pour le moment un &#039;&#039;produit futur&#039;&#039;. Il n&#039;existera qu&#039;après le procès de la production, par conséquent au bout d&#039;un an, et &#039;&#039;alors&#039;&#039; il vaudra 1050 F. Les 1050 F. dont il s&#039;agit ici sont de 1050 F. de &#039;&#039;l&#039;année prochaine&#039;&#039;. Mais des biens de l&#039;année prochaine, et par conséquent aussi des francs de l&#039;année prochaine valent moins que des francs de cette année; par exemple 1050 F. de l&#039;année prochaine valent seulement autant que 1000 F. de cette année. Par conséquent, notre groupe de moyens de production, avec lesquels on pourra, au bout d&#039;une année, former un produit qui, à cette époque, vaudra 1050 F, sera bien estimé 1050 F. valeur future, comme le produit lui-même, mais il sera estimé aussi, comme ces mêmes produits, seulement 1000 F., valeur actuelle. Si donc on les achète ou si on les échange &#039;&#039;aujourd&#039;hui&#039;&#039;, leur prix de vente devra naturellement être évalué d&#039;après la valeur à ce jour, et on les aura évidemment pour un nombre de francs moindre qu&#039;ils ne rapporteront plus tard à leur possesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens productifs sont en quelque sorte marchandise de l&#039;avenir. Ils représentent des biens de jouissance futurs qu&#039;on obtiendra par leur moyen au bout d&#039;une certaine période de production. Mais précisément parce qu&#039;ils servent seulement à acquérir des biens &#039;&#039;futurs&#039;&#039;, et que ceux-ci valent moins que des biens présents, leur valeur n&#039;égale que celle d&#039;un moindre nombre de biens de jouissance présents. Voilà la raison pour laquelle les entrepreneurs achètent leurs moyens de production, et parmi ceux-ci le travail, à un prix plus bas qu&#039;ils ne vendront en son temps le produit acheté; ce n&#039;est point à cause d&#039;une faculté particulière du capital d&#039;engendrer une plus-value, ce n&#039;est pas non plus parce qu&#039;ils exploitent leurs ouvriers, mais simplement parce que tous les biens productifs, quoique matériellement présents, sont, d&#039;après leur nature et leur destination économique, des &#039;&#039;biens futurs&#039;&#039;, et que la marchandise de l&#039;avenir a toujours moins de valeur que la marchandise du moment présent. Puis, dans le cours de la production, la marchandise de l&#039;avenir, le « bien productif » est transformé en produit parfait, propre à la jouissance, et acquiert naturellement la valeur complète appartenant aux biens présents. Cet accroissement de valeur constitue la « plus-value » ou « profit du capital des entrepreneurs ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième cas : l&#039;intérêt des biens de longue durée ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai qu&#039;à faire précéder cet article de quelques observations théoriques pour laisser la parole ensuite aux mathématiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens nous sont utiles à cause des forces naturelles et utiles qui leur sont inhérentes, ou mieux, par les services qu&#039;ils nous rendent. Et ce n&#039;est qu&#039;à raison des services que nous pouvons obtenir d&#039;eux, que nous les estimons. La valeur des biens est donc formée de la somme des valeurs de tous les services particuliers qu&#039;ils nous rendent. Cela est très simple pour les biens qui se consomment. Ils ne peuvent servir qu&#039;une fois et pour eux la valeur du bien coïncide naturellement et complètement avec celle de ce service unique : une cartouche a pour moi exactement la valeur que j&#039;attache à son service unique pour tirer un seul coup de feu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chose est plus compliquée pour les choses dites de longue durée, qui permettent un usage répété. Ici la valeur du bien est une grandeur composée, formée de la valeur des services isolés plus ou moins nombreux que nous procure le bien, les uns après les autres. Un animal de trait, par exemple, a pour moi une valeur équivalente à la somme de tous les services rendus par la traction; une machine, une valeur équivalente à la somme de tout ce qu&#039;elle est capable de produire; un vêtement que je ne puis porter que trente fois, a pour moi nécessairement moins de valeur qu&#039;un vêtement de même étoffe me faisant un aussi bon usage pendant cent jours. Mais ici une autre complication peut se présenter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la période de temps pendant laquelle dure le bien n&#039;est pas trop longue et si les services qu&#039;il rend restent, comme nous allons l&#039;admettre une fois pour toutes pour simplifier, les mêmes jusqu&#039;à la fin, tous ces services auront une égale valeur, et la valeur d&#039;usage du bien lui-même se détermine simplement en multipliant la valeur d&#039;un des services rendus par le nombre de ces services. Si l&#039;usage d&#039;un vêtement a pour moi la valeur d&#039;un franc par jour, le vêtement qui me durera trente jours aura pour moi la valeur de 30 F., celui qui durera cent jours, la valeur de 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour beaucoup de biens de longue durée, vaisseaux, machines, édifices, propriétés foncières, le rendement des services s&#039;étend sur de longues périodes, de façon que les rendements ultérieurs ne pourront plus être perçus par le propriétaire ou du moins ne le peuvent être qu&#039;après un temps très long. Dès lors la valeur de ces services reportée à un temps si éloigné, doit partager le sort commun de la valeur de tous les biens futurs. Un service qui, au point de vue technique, est le même qu&#039;un service rendu dans l&#039;année courante, mais qui ne peut être obtenu que dans un an, est un service d&#039;une valeur moindre, un service qui ne rapportera quelque chose qu&#039;au bout de deux ans, aura une valeur encore moindre qu&#039;un service pour l&#039;année présente, et ainsi la valeur des services que rendent les biens diminie nécessairement suivant la date plus ou moins éloignée de l&#039;échéance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnons maintenant la parole aux mathématiques. Elles devront nous apprendre quelle est la valeur en capital d&#039;un tel bien, quel sera son rapport brut, quelle est la part qu&#039;il faut compter pour la &#039;&#039;détérioration&#039;&#039; que ce bien a subie, et enfin s&#039;il doit rester quelque chose comme &#039;&#039;revenu net&#039;&#039; et pourquoi il doit en être ainsi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons un seul exemple : une machine qui dure six ans et dont les services annuels valent 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord, combien vaudra t-elle ? Si — pour des raisons que j&#039;ai notées dans le passage précédent d&#039;une manière détaillée, — on évalue les biens présents, et naturellement aussi les services présents, environ 5 p. 0/0 plus haut que des biens et des services futurs, la machine vaudra non pas 6x100 = 600 F., mais seulement 100 + 95,23 + 90,70 + 86,38 + 82,27 + 78,35 = 535,93 F&amp;lt;ref&amp;gt;Ces chiffres sont calculés d&#039;après les règles de l&#039;intérêt composé, et en supposant que tout le revenu de l&#039;année puisse être touché par anticipation au commencement de chaque année, comme par exemple pour le loyer d&#039;une maison qui est payable d&#039;avance. Si le revenu ne devait être touché qu&#039;à la fin de chaque année, alors le revenu de la première année, évalué &#039;&#039;au commencement&#039;&#039; de cette année, subirait une petite dépréciation ; au lieu d&#039;être estimé 100 F., il ne le serait que 95,23 F.; le chiffre des autres revenus baisserait de même dans le rapport constant, et finalement la valeur de la machine elle-même se trouverait diminuée. Les chiffres concrets ne font naturellement rien quant aux principe que je veux développer dans ce texte, et c&#039;est pourquoi j&#039;ai choisi l&#039;exemple le plus simple, parce que les résultats pouvaient être calculés en partie en chiffres ronds. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel sera le rapport brut annuel d&#039;une telle machine ? Naturellement 100 F., c&#039;est-à-dire la valeur du service qu&#039;elle rend dans l&#039;année courante. Quelle sera la part nécessaire pour couvrir les frais de déterioration et d&#039;amortissement ? Voici encore un problème aussi facile et aussi difficile à la fois que celui de l&#039;oeuf de Christophe Colomb.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons. La valeur de la machine est formée par la valeur additionnée de tous les services qu&#039;elle rend. Or nous devons déduire à la fin de la première année d&#039;usage d&#039;une part de service de la valeur 100 F. On pourrait croire, par conséquent, que la valeur de la machine doit être diminuée elle aussi de 100 F. ? Point du tout, car le temps n&#039;a pas cessé de courir pendant cette première année. Nous avons bien soustrait la valeur du service de l&#039;année courante, mais le service de l&#039;année future devient maintenant revenu de l&#039;année présente et prend par conséquent la pleine valeur de 100 F. De même le revenu de la troisième année devient revenu de la deuxième, celui de la quatrième année revenu de la troisième, et ainsi de suite, chaque terme s&#039;élevant d&#039;un degré et étant remplacé par le suivant, sauf le sixième, qui évidemment n&#039;est remplacé par rien, puisqu&#039;il est le dernier. Au bout de la première année les choses se trouvent donc dans l&#039;état suivant : la machine est maintenant un bien qui pendant cinq ans encore peut donner un revenu annuel de 100 F., et les revenus annuels de cinq années doivent donc être estimés à ce jour de la façon suivante : la première, celle de l&#039;année courante, 100 F.; la deuxième, 95,23 F.; la troisième 90,70 F.; la quatrième, 86,38 F.; la cinquième, 82,27 F., et la machine entière 454,58 F. La dépréciation, par rapport à la valeur première de 532,93 F., n&#039;est donc pas tout à fait de 100 F., mais seulement de 78,35 F. Il est à remarquer que ce chiffre est précisément le même que celui qui exprimait la valeur du revenu de la dernière année, et il est tout naturel qu&#039;il en soit ainsi, car dans notre compte chaque terme de la série a été remplacé par le terme suivant, sauf le dernier qui n&#039;a été remplacé par rien et qui par conséquent manque seul au total. Le produit brut étant donc de 100 F., et l&#039;amortissement pour la déterioration de 78,35 F. seulement, il reste comme produit net 21,65 F&amp;lt;ref&amp;gt;Il est facile de voir que cette somme correspond exactement à 5 p. 0/0 du montant de 432,93 F. qui représente la valeur de la machine après qu&#039;on a déduit par anticipation le revenu de la première année, soit 100 F. On ne peut pas demander, en effet, à ce bien de porter intérêt pour ces 100 F., puisqu&#039;ils ont été détachés dès le premier jour de l&#039;année, d&#039;après notre supposition. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par un raisonnement tout à fait analogue, on démontrerait que la machine rapportant de nouveau dans la seconde année 100 F. bruts, on doit diminer sa valeur non pas de 100 F., à cause du rapprochement des autres termes de la série, mais seulement de la valeur du dernier revenu à échoir, soit de 82,27 F. ; elle rapporterait donc encore 17,73 F. représentant l&#039;intérêt d&#039;un capital déjà amoindri par l&#039;amortissement, et ainsi de suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé : le propriétaire d&#039;un bien durable touche toujours la pleine valeur du revenu de chaque année : c&#039;est ce qui constitue le revenu brut du capital. Par contre, il n&#039;a à déduire chaque année comme prime d&#039;amortissement qu&#039;une valeur égale &#039;&#039;à celle du revenu de la dernière année évaluée au moment présent&#039;&#039; ; il garde donc en tous cas une somme égale à la différence entre le revenu brut et la prime d&#039;amortissement, et c&#039;est justement ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pour quelle raison les biens de longue durée, les maisons, les fabriques, les vaisseaux, les machines, les meubles, donnent un intérêt net sur la valeur de leur capital. Il ne faut pas chercher ici aucune idée de je ne sais quelle vertu productive qui serait inhérente à une maison d&#039;habitation, à un piano loué ou à un mobilier donné en location; — aucune idée non plus d&#039;une exploitation des ouvriers : où pourrait-on voir des ouvriers exploités dans le cas d&#039;un propriétaire qui loue sa maison à un riche rentier ? Mais tout découle de cette idée très simple &#039;&#039;que les biens futurs, comme les services futurs, valent moins que les biens présents et les services présents&#039;&#039; : c&#039;est pourquoi on attribue au services rendus dans un temps futur une valeur moindre qu&#039;aux services rendus dans le temps présent; c&#039;est pourquoi aussi ces services rapportent avec le temps plus que ce qui est nécessaire pour reconstituer et amortir le capital consommé, et c&#039;est pourquoi, enfin, il doit rester un excédent du revenu brut sur l&#039;amortissement, ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons ainsi expliqué, conformément à notre programme, toutes les formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt : intérêt du prêt, profit du capital, revenu des biens de longue durée, comme découlant d&#039;une même cause, à savoir, la différence de valeur entre le présent et l&#039;avenir. Et maintenant un dernier mot sur la façon dont on doit apprécier la légitimité de l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La légitimité de l&#039;intérêt ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;après tout ce que nous venons de dire, l&#039;intérêt doit-il être considéré comme un revenu légitime ou illégitime ? Mérite-t-il la considération dont il jouit dans l&#039;ordre actuel des choses ou doit-on la lui retirer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt en lui-même n&#039;est entaché d&#039;aucun vice. Il n&#039;est point, comme le prétendent les socialistes, le fruit d&#039;une oppression violente ou de l&#039;exploitation des ouvriers, mais bien le résultat naturel et organiquement nécessaire de ce fait économique que les biens présents ont une valeur plus grande pour les hommes que les biens futurs, et ce fait est à son tour le résultat naturel et tout aussi organique d&#039;une série de faits élémentaires, économiques, psychiques et techniques que nous constatons dans le mon de et que nous ne saurion éliminer. Autant il est naturel et parfaitement compréhensible que toujours et partout un bon cheval ait une valeur plus grande qu&#039;un cheval médiocre et qu&#039;un quintal d&#039;avoine ou d&#039;orge — autant il est naturel et compréhensible que toujours et partout nous estimions davantage les biens présents que les biens futurs, puisque dans presque toutes les situations de la vie les premiers nous servent mieux que les seconds. Et autant il est naturel et nullement choquant que le propriétaire du froment de qualité supérieure fasse valoir dans le commerce la supériorité de celui-ci et ne l&#039;échange pas sur un pied d&#039;égalité contre un quintal d&#039;orge ordinaire, mais, par exemple, contre 1 demi quintal de cette denrée, — autant il est naturel et nullement choquant que les possesseurs de biens présents, qu&#039;on appelle les capitalistes, fassent valoir aussi la supériorité de ces biens, losqu&#039;ils les échangent contre des biens futurs, et qu&#039;ils demandent un agio proportionnel à la supériorité de valeur de leurs biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt est si naturel et si loin d&#039;être choquant, que ses pires ennemis, les socialistes, ne pourraient le bannir de ce monde, alors même qu&#039;on les laisserait faire à leur gré. Ils pourraient seulement changer les rapports de possession, et déplacer par là les personnes qui touchent aujourd&#039;hui l&#039;intérêt et les quote-parts qui leur reviennent, mais ils ne sauraient faire disparaître l&#039;intérêt lui-même. Tant qu&#039;on ne réussira pas à bannir de ce monde le Temps lui-même, il ne sera pas indifférent aux hommes qu&#039;on leur remette, par exemple, un petit rejeton de chêne, qui, dans cent ans, deviendra un beau chêne, à la place d&#039;un chêne lui-même tout fomé. Et tant que ceci ne sera pas indifférent, on ne consentira pas, même dans un État socialiste, à payer à un travailleur qui, dans une journée, planterait cent jeunes rejetons de chêne, la valeur de cent chênes magnifiques, 5000 F. par exemple, comme prix de sa journée. Or, si la communauté socialiste lui donne moins, le fait vaut la peine d&#039;être noté; si elle ne lui donne qu&#039;un salaire de 10 ou 20 F., elle fera exactement ce que font aujourd&#039;hui les capitalistes et ce que chez eux les socialistes appellent exploitation de l&#039;ouvrier. En effet, elle achètera le travail de ces ouvriers pour un prix plus bas que ne le sera celui du produit achevé dans un temps donné. Dans l&#039;état socialiste donc, aussi bien qu&#039;aujourd&#039;hui, la nature des choses ne laisserait que le choix entre un brevet de stupidité ou la reconnaissance de l&#039;intérêt : — stupidité, si un salaire de centaines ou de milliers de francs est attribué à un vulgaire travail de plantation, d&#039;où il résultera naturellement que chacun voudra être ouvrier forestier, que personne ne voudra plus exercer le métier de tailleur à l&#039;état de forêt vierge : — l&#039;intérêt, si on estime moins et paye moins des biens futurs, et par conséquent aussi le travail qui aide à créer ces biens futurs, que des biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait encore demander ce qu&#039;on ferait, dans un état socialiste, de l&#039;intérêt ainsi acquis ? Le garderait-on dans la caisse commune ? L&#039;emploierait-on plutôt à augmenter les revenus du peuple, en élevant, par exemple, le prix de la journée de travail qui aurait été jusque-là de 4 F. à 6 F., grâce à ces revenus sociaux ? Ce serait encore gagner sur le produit du travail des ouvriers qu&#039;on occupe à des détours de production très longs et très fructueux, et distribuer ensuite ce gain à tous, c&#039;est-à-dire, pour la plus grande partie, à &#039;&#039;d&#039;autres&#039;&#039;. Si au travailleur occupé à reboiser, qui crée un produit futur de 5000 F. par le travail d&#039;une seule journée, la société donne 6 F. par jour au lieu de 4 F., elle gagnera encore un intérêt de 4994 F. qu&#039;elle pourra attribuer à d&#039;autres personnes, à titre de co-associés à la fortune nationale. Mais ce serait là non point détruire l&#039;intérêt, mais seulement le distribuer autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucun vice rédhibitoire n&#039;entache donc l&#039;intérêt. Mais il va sans dire qu&#039;on peut abuser de l&#039;intérêt, de même que de toute institution humaine. L&#039;intérêt confère une puissance légitime en elle-même, mais dont on peut faire un bon ou un mauvais usage. Nous ne voulons défendre ici que le bon emploi qu&#039;on en peut faire : quant aux abus, nous les livrons volontiers à la condamnation la plus sévère. Et même nous ne voudrions pas terminer cette plaidoirie sans adresser à ceux que nous venons de défendre, aux heureux capitalistes, un sérieux avertissement pour leur rappeler les charges et les devoirs de la possession !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Eugen Böhm-Bawerk:Une nouvelle théorie sur le capital</title>
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		<updated>2014-01-05T01:28:17Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Auteur|nom=Eugen Böhm-Bawerk&lt;br /&gt;
|image=[[Image:Bohm.gif]]&lt;br /&gt;
|dates = 1851-1914&lt;br /&gt;
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}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{titre|Une nouvelle théorie sur le capital|[[Eugen Böhm-Bawerk]]|Revue d&#039;économie politique III, 1889}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;L&#039;article suivant a pour but d&#039;exposer brièvement au public français les idées fondamentales de mon ouvrage : &#039;&#039;Théorie positive du capital&#039;&#039; (Innsbrück, 1889, 467pp.), publié récemment. Cet ouvrage est la continuation et la fin d&#039;un ouvrage plus étendu : &#039;&#039;Capital et Intérêt&#039;&#039;, dont la première partie, contenant : « &#039;&#039;L&#039;Histoire et la critique des théories sur l&#039;intérêt&#039;&#039; », a paru en 1884 (Voy. le compte-rendu de cet ouvrage par St-Marc dans le dernier numéro de la &#039;&#039;Revue d&#039;économie politique&#039;&#039;.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une théorie sur le capital ! Dès le premier mot, voici la difficulté que nous rencontrons : le mot « capital », dans la science, a non pas une, mais &#039;&#039;deux&#039;&#039; significations, et comme chacune d&#039;elles ouvre un cycle nouveau de phénomènes et de problèmes que la théorie doit expliquer, il ne saurait y avoir &#039;&#039;une seule théorie&#039;&#039; sur &#039;&#039;deux choses différentes&#039;&#039; qui sont désignées tout à fait fortuitement sous ce nom équivoque de « capital ». Je m&#039;explique : il y a un certain capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;production&#039;&#039; et qu&#039;on a coutume de désigner comme un des trois facteurs de la production; il y a un autre capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;répartition&#039;&#039; des biens, le capital qui rapporte un profit ou intérêt. Mais le capital facteur de production n&#039;est nullement identique avec le capital qui rapporte un intérêt. Une maison, par exemple, ou un cabinet de lecture, rapportent à leurs propriétaires des intérêts, quoique ces biens n&#039;aient assurément rien à faire avec la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence qui en résulte est si simple et se présente si naturellement à l&#039;esprit qu&#039;on pourrait croire qu&#039;elle n&#039;a pu échapper à personne, et cependant elle a passé inaperçue de tous nos prédécesseurs. Si ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la répartition se compose de biens tous différents de ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la production, il est bien évident que les fonctions qu&#039;exerce &#039;&#039;celui-là&#039;&#039; et les effets qu&#039;il produit, par exemple, la capacité de produire intérêt, ne doivent pas être expliquées par des qualités ou forces qui n&#039;appartiennent qu&#039;à &#039;&#039;celui-ci&#039;&#039;; de même que si deux personnes portent le même nom, celui d&#039;Alexandre par exemple, il ne faudrait pas conclure de ce que Alexandre I trébuche, qu&#039;Alexandre II est myope ou maladroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi il ne faut pas confondre la solution du problème de distribution avec la solution du problème de production dans l&#039;examen scientifique ; il faut, non pas &#039;&#039;une&#039;&#039; théorie mais &#039;&#039;deux&#039;&#039; théories sur le capital ; une théorie sur le capital facteur de la production et une théorie indépendante de celle-ci, théorie sur &#039;&#039;capital&#039;&#039;, source de revenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont ces deux conceptions différentes ? Je les distinguerai par les termes de « capital productif » et « capital lucratif&amp;lt;ref&amp;gt;J&#039;emprunte les mots français employés dans le texte, à l&#039;ouvrage de M. Gide (&#039;&#039;Principes  d&#039;éc. pol.&#039;&#039; 1ère edit., p.148), auquel je ne reprocherai qu&#039;une seule faute : c&#039;est de montrer un mépris non justifié pour la conception du « capital lucratif » qui est scientifiquement aussi importante et aussi fertile que celle du « capital productif », et de se refuser à l&#039;admettre comme véritable capital. &amp;lt;/ref&amp;gt; ». J&#039;appelle &#039;&#039;capital productif&#039;&#039; tous les produits qui sont destinés à servir une &#039;&#039;production&#039;&#039; ultérieure, ou, plus brièvement, tous les &#039;&#039;produits intermédiaires&#039;&#039; (matières premières, outils, bâtiments de fabrique et autres); &#039;&#039;capital lucratif&#039;&#039;, tous les produits qui servent &#039;&#039;à acquérir&#039;&#039; des biens. Le capital lucratif comprend en premier lieu tout le capital productif, et de plus tous ces biens en nombre considérable destinés à satisfaire nos besoins, mais dont leurs propriétaires ne font pas personnellement usage et dont ils se servent seulement pour se procurer d&#039;autres biens par voie d&#039;échange (location ou prêt), tels que maisons d&#039;habitation louées, meubles, chevaux de selle, pianos, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne compte ni comme capital productif ni comme capital lucratif la terre, qui est une force productive originaire et non un produit. Pourquoi ? A cette question et à toutes celles sur la conception du capital, qui ont été jusqu&#039;à ce jour l&#039;occasion de malentendus sans nombre, j&#039;ai répondu avec détail dans mon ouvrage; — mais ici je passe sur ces questions de détail pour arriver aux problèmes qui s&#039;attachent au mot de &#039;&#039;capital&#039;&#039;, et parmi ceux-ci j&#039;examinerai en premier lieu ceux qui dépendent de la théorie de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie du capital productif ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Du rôle du capital dans la production ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute production a pour but l&#039;acquisition de biens qui servent à la jouissance de la vie, appelons-les brièvement &#039;&#039;biens de jouissance&#039;&#039;. Ces biens sont des choses matérielles, et comme telles, soumises aux lois qui régissent la matière. Leur formation, la science économique ne devrait jamais l&#039;oublier, constitue essentiellement un &#039;&#039;processus&#039;&#039; naturel, s&#039;accomplissant rigoureusement d&#039;après les lois de la physique et de la chimie. Pour qu&#039;un &#039;&#039;bien de jouissance&#039;&#039; prenne naissance, il faut qu&#039;une combinaison donnée de matières et de forces détermine cette naissance et fasse apparaître une forme matérielle telle, comme effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci posé, en quoi peut consister le rôle de l&#039;homme dans la production des biens ? Tout simplement dans la combinaison des facultés naturelles de l&#039;homme, qui est lui-même un rouage du monde physique, avec les forces naturelles extérieures. Il y a donc deux forces productives élémentaires ou originaires et il n&#039;y en a que deux : la &#039;&#039;nature&#039;&#039; et le &#039;&#039;travail&#039;&#039;. Ce que la nature fait d&#039;elle-même et ce que l&#039;homme y ajoute, voilà la double source d&#039;où découlent tous nos biens et d&#039;où ils doivent nécessairement découler. Il n&#039;y a point de place à côté pour une troisième source élémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les forces naturelles et élémentaires, il y en a qui existent en quantités illimitées : l&#039;air, l&#039;eau, le soleil. Leur concours étant libre en tout temps et gratuit, l&#039;économie politique n&#039;a pas à s&#039;en préoccuper autrement. Elles constituent un élément &#039;&#039;technique&#039;&#039;, mais non &#039;&#039;économique&#039;&#039; de la production. Par contre, ceux d&#039;entre les dons de la nature, qui ne nous sont répartis qu&#039;avec parcimonie, acquièrent une importance économique. Comme presque tous les dons et qualités rares de la nature dépendent du sol, nous pouvons, sans commettre d&#039;erreur grossière, indiquer comme représentant la dotation économique de la nature, les « services fonciers ». Nous pouvons donc dire à ceux qui nous demandent quels sont les éléments de la production : « La nature et le travail sont les éléments techniques, les services fonciers et le travail sont les éléments économiques de la production ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, je n&#039;ai pas encore nommé le capital parmi les forces productives, quoiqu&#039;il soit le héros de ma théorie. Que faut-il donc penser de lui ? Nous le verrons bientôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour tirer de ces forces productives élémentaires les biens de jouissance, l&#039;homme peut employer deux méthodes absolument différentes. Ou bien il cherche à obtenir ces biens désirés par lui directement, sans intermédiaire; par exemple, il ramasse avec sa main les animaux maritimes rejetés sur le rivage; ou bien, il prend un détour, construit avec ces éléments productifs un autre bien, un produit intermédiaire, et avec l&#039;aide de celui-ci, il acquiert enfin le bien convoité. Par exemple, pour prendre des poissons, il commence par fabriquer un hameçon, puis une ligne, ou, par des détours plus grands encore, un canot et des filets et n&#039;entreprend sa pêche qu&#039;aà l&#039;aide de ces outils. Autre exemple : il veut se procurer de l&#039;eau potable qui jaillit d&#039;une source à quelques cents pas de sa demeure; au lieu d&#039;aller à la source chaque fois qu&#039;il a soif et de s&#039;y désaltérer, moyen plus direct, mais fort incommode, il abat quelques douzaines d&#039;arbres, se fabrique un foret, creuse les arbres, et en fait une conduite lui amenant l&#039;eau à la maison en abondance et fort commodément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemple si simples prouvent de reste ce que chacun sait, c&#039;est qu&#039;à l&#039;aide de certains détours de production choisis avec art, on peut obtenir plus de résultats que par le chemin direct, avec la même quantité de forces productives originales, c&#039;est-à-dire qu&#039;avec le même nombre d&#039;heures ou de journées de travail, on peut produire indirectement une plus grande quantité de biens de jouissance que par les moyens directs. C&#039;est un des faits les plus sûrs, les plus connus et les plus importants prouvés par l&#039;expérience. Expliquer la raison de ce fait serait plutôt l&#039;affaire de la physique que de l&#039;économie politique. Mais celle-ci a proclamé tant d&#039;absurdités à ce sujet, elle a tant parlé, entre autres, d&#039;une force productive inhérente au capital, qu&#039;il n&#039;est pas superflu d&#039;indiquer, en passant, la raison physique très simple de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout problème dans l&#039;ordre physique vise en dernier lieu des combinaisons et des déplacements de la matière. Il faut savoir à propos réunir les matériaux qui peuvent concourir, afin que de leurs concours puisse résulter la production souhaitée. Mais trop souvent ces matériaux sont trop énormes ou trop délicats pour se laisser manier par la main humaine, à la fois si faible et si grossière. Nous sommes aussi impuissants à vaincre la force de cohésion de la paroi rocheuse, d&#039;où nous voulons tirer de la pierre à bâtir, qu&#039;à composer un seul grain de froment avec de l&#039;acide carbonique, de l&#039;hydrogène, de l&#039;azote, de l&#039;oxygène et du phosphore. Mais ce qui est refusé à nos propores forces, d&#039;autres forces peuvent l&#039;exécuter et ce sont celles de la nature elle-même. Il y a des forces naturelles dont l&#039;action dépasse de beaucoup le pouvoir humain, comme il en est d&#039;autres qui se plient aux combinaisons les plus délicates. Si nous réussissions à faire de ces forces puissantes nos alliées pour notre oeuvre de production, les limites de notre puissance se trouveraient infiniment reculées. Et nous pouvons y réussir, en effet, mais à une condition, c&#039;est que nous trouvions le moyen de manier plus facilement la matière dont nous voulons nous aider, que celle que nous voulons transformer pour nous procurer le bien convoité. Cette condition se trouve heureusement presque toujours réalisée. Notre main faible et délicate ne saurait vaincre la force de cohésion du rocher ; mais le coin de fer, dur et pointu, le peut, et il nous est facile de le manier, lui et le marteau qui doit le faire pénétrer. A la vérité, il nous est parfois impossible de nous servir directement de la matière dont nous attendons le secours, mais en ce cas nous employons contre elle les mêmes armes qu&#039;elle doit nous fournir à nous-mêmes : nous cherchons à dompter une seconde force naturelle qui nous permette de vaincre la première.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous voudrions conduire l&#039;eau de la source à notre demeure; des tuyaux de bois la contraindraient bien à suivre la voie que lui trace notre désir. Mais impossible à notre main de donner aux arbre de la forêt la forme de tuyaux. Le détour est promptement trouvé; nous cherchons une seconde force auxiliaire dans la hache et le foret : avec l&#039;aide nous façonnons la conduite et avec l&#039;aide de celle-ci nous transportons l&#039;eau. Et ce qu&#039;on produit dans cet exemple à l&#039;aide de deux ou trois étapes successives, on le fera avec un succès plus grand encore à l&#039;aide de cinq, dix ou vingt étapes. De même que nous maîtrisons les éléments du bien convoité à l&#039;aide d&#039;une force auxiliaire, de même nous pouvons maîtriser la seconde force auxiliaire au moyen d&#039;une troisième, celle-ci au moyen d&#039;une quatrième, etc, en remontant ainsi à des causes toujours plus éloignées du résultat final, jusqu&#039;à ce que dans cette série nous rencontrions enfin une cause que nous pouvons maîtriser commodément à l&#039;aide de nos seules forces personnelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà la véritable signification de ces détours dans la production et voici la raison des succès qui en dépendent : chaque détour démontre l&#039;acquisition d&#039;une force auxiliaire, plus forte ou plus habile que la main de l&#039;homme. Toute prolongation de ces détours représente une augmentation des forces auxiliaires mises au service de l&#039;homme et par conséquent la libération, grâce à elle, d&#039;une partie du travail pénible et coûteux de la production dont il se décharge sur la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est temps maintenant de donner un nom aux divers procédés que nous venons de décrire. La production qui prend d&#039;habiles détours n&#039;est autre chose que ce que les économistes appellent la production « capitalistique », de même que la production qui va droit au but, la main vide, s&#039;appelle la production sans capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Mais quant au capital lui-même, ce n&#039;est autre chose que ces produits intermédiaires qui prennent naissance pendant les différentes étapes de la production.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pourtant compléter notre description du &#039;&#039;processus&#039;&#039; de la production du capital par deux observations : nous avons déjà dit que le fait de prendre des détours amenait à obtenir de plus grands résultats. Il faut ajouter que cet avantage n&#039;est pas seulement la conséquence du premier détour, mais de toute prolongation de celui-ci; toutefois, l&#039;accroissement de la production n&#039;est pas en raison directe de la prolongation progressive du détour. Avec un détour qui dure 3 jours (par exemple, la confection d&#039;un hameçon), on obtient plus que par la voie directe; avec un détour qui exige 30 jours (par exemple, la construction d&#039;un bateau), on obtient davantage encore; avec une prolongation du détour portée à 300 ou 3000 jours (par exemple, la construction d&#039;un vaisseau parfaitement équipé; ouverture d&#039;une mine pour obtenir du fer pour construire des machines pour vaisseaux, etc.), on augmentera encore le rapport, mais non point dans les proportions de 3 : 30 : 300 : 3000, proportion qui dépasserait bientôt les limites du possible ! Le succès obtenu sera dans des proportions plus modestes. Il importe de noter cette loi, elle trouvera plus loin une application dans notre théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l&#039;avantage d&#039;un plus grand rendement a, comme revers, ce désavantage : perte de temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les détours de production par le capital procurent finalement plus de biens de jouissance, mais il faut les attendre plus longtemps. Celui qui ramasse les poissons sur le rivage avec la main, prend peu, mais ce peu, il en jouit aussitôt. Celui qui se fait une ligne, doit attendre sa première pêche quelques jours; celui qui construit un bateau, l&#039;attendre quelques mois; celui qui creuse une mine, attendre des années. Encore un fait qu&#039;il importe de retenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Résumons maintenant brièvement le contenu de cet article dans lequel nous n&#039;avons pas encore développé de théories, nous contentant de décrire simplement les faits :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens de jouissance que produit l&#039;homme naissent du concours des forces humaines avec les forces naturelles, en partie forces économiques, en partie forces naturelles gratuites. L&#039;homme peut se procurer ces biens de jouissance, convoités par lui, avec ces forces productives, soit directement, soit indirectement, par l&#039;intervention de produits intermédiaires appelés &#039;&#039;biens capitaux&#039;&#039;. Cette dernière méthode demande un sacrifice de temps, mais permet de produire davantage, et cet avantage se fait sentir, quoique suivant une progression décroissante, pour chaque prolongation de détour dans la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant cherchons à tirer de ces faits les conclusions en réponse aux questions que nous pose la théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le capital constitue t-il un facteur indépendant ou original de la production ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette question, il faut répondre d&#039;une manière absolument négative. La nature et le travail seuls sont des facteurs élémentaires ou originaux de la production. Le capital est un produit intermédiaire du travail de la nature; rien de plus. Sa propre formation, son existence, son action ne sont que des épisodes dans l&#039;action ininterrompue des véritables éléments, nature et travail. Ceux-là seuls font &#039;&#039;tout&#039;&#039; depuis le commencement jusqu&#039;à la fin pour la formation des biens de jouissance. La seule différence est qu&#039;ils font ce tout parfois d&#039;un seul trait, parfois par étapes successives; dans ce dernier cas la fin de chaque étape est marquée extérieurement par la formation d&#039;un produit préliminaire ou intermédiaire , et le capital apparaît. Mais, je le demande, si les auteurs d&#039;une oeuvre quelconque, au lieu de l&#039;accomplir d&#039;un seul trait, s&#039;y prennent à plusieurs reprises, est-ce une raison pour ne pas reconnaître qu&#039;ils en sont les véritables auteurs ? Si aujourd&#039;hui, par le concours de mon travail avec les forces naturelles, je forme des briques avec de l&#039;argile; si demain, unissant de nouveau mon travail à d&#039;autres forces naturelles, je fais de la chaux, et si après-demain avec ces briques et ce mortier j&#039;élève un mur, serait-on fondé à prétendre d&#039;une partie quelconque de ce mur qu&#039;il n&#039;est pas fait par moi et les forces naturelles ? Ou bien encore, avant qu&#039;un ouvrage de longue haleine, la construction d&#039;une maison par exemple, ne soit mené à bonne fin, je suppose qu&#039;on n&#039;en fait une première fois que le quart, puis la moitié, puis les trois quarts et enfin le tout. Que penserait-on si quelqu&#039;un prétendait que ces étapes inévitables de l&#039;avancement de l&#039;ouvrage en constituent des conditions indépendantes et que pour construite une maison il faut, en plus ces matières premières et ce travail des maçons, « une maison achevée au quart, une maison achevée à moitié, enfin, une maison achevée aux trois quarts ? » L&#039;erreur est moins frappante peut-être dans la forme, mais tout aussi forte dans le fond, quand on veut placer à côté de la nature et du travail, comme agents indépendants de la production, ces étapes intermédiaires du progrès de l&#039;ouvrage qui se présentent extérieurement sous la forme de biens capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais d&#039;où vient donc que tant d&#039;auteurs, et parmi eux des auteurs si éminents, s&#039;obstinent à compter malgré tout &#039;&#039;trois&#039;&#039; facteurs de la production, et parmi ces trois le capital ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette classification, c&#039;est ma profonde conviction, tient uniquement à ce que ces auteurs craignent d&#039;être embarrassés pour expliquer et justifier l&#039;intérêt du capital. Tout revenu primitif vient, disent-ils, d&#039;une participation dans la production. La rente foncière forme les honoraires du facteur productif de la nature, le salaire rémunère le facteur travail, et l&#039;intérêt rémunère le capital; mais dans cette théorie, l&#039;intérêt du capital eût semblé planer dans le vide, si on n&#039;avait pu le présenter au même titre que les autres, c&#039;est-à-dire comme représentant les honoraires d&#039;un troisième facteur productif indépendant. Et comme il fallait sauver à tout prix, dans l&#039;intérêt de la société civile, la cause de l&#039;intérêt du capital, on a mieux aimé fermer les yeux sur les faits et laisser passer le capital comme troisième facteur indépendant de la production, quoique forcé parfois, dès la page suivante, de convenir que ce prétendu facteur élémentaire doit être formé préalablement lui-même par le concours de la nature et du travail. Je suis convaincu qu&#039;il suffirait d&#039;indiquer aux économistes un moyen qui leur permît d&#039;expliquer et de justifier l&#039;intérêt du capital sans avoir besoin de reconnaître le capital comme facteur élémentaire de la production, pour qu&#039;ils abandonnassent aussitôt cette théorie qui n&#039;a aucune consistance en elle-même. J&#039;essaierai d&#039;indiquer ce moyen dans la deuxième partie de ce travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le capital ne doit pas être considéré comme un facteur indépendant de la production, alors quel rôle jour-t-il donc dans la production ? Répondons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Son existence nous apparaît toujours comme le &#039;&#039;symptôme d&#039;un détour avantageux dans la production&#039;&#039;. Je dis « symptôme » et non « cause » car son existence est, en effet, plutôt la conséquence que la cause de ces détours. Ce n&#039;est pas parce que le bateau et les filets existent déjà, que je prends des poissons par ce détour, mais c&#039;est seulement après avoir choisi ce détour avantageux et parce que je l&#039;ai choisi que le bateau et les filets existent; il faut déjà avoir trouvé le détour dans la production, pour que les biens capitaux prennent naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le capital devient une &#039;&#039;cause intermédiaire efficace pour servir à l&#039;achèvement du détour avantageux déjà choisi&#039;&#039;. Chaque portion du capital constitue en quelque sorte un réservoir de forces naturelles utilisables qui aideront à achever le détour de production au cours duquel cette portion du capital a pris naissance. Je répète « cause intermédiaire » et non « cause première ». Le capital ne saurait, en effet, donner aucune impulsion par lui-même, il ne peut que transmettre une impulsion une fois donnée par des forces naturelles, de même qu&#039;une boule une fois lancée peut communiquer son mouvement à une autre boule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le capital devient quelquefois une &#039;&#039;cause indirecte en nous permettant de choisir d&#039;autres détours de production avantageux&#039;&#039;, d&#039;autres que ceux à l&#039;occasion desquels il a été formé. Quand un peuple possède beaucoup de capitaux et précisément parce qu&#039;il les possède, il peut non seulement achever avec succès les détours de production au cours desquels ces capiaux ont été formés, mais il peut choisir d&#039;autres détours nouveaux. Car le stock existant de capitaux n&#039;est autre chose que produit d&#039;un travail passé qui va se transformer chaque année en biens de jouissance. Chaque année cette transformation s&#039;opère pour une certaine partie du capital. Donc plus grand est le stock du capital, plus grande aussi est la part que prennent de cette manière les forces productives des périodes passées à la formation des biens de jouissance du présent, et d&#039;autant moins il faut employer à cette dernière fin les forces productives nouvelles de la période courante. Une part bien plus grande reste donc disponible pour être mise au service de l&#039;avenir et peut être employée dans des détours de production à plus grande portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout bien considéré, aucun des nombreux certificats donnés au capital par l&#039;économie politique ne désigne mieux son rôle dans la production que celui-ci : &#039;&#039;un instrument de production&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Comment se forment les capitaux ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe sur ce point trois opinions différentes dans la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les uns affirment que le capital se forme par la seule &#039;&#039;épargne&#039;&#039;. Adam Smith dit&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Richesse des nations&#039;&#039;, liv. II, chap. III.&amp;lt;/ref&amp;gt; : « c&#039;est l&#039;économie et non l&#039;activité qui est la cause immédiate de l&#039;augmentation du capital. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres affirment exactement le contraire, à savoir, que le capital est formé non par l&#039;épargne, mais par &#039;&#039;le travail&#039;&#039;; ainsi le socialiste allemand Rodbertus dit : « le capital national augmente par le travail et non par l&#039;économie.&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Le capital&#039;&#039;, Berlin, 1884, p.268. La même opinion est exprimée par M. Gide dans ses &#039;&#039;Principes d&#039;économie politique&#039;&#039;, 1ère ed., p.168. &amp;lt;/ref&amp;gt; »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres enfin affirment que ces deux choses sont nécessaires à la fois « l&#039;épargne et le travail productif ». Je me range à l&#039;opinion de ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque portion du capital, c&#039;est-à-dire, par exemple, chaque canot, ou chaque filet, ou chaque marteau, ou chaque machine est certainement formée directement par le travail. Mais pour pouvoir produire ces portions du capital, il fallu nécessairement faire autre chose auparavant, il a fallu rendre libres certaines forces productives pour la formation projetée du capital : et cela ne peut avoir lieu que par l&#039;épargne. Représentons-nous un Robinson dans une île déserte, capable de travailler douze heures par jour. Il est dépourvu de tout et se nourrit de fruits sauvages. Il voudrait bien posséder un arc et des flèches pour tuer le gibier. Mais ce travail lui demanderait un mois, et les fruits sauvages sont malheureusement si rares dans son île, qu&#039;il lui faut passer toute  la journée, sans perdre un instant, pour en récolter de quoi suffire tout juste à son entretien. Dans ces conditions, il ne lui reste certainement pas de temps pour fabriquer un arc et des flèches. Demandons-nous pourquoi il n&#039;entre pas dans la possession du capital convoité : pourquoi il ne le produit pas ? Tout simplement parce que toute la force productive dont il dipose est occupée et au-delà à produire ce dont il a besoin pour le moment et qu&#039;il ne lui reste pas de force productive libre pour créer des produits intermédiaires qui ne lui rapporteront que dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons maintenant que les fruits sauvages soient plus abondants, de telle sorte que Robinson puisse en neuf heures en cueillir assez pour être à l&#039;abri des affres de la faim, tandis qu&#039;il lui faudrait continuer sa cueillette pendant douze heures s&#039;il voulait en récolter assez pour satisfaire amplement son appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;en sera-t-il maintenant de la confection des armes de chasse ? La chose est parfaitement claire. Ou bien Robinson tient absolument à apaiser sa faim dans la mesure du possible et à consommer chaque jour le fruit d&#039;une récolte de douze heures : il ne lui restera alors naturellement ni le temps ni la force pour produire les armes dont il a besoin. Ou bien il restreindra ses exigences quant à sa ration journalière, de façon à se contenter du résultat de la cueillette de dix heures, par exemple : alors il lui restera quelques heures libres chaque jour pour travailler, et il pourra se mettre à fabriquer les armes de chasse qu&#039;il convoite. Ceci revient à dire : avant que de pouvoir réellement former un capital, il faut &#039;&#039;épargner&#039;&#039; d&#039;abord les forces productives nécessaires pour sa formation en se privant de certaines jouissances immédiates.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui se présente pour Robinson avec ses douze heures de travail par jour, avec ses fruits et ses armes, se présente en grand pour chaque nation dont la dotation quotidienne en forces productives se compose du travail de plusieurs millions d&#039;hommes, qui tirent leurs moyens de subsistance de toutes les richesses et de toute les commodités du XIXe siècle et dont les besoins en capitaux sont représentés par des machines, des chemins de fer et des canaux. Les quantités et les noms seuls varient. Nombre de complications&amp;lt;ref&amp;gt;Elles sont exposées avec détails dans mon livre.&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est vrai, rendent difficile de tout embrasser d&#039;un seul coup d&#039;oeil, mais le fond reste toujours le même : une nation pas plus qu&#039;un individu ne saurait former autrement son capital, on augmenter ce capital une fois formé, qu&#039;en s&#039;astreignant à consommer pendant chaque année courante une quantité de produits &#039;&#039;moindre&#039;&#039; que celle que ses forces productives peuvent mettre à sa disposition dans la même période. Ce n&#039;est qu&#039;en rendant libre par l&#039;épargne une part de sa dotation annuelle en forces productives et en la dérobant aux désirs de jouissance immédiate de la vie, qu&#039;elle pourra l&#039;affecter à la création des produits intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ce ne sont pas les biens capitaux eux-mêmes ce ne sont pas les machines, fabriques, matières premières, etc, qu&#039;on épargne, mais ce qu&#039;on épargne, ce sont les &#039;&#039;moyens de jouissance&#039;&#039; et par là même on &#039;&#039;épargne des forces productives&#039;&#039; qu&#039;on peut employer alors &#039;&#039;à la production des capitaux&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quittons maintenant le domaine de la production pour nous tourner vers les problèmes de la distribution. Si dans les explications précédentes je n&#039;ai fait que rectifier et étendre l&#039;ancienne théorie, sans en présenter une nouvelle, j&#039;espère que les explications suivantes justifieront un peu mieux notre titre de « nouvelle théorie » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie de l&#039;intérêt du capital ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le problème ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi le capital rapporte-t-il un intérêt ? — Ce n&#039;est qu&#039;assez tard que la science s&#039;est posée cette question. Mais depuis qu&#039;elle l&#039;a posée, elle a été submergée par un vrai déluge de réponses. Dans mon Histoire et critique des théories sur l&#039;intérêt du capital, j&#039;ai été à même de distinguer au moins treize groupe différents de théories sur le capital, et comme presque chaque &#039;&#039;groupe&#039;&#039; comprend à son tour plusieurs sous-théories nettement distinctes, je ne saurais être accusé d&#039;exagération si j&#039;évalue à quarante ou cinquante l&#039;ensemble des essais de solutions proposées jusqu&#039;à ce jour. Si maintenant on veut considérer que de toutes ces solutions, une seule au plus peut être juste, on sera de mon avis pour regarder cette surabondance non comme le résultat d&#039;une connaissance parfaite de la matière, mais bien au contraire comme la conséquence d&#039;un manque absolu de clarté et d&#039;intelligence. C&#039;est parce qu&#039;on ne connaît pas le vrai chemin conduisant au but qu&#039;on tâtonne à l&#039;aventure dans tous les sentiers possibles, et quelquefois impossibles, pour trouver une solution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois, en effet, et j&#039;ai essayé de prouver d&#039;une manière circonstanciée dans mon livre cité plus haut, que &#039;&#039;tous&#039;&#039; les essais de solutions donnés jusqu&#039;ici sont faux. Il est impossible de dire que l&#039;intérêt du capital est, comme l&#039;affirment les uns, « une prime accordée à l&#039;abstention », — ni, selon d&#039;autres, « le salaire du travail moral de l&#039;épargne », — ni, comme le prétendent d&#039;autres encore, « un traitement pour l&#039;accomplissement de certaines fonctions économiques », — ni comme « le fruit d&#039;une vertu productive et particulière au capital », — ni enfin, comme le prétendent les socialistes, le résultat « d&#039;une simple exploitation du privilège de la propriété par ceux qui possèdent ». La véritable explication doit être cherchée, ce me semble, dans une tout autre direction. Mais avant de me tourner de ce côté, il importe de faire quelques courtes observations sur les différentes formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici trois modes primitifs par lesquels on peut tirer de son capital un revenu net ou &#039;&#039;intérêt&#039;&#039;, employant le mot dans un sens étendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. En prêtant un capital en argent : c&#039;est tout simplement le prêt à « intérêt » dans le sens le plus restreint du mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. En plaçant son capital dans une entreprise productive et en créant dans celle-ci un produit dont la valeur laisse, défalcation faite de tous les frais, un excédent ou plus-value, qu&#039;on peut attribuer à la coopération du capital, « le profit » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. En possédant un bien de longue durée (mais non pas destiné à la production), tel qu&#039;une maison d&#039;habitation, une piano, un cabinet de lecture, et en le louant moyennant un prix annuel assez élevé pour laisser un excédent, un revenu net, après en avoir déduit les frais d&#039;entretien ainsi qu&#039;une prime d&#039;amortissement pour la dégradation de l&#039;objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ressort clairement de cette énumération, encore une fois, que le « capital » représente dans la théorie sur l&#039;intérêt une idée  beaucoup plus étendue que le « capital » dans la théorie de la production. En outre, il est clair qu&#039;une théorie exacte sur l&#039;intérêt doit pouvoir donner l&#039;explication de &#039;&#039;toutes&#039;&#039; les formes sous lesquelles nous avons dit que se présentait l&#039;intérêt. Essayons de le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;influence du temps sur la valeur des biens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quiconque s&#039;occupe d&#039;économie politique sait aujourd&#039;hui que la valeur n&#039;est pas une qualité matérielle des biens, qualité qui leur serait inhérente, mais le résultat variable de circonstances variables elles-mêmes. Un quintal de blé, par exemple, vaut plus après une mauvaise révolte, moins après une moisson abondante. Un stère de bois vaut beaucoup plus à Paris que dans une des forêts des Alpes ou des Pyrénées. Ces quelques exemples montrent déjà que &#039;&#039;le lieu&#039;&#039; et &#039;&#039;le temps&#039;&#039; de la disponibilité jouent un rôle particulièrement important parmi les circonstances qui influent sur la valeur. Des différences de valeur innombrables s&#039;y rattachent. Et cependant on peut de nouveau y distinguer deux catégories. Certaines différences de valeur locales et temporaires sont fortuites et indépendantes de toute règle. Ces différences sont dues au hasard, si toutefois en économie politique il est permis de parler de hasard. Il se peut, par exemple, que la vendange soit cette année-ci bonne en Allemagne et mauvaise en France : donc le prix du vin sera élevé ici, en baisse là-bas. Mais l&#039;année prochaine le contraire aura peut-être lieu, la révolte sera bonne en France et mauvaise en Allemagne : alors aussi le prix sera déprécié ici, en hausse là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En regardant de plus près, on rencontrera à côté de ces différences de valeur irrégulières une catégorie de différences régulières, causées par des différences de lieux. Ainsi, par exemple, voici une loi qui se manifeste très nettement dans tous les faits, c&#039;est que tous les articles valent beaucoup moins à l&#039;endroit où ils sont produits, qu&#039;à l&#039;endroit où ils sont expédiés et consommés. Le blé est toujours meilleur marché dans le sud de la Hongrie qu&#039;à Pest, à Pest meilleur marché qu&#039;à Vienne, à Vienne meilleur marché qu&#039;en Suisse. Ou encore, c&#039;est dans la mine que le charbon est le moins cher; il est déjà un peu plus cher à la station la plus rapprochée de la mine, plus cher aux stations plus éloignées et le plus cher à la station finale, par exemple à Paris. Or la question qui s&#039;impose ici est de savoir si cette différence de valeur légitime, produite par la différence des &#039;&#039;lieux&#039;&#039;, ne se rattache pas simplement à une différence dans le &#039;&#039;temps&#039;&#039; ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai examiné les faits concernant cette question et j&#039;y ai trouvé une loi aussi simple que nette. Cette loi, la voici : &#039;&#039;des biens présents ont toujours une valeur plus élevée que des biens futurs de même espèce en quantité égale&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ils n&#039;ont pas une valeur plus élevée que celle que ces biens futurs &#039;&#039;auront&#039;&#039; un jour, mais que celle qu&#039;ils &#039;&#039;ont&#039;&#039; dans notre estimation d&#039;aujourd&#039;hui pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous préférons toujours posséder aujourd&#039;hui 100 francs ou 100 quintaux de blé que de ne les avoir que dans un an, et nous préférons encore les avoir dans un an que dans deux, trois, dix ou cent ans ; de même que nous préférons toujours avoir un quintal de charbon à Paris que dans la mine, un stère de bois chez nous que dans la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc les biens présents valent-ils, dans tous les cas, plus que des biens futurs ? — Trois raisons différentes concourent à ce résultat : &#039;&#039;une raison économique, une raison psychologique et une raison technique&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Une raison économique : &#039;&#039;c&#039;est le rapport entre le besoin et l&#039;approvisionnement dans le présent et dans l&#039;avenir&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un fait bien connu, c&#039;est que nous estimons un bien d&#039;autant plus que nous en éprouvons un besoin plus pressant et que nous en sommes moins bien pourvus, et &#039;&#039;vice versa&#039;&#039;. Or, en voici les conséquences, en ce qui touche notre question : toutes les personnes qui éprouvent des besoins pressants et n&#039;ont que peu de provisions estimeront énormément ces biens indispensables pour eux à ce moment et bien plus que des biens futurs ne sauraient leur servir à satisfaire leurs besoins présents. Représentons-nous des hommes assiégés dans une forteresse, manquant d&#039;approvisionnements. Ils estimeront bien plus un quintal de froment qu&#039;ils peuvent l&#039;obtenir maintenant pendant le siège, que deux ou même dix quintaux du même froment qu&#039;ils pourraient recevoir dans un an, quand le siège serait levé depuis longtemps. On dira que les sièges sont, heureusement, très rares. Mais, sous une forme un peu différente, des millions de nos concitoyens sont constamment en état de siège, manquant d&#039;approvisionnements; ce sont tous les gens sans fortune. Demandez à cet ouvrier qui vit au jour le jour de la paye de sa semaine et qui mourrait de faim si pendant plusieurs semaines elle venait à lui manquer, demandez-lui s&#039;il préfère toucher de suite les 20 francs qui constituent sa paye d&#039;une semaine ou s&#039;il aime mieux toucher 40 francs représentant la paye de deux semaines, mais seulement dans trois ans. Il répondra naturellement qu&#039;il préfère 20 francs aujourd&#039;hui à 40 francs qu&#039;on lui fonnerait dans trois ans. A quoi lui serviront ces 40 francs si, d&#039;ici-là, il est mort de faim ? Ainsi répondront la moitié, ou les trois quarts, de tous ceux qui font partie des classes pauvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais n&#039;y a t-il pas aussi des gens dont la condition est plus aisée dans le présent qu&#039;elle ne le sera plus tard ? Assurément il y en a. Alors ceux-ci, n&#039;estimeront-ils pas davantage les biens futurs que les biens présents et ne compenseront-ils pas par là le peu d&#039;attrait que ces biens futurs exercent sur leurs concitoyens plus pauvres ? Nullement ! Les biens présents, sauf quelques exceptions tout à fait extraordinaires, ne sont jamais estimés plus bas que des biens futurs. Et, en effet, il y a toujours un moyen très simple de les transformer à volonté en biens futurs, si on préférait ces derniers; ce serait de les laisser sans y toucher jusqu&#039;au moment où le besoin s&#039;en ferait sentir ! Mais il n&#039;existe aucun moyen pour transformer des biens futurs en biens présents, et c&#039;est pour cette raison que ces derniers gardent pour des millions de gens une valeur subjective plus élevée&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez l&#039;article de M. St-Marc sur ma &#039;&#039;Théorie de la valeur&#039;&#039;, dans le n°1 de la 2e année de cette &#039;&#039;Revue&#039;&#039;, p.119 et suiv.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui ne peut manquer de leur conférer une supériorité quant au prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une raison psychologique. — C&#039;est un penchant caractéristique de presque tous les hommes, à un degré plus ou moins élevé, d&#039;attribuer moins d&#039;importance à des joies ou à des douleurs futures qu&#039;aux plaisirs ou aux peines du moment présent et ils éprouvent le même sentiment d&#039;indifférence pour les biens dont ils ne jouiront que dans un temps à venir. Ce n&#039;est pas le lieu ici de faire de la psychologie; c&#039;est pourquoi je passe rapidement sur les motifs plus raffinés qui conduisent à ce résultat et que j&#039;ai développés dans mon ouvrage. Nous pouvons observer ce résultat dans la vie de tous les jours, et cela à un degré très prononcé soit chez les personnes légères ou insouciantes, par exemple, les enfants, les prodigues; soit chez des peuples entiers, par exemple, les tribus barbares vivant au jour le jour; cette disposition peut même se présenter chez des personnes prudentes, au caractère ferme. Jevons a déjà indiqué cette cause de dépreciation des biens futurs dans son excellent ouvrage&amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;Theory of Political Economy&#039;&#039;, 2e ed., 1879.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La raison technique est assurément la plus importante de celle que j&#039;ai indiquée. Elle réside dans ce fait acquis par l&#039;expérience et déjà indiqué dans la première partie de cet article, c&#039;est que la production est plus abondante par voie de détours que par la voie directe. Essayons de nous rendre compte de cette corrélation des faits. On sait qu&#039;on pourra arriver à une production plus grande avec la même quantité des forces originaires (par exemple, avec le même nombre de journées de travail), si on prend des détours qui conduisent tout d&#039;abord à la production de produits intermédiaires, plutôt qu&#039;en cherchant à produire d&#039;une manière immédiate les biens de jouissance convoités. Si on se borne, par exemple, à ramasser avec la main les poissons rejetés sur le rivage par les flots, le travail de toute une journée se trouvera peut-être récompensé par une récolte de 3 poissons en moyenne; mais si on commence par fabriquer un canot et des filets, on prendra peut-être 30 poissons en moyenne chaque jour. Mais nous savons d&#039;un autre côté que la production par détour demande plus de temps. La fabrication du bateau et des filets demandera peut-être six mois, et ce n&#039;est qu&#039;après ce délai que pourra commencer la pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est clair que, puisque la production détournée, tout en rapportant davantage, demande du temps avant de pouvoir produire, celui-là seul pourra y recourir qui se trouvera pourvu de biens présents pendant toute la durée des préliminaires et jusqu&#039;au moment du rendement : pour pouvoir prendre un détour de production qui demandera six mois, il faut par ses ressources présentes posséder au moins un approvisionnement pour six mois : si le détour doit s&#039;étendre à une année, il faudra être approvisionné pour un an, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence de tout ceci, c&#039;est que l&#039;avantage de pouvoir choisir la méthode productive la plus abondante est réservé à ceux qui possèdent des biens présents, avantage que ne sauraient leur donner des biens futurs et pour lequel, par conséquent, les biens présents sont de beaucoup supérieurs. Et il est facile de s&#039;en apercevoir dans la vie pratique en remarquant que ceux qui veulent produire, non seulement préfèrent toujours les biens présents aux biens futurs, mais qu&#039;ils sont même toujours disposés, pour se procurer une somme inférieure de biens présents qui leur seront plus utiles, à sacrifier une somme bien supérieure de biens futurs moins utiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imaginons un habitant du littoral absolument dénué de biens et qui, jusqu&#039;à ce moment, a péniblement trouvé son entretien en ramassant sur le rivage les poissons rejetés par l&#039;eau. Combien volontiers ne choisirait-il pas la méthode bien plus avantageuse de pêcher avec un bateau et des filets ! Mais il ne peut attendre dix mois parce qu&#039;il n&#039;a rien à manger en attendant. Proposez-lui de lui avancer son entretien, par exemple 3 poissons chaque jour pendant ces six mois, à la condition qu&#039;il vous rende un an après le double des poissons avancés; réclamez pour les 540 poissons de cette année, 1080 poissons l&#039;année prochaine, il acceptera ce marché avec enthousiasme parce qu&#039;il lui sera facile de faire ce paiement, — sa pêche étant rendue dix fois plus abondante, grâce aux instruments de pêche fabriqués dans l&#039;intervalle, — et qu&#039;il lui restera toujours un gain suffisant pour lui-même. C&#039;est dans cet échange de 540 poissons présentement contre 1080 poissons dans un temps futur, que se manifeste bien nettement cette supériorité des biens présents sur des biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que chacun a des raisons pour estimer plus haut des biens présents que les biens futurs, soit pour un motif, soit pour un autre : le pauvre diable, parce que c&#039;est de biens présents qu&#039;il a le plus grand besoin; le prodigue, parce qu&#039;il ne songe pas à l&#039;avenir; le producteur — et qui n&#039;est pas plus ou moins producteur ? — parce qu&#039;ils lui assurent la supériorité des moyens de production les plus avantageux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc tout le monde ou presque tout le monde estime les biens présents plus que les biens futurs, il va de soi que si des biens présents sont échangés sur le marché contre des biens futurs, les biens présents étant évalués bien plus haut par tout le monde, doivent aussi avoir un &#039;&#039;prix&#039;&#039; plus élevé, un &#039;&#039;agio&#039;&#039; par rapport aux biens futurs&amp;lt;ref&amp;gt;Le prix n&#039;est en effet autre chose qu&#039;une résultante des évaluations subjectives se rencontrant sur le marché. Voyez cette &#039;&#039;Revue&#039;&#039;, 1888, n° 2, pages 219 et suivantes. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la constatation de ces faits, nous nous trouvons bien près de la solution du problème de l&#039;intérêt. Nous n&#039;avons qu&#039;à embrasser les différents modes sous lesquels les marchandises présentes peuvent être échangés contre des marchandises futures et nous verrons naître de chacun de ces modes d&#039;échange d&#039;une manière directe une des formes de l&#039;intérêt qui nous sont connues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;origine de l&#039;intérêt du capital ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Premier cas : l&#039;intérêt du prêt ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas le plus simple entre tous est celui du prêt. Le prêt n&#039;est autre chose qu&#039;un échange de biens présents contre des biens futurs, et c&#039;est la forme la plus pure et la plus simple sous laquelle un tel échange puisse s&#039;effectuer. Si j&#039;emprunte, suivant l&#039;expression consacrée, 1000 F. pour un an, j&#039;échange en réalité 1000 francs présents que me compte le créancier et qu&#039;il met dans mon avoir, contre 1000 F. de l&#039;année prochaine que je devrai lui payer. Mais comme partout, et par conséquent aussi sur le marché du prêt, 1000 F. présents valent &#039;&#039;plus&#039;&#039; que 1000 F. futurs, il me faudra bien, au moment de l&#039;échange, payer quelque chose en plus au créancier pour égaliser les valeurs : ainsi au lieu de 1000 F. il me faudra payer 1050 F. par exemple, et ce surplus est ce qu&#039;on appelle l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà l&#039;explication très simple d&#039;une chose que depuis des siècles on a tournée de toutes façons et qu&#039;on s&#039;est plu à expliquer d&#039;une manière bien spécieuse et pourtant fausse. On a coutume de regarder le prêt non comme un échange, mais comme une espèce de location, et l&#039;intérêt comme le prix de l&#039;usage de l&#039;argent cédé pour une ou plusieurs années, — comme si on pouvait se servir de l&#039;argent d&#039;une manière ininterrompue pendant des années, de la même façon que d&#039;une maison ou d&#039;un meuble ! en réalité on ne peut s&#039;en servir qu&#039;une seule fois et pendant un très court moment, c&#039;est-à-dire, au moment où on le dépense. Et toute conception fausse engendre une autre non moins fausse, ici comme partout. Je ne puis m&#039;attarder ici à démontrer vers quel abîme de contradictions, d&#039;inexactitudes et d&#039;absurdités conduit cette façon de présenter les choses, si inoffensive en apparence. Je me hâte d&#039;arriver à la seconde forme sous laquelle se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième cas : Le profit du capital investi dans des entreprises productives ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce cas est à la fois important et le plus difficile. Mais par les explications déjà données, nous avons la clef pour en trouver également la solution. Exposons d&#039;abord nettement le fait qu&#039;il s&#039;agit d&#039;expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un entrepreneur achète avec son capital une somme d&#039;instruments de production; il achète des matières premières, des outils, du travail, et en employant ces moyens de production, il crée un produit. Ce produit une fois formé a une valeur bien supérieure à celle des biens productifs sacrifiés pour l&#039;obtenir : sa plus-value sera en rapport d&#039;un côté avec le capital employé, de l&#039;autre avec la durée du temps qu&#039;a exigé la création du produit. Si l&#039;entrepreneur a employé 1000 F. par exemple pour les matières premières, etc, et si la période de production dure un an, il arrivera ordinairement à un produit qui vaudra 1050 F. Cet excédent de 50 F. représente le profit du capital. Comment faut-il expliquer cette différence de valeur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a certaines théories qui sont si claires qu&#039;il suffit de les énoncer pour démontrer leur exactitude. Parmi ces théories nous pouvons placer celle-ci : que la valeur des biens productifs doit être déduite de la valeur de leurs produits et non réciproquement. La valeur du vin de Château-Yquem n&#039;est pas très élevée parce que le terrain sur lequel il croît est cher, mais le terrain est cher parce que la valeur du produit qu&#039;on en tire est très grande. Les lecteurs de cette Revue connaissance d&#039;ailleurs déjà cette théorie d&#039;après l&#039;exposé si lucide que M. St-Marc a fait d&#039;un de mes ouvrages sur la valeur, et je puis m&#039;en servir ici sans autre explication&amp;lt;ref&amp;gt;Voyez cette &#039;&#039;Revue&#039;&#039; 1888, n°1, pages 118 et suivantes, surtout page 125.&amp;lt;/ref&amp;gt; !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rester dans l&#039;esprit de cette théorie, nous devons affirmer que tout groupe complémentaire de moyens de production a pour nous absolument la même valeur que le produit que nous espérons créer par son intermédiaire. Si donc le produit futur vaut 1050 F., dois-je estimer le groupe des moyens de production à 1050 F. ? Prenons bien garde, c&#039;est ici l&#039;oeuf de Christophe Colomb; la chose est des plus simples, mais encore faut-il la trouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici l&#039;explication : le produit, d&#039;après lequel nous estimons le groupe des moyens de production, est pour le moment un &#039;&#039;produit futur&#039;&#039;. Il n&#039;existera qu&#039;après le procès de la production, par conséquent au bout d&#039;un an, et &#039;&#039;alors&#039;&#039; il vaudra 1050 F. Les 1050 F. dont il s&#039;agit ici sont de 1050 F. de &#039;&#039;l&#039;année prochaine&#039;&#039;. Mais des biens de l&#039;année prochaine, et par conséquent aussi des francs de l&#039;année prochaine valent moins que des francs de cette année; par exemple 1050 F. de l&#039;année prochaine valent seulement autant que 1000 F. de cette année. Par conséquent, notre groupe de moyens de production, avec lesquels on pourra, au bout d&#039;une année, former un produit qui, à cette époque, vaudra 1050 F, sera bien estimé 1050 F. valeur future, comme le produit lui-même, mais il sera estimé aussi, comme ces mêmes produits, seulement 1000 F., valeur actuelle. Si donc on les achète ou si on les échange &#039;&#039;aujourd&#039;hui&#039;&#039;, leur prix de vente devra naturellement être évalué d&#039;après la valeur à ce jour, et on les aura évidemment pour un nombre de francs moindre qu&#039;ils ne rapporteront plus tard à leur possesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens productifs sont en quelque sorte marchandise de l&#039;avenir. Ils représentent des biens de jouissance futurs qu&#039;on obtiendra par leur moyen au bout d&#039;une certaine période de production. Mais précisément parce qu&#039;ils servent seulement à acquérir des biens &#039;&#039;futurs&#039;&#039;, et que ceux-ci valent moins que des biens présents, leur valeur n&#039;égale que celle d&#039;un moindre nombre de biens de jouissance présents. Voilà la raison pour laquelle les entrepreneurs achètent leurs moyens de production, et parmi ceux-ci le travail, à un prix plus bas qu&#039;ils ne vendront en son temps le produit acheté; ce n&#039;est point à cause d&#039;une faculté particulière du capital d&#039;engendrer une plus-value, ce n&#039;est pas non plus parce qu&#039;ils exploitent leurs ouvriers, mais simplement parce que tous les biens productifs, quoique matériellement présents, sont, d&#039;après leur nature et leur destination économique, des &#039;&#039;biens futurs&#039;&#039;, et que la marchandise de l&#039;avenir a toujours moins de valeur que la marchandise du moment présent. Puis, dans le cours de la production, la marchandise de l&#039;avenir, le « bien productif » est transformé en produit parfait, propre à la jouissance, et acquiert naturellement la valeur complète appartenant aux biens présents. Cet accroissement de valeur constitue la « plus-value » ou « profit du capital des entrepreneurs ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième cas : l&#039;intérêt des biens de longue durée ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai qu&#039;à faire précéder cet article de quelques observations théoriques pour laisser la parole ensuite aux mathématiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens nous sont utiles à cause des forces naturelles et utiles qui leur sont inhérentes, ou mieux, par les services qu&#039;ils nous rendent. Et ce n&#039;est qu&#039;à raison des services que nous pouvons obtenir d&#039;eux, que nous les estimons. La valeur des biens est donc formée de la somme des valeurs de tous les services particuliers qu&#039;ils nous rendent. Cela est très simple pour les biens qui se consomment. Ils ne peuvent servir qu&#039;une fois et pour eux la valeur du bien coïncide naturellement et complètement avec celle de ce service unique : une cartouche a pour moi exactement la valeur que j&#039;attache à son service unique pour tirer un seul coup de feu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chose est plus compliquée pour les choses dites de longue durée, qui permettent un usage répété. Ici la valeur du bien est une grandeur composée, formée de la valeur des services isolés plus ou moins nombreux que nous procure le bien, les uns après les autres. Un animal de trait, par exemple, a pour moi une valeur équivalente à la somme de tous les services rendus par la traction; une machine, une valeur équivalente à la somme de tout ce qu&#039;elle est capable de produire; un vêtement que je ne puis porter que trente fois, a pour moi nécessairement moins de valeur qu&#039;un vêtement de même étoffe me faisant un aussi bon usage pendant cent jours. Mais ici une autre complication peut se présenter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la période de temps pendant laquelle dure le bien n&#039;est pas trop longue et si les services qu&#039;il rend restent, comme nous allons l&#039;admettre une fois pour toutes pour simplifier, les mêmes jusqu&#039;à la fin, tous ces services auront une égale valeur, et la valeur d&#039;usage du bien lui-même se détermine simplement en multipliant la valeur d&#039;un des services rendus par le nombre de ces services. Si l&#039;usage d&#039;un vêtement a pour moi la valeur d&#039;un franc par jour, le vêtement qui me durera trente jours aura pour moi la valeur de 30 F., celui qui durera cent jours, la valeur de 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour beaucoup de biens de longue durée, vaisseaux, machines, édifices, propriétés foncières, le rendement des services s&#039;étend sur de longues périodes, de façon que les rendements ultérieurs ne pourront plus être perçus par le propriétaire ou du moins ne le peuvent être qu&#039;après un temps très long. Dès lors la valeur de ces services reportée à un temps si éloigné, doit partager le sort commun de la valeur de tous les biens futurs. Un service qui, au point de vue technique, est le même qu&#039;un service rendu dans l&#039;année courante, mais qui ne peut être obtenu que dans un an, est un service d&#039;une valeur moindre, un service qui ne rapportera quelque chose qu&#039;au bout de deux ans, aura une valeur encore moindre qu&#039;un service pour l&#039;année présente, et ainsi la valeur des services que rendent les biens diminie nécessairement suivant la date plus ou moins éloignée de l&#039;échéance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnons maintenant la parole aux mathématiques. Elles devront nous apprendre quelle est la valeur en capital d&#039;un tel bien, quel sera son rapport brut, quelle est la part qu&#039;il faut compter pour la &#039;&#039;détérioration&#039;&#039; que ce bien a subie, et enfin s&#039;il doit rester quelque chose comme &#039;&#039;revenu net&#039;&#039; et pourquoi il doit en être ainsi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons un seul exemple : une machine qui dure six ans et dont les services annuels valent 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord, combien vaudra t-elle ? Si — pour des raisons que j&#039;ai notées dans le passage précédent d&#039;une manière détaillée, — on évalue les biens présents, et naturellement aussi les services présents, environ 5 p. 0/0 plus haut que des biens et des services futurs, la machine vaudra non pas 6x100 = 600 F., mais seulement 100 + 95,23 + 90,70 + 86,38 + 82,27 + 78,35 = 535,93 F&amp;lt;ref&amp;gt;Ces chiffres sont calculés d&#039;après les règles de l&#039;intérêt composé, et en supposant que tout le revenu de l&#039;année puisse être touché par anticipation au commencement de chaque année, comme par exemple pour le loyer d&#039;une maison qui est payable d&#039;avance. Si le revenu ne devait être touché qu&#039;à la fin de chaque année, alors le revenu de la première année, évalué &#039;&#039;au commencement&#039;&#039; de cette année, subirait une petite dépréciation ; au lieu d&#039;être estimé 100 F., il ne le serait que 95,23 F.; le chiffre des autres revenus baisserait de même dans le rapport constant, et finalement la valeur de la machine elle-même se trouverait diminuée. Les chiffres concrets ne font naturellement rien quant aux principe que je veux développer dans ce texte, et c&#039;est pourquoi j&#039;ai choisi l&#039;exemple le plus simple, parce que les résultats pouvaient être calculés en partie en chiffres ronds. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel sera le rapport brut annuel d&#039;une telle machine ? Naturellement 100 F., c&#039;est-à-dire la valeur du service qu&#039;elle rend dans l&#039;année courante. Quelle sera la part nécessaire pour couvrir les frais de déterioration et d&#039;amortissement ? Voici encore un problème aussi facile et aussi difficile à la fois que celui de l&#039;oeuf de Christophe Colomb.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons. La valeur de la machine est formée par la valeur additionnée de tous les services qu&#039;elle rend. Or nous devons déduire à la fin de la première année d&#039;usage d&#039;une part de service de la valeur 100 F. On pourrait croire, par conséquent, que la valeur de la machine doit être diminuée elle aussi de 100 F. ? Point du tout, car le temps n&#039;a pas cessé de courir pendant cette première année. Nous avons bien soustrait la valeur du service de l&#039;année courante, mais le service de l&#039;année future devient maintenant revenu de l&#039;année présente et prend par conséquent la pleine valeur de 100 F. De même le revenu de la troisième année devient revenu de la deuxième, celui de la quatrième année revenu de la troisième, et ainsi de suite, chaque terme s&#039;élevant d&#039;un degré et étant remplacé par le suivant, sauf le sixième, qui évidemment n&#039;est remplacé par rien, puisqu&#039;il est le dernier. Au bout de la première année les choses se trouvent donc dans l&#039;état suivant : la machine est maintenant un bien qui pendant cinq ans encore peut donner un revenu annuel de 100 F., et les revenus annuels de cinq années doivent donc être estimés à ce jour de la façon suivante : la première, celle de l&#039;année courante, 100 F.; la deuxième, 95,23 F.; la troisième 90,70 F.; la quatrième, 86,38 F.; la cinquième, 82,27 F., et la machine entière 454,58 F. La dépréciation, par rapport à la valeur première de 532,93 F., n&#039;est donc pas tout à fait de 100 F., mais seulement de 78,35 F. Il est à remarquer que ce chiffre est précisément le même que celui qui exprimait la valeur du revenu de la dernière année, et il est tout naturel qu&#039;il en soit ainsi, car dans notre compte chaque terme de la série a été remplacé par le terme suivant, sauf le dernier qui n&#039;a été remplacé par rien et qui par conséquent manque seul au total. Le produit brut étant donc de 100 F., et l&#039;amortissement pour la déterioration de 78,35 F. seulement, il reste comme produit net 21,65 F&amp;lt;ref&amp;gt;Il est facile de voir que cette somme correspond exactement à 5 p. 0/0 du montant de 432,93 F. qui représente la valeur de la machine après qu&#039;on a déduit par anticipation le revenu de la première année, soit 100 F. On ne peut pas demander, en effet, à ce bien de porter intérêt pour ces 100 F., puisqu&#039;ils ont été détachés dès le premier jour de l&#039;année, d&#039;après notre supposition. &amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par un raisonnement tout à fait analogue, on démontrerait que la machine rapportant de nouveau dans la seconde année 100 F. bruts, on doit diminer sa valeur non pas de 100 F., à cause du rapprochement des autres termes de la série, mais seulement de la valeur du dernier revenu à échoir, soit de 82,27 F. ; elle rapporterait donc encore 17,73 F. représentant l&#039;intérêt d&#039;un capital déjà amoindri par l&#039;amortissement, et ainsi de suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé : le propriétaire d&#039;un bien durable touche toujours la pleine valeur du revenu de chaque année : c&#039;est ce qui constitue le revenu brut du capital. Par contre, il n&#039;a à déduire chaque année comme prime d&#039;amortissement qu&#039;une valeur égale &#039;&#039;à celle du revenu de la dernière année évaluée au moment présent&#039;&#039; ; il garde donc en tous cas une somme égale à la différence entre le revenu brut et la prime d&#039;amortissement, et c&#039;est justement ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pour quelle raison les biens de longue durée, les maisons, les fabriques, les vaisseaux, les machines, les meubles, donnent un intérêt net sur la valeur de leur capital. Il ne faut pas chercher ici aucune idée de je ne sais quelle vertu productive qui serait inhérente à une maison d&#039;habitation, à un piano loué ou à un mobilier donné en location; — aucune idée non plus d&#039;une exploitation des ouvriers : où pourrait-on voir des ouvriers exploités dans le cas d&#039;un propriétaire qui loue sa maison à un riche rentier ? Mais tout découle de cette idée très simple &#039;&#039;que les biens futurs, comme les services futurs, valent moins que les biens présents et les services présents&#039;&#039; : c&#039;est pourquoi on attribue au services rendus dans un temps futur une valeur moindre qu&#039;aux services rendus dans le temps présent; c&#039;est pourquoi aussi ces services rapportent avec le temps plus que ce qui est nécessaire pour reconstituer et amortir le capital consommé, et c&#039;est pourquoi, enfin, il doit rester un excédent du revenu brut sur l&#039;amortissement, ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons ainsi expliqué, conformément à notre programme, toutes les formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt : intérêt du prêt, profit du capital, revenu des biens de longue durée, comme découlant d&#039;une même cause, à savoir, la différence de valeur entre le présent et l&#039;avenir. Et maintenant un dernier mot sur la façon dont on doit apprécier la légitimité de l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La légitimité de l&#039;intérêt ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;après tout ce que nous venons de dire, l&#039;intérêt doit-il être considéré comme un revenu légitime ou illégitime ? Mérite-t-il la considération dont il jouit dans l&#039;ordre actuel des choses ou doit-on la lui retirer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt en lui-même n&#039;est entaché d&#039;aucun vice. Il n&#039;est point, comme le prétendent les socialistes, le fruit d&#039;une oppression violente ou de l&#039;exploitation des ouvriers, mais bien le résultat naturel et organiquement nécessaire de ce fait économique que les biens présents ont une valeur plus grande pour les hommes que les biens futurs, et ce fait est à son tour le résultat naturel et tout aussi organique d&#039;une série de faits élémentaires, économiques, psychiques et techniques que nous constatons dans le mon de et que nous ne saurion éliminer. Autant il est naturel et parfaitement compréhensible que toujours et partout un bon cheval ait une valeur plus grande qu&#039;un cheval médiocre et qu&#039;un quintal d&#039;avoine ou d&#039;orge — autant il est naturel et compréhensible que toujours et partout nous estimions davantage les biens présents que les biens futurs, puisque dans presque toutes les situations de la vie les premiers nous servent mieux que les seconds. Et autant il est naturel et nullement choquant que le propriétaire du froment de qualité supérieure fasse valoir dans le commerce la supériorité de celui-ci et ne l&#039;échange pas sur un pied d&#039;égalité contre un quintal d&#039;orge ordinaire, mais, par exemple, contre 1 demi quintal de cette denrée, — autant il est naturel et nullement choquant que les possesseurs de biens présents, qu&#039;on appelle les capitalistes, fassent valoir aussi la supériorité de ces biens, losqu&#039;ils les échangent contre des biens futurs, et qu&#039;ils demandent un agio proportionnel à la supériorité de valeur de leurs biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt est si naturel et si loin d&#039;être choquant, que ses pires ennemis, les socialistes, ne pourraient le bannir de ce monde, alors même qu&#039;on les laisserait faire à leur gré. Ils pourraient seulement changer les rapports de possession, et déplacer par là les personnes qui touchent aujourd&#039;hui l&#039;intérêt et les quote-parts qui leur reviennent, mais ils ne sauraient faire disparaître l&#039;intérêt lui-même. Tant qu&#039;on ne réussira pas à bannir de ce monde le Temps lui-même, il ne sera pas indifférent aux hommes qu&#039;on leur remette, par exemple, un petit rejeton de chêne, qui, dans cent ans, deviendra un beau chêne, à la place d&#039;un chêne lui-même tout fomé. Et tant que ceci ne sera pas indifférent, on ne consentira pas, même dans un État socialiste, à payer à un travailleur qui, dans une journée, planterait cent jeunes rejetons de chêne, la valeur de cent chênes magnifiques, 5000 F. par exemple, comme prix de sa journée. Or, si la communauté socialiste lui donne moins, le fait vaut la peine d&#039;être noté; si elle ne lui donne qu&#039;un salaire de 10 ou 20 F., elle fera exactement ce que font aujourd&#039;hui les capitalistes et ce que chez eux les socialistes appellent exploitation de l&#039;ouvrier. En effet, elle achètera le travail de ces ouvriers pour un prix plus bas que ne le sera celui du produit achevé dans un temps donné. Dans l&#039;état socialiste donc, aussi bien qu&#039;aujourd&#039;hui, la nature des choses ne laisserait que le choix entre un brevet de stupidité ou la reconnaissance de l&#039;intérêt : — stupidité, si un salaire de centaines ou de milliers de francs est attribué à un vulgaire travail de plantation, d&#039;où il résultera naturellement que chacun voudra être ouvrier forestier, que personne ne voudra plus exercer le métier de tailleur à l&#039;état de forêt vierge : — l&#039;intérêt, si on estime moins et paye moins des biens futurs, et par conséquent aussi le travail qui aide à créer ces biens futurs, que des biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait encore demander ce qu&#039;on ferait, dans un état socialiste, de l&#039;intérêt ainsi acquis ? Le garderait-on dans la caisse commune ? L&#039;emploierait-on plutôt à augmenter les revenus du peuple, en élevant, par exemple, le prix de la journée de travail qui aurait été jusque-là de 4 F. à 6 F., grâce à ces revenus sociaux ? Ce serait encore gagner sur le produit du travail des ouvriers qu&#039;on occupe à des détours de production très longs et très fructueux, et distribuer ensuite ce gain à tous, c&#039;est-à-dire, pour la plus grande partie, à &#039;&#039;d&#039;autres&#039;&#039;. Si au travailleur occupé à reboiser, qui crée un produit futur de 5000 F. par le travail d&#039;une seule journée, la société donne 6 F. par jour au lieu de 4 F., elle gagnera encore un intérêt de 4994 F. qu&#039;elle pourra attribuer à d&#039;autres personnes, à titre de co-associés à la fortune nationale. Mais ce serait là non point détruire l&#039;intérêt, mais seulement le distribuer autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucun vice rédhibitoire n&#039;entache donc l&#039;intérêt. Mais il va sans dire qu&#039;on peut abuser de l&#039;intérêt, de même que de toute institution humaine. L&#039;intérêt confère une puissance légitime en elle-même, mais dont on peut faire un bon ou un mauvais usage. Nous ne voulons défendre ici que le bon emploi qu&#039;on en peut faire : quant aux abus, nous les livrons volontiers à la condamnation la plus sévère. Et même nous ne voudrions pas terminer cette plaidoirie sans adresser à ceux que nous venons de défendre, aux heureux capitalites, un sérieux avertissement pour leur rappeler les charges et les devoirs de la possession !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<title>Eugen Böhm-Bawerk:Une nouvelle théorie sur le capital</title>
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{{titre|Une nouvelle théorie sur le capital|[[Eugen Böhm-Bawerk]]|}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;L&#039;article suivant a pour but d&#039;exposer brièvement au public français les idées fondamentales de mon ouvrage : &#039;&#039;Théorie positive du capital&#039;&#039; (Innsbrück, 1889, 467pp.), publié récemment. Cet ouvrage est la continuation et la fin d&#039;un ouvrage plus étendu : &#039;&#039;Capital et Intérêt&#039;&#039;, dont la première partie, contenant : « &#039;&#039;L&#039;Histoire et la critique des théories sur l&#039;intérêt&#039;&#039; », a paru en 1884 (Voy. le compte-rendu de cet ouvrage par St-Marc dans le dernier numéro de la &#039;&#039;Revue d&#039;économie politique&#039;&#039;.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une théorie sur le capital ! Dès le premier mot, voici la difficulté que nous rencontrons : le mot « capital », dans la science, a non pas une, mais &#039;&#039;deux&#039;&#039; significations, et comme chacune d&#039;elles ouvre un cycle nouveau de phénomènes et de problèmes que la théorie doit expliquer, il ne saurait y avoir &#039;&#039;une seule théorie&#039;&#039; sur &#039;&#039;deux choses différentes&#039;&#039; qui sont désignées tout à fait fortuitement sous ce nom équivoque de « capital ». Je m&#039;explique : il y a un certain capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;production&#039;&#039; et qu&#039;on a coutume de désigner comme un des trois facteurs de la production; il y a un autre capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;répartition&#039;&#039; des biens, le capital qui rapporte un profit ou intérêt. Mais le capital facteur de production n&#039;est nullement identique avec le capital qui rapporte un intérêt. Une maison, par exemple, ou un cabinet de lecture, rapportent à leurs propriétaires des intérêts, quoique ces biens n&#039;aient assurément rien à faire avec la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence qui en résulte est si simple et se présente si naturellement à l&#039;esprit qu&#039;on pourrait croire qu&#039;elle n&#039;a pu échapper à personne, et cependant elle a passé inaperçue de tous nos prédécesseurs. Si ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la répartition se compose de biens tous différents de ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la production, il est bien évident que les fonctions qu&#039;exerce &#039;&#039;celui-là&#039;&#039; et les effets qu&#039;il produit, par exemple, la capacité de produire intérêt, ne doivent pas être expliquées par des qualités ou forces qui n&#039;appartiennent qu&#039;à &#039;&#039;celui-ci&#039;&#039;; de même que si deux personnes portent le même nom, celui d&#039;Alexandre par exemple, il ne faudrait pas conclure de ce que Alexandre I trébuche, qu&#039;Alexandre II est myope ou maladroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi il ne faut pas confondre la solution du problème de distribution avec la solution du problème de production dans l&#039;examen scientifique ; il faut, non pas &#039;&#039;une&#039;&#039; théorie mais &#039;&#039;deux&#039;&#039; théories sur le capital ; une théorie sur le capital facteur de la production et une théorie indépendante de celle-ci, théorie sur &#039;&#039;capital&#039;&#039;, source de revenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont ces deux conceptions différentes ? Je les distinguerai par les termes de « capital productif » et « capital lucratif ». J&#039;appelle &#039;&#039;capital productif&#039;&#039; tous les produits qui sont destinés à servir une &#039;&#039;production&#039;&#039; ultérieure, ou, plus brièvement, tous les &#039;&#039;produits intermédiaires&#039;&#039; (matières premières, outils, bâtiments de fabrique et autres); &#039;&#039;capital lucratif&#039;&#039;, tous les produits qui servent &#039;&#039;à acquérir&#039;&#039; des biens. Le capital lucratif comprend en premier lieu tout le capital productif, et de plus tous ces biens en nombre considérable destinés à satisfaire nos besoins, mais dont leurs propriétaires ne font pas personnellement usage et dont ils se servent seulement pour se procurer d&#039;autres biens par voie d&#039;échange (location ou prêt), tels que maisons d&#039;habitation louées, meubles, chevaux de selle, pianos, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne compte ni comme capital productif ni comme capital lucratif la terre, qui est une force productive originaire et non un produit. Pourquoi ? A cette question et à toutes celles sur la conception du capital, qui ont été jusqu&#039;à ce jour l&#039;occasion de malentendus sans nombre, j&#039;ai répondu avec détail dans mon ouvrage; — mais ici je passe sur ces questions de détail pour arriver aux problèmes qui s&#039;attachent au mot de &#039;&#039;capital&#039;&#039;, et parmi ceux-ci j&#039;examinerai en premier lieu ceux qui dépendent de la théorie de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie du capital productif ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Du rôle du capital dans la production ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute production a pour but l&#039;acquisition de biens qui servent à la jouissance de la vie, appelons-les brièvement &#039;&#039;biens de jouissance&#039;&#039;. Ces biens sont des choses matérielles, et comme telles, soumises aux lois qui régissent la matière. Leur formation, la science économique ne devrait jamais l&#039;oublier, constitue essentiellement un &#039;&#039;processus&#039;&#039; naturel, s&#039;accomplissant rigoureusement d&#039;après les lois de la physique et de la chimie. Pour qu&#039;un &#039;&#039;bien de jouissance&#039;&#039; prenne naissance, il faut qu&#039;une combinaison donnée de matières et de forces détermine cette naissance et fasse apparaître une forme matérielle telle, comme effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci posé, en quoi peut consister le rôle de l&#039;homme dans la production des biens ? Tout simplement dans la combinaison des facultés naturelles de l&#039;homme, qui est lui-même un rouage du monde physique, avec les forces naturelles extérieures. Il y a donc deux forces productives élémentaires ou originaires et il n&#039;y en a que deux : la &#039;&#039;nature&#039;&#039; et le &#039;&#039;travail&#039;&#039;. Ce que la nature fait d&#039;elle-même et ce que l&#039;homme y ajoute, voilà la double source d&#039;où découlent tous nos biens et d&#039;où ils doivent nécessairement découler. Il n&#039;y a point de place à côté pour une troisième source élémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les forces naturelles et élémentaires, il y en a qui existent en quantités illimitées : l&#039;air, l&#039;eau, le soleil. Leur concours étant libre en tout temps et gratuit, l&#039;économie politique n&#039;a pas à s&#039;en préoccuper autrement. Elles constituent un élément &#039;&#039;technique&#039;&#039;, mais non &#039;&#039;économique&#039;&#039; de la production. Par contre, ceux d&#039;entre les dons de la nature, qui ne nous sont répartis qu&#039;avec parcimonie, acquièrent une importance économique. Comme presque tous les dons et qualités rares de la nature dépendent du sol, nous pouvons, sans commettre d&#039;erreur grossière, indiquer comme représentant la dotation économique de la nature, les « services fonciers ». Nous pouvons donc dire à ceux qui nous demandent quels sont les éléments de la production : « La nature et le travail sont les éléments techniques, les services fonciers et le travail sont les éléments économiques de la production ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, je n&#039;ai pas encore nommé le capital parmi les forces productives, quoiqu&#039;il soit le héros de ma théorie. Que faut-il donc penser de lui ? Nous le verrons bientôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour tirer de ces forces productives élémentaires les biens de jouissance, l&#039;homme peut employer deux méthodes absolument différentes. Ou bien il cherche à obtenir ces biens désirés par lui directement, sans intermédiaire; par exemple, il ramasse avec sa main les animaux maritimes rejetés sur le rivage; ou bien, il prend un détour, construit avec ces éléments productifs un autre bien, un produit intermédiaire, et avec l&#039;aide de celui-ci, il acquiert enfin le bien convoité. Par exemple, pour prendre des poissons, il commence par fabriquer un hameçon, puis une ligne, ou, par des détours plus grands encore, un canot et des filets et n&#039;entreprend sa pêche qu&#039;aà l&#039;aide de ces outils. Autre exemple : il veut se procurer de l&#039;eau potable qui jaillit d&#039;une source à quelques cents pas de sa demeure; au lieu d&#039;aller à la source chaque fois qu&#039;il a soif et de s&#039;y désaltérer, moyen plus direct, mais fort incommode, il abat quelques douzaines d&#039;arbres, se fabrique un foret, creuse les arbres, et en fait une conduite lui amenant l&#039;eau à la maison en abondance et fort commodément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemple si simples prouvent de reste ce que chacun sait, c&#039;est qu&#039;à l&#039;aide de certains détours de production choisis avec art, on peut obtenir plus de résultats que par le chemin direct, avec la même quantité de forces productives originales, c&#039;est-à-dire qu&#039;avec le même nombre d&#039;heures ou de journées de travail, on peut produire indirectement une plus grande quantité de biens de jouissance que par les moyens directs. C&#039;est un des faits les plus sûrs, les plus connus et les plus importants prouvés par l&#039;expérience. Expliquer la raison de ce fait serait plutôt l&#039;affaire de la physique que de l&#039;économie politique. Mais celle-ci a proclamé tant d&#039;absurdités à ce sujet, elle a tant parlé, entre autres, d&#039;une force productive inhérente au capital, qu&#039;il n&#039;est pas superflu d&#039;indiquer, en passant, la raison physique très simple de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout problème dans l&#039;ordre physique vise en dernier lieu des combinaisons et des déplacements de la matière. Il faut savoir à propos réunir les matériaux qui peuvent concourir, afin que de leurs concours puisse résulter la production souhaitée. Mais trop souvent ces matériaux sont trop énormes ou trop délicats pour se laisser manier par la main humaine, à la fois si faible et si grossière. Nous sommes aussi impuissants à vaincre la force de cohésion de la paroi rocheuse, d&#039;où nous voulons tirer de la pierre à bâtir, qu&#039;à composer un seul grain de froment avec de l&#039;acide carbonique, de l&#039;hydrogène, de l&#039;azote, de l&#039;oxygène et du phosphore. Mais ce qui est refusé à nos propores forces, d&#039;autres forces peuvent l&#039;exécuter et ce sont celles de la nature elle-même. Il y a des forces naturelles dont l&#039;action dépasse de beaucoup le pouvoir humain, comme il en est d&#039;autres qui se plient aux combinaisons les plus délicates. Si nous réussissions à faire de ces forces puissantes nos alliées pour notre oeuvre de production, les limites de notre puissance se trouveraient infiniment reculées. Et nous pouvons y réussir, en effet, mais à une condition, c&#039;est que nous trouvions le moyen de manier plus facilement la matière dont nous voulons nous aider, que celle que nous voulons transformer pour nous procurer le bien convoité. Cette condition se trouve heureusement presque toujours réalisée. Notre main faible et délicate ne saurait vaincre la force de cohésion du rocher ; mais le coin de fer, dur et pointu, le peut, et il nous est facile de le manier, lui et le marteau qui doit le faire pénétrer. A la vérité, il nous est parfois impossible de nous servir directement de la matière dont nous attendons le secours, mais en ce cas nous employons contre elle les mêmes armes qu&#039;elle doit nous fournir à nous-mêmes : nous cherchons à dompter une seconde force naturelle qui nous permette de vaincre la première.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous voudrions conduire l&#039;eau de la source à notre demeure; des tuyaux de bois la contraindraient bien à suivre la voie que lui trace notre désir. Mais impossible à notre main de donner aux arbre de la forêt la forme de tuyaux. Le détour est promptement trouvé; nous cherchons une seconde force auxiliaire dans la hache et le foret : avec l&#039;aide nous façonnons la conduite et avec l&#039;aide de celle-ci nous transportons l&#039;eau. Et ce qu&#039;on produit dans cet exemple à l&#039;aide de deux ou trois étapes successives, on le fera avec un succès plus grand encore à l&#039;aide de cinq, dix ou vingt étapes. De même que nous maîtrisons les éléments du bien convoité à l&#039;aide d&#039;une force auxiliaire, de même nous pouvons maîtriser la seconde force auxiliaire au moyen d&#039;une troisième, celle-ci au moyen d&#039;une quatrième, etc, en remontant ainsi à des causes toujours plus éloignées du résultat final, jusqu&#039;à ce que dans cette série nous rencontrions enfin une cause que nous pouvons maîtriser commodément à l&#039;aide de nos seules forces personnelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà la véritable signification de ces détours dans la production et voici la raison des succès qui en dépendent : chaque détour démontre l&#039;acquisition d&#039;une force auxiliaire, plus forte ou plus habile que la main de l&#039;homme. Toute prolongation de ces détours représente une augmentation des forces auxiliaires mises au service de l&#039;homme et par conséquent la libération, grâce à elle, d&#039;une partie du travail pénible et coûteux de la production dont il se décharge sur la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est temps maintenant de donner un nom aux divers procédés que nous venons de décrire. La production qui prend d&#039;habiles détours n&#039;est autre chose que ce que les économistes appellent la production « capitalistique », de même que la production qui va droit au but, la main vide, s&#039;appelle la production sans capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Mais quant au capital lui-même, ce n&#039;est autre chose que ces produits intermédiaires qui prennent naissance pendant les différentes étapes de la production.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pourtant compléter notre description du &#039;&#039;processus&#039;&#039; de la production du capital par deux observations : nous avons déjà dit que le fait de prendre des détours amenait à obtenir de plus grands résultats. Il faut ajouter que cet avantage n&#039;est pas seulement la conséquence du premier détour, mais de toute prolongation de celui-ci; toutefois, l&#039;accroissement de la production n&#039;est pas en raison directe de la prolongation progressive du détour. Avec un détour qui dure 3 jours (par exemple, la confection d&#039;un hameçon), on obtient plus que par la voie directe; avec un détour qui exige 30 jours (par exemple, la construction d&#039;un bateau), on obtient davantage encore; avec une prolongation du détour portée à 300 ou 3000 jours (par exemple, la construction d&#039;un vaisseau parfaitement équipé; ouverture d&#039;une mine pour obtenir du fer pour construire des machines pour vaisseaux, etc.), on augmentera encore le rapport, mais non point dans les proportions de 3 : 30 : 300 : 3000, proportion qui dépasserait bientôt les limites du possible ! Le succès obtenu sera dans des proportions plus modestes. Il importe de noter cette loi, elle trouvera plus loin une application dans notre théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l&#039;avantage d&#039;un plus grand rendement a, comme revers, ce désavantage : perte de temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les détours de production par le capital procurent finalement plus de biens de jouissance, mais il faut les attendre plus longtemps. Celui qui ramasse les poissons sur le rivage avec la main, prend peu, mais ce peu, il en jouit aussitôt. Celui qui se fait une ligne, doit attendre sa première pêche quelques jours; celui qui construit un bateau, l&#039;attendre quelques mois; celui qui creuse une mine, attendre des années. Encore un fait qu&#039;il importe de retenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Résumons maintenant brièvement le contenu de cet article dans lequel nous n&#039;avons pas encore développé de théories, nous contentant de décrire simplement les faits :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens de jouissance que produit l&#039;homme naissent du concours des forces humaines avec les forces naturelles, en partie forces économiques, en partie forces naturelles gratuites. L&#039;homme peut se procurer ces biens de jouissance, convoités par lui, avec ces forces productives, soit directement, soit indirectement, par l&#039;intervention de produits intermédiaires appelés &#039;&#039;biens capitaux&#039;&#039;. Cette dernière méthode demande un sacrifice de temps, mais permet de produire davantage, et cet avantage se fait sentir, quoique suivant une progression décroissante, pour chaque prolongation de détour dans la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant cherchons à tirer de ces faits les conclusions en réponse aux questions que nous pose la théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le capital constitue t-il un facteur indépendant ou original de la production ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette question, il faut répondre d&#039;une manière absolument négative. La nature et le travail seuls sont des facteurs élémentaires ou originaux de la production. Le capital est un produit intermédiaire du travail de la nature; rien de plus. Sa propre formation, son existence, son action ne sont que des épisodes dans l&#039;action ininterrompue des véritables éléments, nature et travail. Ceux-là seuls font &#039;&#039;tout&#039;&#039; depuis le commencement jusqu&#039;à la fin pour la formation des biens de jouissance. La seule différence est qu&#039;ils font ce tout parfois d&#039;un seul trait, parfois par étapes successives; dans ce dernier cas la fin de chaque étape est marquée extérieurement par la formation d&#039;un produit préliminaire ou intermédiaire , et le capital apparaît. Mais, je le demande, si les auteurs d&#039;une oeuvre quelconque, au lieu de l&#039;accomplir d&#039;un seul trait, s&#039;y prennent à plusieurs reprises, est-ce une raison pour ne pas reconnaître qu&#039;ils en sont les véritables auteurs ? Si aujourd&#039;hui, par le concours de mon travail avec les forces naturelles, je forme des briques avec de l&#039;argile; si demain, unissant de nouveau mon travail à d&#039;autres forces naturelles, je fais de la chaux, et si après-demain avec ces briques et ce mortier j&#039;élève un mur, serait-on fondé à prétendre d&#039;une partie quelconque de ce mur qu&#039;il n&#039;est pas fait par moi et les forces naturelles ? Ou bien encore, avant qu&#039;un ouvrage de longue haleine, la construction d&#039;une maison par exemple, ne soit mené à bonne fin, je suppose qu&#039;on n&#039;en fait une première fois que le quart, puis la moitié, puis les trois quarts et enfin le tout. Que penserait-on si quelqu&#039;un prétendait que ces étapes inévitables de l&#039;avancement de l&#039;ouvrage en constituent des conditions indépendantes et que pour construite une maison il faut, en plus ces matières premières et ce travail des maçons, « une maison achevée au quart, une maison achevée à moitié, enfin, une maison achevée aux trois quarts ? » L&#039;erreur est moins frappante peut-être dans la forme, mais tout aussi forte dans le fond, quand on veut placer à côté de la nature et du travail, comme agents indépendants de la production, ces étapes intermédiaires du progrès de l&#039;ouvrage qui se présentent extérieurement sous la forme de biens capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais d&#039;où vient donc que tant d&#039;auteurs, et parmi eux des auteurs si éminents, s&#039;obstinent à compter malgré tout &#039;&#039;trois&#039;&#039; facteurs de la production, et parmi ces trois le capital ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette classification, c&#039;est ma profonde conviction, tient uniquement à ce que ces auteurs craignent d&#039;être embarrassés pour expliquer et justifier l&#039;intérêt du capital. Tout revenu primitif vient, disent-ils, d&#039;une participation dans la production. La rente foncière forme les honoraires du facteur productif de la nature, le salaire rémunère le facteur travail, et l&#039;intérêt rémunère le capital; mais dans cette théorie, l&#039;intérêt du capital eût semblé planer dans le vide, si on n&#039;avait pu le présenter au même titre que les autres, c&#039;est-à-dire comme représentant les honoraires d&#039;un troisième facteur productif indépendant. Et comme il fallait sauver à tout prix, dans l&#039;intérêt de la société civile, la cause de l&#039;intérêt du capital, on a mieux aimé fermer les yeux sur les faits et laisser passer le capital comme troisième facteur indépendant de la production, quoique forcé parfois, dès la page suivante, de convenir que ce prétendu facteur élémentaire doit être formé préalablement lui-même par le concours de la nature et du travail. Je suis convaincu qu&#039;il suffirait d&#039;indiquer aux économistes un moyen qui leur permît d&#039;expliquer et de justifier l&#039;intérêt du capital sans avoir besoin de reconnaître le capital comme facteur élémentaire de la production, pour qu&#039;ils abandonnassent aussitôt cette théorie qui n&#039;a aucune consistance en elle-même. J&#039;essaierai d&#039;indiquer ce moyen dans la deuxième partie de ce travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le capital ne doit pas être considéré comme un facteur indépendant de la production, alors quel rôle jour-t-il donc dans la production ? Répondons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Son existence nous apparaît toujours comme le &#039;&#039;symptôme d&#039;un détour avantageux dans la production&#039;&#039;. Je dis « symptôme » et non « cause » car son existence est, en effet, plutôt la conséquence que la cause de ces détours. Ce n&#039;est pas parce que le bateau et les filets existent déjà, que je prends des poissons par ce détour, mais c&#039;est seulement après avoir choisi ce détour avantageux et parce que je l&#039;ai choisi que le bateau et les filets existent; il faut déjà avoir trouvé le détour dans la production, pour que les biens capitaux prennent naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le capital devient une &#039;&#039;cause intermédiaire efficace pour servir à l&#039;achèvement du détour avantageux déjà choisi&#039;&#039;. Chaque portion du capital constitue en quelque sorte un réservoir de forces naturelles utilisables qui aideront à achever le détour de production au cours duquel cette portion du capital a pris naissance. Je répète « cause intermédiaire » et non « cause première ». Le capital ne saurait, en effet, donner aucune impulsion par lui-même, il ne peut que transmettre une impulsion une fois donnée par des forces naturelles, de même qu&#039;une boule une fois lancée peut communiquer son mouvement à une autre boule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le capital devient quelquefois une &#039;&#039;cause indirecte en nous permettant de choisir d&#039;autres détours de production avantageux&#039;&#039;, d&#039;autres que ceux à l&#039;occasion desquels il a été formé. Quand un peuple possède beaucoup de capitaux et précisément parce qu&#039;il les possède, il peut non seulement achever avec succès les détours de production au cours desquels ces capiaux ont été formés, mais il peut choisir d&#039;autres détours nouveaux. Car le stock existant de capitaux n&#039;est autre chose que produit d&#039;un travail passé qui va se transformer chaque année en biens de jouissance. Chaque année cette transformation s&#039;opère pour une certaine partie du capital. Donc plus grand est le stock du capital, plus grande aussi est la part que prennent de cette manière les forces productives des périodes passées à la formation des biens de jouissance du présent, et d&#039;autant moins il faut employer à cette dernière fin les forces productives nouvelles de la période courante. Une part bien plus grande reste donc disponible pour être mise au service de l&#039;avenir et peut être employée dans des détours de production à plus grande portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout bien considéré, aucun des nombreux certificats donnés au capital par l&#039;économie politique ne désigne mieux son rôle dans la production que celui-ci : &#039;&#039;un instrument de production&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Comment se forment les capitaux ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe sur ce point trois opinions différentes dans la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les uns affirment que le capital se forme par la seule &#039;&#039;épargne&#039;&#039;. Adam Smith dit : « c&#039;est l&#039;économie et non l&#039;activité qui est la cause immédiate de l&#039;augmentation du capital. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres affirment exactement le contraire, à savoir, que le capital est formé non par l&#039;épargne, mais par &#039;&#039;le travail&#039;&#039;; ainsi le socialiste allemand Rodbertus dit : « le capital national augmente par le travail et non par l&#039;économie. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres enfin affirment que ces deux choses sont nécessaires à la fois « l&#039;épargne et le travail productif ». Je me range à l&#039;opinion de ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque portion du capital, c&#039;est-à-dire, par exemple, chaque canot, ou chaque filet, ou chaque marteau, ou chaque machine est certainement formée directement par le travail. Mais pour pouvoir produire ces portions du capital, il fallu nécessairement faire autre chose auparavant, il a fallu rendre libres certaines forces productives pour la formation projetée du capital : et cela ne peut avoir lieu que par l&#039;épargne. Représentons-nous un Robinson dans une île déserte, capable de travailler douze heures par jour. Il est dépourvu de tout et se nourrit de fruits sauvages. Il voudrait bien posséder un arc et des flèches pour tuer le gibier. Mais ce travail lui demanderait un mois, et les fruits sauvages sont malheureusement si rares dans son île, qu&#039;il lui faut passer toute  la journée, sans perdre un instant, pour en récolter de quoi suffire tout juste à son entretien. Dans ces conditions, il ne lui reste certainement pas de temps pour fabriquer un arc et des flèches. Demandons-nous pourquoi il n&#039;entre pas dans la possession du capital convoité : pourquoi il ne le produit pas ? Tout simplement parce que toute la force productive dont il dipose est occupée et au-delà à produire ce dont il a besoin pour le moment et qu&#039;il ne lui reste pas de force productive libre pour créer des produits intermédiaires qui ne lui rapporteront que dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons maintenant que les fruits sauvages soient plus abondants, de telle sorte que Robinson puisse en neuf heures en cueillir assez pour être à l&#039;abri des affres de la faim, tandis qu&#039;il lui faudrait continuer sa cueillette pendant douze heures s&#039;il voulait en récolter assez pour satisfaire amplement son appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;en sera-t-il maintenant de la confection des armes de chasse ? La chose est parfaitement claire. Ou bien Robinson tient absolument à apaiser sa faim dans la mesure du possible et à consommer chaque jour le fruit d&#039;une récolte de douze heures : il ne lui restera alors naturellement ni le temps ni la force pour produire les armes dont il a besoin. Ou bien il restreindra ses exigences quant à sa ration journalière, de façon à se contenter du résultat de la cueillette de dix heures, par exemple : alors il lui restera quelques heures libres chaque jour pour travailler, et il pourra se mettre à fabriquer les armes de chasse qu&#039;il convoite. Ceci revient à dire : avant que de pouvoir réellement former un capital, il faut &#039;&#039;épargner&#039;&#039; d&#039;abord les forces productives nécessaires pour sa formation en se privant de certaines jouissances immédiates.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui se présente pour Robinson avec ses douze heures de travail par jour, avec ses fruits et ses armes, se présente en grand pour chaque nation dont la dotation quotidienne en forces productives se compose du travail de plusieurs millions d&#039;hommes, qui tirent leurs moyens de subsistance de toutes les richesses et de toute les commodités du XIXe siècle et dont les besoins en capitaux sont représentés par des machines, des chemins de fer et des canaux. Les quantités et les noms seuls varient. Nombre de complications, il est vrai, rendent difficile de tout embrasser d&#039;un seul coup d&#039;oeil, mais le fond reste toujours le même : une nation pas plus qu&#039;un individu ne saurait former autrement son capital, on augmenter ce capital une fois formé, qu&#039;en s&#039;astreignant à consommer pendant chaque année courante une quantité de produits &#039;&#039;moindre&#039;&#039; que celle que ses forces productives peuvent mettre à sa disposition dans la même période. Ce n&#039;est qu&#039;en rendant libre par l&#039;épargne une part de sa dotation annuelle en forces productives et en la dérobant aux désirs de jouissance immédiate de la vie, qu&#039;elle pourra l&#039;affecter à la création des produits intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ce ne sont pas les biens capitaux eux-mêmes ce ne sont pas les machines, fabriques, matières premières, etc, qu&#039;on épargne, mais ce qu&#039;on épargne, ce sont les &#039;&#039;moyens de jouissance&#039;&#039; et par là même on &#039;&#039;épargne des forces productives&#039;&#039; qu&#039;on peut employer alors &#039;&#039;à la production des capitaux&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quittons maintenant le domaine de la production pour nous tourner vers les problèmes de la distribution. Si dans les explications précédentes je n&#039;ai fait que rectifier et étendre l&#039;ancienne théorie, sans en présenter une nouvelle, j&#039;espère que les explications suivantes justifieront un peu mieux notre titre de « nouvelle théorie » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie de l&#039;intérêt du capital ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le problème ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi le capital rapporte-t-il un intérêt ? — Ce n&#039;est qu&#039;assez tard que la science s&#039;est posée cette question. Mais depuis qu&#039;elle l&#039;a posée, elle a été submergée par un vrai déluge de réponses. Dans mon Histoire et critique des théories sur l&#039;intérêt du capital, j&#039;ai été à même de distinguer au moins treize groupe différents de théories sur le capital, et comme presque chaque &#039;&#039;groupe&#039;&#039; comprend à son tour plusieurs sous-théories nettement distinctes, je ne saurais être accusé d&#039;exagération si j&#039;évalue à quarante ou cinquante l&#039;ensemble des essais de solutions proposées jusqu&#039;à ce jour. Si maintenant on veut considérer que de toutes ces solutions, une seule au plus peut être juste, on sera de mon avis pour regarder cette surabondance non comme le résultat d&#039;une connaissance parfaite de la matière, mais bien au contraire comme la conséquence d&#039;un manque absolu de clarté et d&#039;intelligence. C&#039;est parce qu&#039;on ne connaît pas le vrai chemin conduisant au but qu&#039;on tâtonne à l&#039;aventure dans tous les sentiers possibles, et quelquefois impossibles, pour trouver une solution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois, en effet, et j&#039;ai essayé de prouver d&#039;une manière circonstanciée dans mon livre cité plus haut, que &#039;&#039;tous&#039;&#039; les essais de solutions donnés jusqu&#039;ici sont faux. Il est impossible de dire que l&#039;intérêt du capital est, comme l&#039;affirment les uns, « une prime accordée à l&#039;abstention », — ni, selon d&#039;autres, « le salaire du travail moral de l&#039;épargne », — ni, comme le prétendent d&#039;autres encore, « un traitement pour l&#039;accomplissement de certaines fonctions économiques », — ni comme « le fruit d&#039;une vertu productive et particulière au capital », — ni enfin, comme le prétendent les socialistes, le résultat « d&#039;une simple exploitation du privilège de la propriété par ceux qui possèdent ». La véritable explication doit être cherchée, ce me semble, dans une tout autre direction. Mais avant de me tourner de ce côté, il importe de faire quelques courtes observations sur les différentes formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici trois modes primitifs par lesquels on peut tirer de son capital un revenu net ou &#039;&#039;intérêt&#039;&#039;, employant le mot dans un sens étendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. En prêtant un capital en argent : c&#039;est tout simplement le prêt à « intérêt » dans le sens le plus restreint du mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. En plaçant son capital dans une entreprise productive et en créant dans celle-ci un produit dont la valeur laisse, défalcation faite de tous les frais, un excédent ou plus-value, qu&#039;on peut attribuer à la coopération du capital, « le profit » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. En possédant un bien de longue durée (mais non pas destiné à la production), tel qu&#039;une maison d&#039;habitation, une piano, un cabinet de lecture, et en le louant moyennant un prix annuel assez élevé pour laisser un excédent, un revenu net, après en avoir déduit les frais d&#039;entretien ainsi qu&#039;une prime d&#039;amortissement pour la dégradation de l&#039;objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ressort clairement de cette énumération, encore une fois, que le « capital » représente dans la théorie sur l&#039;intérêt une idée  beaucoup plus étendue que le « capital » dans la théorie de la production. En outre, il est clair qu&#039;une théorie exacte sur l&#039;intérêt doit pouvoir donner l&#039;explication de &#039;&#039;toutes&#039;&#039; les formes sous lesquelles nous avons dit que se présentait l&#039;intérêt. Essayons de le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;influence du temps sur la valeur des biens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quiconque s&#039;occupe d&#039;économie politique sait aujourd&#039;hui que la valeur n&#039;est pas une qualité matérielle des biens, qualité qui leur serait inhérente, mais le résultat variable de circonstances variables elles-mêmes. Un quintal de blé, par exemple, vaut plus après une mauvaise révolte, moins après une moisson abondante. Un stère de bois vaut beaucoup plus à Paris que dans une des forêts des Alpes ou des Pyrénées. Ces quelques exemples montrent déjà que &#039;&#039;le lieu&#039;&#039; et &#039;&#039;le temps&#039;&#039; de la disponibilité jouent un rôle particulièrement important parmi les circonstances qui influent sur la valeur. Des différences de valeur innombrables s&#039;y rattachent. Et cependant on peut de nouveau y distinguer deux catégories. Certaines différences de valeur locales et temporaires sont fortuites et indépendantes de toute règle. Ces différences sont dues au hasard, si toutefois en économie politique il est permis de parler de hasard. Il se peut, par exemple, que la vendange soit cette année-ci bonne en Allemagne et mauvaise en France : donc le prix du vin sera élevé ici, en baisse là-bas. Mais l&#039;année prochaine le contraire aura peut-être lieu, la révolte sera bonne en France et mauvaise en Allemagne : alors aussi le prix sera déprécié ici, en hausse là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En regardant de plus près, on rencontrera à côté de ces différences de valeur irrégulières une catégorie de différences régulières, causées par des différences de lieux. Ainsi, par exemple, voici une loi qui se manifeste très nettement dans tous les faits, c&#039;est que tous les articles valent beaucoup moins à l&#039;endroit où ils sont produits, qu&#039;à l&#039;endroit où ils sont expédiés et consommés. Le blé est toujours meilleur marché dans le sud de la Hongrie qu&#039;à Pest, à Pest meilleur marché qu&#039;à Vienne, à Vienne meilleur marché qu&#039;en Suisse. Ou encore, c&#039;est dans la mine que le charbon est le moins cher; il est déjà un peu plus cher à la station la plus rapprochée de la mine, plus cher aux stations plus éloignées et le plus cher à la station finale, par exemple à Paris. Or la question qui s&#039;impose ici est de savoir si cette différence de valeur légitime, produite par la différence des &#039;&#039;lieux&#039;&#039;, ne se rattache pas simplement à une différence dans le &#039;&#039;temps&#039;&#039; ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai examiné les faits concernant cette question et j&#039;y ai trouvé une loi aussi simple que nette. Cette loi, la voici : &#039;&#039;des biens présents ont toujours une valeur plus élevée que des biens futurs de même espèce en quantité égale&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ils n&#039;ont pas une valeur plus élevée que celle que ces biens futurs &#039;&#039;auront&#039;&#039; un jour, mais que celle qu&#039;ils &#039;&#039;ont&#039;&#039; dans notre estimation d&#039;aujourd&#039;hui pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous préférons toujours posséder aujourd&#039;hui 100 francs ou 100 quintaux de blé que de ne les avoir que dans un an, et nous préférons encore les avoir dans un an que dans deux, trois, dix ou cent ans ; de même que nous préférons toujours avoir un quintal de charbon à Paris que dans la mine, un stère de bois chez nous que dans la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc les biens présents valent-ils, dans tous les cas, plus que des biens futurs ? — Trois raisons différentes concourent à ce résultat : &#039;&#039;une raison économique, une raison psychologique et une raison technique&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Une raison économique : &#039;&#039;c&#039;est le rapport entre le besoin et l&#039;approvisionnement dans le présent et dans l&#039;avenir&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un fait bien connu, c&#039;est que nous estimons un bien d&#039;autant plus que nous en éprouvons un besoin plus pressant et que nous en sommes moins bien pourvus, et &#039;&#039;vice versa&#039;&#039;. Or, en voici les conséquences, en ce qui touche notre question : toutes les personnes qui éprouvent des besoins pressants et n&#039;ont que peu de provisions estimeront énormément ces biens indispensables pour eux à ce moment et bien plus que des biens futurs ne sauraient leur servir à satisfaire leurs besoins présents. Représentons-nous des hommes assiégés dans une forteresse, manquant d&#039;approvisionnements. Ils estimeront bien plus un quintal de froment qu&#039;ils peuvent l&#039;obtenir maintenant pendant le siège, que deux ou même dix quintaux du même froment qu&#039;ils pourraient recevoir dans un an, quand le siège serait levé depuis longtemps. On dira que les sièges sont, heureusement, très rares. Mais, sous une forme un peu différente, des millions de nos concitoyens sont constamment en état de siège, manquant d&#039;approvisionnements; ce sont tous les gens sans fortune. Demandez à cet ouvrier qui vit au jour le jour de la paye de sa semaine et qui mourrait de faim si pendant plusieurs semaines elle venait à lui manquer, demandez-lui s&#039;il préfère toucher de suite les 20 francs qui constituent sa paye d&#039;une semaine ou s&#039;il aime mieux toucher 40 francs représentant la paye de deux semaines, mais seulement dans trois ans. Il répondra naturellement qu&#039;il préfère 20 francs aujourd&#039;hui à 40 francs qu&#039;on lui fonnerait dans trois ans. A quoi lui serviront ces 40 francs si, d&#039;ici-là, il est mort de faim ? Ainsi répondront la moitié, ou les trois quarts, de tous ceux qui font partie des classes pauvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais n&#039;y a t-il pas aussi des gens dont la condition est plus aisée dans le présent qu&#039;elle ne le sera plus tard ? Assurément il y en a. Alors ceux-ci, n&#039;estimeront-ils pas davantage les biens futurs que les biens présents et ne compenseront-ils pas par là le peu d&#039;attrait que ces biens futurs exercent sur leurs concitoyens plus pauvres ? Nullement ! Les biens présents, sauf quelques exceptions tout à fait extraordinaires, ne sont jamais estimés plus bas que des biens futurs. Et, en effet, il y a toujours un moyen très simple de les transformer à volonté en biens futurs, si on préférait ces derniers; ce serait de les laisser sans y toucher jusqu&#039;au moment où le besoin s&#039;en ferait sentir ! Mais il n&#039;existe aucun moyen pour transformer des biens futurs en biens présents, et c&#039;est pour cette raison que ces derniers gardent pour des millions de gens une valeur subjective plus élevés qui ne peut manquer de leur conférer une supériorité quant au prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une raison psychologique. — C&#039;est un penchant caractéristique de presque tous les hommes, à un degré plus ou moins élevé, d&#039;attribuer moins d&#039;importance à des joies ou à des douleurs futures qu&#039;aux plaisirs ou aux peines du moment présent et ils éprouvent le même sentiment d&#039;indifférence pour les biens dont ils ne jouiront que dans un temps à venir. Ce n&#039;est pas le lieu ici de faire de la psychologie; c&#039;est pourquoi je passe rapidement sur les motifs plus raffinés qui conduisent à ce résultat et que j&#039;ai développés dans mon ouvrage. Nous pouvons observer ce résultat dans la vie de tous les jours, et cela à un degré très prononcé soit chez les personnes légères ou insouciantes, par exemple, les enfants, les prodigues; soit chez des peuples entiers, par exemple, les tribus barbares vivant au jour le jour; cette disposition peut même se présenter chez des personnes prudentes, au caractère ferme. Jevons a déjà indiqué cette cause de dépreciation des biens futurs dans son excellent ouvrage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La raison technique est assurément la plus importante de celle que j&#039;ai indiquée. Elle réside dans ce fait acquis par l&#039;expérience et déjà indiqué dans la première partie de cet article, c&#039;est que la production est plus abondante par voie de détours que par la voie directe. Essayons de nous rendre compte de cette corrélation des faits. On sait qu&#039;on pourra arriver à une production plus grande avec la même quantité des forces originaires (par exemple, avec le même nombre de journées de travail), si on prend des détours qui conduisent tout d&#039;abord à la production de produits intermédiaires, plutôt qu&#039;en cherchant à produire d&#039;une manière immédiate les biens de jouissance convoités. Si on se borne, par exemple, à ramasser avec la main les poissons rejetés sur le rivage par les flots, le travail de toute une journée se trouvera peut-être récompensé par une récolte de 3 poissons en moyenne; mais si on commence par fabriquer un canot et des filets, on prendra peut-être 30 poissons en moyenne chaque jour. Mais nous savons d&#039;un autre côté que la production par détour demande plus de temps. La fabrication du bateau et des filets demandera peut-être six mois, et ce n&#039;est qu&#039;après ce délai que pourra commencer la pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est clair que, puisque la production détournée, tout en rapportant davantage, demande du temps avant de pouvoir produire, celui-là seul pourra y recourir qui se trouvera pourvu de biens présents pendant toute la durée des préliminaires et jusqu&#039;au moment du rendement : pour pouvoir prendre un détour de production qui demandera six mois, il faut par ses ressources présentes posséder au moins un approvisionnement pour six mois : si le détour doit s&#039;étendre à une année, il faudra être approvisionné pour un an, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence de tout ceci, c&#039;est que l&#039;avantage de pouvoir choisir la méthode productive la plus abondante est réservé à ceux qui possèdent des biens présents, avantage que ne sauraient leur donner des biens futurs et pour lequel, par conséquent, les biens présents sont de beaucoup supérieurs. Et il est facile de s&#039;en apercevoir dans la vie pratique en remarquant que ceux qui veulent produire, non seulement préfèrent toujours les biens présents aux biens futurs, mais qu&#039;ils sont même toujours disposés, pour se procurer une somme inférieure de biens présents qui leur seront plus utiles, à sacrifier une somme bien supérieure de biens futurs moins utiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imaginons un habitant du littoral absolument dénué de biens et qui, jusqu&#039;à ce moment, a péniblement trouvé son entretien en ramassant sur le rivage les poissons rejetés par l&#039;eau. Combien volontiers ne choisirait-il pas la méthode bien plus avantageuse de pêcher avec un bateau et des filets ! Mais il ne peut attendre dix mois parce qu&#039;il n&#039;a rien à manger en attendant. Proposez-lui de lui avancer son entretien, par exemple 3 poissons chaque jour pendant ces six mois, à la condition qu&#039;il vous rende un an après le double des poissons avancés; réclamez pour les 540 poissons de cette année, 1080 poissons l&#039;année prochaine, il acceptera ce marché avec enthousiasme parce qu&#039;il lui sera facile de faire ce paiement, — sa pêche étant rendue dix fois plus abondante, grâce aux instruments de pêche fabriqués dans l&#039;intervalle, — et qu&#039;il lui restera toujours un gain suffisant pour lui-même. C&#039;est dans cet échange de 540 poissons présentement contre 1080 poissons dans un temps futur, que se manifeste bien nettement cette supériorité des biens présents sur des biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que chacun a des raisons pour estimer plus haut des biens présents que les biens futurs, soit pour un motif, soit pour un autre : le pauvre diable, parce que c&#039;est de biens présents qu&#039;il a le plus grand besoin; le prodigue, parce qu&#039;il ne songe pas à l&#039;avenir; le producteur — et qui n&#039;est pas plus ou moins producteur ? — parce qu&#039;ils lui assurent la supériorité des moyens de production les plus avantageux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc tout le monde ou presque tout le monde estime les biens présents plus que les biens futurs, il va de soi que si des biens présents sont échangés sur le marché contre des biens futurs, les biens présents étant évalués bien plus haut par tout le monde, doivent aussi avoir un &#039;&#039;prix&#039;&#039; plus élevé, un &#039;&#039;agio&#039;&#039; par rapport aux biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la constatation de ces faits, nous nous trouvons bien près de la solution du problème de l&#039;intérêt. Nous n&#039;avons qu&#039;à embrasser les différents modes sous lesquels les marchandises présentes peuvent être échangés contre des marchandises futures et nous verrons naître de chacun de ces modes d&#039;échange d&#039;une manière directe une des formes de l&#039;intérêt qui nous sont connues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;origine de l&#039;intérêt du capital ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Premier cas : l&#039;intérêt du prêt ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas le plus simple entre tous est celui du prêt. Le prêt n&#039;est autre chose qu&#039;un échange de biens présents contre des biens futurs, et c&#039;est la forme la plus pure et la plus simple sous laquelle un tel échange puisse s&#039;effectuer. Si j&#039;emprunte, suivant l&#039;expression consacrée, 1000 F. pour un an, j&#039;échange en réalité 1000 francs présents que me compte le créancier et qu&#039;il met dans mon avoir, contre 1000 F. de l&#039;année prochaine que je devrai lui payer. Mais comme partout, et par conséquent aussi sur le marché du prêt, 1000 F. présents valent &#039;&#039;plus&#039;&#039; que 1000 F. futurs, il me faudra bien, au moment de l&#039;échange, payer quelque chose en plus au créancier pour égaliser les valeurs : ainsi au lieu de 1000 F. il me faudra payer 1050 F. par exemple, et ce surplus est ce qu&#039;on appelle l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà l&#039;explication très simple d&#039;une chose que depuis des siècles on a tournée de toutes façons et qu&#039;on s&#039;est plu à expliquer d&#039;une manière bien spécieuse et pourtant fausse. On a coutume de regarder le prêt non comme un échange, mais comme une espèce de location, et l&#039;intérêt comme le prix de l&#039;usage de l&#039;argent cédé pour une ou plusieurs années, — comme si on pouvait se servir de l&#039;argent d&#039;une manière ininterrompue pendant des années, de la même façon que d&#039;une maison ou d&#039;un meuble ! en réalité on ne peut s&#039;en servir qu&#039;une seule fois et pendant un très court moment, c&#039;est-à-dire, au moment où on le dépense. Et toute conception fausse engendre une autre non moins fausse, ici comme partout. Je ne puis m&#039;attarder ici à démontrer vers quel abîme de contradictions, d&#039;inexactitudes et d&#039;absurdités conduit cette façon de présenter les choses, si inoffensive en apparence. Je me hâte d&#039;arriver à la seconde forme sous laquelle se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième cas : Le profit du capital investi dans des entreprises productives ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce cas est à la fois important et le plus difficile. Mais par les explications déjà données, nous avons la clef pour en trouver également la solution. Exposons d&#039;abord nettement le fait qu&#039;il s&#039;agit d&#039;expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un entrepreneur achète avec son capital une somme d&#039;instruments de production; il achète des matières premières, des outils, du travail, et en employant ces moyens de production, il crée un produit. Ce produit une fois formé a une valeur bien supérieure à celle des biens productifs sacrifiés pour l&#039;obtenir : sa plus-value sera en rapport d&#039;un côté avec le capital employé, de l&#039;autre avec la durée du temps qu&#039;a exigé la création du produit. Si l&#039;entrepreneur a employé 1000 F. par exemple pour les matières premières, etc, et si la période de production dure un an, il arrivera ordinairement à un produit qui vaudra 1050 F. Cet excédent de 50 F. représente le profit du capital. Comment faut-il expliquer cette différence de valeur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a certaines théories qui sont si claires qu&#039;il suffit de les énoncer pour démontrer leur exactitude. Parmi ces théories nous pouvons placer celle-ci : que la valeur des biens productifs doit être déduite de la valeur de leurs produits et non réciproquement. La valeur du vin de Château-Yquem n&#039;est pas très élevée parce que le terrain sur lequel il croît est cher, mais le terrain est cher parce que la valeur du produit qu&#039;on en tire est très grande. Les lecteurs de cette Revue connaissance d&#039;ailleurs déjà cette théorie d&#039;après l&#039;exposé si lucide que M. St-Marc a fait d&#039;un de mes ouvrages sur la valeur, et je puis m&#039;en servir ici sans autre explication !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rester dans l&#039;esprit de cette théorie, nous devons affirmer que tout groupe complémentaire de moyens de production a pour nous absolument la même valeur que le produit que nous espérons créer par son intermédiaire. Si donc le produit futur vaut 1050 F., dois-je estimer le groupe des moyens de production à 1050 F. ? Prenons bien garde, c&#039;est ici l&#039;oeuf de Christophe Colomb; la chose est des plus simples, mais encore faut-il la trouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici l&#039;explication : le produit, d&#039;après lequel nous estimons le groupe des moyens de production, est pour le moment un &#039;&#039;produit futur&#039;&#039;. Il n&#039;existera qu&#039;après le procès de la production, par conséquent au bout d&#039;un an, et &#039;&#039;alors&#039;&#039; il vaudra 1050 F. Les 1050 F. dont il s&#039;agit ici sont de 1050 F. de &#039;&#039;l&#039;année prochaine&#039;&#039;. Mais des biens de l&#039;année prochaine, et par conséquent aussi des francs de l&#039;année prochaine valent moins que des francs de cette année; par exemple 1050 F. de l&#039;année prochaine valent seulement autant que 1000 F. de cette année. Par conséquent, notre groupe de moyens de production, avec lesquels on pourra, au bout d&#039;une année, former un produit qui, à cette époque, vaudra 1050 F, sera bien estimé 1050 F. valeur future, comme le produit lui-même, mais il sera estimé aussi, comme ces mêmes produits, seulement 1000 F., valeur actuelle. Si donc on les achète ou si on les échange &#039;&#039;aujourd&#039;hui&#039;&#039;, leur prix de vente devra naturellement être évalué d&#039;après la valeur à ce jour, et on les aura évidemment pour un nombre de francs moindre qu&#039;ils ne rapporteront plus tard à leur possesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens productifs sont en quelque sorte marchandise de l&#039;avenir. Ils représentent des biens de jouissance futurs qu&#039;on obtiendra par leur moyen au bout d&#039;une certaine période de production. Mais précisément parce qu&#039;ils servent seulement à acquérir des biens &#039;&#039;futurs&#039;&#039;, et que ceux-ci valent moins que des biens présents, leur valeur n&#039;égale que celle d&#039;un moindre nombre de biens de jouissance présents. Voilà la raison pour laquelle les entrepreneurs achètent leurs moyens de production, et parmi ceux-ci le travail, à un prix plus bas qu&#039;ils ne vendront en son temps le produit acheté; ce n&#039;est point à cause d&#039;une faculté particulière du capital d&#039;engendrer une plus-value, ce n&#039;est pas non plus parce qu&#039;ils exploitent leurs ouvriers, mais simplement parce que tous les biens productifs, quoique matériellement présents, sont, d&#039;après leur nature et leur destination économique, des &#039;&#039;biens futurs&#039;&#039;, et que la marchandise de l&#039;avenir a toujours moins de valeur que la marchandise du moment présent. Puis, dans le cours de la production, la marchandise de l&#039;avenir, le « bien productif » est transformé en produit parfait, propre à la jouissance, et acquiert naturellement la valeur complète appartenant aux biens présents. Cet accroissement de valeur constitue la « plus-value » ou « profit du capital des entrepreneurs ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième cas : l&#039;intérêt des biens de longue durée ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai qu&#039;à faire précéder cet article de quelques observations théoriques pour laisser la parole ensuite aux mathématiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens nous sont utiles à cause des forces naturelles et utiles qui leur sont inhérentes, ou mieux, par les services qu&#039;ils nous rendent. Et ce n&#039;est qu&#039;à raison des services que nous pouvons obtenir d&#039;eux, que nous les estimons. La valeur des biens est donc formée de la somme des valeurs de tous les services particuliers qu&#039;ils nous rendent. Cela est très simple pour les biens qui se consomment. Ils ne peuvent servir qu&#039;une fois et pour eux la valeur du bien coïncide naturellement et complètement avec celle de ce service unique : une cartouche a pour moi exactement la valeur que j&#039;attache à son service unique pour tirer un seul coup de feu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chose est plus compliquée pour les choses dites de longue durée, qui permettent un usage répété. Ici la valeur du bien est une grandeur composée, formée de la valeur des services isolés plus ou moins nombreux que nous procure le bien, les uns après les autres. Un animal de trait, par exemple, a pour moi une valeur équivalente à la somme de tous les services rendus par la traction; une machine, une valeur équivalente à la somme de tout ce qu&#039;elle est capable de produire; un vêtement que je ne puis porter que trente fois, a pour moi nécessairement moins de valeur qu&#039;un vêtement de même étoffe me faisant un aussi bon usage pendant cent jours. Mais ici une autre complication peut se présenter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la période de temps pendant laquelle dure le bien n&#039;est pas trop longue et si les services qu&#039;il rend restent, comme nous allons l&#039;admettre une fois pour toutes pour simplifier, les mêmes jusqu&#039;à la fin, tous ces services auront une égale valeur, et la valeur d&#039;usage du bien lui-même se détermine simplement en multipliant la valeur d&#039;un des services rendus par le nombre de ces services. Si l&#039;usage d&#039;un vêtement a pour moi la valeur d&#039;un franc par jour, le vêtement qui me durera trente jours aura pour moi la valeur de 30 F., celui qui durera cent jours, la valeur de 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour beaucoup de biens de longue durée, vaisseaux, machines, édifices, propriétés foncières, le rendement des services s&#039;étend sur de longues périodes, de façon que les rendements ultérieurs ne pourront plus être perçus par le propriétaire ou du moins ne le peuvent être qu&#039;après un temps très long. Dès lors la valeur de ces services reportée à un temps si éloigné, doit partager le sort commun de la valeur de tous les biens futurs. Un service qui, au point de vue technique, est le même qu&#039;un service rendu dans l&#039;année courante, mais qui ne peut être obtenu que dans un an, est un service d&#039;une valeur moindre, un service qui ne rapportera quelque chose qu&#039;au bout de deux ans, aura une valeur encore moindre qu&#039;un service pour l&#039;année présente, et ainsi la valeur des services que rendent les biens diminie nécessairement suivant la date plus ou moins éloignée de l&#039;échéance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnons maintenant la parole aux mathématiques. Elles devront nous apprendre quelle est la valeur en capital d&#039;un tel bien, quel sera son rapport brut, quelle est la part qu&#039;il faut compter pour la &#039;&#039;détérioration&#039;&#039; que ce bien a subie, et enfin s&#039;il doit rester quelque chose comme &#039;&#039;revenu net&#039;&#039; et pourquoi il doit en être ainsi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons un seul exemple : une machine qui dure six ans et dont les services annuels valent 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord, combien vaudra t-elle ? Si — pour des raisons que j&#039;ai notées dans le passage précédent d&#039;une manière détaillée, — on évalue les biens présents, et naturellement aussi les services présents, environ 5 p. 0/0 plus haut que des biens et des services futurs, la machine vaudra non pas 6x100 = 600 F., mais seulement 100 + 95,23 + 90,70 + 86,38 + 82,27 + 78,35 = 535,93 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel sera le rapport brut annuel d&#039;une telle machine ? Naturellement 100 F., c&#039;est-à-dire la valeur du service qu&#039;elle rend dans l&#039;année courante. Quelle sera la part nécessaire pour couvrir les frais de déterioration et d&#039;amortissement ? Voici encore un problème aussi facile et aussi difficile à la fois que celui de l&#039;oeuf de Christophe Colomb.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons. La valeur de la machine est formée par la valeur additionnée de tous les services qu&#039;elle rend. Or nous devons déduire à la fin de la première année d&#039;usage d&#039;une part de service de la valeur 100 F. On pourrait croire, par conséquent, que la valeur de la machine doit être diminuée elle aussi de 100 F. ? Point du tout, car le temps n&#039;a pas cessé de courir pendant cette première année. Nous avons bien soustrait la valeur du service de l&#039;année courante, mais le service de l&#039;année future devient maintenant revenu de l&#039;année présente et prend par conséquent la pleine valeur de 100 F. De même le revenu de la troisième année devient revenu de la deuxième, celui de la quatrième année revenu de la troisième, et ainsi de suite, chaque terme s&#039;élevant d&#039;un degré et étant remplacé par le suivant, sauf le sixième, qui évidemment n&#039;est remplacé par rien, puisqu&#039;il est le dernier. Au bout de la première année les choses se trouvent donc dans l&#039;état suivant : la machine est maintenant un bien qui pendant cinq ans encore peut donner un revenu annuel de 100 F., et les revenus annuels de cinq années doivent donc être estimés à ce jour de la façon suivante : la première, celle de l&#039;année courante, 100 F.; la deuxième, 95,23 F.; la troisième 90,70 F.; la quatrième, 86,38 F.; la cinquième, 82,27 F., et la machine entière 454,58 F. La dépréciation, par rapport à la valeur première de 532,93 F., n&#039;est donc pas tout à fait de 100 F., mais seulement de 78,35 F. Il est à remarquer que ce chiffre est précisément le même que celui qui exprimait la valeur du revenu de la dernière année, et il est tout naturel qu&#039;il en soit ainsi, car dans notre compte chaque terme de la série a été remplacé par le terme suivant, sauf le dernier qui n&#039;a été remplacé par rien et qui par conséquent manque seul au total. Le produit brut étant donc de 100 F., et l&#039;amortissement pour la déterioration de 78,35 F. seulement, il reste comme produit net 21,65 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par un raisonnement tout à fait analogue, on démontrerait que la machine rapportant de nouveau dans la seconde année 100 F. bruts, on doit diminer sa valeur non pas de 100 F., à cause du rapprochement des autres termes de la série, mais seulement de la valeur du dernier revenu à échoir, soit de 82,27 F. ; elle rapporterait donc encore 17,73 F. représentant l&#039;intérêt d&#039;un capital déjà amoindri par l&#039;amortissement, et ainsi de suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé : le propriétaire d&#039;un bien durable touche toujours la pleine valeur du revenu de chaque année : c&#039;est ce qui constitue le revenu brut du capital. Par contre, il n&#039;a à déduire chaque année comme prime d&#039;amortissement qu&#039;une valeur égale &#039;&#039;à celle du revenu de la dernière année évaluée au moment présent&#039;&#039; ; il garde donc en tous cas une somme égale à la différence entre le revenu brut et la prime d&#039;amortissement, et c&#039;est justement ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pour quelle raison les biens de longue durée, les maisons, les fabriques, les vaisseaux, les machines, les meubles, donnent un intérêt net sur la valeur de leur capital. Il ne faut pas chercher ici aucune idée de je ne sais quelle vertu productive qui serait inhérente à une maison d&#039;habitation, à un piano loué ou à un mobilier donné en location; — aucune idée non plus d&#039;une exploitation des ouvriers : où pourrait-on voir des ouvriers exploités dans le cas d&#039;un propriétaire qui loue sa maison à un riche rentier ? Mais tout découle de cette idée très simple &#039;&#039;que les biens futurs, comme les services futurs, valent moins que les biens présents et les services présents&#039;&#039; : c&#039;est pourquoi on attribue au services rendus dans un temps futur une valeur moindre qu&#039;aux services rendus dans le temps présent; c&#039;est pourquoi aussi ces services rapportent avec le temps plus que ce qui est nécessaire pour reconstituer et amortir le capital consommé, et c&#039;est pourquoi, enfin, il doit rester un excédent du revenu brut sur l&#039;amortissement, ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons ainsi expliqué, conformément à notre programme, toutes les formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt : intérêt du prêt, profit du capital, revenu des biens de longue durée, comme découlant d&#039;une même cause, à savoir, la différence de valeur entre le présent et l&#039;avenir. Et maintenant un dernier mot sur la façon dont on doit apprécier la légitimité de l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La légitimité de l&#039;intérêt ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;après tout ce que nous venons de dire, l&#039;intérêt doit-il être considéré comme un revenu légitime ou illégitime ? Mérite-t-il la considération dont il jouit dans l&#039;ordre actuel des choses ou doit-on la lui retirer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt en lui-même n&#039;est entaché d&#039;aucun vice. Il n&#039;est point, comme le prétendent les socialistes, le fruit d&#039;une oppression violente ou de l&#039;exploitation des ouvriers, mais bien le résultat naturel et organiquement nécessaire de ce fait économique que les biens présents ont une valeur plus grande pour les hommes que les biens futurs, et ce fait est à son tour le résultat naturel et tout aussi organique d&#039;une série de faits élémentaires, économiques, psychiques et techniques que nous constatons dans le mon de et que nous ne saurion éliminer. Autant il est naturel et parfaitement compréhensible que toujours et partout un bon cheval ait une valeur plus grande qu&#039;un cheval médiocre et qu&#039;un quintal d&#039;avoine ou d&#039;orge — autant il est naturel et compréhensible que toujours et partout nous estimions davantage les biens présents que les biens futurs, puisque dans presque toutes les situations de la vie les premiers nous servent mieux que les seconds. Et autant il est naturel et nullement choquant que le propriétaire du froment de qualité supérieure fasse valoir dans le commerce la supériorité de celui-ci et ne l&#039;échange pas sur un pied d&#039;égalité contre un quintal d&#039;orge ordinaire, mais, par exemple, contre 1 demi quintal de cette denrée, — autant il est naturel et nullement choquant que les possesseurs de biens présents, qu&#039;on appelle les capitalistes, fassent valoir aussi la supériorité de ces biens, losqu&#039;ils les échangent contre des biens futurs, et qu&#039;ils demandent un agio proportionnel à la supériorité de valeur de leurs biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt est si naturel et si loin d&#039;être choquant, que ses pires ennemis, les socialistes, ne pourraient le bannir de ce monde, alors même qu&#039;on les laisserait faire à leur gré. Ils pourraient seulement changer les rapports de possession, et déplacer par là les personnes qui touchent aujourd&#039;hui l&#039;intérêt et les quote-parts qui leur reviennent, mais ils ne sauraient faire disparaître l&#039;intérêt lui-même. Tant qu&#039;on ne réussira pas à bannir de ce monde le Temps lui-même, il ne sera pas indifférent aux hommes qu&#039;on leur remette, par exemple, un petit rejeton de chêne, qui, dans cent ans, deviendra un beau chêne, à la place d&#039;un chêne lui-même tout fomé. Et tant que ceci ne sera pas indifférent, on ne consentira pas, même dans un État socialiste, à payer à un travailleur qui, dans une journée, planterait cent jeunes rejetons de chêne, la valeur de cent chênes magnifiques, 5000 F. par exemple, comme prix de sa journée. Or, si la communauté socialiste lui donne moins, le fait vaut la peine d&#039;être noté; si elle ne lui donne qu&#039;un salaire de 10 ou 20 F., elle fera exactement ce que font aujourd&#039;hui les capitalistes et ce que chez eux les socialistes appellent exploitation de l&#039;ouvrier. En effet, elle achètera le travail de ces ouvriers pour un prix plus bas que ne le sera celui du produit achevé dans un temps donné. Dans l&#039;état socialiste donc, aussi bien qu&#039;aujourd&#039;hui, la nature des choses ne laisserait que le choix entre un brevet de stupidité ou la reconnaissance de l&#039;intérêt : — stupidité, si un salaire de centaines ou de milliers de francs est attribué à un vulgaire travail de plantation, d&#039;où il résultera naturellement que chacun voudra être ouvrier forestier, que personne ne voudra plus exercer le métier de tailleur à l&#039;état de forêt vierge : — l&#039;intérêt, si on estime moins et paye moins des biens futurs, et par conséquent aussi le travail qui aide à créer ces biens futurs, que des biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait encore demander ce qu&#039;on ferait, dans un état socialiste, de l&#039;intérêt ainsi acquis ? Le garderait-on dans la caisse commune ? L&#039;emploierait-on plutôt à augmenter les revenus du peuple, en élevant, par exemple, le prix de la journée de travail qui aurait été jusque-là de 4 F. à 6 F., grâce à ces revenus sociaux ? Ce serait encore gagner sur le produit du travail des ouvriers qu&#039;on occupe à des détours de production très longs et très fructueux, et distribuer ensuite ce gain à tous, c&#039;est-à-dire, pour la plus grande partie, à &#039;&#039;d&#039;autres&#039;&#039;. Si au travailleur occupé à reboiser, qui crée un produit futur de 5000 F. par le travail d&#039;une seule journée, la société donne 6 F. par jour au lieu de 4 F., elle gagnera encore un intérêt de 4994 F. qu&#039;elle pourra attribuer à d&#039;autres personnes, à titre de co-associés à la fortune nationale. Mais ce serait là non point détruire l&#039;intérêt, mais seulement le distribuer autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucun vice rédhibitoire n&#039;entache donc l&#039;intérêt. Mais il va sans dire qu&#039;on peut abuser de l&#039;intérêt, de même que de toute institution humaine. L&#039;intérêt confère une puissance légitime en elle-même, mais dont on peut faire un bon ou un mauvais usage. Nous ne voulons défendre ici que le bon emploi qu&#039;on en peut faire : quant aux abus, nous les livrons volontiers à la condamnation la plus sévère. Et même nous ne voudrions pas terminer cette plaidoirie sans adresser à ceux que nous venons de défendre, aux heureux capitalites, un sérieux avertissement pour leur rappeler les charges et les devoirs de la possession !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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		<title>Eugen Böhm-Bawerk:Une nouvelle théorie sur le capital</title>
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		<updated>2014-01-05T00:38:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Auteur|nom=Eugen Böhm-Bawerk&lt;br /&gt;
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|dates = 1851-1914&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;L&#039;article suivant a pour but d&#039;exposer brièvement au public français les idées fondamentales de mon ouvrage : &#039;&#039;Théorie positive du capital&#039;&#039; (Innsbrück, 1889, 467pp.), publié récemment. Cet ouvrage est la continuation et la fin d&#039;un ouvrage plus étendu : &#039;&#039;Capital et Intérêt&#039;&#039;, dont la première partie, contenant : « &#039;&#039;L&#039;Histoire et la critique des théories sur l&#039;intérêt&#039;&#039; », a paru en 1884 (Voy. le compte-rendu de cet ouvrage par St-Marc dans le dernier numéro de la &#039;&#039;Revue d&#039;économie politique&#039;&#039;.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une théorie sur le capital ! Dès le premier mot, voici la difficulté que nous rencontrons : le mot « capital », dans la science, a non pas une, mais &#039;&#039;deux&#039;&#039; significations, et comme chacune d&#039;elles ouvre un cycle nouveau de phénomènes et de problèmes que la théorie doit expliquer, il ne saurait y avoir &#039;&#039;une seule théorie&#039;&#039; sur &#039;&#039;deux choses différentes&#039;&#039; qui sont désignées tout à fait fortuitement sous ce nom équivoque de « capital ». Je m&#039;explique : il y a un certain capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;production&#039;&#039; et qu&#039;on a coutume de désigner comme un des trois facteurs de la production; il y a un autre capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;répartition&#039;&#039; des biens, le capital qui rapporte un profit ou intérêt. Mais le capital facteur de production n&#039;est nullement identique avec le capital qui rapporte un intérêt. Une maison, par exemple, ou un cabinet de lecture, rapportent à leurs propriétaires des intérêts, quoique ces biens n&#039;aient assurément rien à faire avec la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence qui en résulte est si simple et se présente si naturellement à l&#039;esprit qu&#039;on pourrait croire qu&#039;elle n&#039;a pu échapper à personne, et cependant elle a passé inaperçue de tous nos prédécesseurs. Si ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la répartition se compose de biens tous différents de ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la production, il est bien évident que les fonctions qu&#039;exerce &#039;&#039;celui-là&#039;&#039; et les effets qu&#039;il produit, par exemple, la capacité de produire intérêt, ne doivent pas être expliquées par des qualités ou forces qui n&#039;appartiennent qu&#039;à &#039;&#039;celui-ci&#039;&#039;; de même que si deux personnes portent le même nom, celui d&#039;Alexandre par exemple, il ne faudrait pas conclure de ce que Alexandre I trébuche, qu&#039;Alexandre II est myope ou maladroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi il ne faut pas confondre la solution du problème de distribution avec la solution du problème de production dans l&#039;examen scientifique ; il faut, non pas &#039;&#039;une&#039;&#039; théorie mais &#039;&#039;deux&#039;&#039; théories sur le capital ; une théorie sur le capital facteur de la production et une théorie indépendante de celle-ci, théorie sur &#039;&#039;capital&#039;&#039;, source de revenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont ces deux conceptions différentes ? Je les distinguerai par les termes de « capital productif » et « capital lucratif ». J&#039;appelle &#039;&#039;capital productif&#039;&#039; tous les produits qui sont destinés à servir une &#039;&#039;production&#039;&#039; ultérieure, ou, plus brièvement, tous les &#039;&#039;produits intermédiaires&#039;&#039; (matières premières, outils, bâtiments de fabrique et autres); &#039;&#039;capital lucratif&#039;&#039;, tous les produits qui servent &#039;&#039;à acquérir&#039;&#039; des biens. Le capital lucratif comprend en premier lieu tout le capital productif, et de plus tous ces biens en nombre considérable destinés à satisfaire nos besoins, mais dont leurs propriétaires ne font pas personnellement usage et dont ils se servent seulement pour se procurer d&#039;autres biens par voie d&#039;échange (location ou prêt), tels que maisons d&#039;habitation louées, meubles, chevaux de selle, pianos, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne compte ni comme capital productif ni comme capital lucratif la terre, qui est une force productive originaire et non un produit. Pourquoi ? A cette question et à toutes celles sur la conception du capital, qui ont été jusqu&#039;à ce jour l&#039;occasion de malentendus sans nombre, j&#039;ai répondu avec détail dans mon ouvrage; — mais ici je passe sur ces questions de détail pour arriver aux problèmes qui s&#039;attachent au mot de &#039;&#039;capital&#039;&#039;, et parmi ceux-ci j&#039;examinerai en premier lieu ceux qui dépendent de la théorie de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie du capital productif ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Du rôle du capital dans la production ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute production a pour but l&#039;acquisition de biens qui servent à la jouissance de la vie, appelons-les brièvement &#039;&#039;biens de jouissance&#039;&#039;. Ces biens sont des choses matérielles, et comme telles, soumises aux lois qui régissent la matière. Leur formation, la science économique ne devrait jamais l&#039;oublier, constitue essentiellement un &#039;&#039;processus&#039;&#039; naturel, s&#039;accomplissant rigoureusement d&#039;après les lois de la physique et de la chimie. Pour qu&#039;un &#039;&#039;bien de jouissance&#039;&#039; prenne naissance, il faut qu&#039;une combinaison donnée de matières et de forces détermine cette naissance et fasse apparaître une forme matérielle telle, comme effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci posé, en quoi peut consister le rôle de l&#039;homme dans la production des biens ? Tout simplement dans la combinaison des facultés naturelles de l&#039;homme, qui est lui-même un rouage du monde physique, avec les forces naturelles extérieures. Il y a donc deux forces productives élémentaires ou originaires et il n&#039;y en a que deux : la &#039;&#039;nature&#039;&#039; et le &#039;&#039;travail&#039;&#039;. Ce que la nature fait d&#039;elle-même et ce que l&#039;homme y ajoute, voilà la double source d&#039;où découlent tous nos biens et d&#039;où ils doivent nécessairement découler. Il n&#039;y a point de place à côté pour une troisième source élémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les forces naturelles et élémentaires, il y en a qui existent en quantités illimitées : l&#039;air, l&#039;eau, le soleil. Leur concours étant libre en tout temps et gratuit, l&#039;économie politique n&#039;a pas à s&#039;en préoccuper autrement. Elles constituent un élément &#039;&#039;technique&#039;&#039;, mais non &#039;&#039;économique&#039;&#039; de la production. Par contre, ceux d&#039;entre les dons de la nature, qui ne nous sont répartis qu&#039;avec parcimonie, acquièrent une importance économique. Comme presque tous les dons et qualités rares de la nature dépendent du sol, nous pouvons, sans commettre d&#039;erreur grossière, indiquer comme représentant la dotation économique de la nature, les « services fonciers ». Nous pouvons donc dire à ceux qui nous demandent quels sont les éléments de la production : « La nature et le travail sont les éléments techniques, les services fonciers et le travail sont les éléments économiques de la production ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, je n&#039;ai pas encore nommé le capital parmi les forces productives, quoiqu&#039;il soit le héros de ma théorie. Que faut-il donc penser de lui ? Nous le verrons bientôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour tirer de ces forces productives élémentaires les biens de jouissance, l&#039;homme peut employer deux méthodes absolument différentes. Ou bien il cherche à obtenir ces biens désirés par lui directement, sans intermédiaire; par exemple, il ramasse avec sa main les animaux maritimes rejetés sur le rivage; ou bien, il prend un détour, construit avec ces éléments productifs un autre bien, un produit intermédiaire, et avec l&#039;aide de celui-ci, il acquiert enfin le bien convoité. Par exemple, pour prendre des poissons, il commence par fabriquer un hameçon, puis une ligne, ou, par des détours plus grands encore, un canot et des filets et n&#039;entreprend sa pêche qu&#039;aà l&#039;aide de ces outils. Autre exemple : il veut se procurer de l&#039;eau potable qui jaillit d&#039;une source à quelques cents pas de sa demeure; au lieu d&#039;aller à la source chaque fois qu&#039;il a soif et de s&#039;y désaltérer, moyen plus direct, mais fort incommode, il abat quelques douzaines d&#039;arbres, se fabrique un foret, creuse les arbres, et en fait une conduite lui amenant l&#039;eau à la maison en abondance et fort commodément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemple si simples prouvent de reste ce que chacun sait, c&#039;est qu&#039;à l&#039;aide de certains détours de production choisis avec art, on peut obtenir plus de résultats que par le chemin direct, avec la même quantité de forces productives originales, c&#039;est-à-dire qu&#039;avec le même nombre d&#039;heures ou de journées de travail, on peut produire indirectement une plus grande quantité de biens de jouissance que par les moyens directs. C&#039;est un des faits les plus sûrs, les plus connus et les plus importants prouvés par l&#039;expérience. Expliquer la raison de ce fait serait plutôt l&#039;affaire de la physique que de l&#039;économie politique. Mais celle-ci a proclamé tant d&#039;absurdités à ce sujet, elle a tant parlé, entre autres, d&#039;une force productive inhérente au capital, qu&#039;il n&#039;est pas superflu d&#039;indiquer, en passant, la raison physique très simple de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout problème dans l&#039;ordre physique vise en dernier lieu des combinaisons et des déplacements de la matière. Il faut savoir à propos réunir les matériaux qui peuvent concourir, afin que de leurs concours puisse résulter la production souhaitée. Mais trop souvent ces matériaux sont trop énormes ou trop délicats pour se laisser manier par la main humaine, à la fois si faible et si grossière. Nous sommes aussi impuissants à vaincre la force de cohésion de la paroi rocheuse, d&#039;où nous voulons tirer de la pierre à bâtir, qu&#039;à composer un seul grain de froment avec de l&#039;acide carbonique, de l&#039;hydrogène, de l&#039;azote, de l&#039;oxygène et du phosphore. Mais ce qui est refusé à nos propores forces, d&#039;autres forces peuvent l&#039;exécuter et ce sont celles de la nature elle-même. Il y a des forces naturelles dont l&#039;action dépasse de beaucoup le pouvoir humain, comme il en est d&#039;autres qui se plient aux combinaisons les plus délicates. Si nous réussissions à faire de ces forces puissantes nos alliées pour notre oeuvre de production, les limites de notre puissance se trouveraient infiniment reculées. Et nous pouvons y réussir, en effet, mais à une condition, c&#039;est que nous trouvions le moyen de manier plus facilement la matière dont nous voulons nous aider, que celle que nous voulons transformer pour nous procurer le bien convoité. Cette condition se trouve heureusement presque toujours réalisée. Notre main faible et délicate ne saurait vaincre la force de cohésion du rocher ; mais le coin de fer, dur et pointu, le peut, et il nous est facile de le manier, lui et le marteau qui doit le faire pénétrer. A la vérité, il nous est parfois impossible de nous servir directement de la matière dont nous attendons le secours, mais en ce cas nous employons contre elle les mêmes armes qu&#039;elle doit nous fournir à nous-mêmes : nous cherchons à dompter une seconde force naturelle qui nous permette de vaincre la première.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous voudrions conduire l&#039;eau de la source à notre demeure; des tuyaux de bois la contraindraient bien à suivre la voie que lui trace notre désir. Mais impossible à notre main de donner aux arbre de la forêt la forme de tuyaux. Le détour est promptement trouvé; nous cherchons une seconde force auxiliaire dans la hache et le foret : avec l&#039;aide nous façonnons la conduite et avec l&#039;aide de celle-ci nous transportons l&#039;eau. Et ce qu&#039;on produit dans cet exemple à l&#039;aide de deux ou trois étapes successives, on le fera avec un succès plus grand encore à l&#039;aide de cinq, dix ou vingt étapes. De même que nous maîtrisons les éléments du bien convoité à l&#039;aide d&#039;une force auxiliaire, de même nous pouvons maîtriser la seconde force auxiliaire au moyen d&#039;une troisième, celle-ci au moyen d&#039;une quatrième, etc, en remontant ainsi à des causes toujours plus éloignées du résultat final, jusqu&#039;à ce que dans cette série nous rencontrions enfin une cause que nous pouvons maîtriser commodément à l&#039;aide de nos seules forces personnelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà la véritable signification de ces détours dans la production et voici la raison des succès qui en dépendent : chaque détour démontre l&#039;acquisition d&#039;une force auxiliaire, plus forte ou plus habile que la main de l&#039;homme. Toute prolongation de ces détours représente une augmentation des forces auxiliaires mises au service de l&#039;homme et par conséquent la libération, grâce à elle, d&#039;une partie du travail pénible et coûteux de la production dont il se décharge sur la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est temps maintenant de donner un nom aux divers procédés que nous venons de décrire. La production qui prend d&#039;habiles détours n&#039;est autre chose que ce que les économistes appellent la production « capitalistique », de même que la production qui va droit au but, la main vide, s&#039;appelle la production sans capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Mais quant au capital lui-même, ce n&#039;est autre chose que ces produits intermédiaires qui prennent naissance pendant les différentes étapes de la production.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pourtant compléter notre description du &#039;&#039;processus&#039;&#039; de la production du capital par deux observations : nous avons déjà dit que le fait de prendre des détours amenait à obtenir de plus grands résultats. Il faut ajouter que cet avantage n&#039;est pas seulement la conséquence du premier détour, mais de toute prolongation de celui-ci; toutefois, l&#039;accroissement de la production n&#039;est pas en raison directe de la prolongation progressive du détour. Avec un détour qui dure 3 jours (par exemple, la confection d&#039;un hameçon), on obtient plus que par la voie directe; avec un détour qui exige 30 jours (par exemple, la construction d&#039;un bateau), on obtient davantage encore; avec une prolongation du détour portée à 300 ou 3000 jours (par exemple, la construction d&#039;un vaisseau parfaitement équipé; ouverture d&#039;une mine pour obtenir du fer pour construire des machines pour vaisseaux, etc.), on augmentera encore le rapport, mais non point dans les proportions de 3 : 30 : 300 : 3000, proportion qui dépasserait bientôt les limites du possible ! Le succès obtenu sera dans des proportions plus modestes. Il importe de noter cette loi, elle trouvera plus loin une application dans notre théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l&#039;avantage d&#039;un plus grand rendement a, comme revers, ce désavantage : perte de temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les détours de production par le capital procurent finalement plus de biens de jouissance, mais il faut les attendre plus longtemps. Celui qui ramasse les poissons sur le rivage avec la main, prend peu, mais ce peu, il en jouit aussitôt. Celui qui se fait une ligne, doit attendre sa première pêche quelques jours; celui qui construit un bateau, l&#039;attendre quelques mois; celui qui creuse une mine, attendre des années. Encore un fait qu&#039;il importe de retenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Résumons maintenant brièvement le contenu de cet article dans lequel nous n&#039;avons pas encore développé de théories, nous contentant de décrire simplement les faits :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens de jouissance que produit l&#039;homme naissent du concours des forces humaines avec les forces naturelles, en partie forces économiques, en partie forces naturelles gratuites. L&#039;homme peut se procurer ces biens de jouissance, convoités par lui, avec ces forces productives, soit directement, soit indirectement, par l&#039;intervention de produits intermédiaires appelés &#039;&#039;biens capitaux&#039;&#039;. Cette dernière méthode demande un sacrifice de temps, mais permet de produire davantage, et cet avantage se fait sentir, quoique suivant une progression décroissante, pour chaque prolongation de détour dans la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant cherchons à tirer de ces faits les conclusions en réponse aux questions que nous pose la théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le capital constitue t-il un facteur indépendant ou original de la production ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette question, il faut répondre d&#039;une manière absolument négative. La nature et le travail seuls sont des facteurs élémentaires ou originaux de la production. Le capital est un produit intermédiaire du travail de la nature; rien de plus. Sa propre formation, son existence, son action ne sont que des épisodes dans l&#039;action ininterrompue des véritables éléments, nature et travail. Ceux-là seuls font &#039;&#039;tout&#039;&#039; depuis le commencement jusqu&#039;à la fin pour la formation des biens de jouissance. La seule différence est qu&#039;ils font ce tout parfois d&#039;un seul trait, parfois par étapes successives; dans ce dernier cas la fin de chaque étape est marquée extérieurement par la formation d&#039;un produit préliminaire ou intermédiaire , et le capital apparaît. Mais, je le demande, si les auteurs d&#039;une oeuvre quelconque, au lieu de l&#039;accomplir d&#039;un seul trait, s&#039;y prennent à plusieurs reprises, est-ce une raison pour ne pas reconnaître qu&#039;ils en sont les véritables auteurs ? Si aujourd&#039;hui, par le concours de mon travail avec les forces naturelles, je forme des briques avec de l&#039;argile; si demain, unissant de nouveau mon travail à d&#039;autres forces naturelles, je fais de la chaux, et si après-demain avec ces briques et ce mortier j&#039;élève un mur, serait-on fondé à prétendre d&#039;une partie quelconque de ce mur qu&#039;il n&#039;est pas fait par moi et les forces naturelles ? Ou bien encore, avant qu&#039;un ouvrage de longue haleine, la construction d&#039;une maison par exemple, ne soit mené à bonne fin, je suppose qu&#039;on n&#039;en fait une première fois que le quart, puis la moitié, puis les trois quarts et enfin le tout. Que penserait-on si quelqu&#039;un prétendait que ces étapes inévitables de l&#039;avancement de l&#039;ouvrage en constituent des conditions indépendantes et que pour construite une maison il faut, en plus ces matières premières et ce travail des maçons, « une maison achevée au quart, une maison achevée à moitié, enfin, une maison achevée aux trois quarts ? » L&#039;erreur est moins frappante peut-être dans la forme, mais tout aussi forte dans le fond, quand on veut placer à côté de la nature et du travail, comme agents indépendants de la production, ces étapes intermédiaires du progrès de l&#039;ouvrage qui se présentent extérieurement sous la forme de biens capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais d&#039;où vient donc que tant d&#039;auteurs, et parmi eux des auteurs si éminents, s&#039;obstinent à compter malgré tout &#039;&#039;trois&#039;&#039; facteurs de la production, et parmi ces trois le capital ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette classification, c&#039;est ma profonde conviction, tient uniquement à ce que ces auteurs craignent d&#039;être embarrassés pour expliquer et justifier l&#039;intérêt du capital. Tout revenu primitif vient, disent-ils, d&#039;une participation dans la production. La rente foncière forme les honoraires du facteur productif de la nature, le salaire rémunère le facteur travail, et l&#039;intérêt rémunère le capital; mais dans cette théorie, l&#039;intérêt du capital eût semblé planer dans le vide, si on n&#039;avait pu le présenter au même titre que les autres, c&#039;est-à-dire comme représentant les honoraires d&#039;un troisième facteur productif indépendant. Et comme il fallait sauver à tout prix, dans l&#039;intérêt de la société civile, la cause de l&#039;intérêt du capital, on a mieux aimé fermer les yeux sur les faits et laisser passer le capital comme troisième facteur indépendant de la production, quoique forcé parfois, dès la page suivante, de convenir que ce prétendu facteur élémentaire doit être formé préalablement lui-même par le concours de la nature et du travail. Je suis convaincu qu&#039;il suffirait d&#039;indiquer aux économistes un moyen qui leur permît d&#039;expliquer et de justifier l&#039;intérêt du capital sans avoir besoin de reconnaître le capital comme facteur élémentaire de la production, pour qu&#039;ils abandonnassent aussitôt cette théorie qui n&#039;a aucune consistance en elle-même. J&#039;essaierai d&#039;indiquer ce moyen dans la deuxième partie de ce travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le capital ne doit pas être considéré comme un facteur indépendant de la production, alors quel rôle jour-t-il donc dans la production ? Répondons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Son existence nous apparaît toujours comme le &#039;&#039;symptôme d&#039;un détour avantageux dans la production&#039;&#039;. Je dis « symptôme » et non « cause » car son existence est, en effet, plutôt la conséquence que la cause de ces détours. Ce n&#039;est pas parce que le bateau et les filets existent déjà, que je prends des poissons par ce détour, mais c&#039;est seulement après avoir choisi ce détour avantageux et parce que je l&#039;ai choisi que le bateau et les filets existent; il faut déjà avoir trouvé le détour dans la production, pour que les biens capitaux prennent naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le capital devient une &#039;&#039;cause intermédiaire efficace pour servir à l&#039;achèvement du détour avantageux déjà choisi&#039;&#039;. Chaque portion du capital constitue en quelque sorte un réservoir de forces naturelles utilisables qui aideront à achever le détour de production au cours duquel cette portion du capital a pris naissance. Je répète « cause intermédiaire » et non « cause première ». Le capital ne saurait, en effet, donner aucune impulsion par lui-même, il ne peut que transmettre une impulsion une fois donnée par des forces naturelles, de même qu&#039;une boule une fois lancée peut communiquer son mouvement à une autre boule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le capital devient quelquefois une &#039;&#039;cause indirecte en nous permettant de choisir d&#039;autres détours de production avantageux&#039;&#039;, d&#039;autres que ceux à l&#039;occasion desquels il a été formé. Quand un peuple possède beaucoup de capitaux et précisément parce qu&#039;il les possède, il peut non seulement achever avec succès les détours de production au cours desquels ces capiaux ont été formés, mais il peut choisir d&#039;autres détours nouveaux. Car le stock existant de capitaux n&#039;est autre chose que produit d&#039;un travail passé qui va se transformer chaque année en biens de jouissance. Chaque année cette transformation s&#039;opère pour une certaine partie du capital. Donc plus grand est le stock du capital, plus grande aussi est la part que prennent de cette manière les forces productives des périodes passées à la formation des biens de jouissance du présent, et d&#039;autant moins il faut employer à cette dernière fin les forces productives nouvelles de la période courante. Une part bien plus grande reste donc disponible pour être mise au service de l&#039;avenir et peut être employée dans des détours de production à plus grande portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout bien considéré, aucun des nombreux certificats donnés au capital par l&#039;économie politique ne désigne mieux son rôle dans la production que celui-ci : &#039;&#039;un instrument de production&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Comment se forment les capitaux ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe sur ce point trois opinions différentes dans la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les uns affirment que le capital se forme par la seule &#039;&#039;épargne&#039;&#039;. Adam Smith dit : « c&#039;est l&#039;économie et non l&#039;activité qui est la cause immédiate de l&#039;augmentation du capital. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres affirment exactement le contraire, à savoir, que le capital est formé non par l&#039;épargne, mais par &#039;&#039;le travail&#039;&#039;; ainsi le socialiste allemand Rodbertus dit : « le capital national augmente par le travail et non par l&#039;économie. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres enfin affirment que ces deux choses sont nécessaires à la fois « l&#039;épargne et le travail productif ». Je me range à l&#039;opinion de ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque portion du capital, c&#039;est-à-dire, par exemple, chaque canot, ou chaque filet, ou chaque marteau, ou chaque machine est certainement formée directement par le travail. Mais pour pouvoir produire ces portions du capital, il fallu nécessairement faire autre chose auparavant, il a fallu rendre libres certaines forces productives pour la formation projetée du capital : et cela ne peut avoir lieu que par l&#039;épargne. Représentons-nous un Robinson dans une île déserte, capable de travailler douze heures par jour. Il est dépourvu de tout et se nourrit de fruits sauvages. Il voudrait bien posséder un arc et des flèches pour tuer le gibier. Mais ce travail lui demanderait un mois, et les fruits sauvages sont malheureusement si rares dans son île, qu&#039;il lui faut passer toute  la journée, sans perdre un instant, pour en récolter de quoi suffire tout juste à son entretien. Dans ces conditions, il ne lui reste certainement pas de temps pour fabriquer un arc et des flèches. Demandons-nous pourquoi il n&#039;entre pas dans la possession du capital convoité : pourquoi il ne le produit pas ? Tout simplement parce que toute la force productive dont il dipose est occupée et au-delà à produire ce dont il a besoin pour le moment et qu&#039;il ne lui reste pas de force productive libre pour créer des produits intermédiaires qui ne lui rapporteront que dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons maintenant que les fruits sauvages soient plus abondants, de telle sorte que Robinson puisse en neuf heures en cueillir assez pour être à l&#039;abri des affres de la faim, tandis qu&#039;il lui faudrait continuer sa cueillette pendant douze heures s&#039;il voulait en récolter assez pour satisfaire amplement son appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;en sera-t-il maintenant de la confection des armes de chasse ? La chose est parfaitement claire. Ou bien Robinson tient absolument à apaiser sa faim dans la mesure du possible et à consommer chaque jour le fruit d&#039;une récolte de douze heures : il ne lui restera alors naturellement ni le temps ni la force pour produire les armes dont il a besoin. Ou bien il restreindra ses exigences quant à sa ration journalière, de façon à se contenter du résultat de la cueillette de dix heures, par exemple : alors il lui restera quelques heures libres chaque jour pour travailler, et il pourra se mettre à fabriquer les armes de chasse qu&#039;il convoite. Ceci revient à dire : avant que de pouvoir réellement former un capital, il faut &#039;&#039;épargner&#039;&#039; d&#039;abord les forces productives nécessaires pour sa formation en se privant de certaines jouissances immédiates.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui se présente pour Robinson avec ses douze heures de travail par jour, avec ses fruits et ses armes, se présente en grand pour chaque nation dont la dotation quotidienne en forces productives se compose du travail de plusieurs millions d&#039;hommes, qui tirent leurs moyens de subsistance de toutes les richesses et de toute les commodités du XIXe siècle et dont les besoins en capitaux sont représentés par des machines, des chemins de fer et des canaux. Les quantités et les noms seuls varient. Nombre de complications, il est vrai, rendent difficile de tout embrasser d&#039;un seul coup d&#039;oeil, mais le fond reste toujours le même : une nation pas plus qu&#039;un individu ne saurait former autrement son capital, on augmenter ce capital une fois formé, qu&#039;en s&#039;astreignant à consommer pendant chaque année courante une quantité de produits moindre que celle que ses forces productives peuvent mettre à sa disposition dans la même période. Ce n&#039;est qu&#039;en rendant libre par l&#039;épargne une part de sa dotation annuelle en forces productives et en la dérobant aux désirs de jouissance immédiate de la vie, qu&#039;elle pourra l&#039;affecter à la création des produits intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ce ne sont pas les biens capitaux eux-mêmes ce ne sont pas les machines, fabriques, matières premières, etc, qu&#039;on épargne, mais ce qu&#039;on épargne, ce sont les moyens de jouissance et par là même on épargne des forces productives qu&#039;on peut employer alors à la production des capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quittons maintenant le domaine de la production pour nous tourner vers les problèmes de la distribution. Si dans les explications précédentes je n&#039;ai fait que rectifier et étendre l&#039;ancienne théorie, sans en présenter une nouvelle, j&#039;espère que les explications suivantes justifieront un peu mieux notre titre de « nouvelle théorie » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie de l&#039;intérêt du capital ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le problème ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi le capital rapporte-t-il un intérêt ? — Ce n&#039;est qu&#039;assez tard que la science s&#039;est posée cette question. Mais depuis qu&#039;elle l&#039;a posée, elle a été submergée par un vrai déluge de réponses. Dans mon Histoire et critique des théories sur l&#039;intérêt du capital, j&#039;ai été à même de distinguer au moins treize groupe différents de théories sur le capital, et comme presque chaque groupe comprend à son tour plusieurs sous-théories nettement distinctes, je ne saurais être accusé d&#039;exagération si j&#039;évalue à quarante ou cinquante l&#039;ensemble des essais de solutions proposées jusqu&#039;à ce jour. Si maintenant on veut considérer que de toutes ces solutions, une seule au plus peut être juste, on sera de mon avis pour regarder cette surabondance non comme le résultat d&#039;une connaissance parfaite de la matière, mais bien au contraire comme la conséquence d&#039;un manque absolu de clarté et d&#039;intelligence. C&#039;est parce qu&#039;on ne connaît pas le vrai chemin conduisant au but qu&#039;on tâtonne à l&#039;aventure dans tous les sentiers possibles, et quelquefois impossibles, pour trouver une solution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois, en effet, et j&#039;ai essayé de prouver d&#039;une manière circonstanciée dans mon livre cité plus haut, que tous les essais de solutions donnés jusqu&#039;ici sont faux. Il est impossible de dire que l&#039;intérêt du capital est, comme l&#039;affirment les uns, « une prime accordée à l&#039;abstention », — ni, selon d&#039;autres, « le salaire du travail moral de l&#039;épargne », — ni, comme le prétendent d&#039;autres encore, « un traitement pour l&#039;accomplissement de certaines fonctions économiques », — ni comme « le fruit d&#039;une vertu productive et particulière au capital », — ni enfin, comme le prétendent les socialistes, le résultat « d&#039;une simple exploitation du privilège de la propriété par ceux qui possèdent ». La véritable explication doit être cherchée, ce me semble, dans une tout autre direction. Mais avant de me tourner de ce côté, il importe de faire quelques courtes observations sur les différentes formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici trois modes primitifs par lesquels on peut tirer de son capital un revenu net ou intérêt, employant le mot dans un sens étendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. En prêtant un capital en argent : c&#039;est tout simplement le prêt à « intérêt » dans le sens le plus restreint du mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. En plaçant son capital dans une entreprise productive et en créant dans celle-ci un produit dont la valeur laisse, défalcation faite de tous les frais, un excédent ou plus-value, qu&#039;on peut attribuer à la coopération du capital, « le profit » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. En possédant un bien de longue durée (mais non pas destiné à la production), tel qu&#039;une maison d&#039;habitation, une piano, un cabinet de lecture, et en le louant moyennant un prix annuel assez élevé pour laisser un excédent, un revenu net, après en avoir déduit les frais d&#039;entretien ainsi qu&#039;une prime d&#039;amortissement pour la dégradation de l&#039;objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ressort clairement de cette énumération, encore une fois, que le « capital » représente dans la théorie sur l&#039;intérêt une idée  beaucoup plus étendue que le « capital » dans la théorie de la production. En outre, il est clair qu&#039;une théorie exacte sur l&#039;intérêt doit pouvoir donner l&#039;explication de toutes les formes sous lesquelles nous avons dit que se présentait l&#039;intérêt. Essayons de le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;influence du temps sur la valeur des biens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quiconque s&#039;occupe d&#039;économie politique sait aujourd&#039;hui que la valeur n&#039;est pas une qualité matérielle des biens, qualité qui leur serait inhérente, mais le résultat variable de circonstances variables elles-mêmes. Un quintal de blé, par exemple, vaut plus après une mauvaise révolte, moins après une moisson abondante. Un stère de bois vaut beaucoup plus à Paris que dans une des forêts des Alpes ou des Pyrénées. Ces quelques exemples montrent déjà que le lieu et le temps de la disponibilité jouent un rôle particulièrement important parmi les circonstances qui influent sur la valeur. Des différences de valeur innombrables s&#039;y rattachent. Et cependant on peut de nouveau y distinguer deux catégories. Certaines différences de valeur locales et temporaires sont fortuites et indépendantes de toute règle. Ces différences sont dues au hasard, si toutefois en économie politique il est permis de parler de hasard. Il se peut, par exemple, que la vendange soit cette année-ci bonne en Allemagne et mauvaise en France : donc le prix du vin sera élevé ici, en baisse là-bas. Mais l&#039;année prochaine le contraire aura peut-être lieu, la révolte sera bonne en France et mauvaise en Allemagne : alors aussi le prix sera déprécié ici, en hausse là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En regardant de plus près, on rencontrera à côté de ces différences de valeur irrégulières une catégorie de différences régulières, causées par des différences de lieux. Ainsi, par exemple, voici une loi qui se manifeste très nettement dans tous les faits, c&#039;est que tous les articles valent beaucoup moins à l&#039;endroit où ils sont produits, qu&#039;à l&#039;endroit où ils sont expédiés et consommés. Le blé est toujours meilleur marché dans le sud de la Hongrie qu&#039;à Pest, à Pest meilleur marché qu&#039;à Vienne, à Vienne meilleur marché qu&#039;en Suisse. Ou encore, c&#039;est dans la mine que le charbon est le moins cher; il est déjà un peu plus cher à la station la plus rapprochée de la mine, plus cher aux stations plus éloignées et le plus cher à la station finale, par exemple à Paris. Or la question qui s&#039;impose ici est de savoir si cette différence de valeur légitime, produite par la différence des lieux, ne se rattache pas simplement à une différence dans le temps ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai examiné les faits concernant cette question et j&#039;y ai trouvé une loi aussi simple que nette. Cette loi, la voici : des biens présents ont toujours une valeur plus élevée que des biens futurs de même espèce en quantité égale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ils n&#039;ont pas une valeur plus élevée que celle que ces biens futurs auront un jour, mais que celle qu&#039;ils ont dans notre estimation d&#039;aujourd&#039;hui pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous préférons toujours posséder aujourd&#039;hui 100 francs ou 100 quintaux de blé que de ne les avoir que dans un an, et nous préférons encore les avoir dans un an que dans deux, trois, dix ou cent ans ; de même que nous préférons toujours avoir un quintal de charbon à Paris que dans la mine, un stère de bois chez nous que dans la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc les biens présents valent-ils, dans tous les cas, plus que des biens futurs ? — Trois raisons différentes concourent à ce résultat : une raison économique, une raison psychologique et une raison technique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Une raison économique : c&#039;est le rapport entre le besoin et l&#039;approvisionnement dans le présent et dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un fait bien connu, c&#039;est que nous estimons un bien d&#039;autant plus que nous en éprouvons un besoin plus pressant et que nous en sommes moins bien pourvus, et vice versa. Or, en voici les conséquences, en ce qui touche notre question : toutes les personnes qui éprouvent des besoins pressants et n&#039;ont que peu de provisions estimeront énormément ces biens indispensables pour eux à ce moment et bien plus que des biens futurs ne sauraient leur servir à satisfaire leurs besoins présents. Représentons-nous des hommes assiégés dans une forteresse, manquant d&#039;approvisionnements. Ils estimeront bien plus un quintal de froment qu&#039;ils peuvent l&#039;obtenir maintenant pendant le siège, que deux ou même dix quintaux du même froment qu&#039;ils pourraient recevoir dans un an, quand le siège serait levé depuis longtemps. On dira que les sièges sont, heureusement, très rares. Mais, sous une forme un peu différente, des millions de nos concitoyens sont constamment en état de siège, manquant d&#039;approvisionnements; ce sont tous les gens sans fortune. Demandez à cet ouvrier qui vit au jour le jour de la paye de sa semaine et qui mourrait de faim si pendant plusieurs semaines elle venait à lui manquer, demandez-lui s&#039;il préfère toucher de suite les 20 francs qui constituent sa paye d&#039;une semaine ou s&#039;il aime mieux toucher 40 francs représentant la paye de deux semaines, mais seulement dans trois ans. Il répondra naturellement qu&#039;il préfère 20 francs aujourd&#039;hui à 40 francs qu&#039;on lui fonnerait dans trois ans. A quoi lui serviront ces 40 francs si, d&#039;ici-là, il est mort de faim ? Ainsi répondront la moitié, ou les trois quarts, de tous ceux qui font partie des classes pauvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais n&#039;y a t-il pas aussi des gens dont la condition est plus aisée dans le présent qu&#039;elle ne le sera plus tard ? Assurément il y en a. Alors ceux-ci, n&#039;estimeront-ils pas davantage les biens futurs que les biens présents et ne compenseront-ils pas par là le peu d&#039;attrait que ces biens futurs exercent sur leurs concitoyens plus pauvres ? Nullement ! Les biens présents, sauf quelques exceptions tout à fait extraordinaires, ne sont jamais estimés plus bas que des biens futurs. Et, en effet, il y a toujours un moyen très simple de les transformer à volonté en biens futurs, si on préférait ces derniers; ce serait de les laisser sans y toucher jusqu&#039;au moment où le besoin s&#039;en ferait sentir ! Mais il n&#039;existe aucun moyen pour transformer des biens futurs en biens présents, et c&#039;est pour cette raison que ces derniers gardent pour des millions de gens une valeur subjective plus élevés qui ne peut manquer de leur conférer une supériorité quant au prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une raison psychologique. — C&#039;est un penchant caractéristique de presque tous les hommes, à un degré plus ou moins élevé, d&#039;attribuer moins d&#039;importance à des joies ou à des douleurs futures qu&#039;aux plaisirs ou aux peines du moment présent et ils éprouvent le même sentiment d&#039;indifférence pour les biens dont ils ne jouiront que dans un temps à venir. Ce n&#039;est pas le lieu ici de faire de la psychologie; c&#039;est pourquoi je passe rapidement sur les motifs plus raffinés qui conduisent à ce résultat et que j&#039;ai développés dans mon ouvrage. Nous pouvons observer ce résultat dans la vie de tous les jours, et cela à un degré très prononcé soit chez les personnes légères ou insouciantes, par exemple, les enfants, les prodigues; soit chez des peuples entiers, par exemple, les tribus barbares vivant au jour le jour; cette disposition peut même se présenter chez des personnes prudentes, au caractère ferme. Jevons a déjà indiqué cette cause de dépreciation des biens futurs dans son excellent ouvrage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La raison technique est assurément la plus importante de celle que j&#039;ai indiquée. Elle réside dans ce fait acquis par l&#039;expérience et déjà indiqué dans la première partie de cet article, c&#039;est que la production est plus abondante par voie de détours que par la voie directe. Essayons de nous rendre compte de cette corrélation des faits. On sait qu&#039;on pourra arriver à une production plus grande avec la même quantité des forces originaires (par exemple, avec le même nombre de journées de travail), si on prend des détours qui conduisent tout d&#039;abord à la production de produits intermédiaires, plutôt qu&#039;en cherchant à produire d&#039;une manière immédiate les biens de jouissance convoités. Si on se borne, par exemple, à ramasser avec la main les poissons rejetés sur le rivage par les flots, le travail de toute une journée se trouvera peut-être récompensé par une récolte de 3 poissons en moyenne; mais si on commence par fabriquer un canot et des filets, on prendra peut-être 30 poissons en moyenne chaque jour. Mais nous savons d&#039;un autre côté que la production par détour demande plus de temps. La fabrication du bateau et des filets demandera peut-être six mois, et ce n&#039;est qu&#039;après ce délai que pourra commencer la pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est clair que, puisque la production détournée, tout en rapportant davantage, demande du temps avant de pouvoir produire, celui-là seul pourra y recourir qui se trouvera pourvu de biens présents pendant toute la durée des préliminaires et jusqu&#039;au moment du rendement : pour pouvoir prendre un détour de production qui demandera six mois, il faut par ses ressources présentes posséder au moins un approvisionnement pour six mois : si le détour doit s&#039;étendre à une année, il faudra être approvisionné pour un an, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence de tout ceci, c&#039;est que l&#039;avantage de pouvoir choisir la méthode productive la plus abondante est réservé à ceux qui possèdent des biens présents, avantage que ne sauraient leur donner des biens futurs et pour lequel, par conséquent, les biens présents sont de beaucoup supérieurs. Et il est facile de s&#039;en apercevoir dans la vie pratique en remarquant que ceux qui veulent produire, non seulement préfèrent toujours les biens présents aux biens futurs, mais qu&#039;ils sont même toujours disposés, pour se procurer une somme inférieure de biens présents qui leur seront plus utiles, à sacrifier une somme bien supérieure de biens futurs moins utiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imaginons un habitant du littoral absolument dénué de biens et qui, jusqu&#039;à ce moment, a péniblement trouvé son entretien en ramassant sur le rivage les poissons rejetés par l&#039;eau. Combien volontiers ne choisirait-il pas la méthode bien plus avantageuse de pêcher avec un bateau et des filets ! Mais il ne peut attendre dix mois parce qu&#039;il n&#039;a rien à manger en attendant. Proposez-lui de lui avancer son entretien, par exemple 3 poissons chaque jour pendant ces six mois, à la condition qu&#039;il vous rende un an après le double des poissons avancés; réclamez pour les 540 poissons de cette année, 1080 poissons l&#039;année prochaine, il acceptera ce marché avec enthousiasme parce qu&#039;il lui sera facile de faire ce paiement, — sa pêche étant rendue dix fois plus abondante, grâce aux instruments de pêche fabriqués dans l&#039;intervalle, — et qu&#039;il lui restera toujours un gain suffisant pour lui-même. C&#039;est dans cet échange de 540 poissons présentement contre 1080 poissons dans un temps futur, que se manifeste bien nettement cette supériorité des biens présents sur des biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que chacun a des raisons pour estimer plus haut des biens présents que les biens futurs, soit pour un motif, soit pour un autre : le pauvre diable, parce que c&#039;est de biens présents qu&#039;il a le plus grand besoin; le prodigue, parce qu&#039;il ne songe pas à l&#039;avenir; le producteur — et qui n&#039;est pas plus ou moins producteur ? — parce qu&#039;ils lui assurent la supériorité des moyens de production les plus avantageux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc tout le monde ou presque tout le monde estime les biens présents plus que les biens futurs, il va de soi que si des biens présents sont échangés sur le marché contre des biens futurs, les biens présents étant évalués bien plus haut par tout le monde, doivent aussi avoir un prix plus élevé, un agio par rapport aux biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la constatation de ces faits, nous nous trouvons bien près de la solution du problème de l&#039;intérêt. Nous n&#039;avons qu&#039;à embrasser les différents modes sous lesquels les marchandises présentes peuvent être échangés contre des marchandises futures et nous verrons naître de chacun de ces modes d&#039;échange d&#039;une manière directe une des formes de l&#039;intérêt qui nous sont connues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;origine de l&#039;intérêt du capital ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Premier cas : l&#039;intérêt du prêt ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas le plus simple entre tous est celui du prêt. Le prêt n&#039;est autre chose qu&#039;un échange de biens présents contre des biens futurs, et c&#039;est la forme la plus pure et la plus simple sous laquelle un tel échange puisse s&#039;effectuer. Si j&#039;emprunte, suivant l&#039;expression consacrée, 1000 F. pour un an, j&#039;échange en réalité 1000 francs présents que me compte le créancier et qu&#039;il met dans mon avoir, contre 1000 F. de l&#039;année prochaine que je devrai lui payer. Mais comme partout, et par conséquent aussi sur le marché du prêt, 1000 F. présents valent plus que 1000 F. futurs, il me faudra bien, au moment de l&#039;échange, payer quelque chose en plus au créancier pour égaliser les valeurs : ainsi au lieu de 1000 F. il me faudra payer 1050 F. par exemple, et ce surplus est ce qu&#039;on appelle l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà l&#039;explication très simple d&#039;une chose que depuis des siècles on a tournée de toutes façons et qu&#039;on s&#039;est plu à expliquer d&#039;une manière bien spécieuse et pourtant fausse. On a coutume de regarder le prêt non comme un échange, mais comme une espèce de location, et l&#039;intérêt comme le prix de l&#039;usage de l&#039;argent cédé pour une ou plusieurs années, — comme si on pouvait se servir de l&#039;argent d&#039;une manière ininterrompue pendant des années, de la même façon que d&#039;une maison ou d&#039;un meuble ! en réalité on ne peut s&#039;en servir qu&#039;une seule fois et pendant un très court moment, c&#039;est-à-dire, au moment où on le dépense. Et toute conception fausse engendre une autre non moins fausse, ici comme partout. Je ne puis m&#039;attarder ici à démontrer vers quel abîme de contradictions, d&#039;inexactitudes et d&#039;absurdités conduit cette façon de présenter les choses, si inoffensive en apparence. Je me hâte d&#039;arriver à la seconde forme sous laquelle se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième cas : Le profit du capital investi dans des entreprises productives ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce cas est à la fois important et le plus difficile. Mais par les explications déjà données, nous avons la clef pour en trouver également la solution. Exposons d&#039;abord nettement le fait qu&#039;il s&#039;agit d&#039;expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un entrepreneur achète avec son capital une somme d&#039;instruments de production; il achète des matières premières, des outils, du travail, et en employant ces moyens de production, il crée un produit. Ce produit une fois formé a une valeur bien supérieure à celle des biens productifs sacrifiés pour l&#039;obtenir : sa plus-value sera en rapport d&#039;un côté avec le capital employé, de l&#039;autre avec la durée du temps qu&#039;a exigé la création du produit. Si l&#039;entrepreneur a employé 1000 F. par exemple pour les matières premières, etc, et si la période de production dure un an, il arrivera ordinairement à un produit qui vaudra 1050 F. Cet excédent de 50 F. représente le profit du capital. Comment faut-il expliquer cette différence de valeur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a certaines théories qui sont si claires qu&#039;il suffit de les énoncer pour démontrer leur exactitude. Parmi ces théories nous pouvons placer celle-ci : que la valeur des biens productifs doit être déduite de la valeur de leurs produits et non réciproquement. La valeur du vin de Château-Yquem n&#039;est pas très élevée parce que le terrain sur lequel il croît est cher, mais le terrain est cher parce que la valeur du produit qu&#039;on en tire est très grande. Les lecteurs de cette Revue connaissance d&#039;ailleurs déjà cette théorie d&#039;après l&#039;exposé si lucide que M. St-Marc a fait d&#039;un de mes ouvrages sur la valeur, et je puis m&#039;en servir ici sans autre explication !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rester dans l&#039;esprit de cette théorie, nous devons affirmer que tout groupe complémentaire de moyens de production a pour nous absolument la même valeur que le produit que nous espérons créer par son intermédiaire. Si donc le produit futur vaut 1050 F., dois-je estimer le groupe des moyens de production à 1050 F. ? Prenons bien garde, c&#039;est ici l&#039;oeuf de Christophe Colomb; la chose est des plus simples, mais encore faut-il la trouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici l&#039;explication : le produit, d&#039;après lequel nous estimons le groupe des moyens de production, est pour le moment un produit futur. Il n&#039;existera qu&#039;après le procès de la production, par conséquent au bout d&#039;un an, et alors il vaudra 1050 F. Les 1050 F. dont il s&#039;agit ici sont de 1050 F. de l&#039;année prochaine. Mais des biens de l&#039;année prochaine, et par conséquent aussi des francs de l&#039;année prochaine valent moins que des francs de cette année; par exemple 1050 F. de l&#039;année prochaine valent seulement autant que 1000 F. de cette année. Par conséquent, notre groupe de moyens de production, avec lesquels on pourra, au bout d&#039;une année, former un produit qui, à cette époque, vaudra 1050 F, sera bien estimé 1050 F. valeur future, comme le produit lui-même, mais il sera estimé aussi, comme ces mêmes produits, seulement 1000 F., valeur actuelle. Si donc on les achète ou si on les échange aujourd&#039;hui, leur prix de vente devra naturellement être évalué d&#039;après la valeur à ce jour, et on les aura évidemment pour un nombre de francs moindre qu&#039;ils ne rapporteront plus tard à leur possesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens productifs sont en quelque sorte marchandise de l&#039;avenir. Ils représentent des biens de jouissance futurs qu&#039;on obtiendra par leur moyen au bout d&#039;une certaine période de production. Mais précisément parce qu&#039;ils servent seulement à acquérir des biens futurs, et que ceux-ci valent moins que des biens présents, leur valeur n&#039;égale que celle d&#039;un moindre nombre de biens de jouissance présents. Voilà la raison pour laquelle les entrepreneurs achètent leurs moyens de production, et parmi ceux-ci le travail, à un prix plus bas qu&#039;ils ne vendront en son temps le produit acheté; ce n&#039;est point à cause d&#039;une faculté particulière du capital d&#039;engendrer une plus-value, ce n&#039;est pas non plus parce qu&#039;ils exploitent leurs ouvriers, mais simplement parce que tous les biens productifs, quoique matériellement présents, sont, d&#039;après leur nature et leur destination économique, des biens futurs, et que la marchandise de l&#039;avenir a toujours moins de valeur que la marchandise du moment présent. Puis, dans le cours de la production, la marchandise de l&#039;avenir, le « bien productif » est transformé en produit parfait, propre à la jouissance, et acquiert naturellement la valeur complète appartenant aux biens présents. Cet accroissement de valeur constitue la « plus-value » ou « profit du capital des entrepreneurs ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième cas : l&#039;intérêt des biens de longue durée ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai qu&#039;à faire précéder cet article de quelques observations théoriques pour laisser la parole ensuite aux mathématiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens nous sont utiles à cause des forces naturelles et utiles qui leur sont inhérentes, ou mieux, par les services qu&#039;ils nous rendent. Et ce n&#039;est qu&#039;à raison des services que nous pouvons obtenir d&#039;eux, que nous les estimons. La valeur des biens est donc formée de la somme des valeurs de tous les services particuliers qu&#039;ils nous rendent. Cela est très simple pour les biens qui se consomment. Ils ne peuvent servir qu&#039;une fois et pour eux la valeur du bien coïncide naturellement et complètement avec celle de ce service unique : une cartouche a pour moi exactement la valeur que j&#039;attache à son service unique pour tirer un seul coup de feu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chose est plus compliquée pour les choses dites de longue durée, qui permettent un usage répété. Ici la valeur du bien est une grandeur composée, formée de la valeur des services isolés plus ou moins nombreux que nous procure le bien, les uns après les autres. Un animal de trait, par exemple, a pour moi une valeur équivalente à la somme de tous les services rendus par la traction; une machine, une valeur équivalente à la somme de tout ce qu&#039;elle est capable de produire; un vêtement que je ne puis porter que trente fois, a pour moi nécessairement moins de valeur qu&#039;un vêtement de même étoffe me faisant un aussi bon usage pendant cent jours. Mais ici une autre complication peut se présenter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la période de temps pendant laquelle dure le bien n&#039;est pas trop longue et si les services qu&#039;il rend restent, comme nous allons l&#039;admettre une fois pour toutes pour simplifier, les mêmes jusqu&#039;à la fin, tous ces services auront une égale valeur, et la valeur d&#039;usage du bien lui-même se détermine simplement en multipliant la valeur d&#039;un des services rendus par le nombre de ces services. Si l&#039;usage d&#039;un vêtement a pour moi la valeur d&#039;un franc par jour, le vêtement qui me durera trente jours aura pour moi la valeur de 30 F., celui qui durera cent jours, la valeur de 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour beaucoup de biens de longue durée, vaisseaux, machines, édifices, propriétés foncières, le rendement des services s&#039;étend sur de longues périodes, de façon que les rendements ultérieurs ne pourront plus être perçus par le propriétaire ou du moins ne le peuvent être qu&#039;après un temps très long. Dès lors la valeur de ces services reportée à un temps si éloigné, doit partager le sort commun de la valeur de tous les biens futurs. Un service qui, au point de vue technique, est le même qu&#039;un service rendu dans l&#039;année courante, mais qui ne peut être obtenu que dans un an, est un service d&#039;une valeur moindre, un service qui ne rapportera quelque chose qu&#039;au bout de deux ans, aura une valeur encore moindre qu&#039;un service pour l&#039;année présente, et ainsi la valeur des services que rendent les biens diminie nécessairement suivant la date plus ou moins éloignée de l&#039;échéance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnons maintenant la parole aux mathématiques. Elles devront nous apprendre quelle est la valeur en capital d&#039;un tel bien, quel sera son rapport brut, quelle est la part qu&#039;il faut compter pour la détérioration que ce bien a subie, et enfin s&#039;il doit rester quelque chose comme revenu net et pourquoi il doit en être ainsi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons un seul exemple : une machine qui dure six ans et dont les services annuels valent 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord, combien vaudra t-elle ? Si — pour des raisons que j&#039;ai notées dans le passage précédent d&#039;une manière détaillée, — on évalue les biens présents, et naturellement aussi les services présents, environ 5 p. 0/0 plus haut que des biens et des services futurs, la machine vaudra non pas 6x100 = 600 F., mais seulement 100 + 95,23 + 90,70 + 86,38 + 82,27 + 78,35 = 535,93 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel sera le rapport brut annuel d&#039;une telle machine ? Naturellement 100 F., c&#039;est-à-dire la valeur du service qu&#039;elle rend dans l&#039;année courante. Quelle sera la part nécessaire pour couvrir les frais de déterioration et d&#039;amortissement ? Voici encore un problème aussi facile et aussi difficile à la fois que celui de l&#039;oeuf de Christophe Colomb.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons. La valeur de la machine est formée par la valeur additionnée de tous les services qu&#039;elle rend. Or nous devons déduire à la fin de la première année d&#039;usage d&#039;une part de service de la valeur 100 F. On pourrait croire, par conséquent, que la valeur de la machine doit être diminuée elle aussi de 100 F. ? Point du tout, car le temps n&#039;a pas cessé de courir pendant cette première année. Nous avons bien soustrait la valeur du service de l&#039;année courante, mais le service de l&#039;année future devient maintenant revenu de l&#039;année présente et prend par conséquent la pleine valeur de 100 F. De même le revenu de la troisième année devient revenu de la deuxième, celui de la quatrième année revenu de la troisième, et ainsi de suite, chaque terme s&#039;élevant d&#039;un degré et étant remplacé par le suivant, sauf le sixième, qui évidemment n&#039;est remplacé par rien, puisqu&#039;il est le dernier. Au bout de la première année les choses se trouvent donc dans l&#039;état suivant : la machine est maintenant un bien qui pendant cinq ans encore peut donner un revenu annuel de 100 F., et les revenus annuels de cinq années doivent donc être estimés à ce jour de la façon suivante : la première, celle de l&#039;année courante, 100 F.; la deuxième, 95,23 F.; la troisième 90,70 F.; la quatrième, 86,38 F.; la cinquième, 82,27 F., et la machine entière 454,58 F. La dépréciation, par rapport à la valeur première de 532,93 F., n&#039;est donc pas tout à fait de 100 F., mais seulement de 78,35 F. Il est à remarquer que ce chiffre est précisément le même que celui qui exprimait la valeur du revenu de la dernière année, et il est tout naturel qu&#039;il en soit ainsi, car dans notre compte chaque terme de la série a été remplacé par le terme suivant, sauf le dernier qui n&#039;a été remplacé par rien et qui par conséquent manque seul au total. Le produit brut étant donc de 100 F., et l&#039;amortissement pour la déterioration de 78,35 F. seulement, il reste comme produit net 21,65 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par un raisonnement tout à fait analogue, on démontrerait que la machine rapportant de nouveau dans la seconde année 100 F. bruts, on doit diminer sa valeur non pas de 100 F., à cause du rapprochement des autres termes de la série, mais seulement de la valeur du dernier revenu à échoir, soit de 82,27 F. ; elle rapporterait donc encore 17,73 F. représentant l&#039;intérêt d&#039;un capital déjà amoindri par l&#039;amortissement, et ainsi de suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé : le propriétaire d&#039;un bien durable touche toujours la pleine valeur du revenu de chaque année : c&#039;est ce qui constitue le revenu brut du capital. Par contre, il n&#039;a à déduire chaque année comme prime d&#039;amortissement qu&#039;une valeur égale à celle du revenu de la dernière année évaluée au moment présent ; il garde donc en tous cas une somme égale à la différence entre le revenu brut et la prime d&#039;amortissement, et c&#039;est justement ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pour quelle raison les biens de longue durée, les maisons, les fabriques, les vaisseaux, les machines, les meubles, donnent un intérêt net sur la valeur de leur capital. Il ne faut pas chercher ici aucune idée de je ne sais quelle vertu productive qui serait inhérente à une maison d&#039;habitation, à un piano loué ou à un mobilier donné en location; — aucune idée non plus d&#039;une exploitation des ouvriers : où pourrait-on voir des ouvriers exploités dans le cas d&#039;un propriétaire qui loue sa maison à un riche rentier ? Mais tout découle de cette idée très simple que les biens futurs, comme les services futurs, valent moins que les biens présents et les services présents : c&#039;est pourquoi on attribue au services rendus dans un temps futur une valeur moindre qu&#039;aux services rendus dans le temps présent; c&#039;est pourquoi aussi ces services rapportent avec le temps plus que ce qui est nécessaire pour reconstituer et amortir le capital consommé, et c&#039;est pourquoi, enfin, il doit rester un excédent du revenu brut sur l&#039;amortissement, ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons ainsi expliqué, conformément à notre programme, toutes les formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt : intérêt du prêt, profit du capital, revenu des biens de longue durée, comme découlant d&#039;une même cause, à savoir, la différence de valeur entre le présent et l&#039;avenir. Et maintenant un dernier mot sur la façon dont on doit apprécier la légitimité de l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La légitimité de l&#039;intérêt ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;après tout ce que nous venons de dire, l&#039;intérêt doit-il être considéré comme un revenu légitime ou illégitime ? Mérite-t-il la considération dont il jouit dans l&#039;ordre actuel des choses ou doit-on la lui retirer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt en lui-même n&#039;est entaché d&#039;aucun vice. Il n&#039;est point, comme le prétendent les socialistes, le fruit d&#039;une oppression violente ou de l&#039;exploitation des ouvriers, mais bien le résultat naturel et organiquement nécessaire de ce fait économique que les biens présents ont une valeur plus grande pour les hommes que les biens futurs, et ce fait est à son tour le résultat naturel et tout aussi organique d&#039;une série de faits élémentaires, économiques, psychiques et techniques que nous constatons dans le mon de et que nous ne saurion éliminer. Autant il est naturel et parfaitement compréhensible que toujours et partout un bon cheval ait une valeur plus grande qu&#039;un cheval médiocre et qu&#039;un quintal d&#039;avoine ou d&#039;orge — autant il est naturel et compréhensible que toujours et partout nous estimions davantage les biens présents que les biens futurs, puisque dans presque toutes les situations de la vie les premiers nous servent mieux que les seconds. Et autant il est naturel et nullement choquant que le propriétaire du froment de qualité supérieure fasse valoir dans le commerce la supériorité de celui-ci et ne l&#039;échange pas sur un pied d&#039;égalité contre un quintal d&#039;orge ordinaire, mais, par exemple, contre 1 demi quintal de cette denrée, — autant il est naturel et nullement choquant que les possesseurs de biens présents, qu&#039;on appelle les capitalistes, fassent valoir aussi la supériorité de ces biens, losqu&#039;ils les échangent contre des biens futurs, et qu&#039;ils demandent un agio proportionnel à la supériorité de valeur de leurs biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt est si naturel et si loin d&#039;être choquant, que ses pires ennemis, les socialistes, ne pourraient le bannir de ce monde, alors même qu&#039;on les laisserait faire à leur gré. Ils pourraient seulement changer les rapports de possession, et déplacer par là les personnes qui touchent aujourd&#039;hui l&#039;intérêt et les quote-parts qui leur reviennent, mais ils ne sauraient faire disparaître l&#039;intérêt lui-même. Tant qu&#039;on ne réussira pas à bannir de ce monde le Temps lui-même, il ne sera pas indifférent aux hommes qu&#039;on leur remette, par exemple, un petit rejeton de chêne, qui, dans cent ans, deviendra un beau chêne, à la place d&#039;un chêne lui-même tout fomé. Et tant que ceci ne sera pas indifférent, on ne consentira pas, même dans un État socialiste, à payer à un travailleur qui, dans une journée, planterait cent jeunes rejetons de chêne, la valeur de cent chênes magnifiques, 5000 F. par exemple, comme prix de sa journée. Or, si la communauté socialiste lui donne moins, le fait vaut la peine d&#039;être noté; si elle ne lui donne qu&#039;un salaire de 10 ou 20 F., elle fera exactement ce que font aujourd&#039;hui les capitalistes et ce que chez eux les socialistes appellent exploitation de l&#039;ouvrier. En effet, elle achètera le travail de ces ouvriers pour un prix plus bas que ne le sera celui du produit achevé dans un temps donné. Dans l&#039;état socialiste donc, aussi bien qu&#039;aujourd&#039;hui, la nature des choses ne laisserait que le choix entre un brevet de stupidité ou la reconnaissance de l&#039;intérêt : — stupidité, si un salaire de centaines ou de milliers de francs est attribué à un vulgaire travail de plantation, d&#039;où il résultera naturellement que chacun voudra être ouvrier forestier, que personne ne voudra plus exercer le métier de tailleur à l&#039;état de forêt vierge : — l&#039;intérêt, si on estime moins et paye moins des biens futurs, et par conséquent aussi le travail qui aide à créer ces biens futurs, que des biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait encore demander ce qu&#039;on ferait, dans un état socialiste, de l&#039;intérêt ainsi acquis ? Le garderait-on dans la caisse commune ? L&#039;emploierait-on plutôt à augmenter les revenus du peuple, en élevant, par exemple, le prix de la journée de travail qui aurait été jusque-là de 4 F. à 6 F., grâce à ces revenus sociaux ? Ce serait encore gagner sur le produit du travail des ouvriers qu&#039;on occupe à des détours de production très longs et très fructueux, et distribuer ensuite ce gain à tous, c&#039;est-à-dire, pour la plus grande partie, à d&#039;autres. Si au travailleur occupé à reboiser, qui crée un produit futur de 5000 F. par le travail d&#039;une seule journée, la société donne 6 F. par jour au lieu de 4 F., elle gagnera encore un intérêt de 4994 F. qu&#039;elle pourra attribuer à d&#039;autres personnes, à titre de co-associés à la fortune nationale. Mais ce serait là non point détruire l&#039;intérêt, mais seulement le distribuer autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucun vice rédhibitoire n&#039;entache donc l&#039;intérêt. Mais il va sans dire qu&#039;on peut abuser de l&#039;intérêt, de même que de toute institution humaine. L&#039;intérêt confère une puissance légitime en elle-même, mais dont on peut faire un bon ou un mauvais usage. Nous ne voulons défendre ici que le bon emploi qu&#039;on en peut faire : quant aux abus, nous les livrons volontiers à la condamnation la plus sévère. Et même nous ne voudrions pas terminer cette plaidoirie sans adresser à ceux que nous venons de défendre, aux heureux capitalites, un sérieux avertissement pour leur rappeler les charges et les devoirs de la possession !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<title>Eugen Böhm-Bawerk:Une nouvelle théorie sur le capital</title>
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		<updated>2014-01-05T00:25:50Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
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&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;L&#039;article suivant a pour but d&#039;exposer brièvement au public français les idées fondamentales de mon ouvrage : &#039;&#039;Théorie positive du capital&#039;&#039; (Innsbrück, 1889, 467pp.), publié récemment. Cet ouvrage est la continuation et la fin d&#039;un ouvrage plus étendu : &#039;&#039;Capital et Intérêt&#039;&#039;, dont la première partie, contenant : « &#039;&#039;L&#039;Histoire et la critique des théories sur l&#039;intérêt&#039;&#039; », a paru en 1884 (Voy. le compte-rendu de cet ouvrage par St-Marc dans le dernier numéro de la &#039;&#039;Revue d&#039;économie politique&#039;&#039;.&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une théorie sur le capital ! Dès le premier mot, voici la difficulté que nous rencontrons : le mot « capital », dans la science, a non pas une, mais &#039;&#039;deux&#039;&#039; significations, et comme chacune d&#039;elles ouvre un cycle nouveau de phénomènes et de problèmes que la théorie doit expliquer, il ne saurait y avoir &#039;&#039;une seule théorie&#039;&#039; sur &#039;&#039;deux choses différentes&#039;&#039; qui sont désignées tout à fait fortuitement sous ce nom équivoque de « capital ». Je m&#039;explique : il y a un certain capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;production&#039;&#039; et qu&#039;on a coutume de désigner comme un des trois facteurs de la production; il y a un autre capital qui joue un rôle dans la théorie de la &#039;&#039;répartition&#039;&#039; des biens, le capital qui rapporte un profit ou intérêt. Mais le capital facteur de production n&#039;est nullement identique avec le capital qui rapporte un intérêt. Une maison, par exemple, ou un cabinet de lecture, rapportent à leurs propriétaires des intérêts, quoique ces biens n&#039;aient assurément rien à faire avec la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence qui en résulte est si simple et se présente si naturellement à l&#039;esprit qu&#039;on pourrait croire qu&#039;elle n&#039;a pu échapper à personne, et cependant elle a passé inaperçue de tous nos prédécesseurs. Si ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la répartition se compose de biens tous différents de ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la production, il est bien évident que les fonctions qu&#039;exerce celui-là et les effets qu&#039;il produit, par exemple, la capacité de produire intérêt, ne doivent pas être expliquées par des qualités ou forces qui n&#039;appartiennent qu&#039;à celui-ci; de même que si deux personnes portent le même nom, celui d&#039;Alexandre par exemple, il ne faudrait pas conclure de ce que Alexandre I trébuche, qu&#039;Alexandre II est myope ou maladroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi il ne faut pas confondre la solution du problème de distribution avec la solution du problème de production dans l&#039;examen scientifique ; il faut, non pas une théorie mais deux théories sur le capital ; une théorie sur le capital facteur de la production et une théorie indépendante de celle-ci, théorie sur le capital, source de revenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont ces deux conceptions différentes ? Je les distinguerai par les termes de « capital productif » et « capital lucratif ». J&#039;appelle capital productif tous les produits qui sont destinés à servir une production ultérieure, ou, plus brièvement, tous les produits intermédiaires (matières premières, outils, bâtiments de fabrique et autres); capital lucratif, tous les produits qui servent à acquérir des biens. Le capital lucratif comprend en premier lieu tout le capital productif, et de plus tous ces biens en nombre considérable destinés à satisfaire nos besoins, mais dont leurs propriétaires ne font pas personnellement usage et dont ils se servent seulement pour se procurer d&#039;autres biens par voie d&#039;échange (location ou prêt), tels que maisons d&#039;habitation louées, meubles, chevaux de selle, pianos, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne compte ni comme capital productif ni comme capital lucratif la terre, qui est une force productive originaire et non un produit. Pourquoi ? A cette question et à toutes celles sur la conception du capital, qui ont été jusqu&#039;à ce jour l&#039;occasion de malentendus sans nombre, j&#039;ai répondu avec détail dans mon ouvrage; — mais ici je passe sur ces questions de détail pour arriver aux problèmes qui s&#039;attachent au mot de capital, et parmi ceux-ci j&#039;examinerai en premier lieu ceux qui dépendent de la théorie de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie du capital productif ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Du rôle du capital dans la production ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute production a pour but l&#039;acquisition de biens qui servent à la jouissance de la vie, appelons-les brièvement biens de jouissance. Ces biens sont des choses matérielles, et comme telles, soumises aux lois qui régissent la matière. Leur formation, la science économique ne devrait jamais l&#039;oublier, constitue essentiellement un processus naturel, s&#039;accomplissant rigoureusement d&#039;après les lois de la physique et de la chimie. Pour qu&#039;un bien de jouissance prenne naissance, il faut qu&#039;une combinaison donnée de matières et de forces détermine cette naissance et fasse apparaître une forme matérielle telle, comme effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci posé, en quoi peut consister le rôle de l&#039;homme dans la production des biens ? Tout simplement dans la combinaison des facultés naturelles de l&#039;homme, qui est lui-même un rouage du monde physique, avec les forces naturelles extérieures. Il y a donc deux forces productives élémentaires ou originaires et il n&#039;y en a que deux : la nature et le travail. Ce que la nature fait d&#039;elle-même et ce que l&#039;homme y ajoute, voilà la double source d&#039;où découlent tous nos biens et d&#039;où ils doivent nécessairement découler. Il n&#039;y a point de place à côté pour une troisième source élémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les forces naturelles et élémentaires, il y en a qui existent en quantités illimitées : l&#039;air, l&#039;eau, le soleil. Leur concours étant libre en tout temps et gratuit, l&#039;économie politique n&#039;a pas à s&#039;en préoccuper autrement. Elles constituent un élément technique, mais non économique de la production. Par contre, ceux d&#039;entre les dons de la nature, qui ne nous sont répartis qu&#039;avec parcimonie, acquièrent une importance économique. Comme presque tous les dons et qualités rares de la nature dépendent du sol, nous pouvons, sans commettre d&#039;erreur grossière, indiqiuer comme représentant la dotation économique de la nature, les « services fonciers ». Nous pouvons donc dire à ceux qui nous demandent quels sont les éléments de la production : « La nature et le travail sont les éléments techniques, les services fonciers et le travail sont les éléments économiques de la production ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, je n&#039;ai pas encore nommé le capital parmi les forces productives, quoiqu&#039;il soit le héros de ma théorie. Que faut-il donc penser de lui ? Nous le verrons bientôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour tirer de ces forces productives élémentaires les biens de jouissance, l&#039;homme peut employer deux méthodes absolument différentes. Ou bien il cherche à obtenir ces biens désirés par lui directement, sans intermédiaire; par exemple, il ramasse avec sa main les animaux maritimes rejetés sur le rivage; ou bien, il prend un détour, construit avec ces éléments productifs un autre bien, un produit intermédiaire, et avec l&#039;aide de celui-ci, il acquiert enfin le bien convoité. Par exemple, pour prendre des poissons, il commence par fabriquer un hameçon, puis une ligne, ou, par des détours plus grands encore, un canot et des filets et n&#039;entreprend sa pêche qu&#039;aà l&#039;aide de ces outils. Autre exemple : il veut se procurer de l&#039;eau potable qui jaillit d&#039;une source à quelques cents pas de sa demeure; au lieu d&#039;aller à la source chaque fois qu&#039;il a soif et de s&#039;y désaltérer, moyen plus direct, mais fort incommode, il abat quelques douzaines d&#039;arbres, se fabrique un foret, creuse les arbres, et en fait une conduite lui amenant l&#039;eau à la maison en abondance et fort commodément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemple si simples prouvent de reste ce que chacun sait, c&#039;est qu&#039;à l&#039;aide de certains détours de production choisis avec art, on peut obtenir plus de résultats que par le chemin direct, avec la même quantité de forces productives originales, c&#039;est-à-dire qu&#039;avec le même nombre d&#039;heures ou de journées de travail, on peut produire indirectement une plus grande quantité de biens de jouissance que par les moyens directs. C&#039;est un des faits les plus sûrs, les plus connus et les plus importants prouvés par l&#039;expérience. Expliquer la raison de ce fait serait plutôt l&#039;affaire de la physique que de l&#039;économie politique. Mais celle-ci a proclamé tant d&#039;absurdités à ce sujet, elle a tant parlé, entre autres, d&#039;une force productive inhérente au capital, qu&#039;il n&#039;est pas superflu d&#039;indiquer, en passant, la raison physique très simple de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout problème dans l&#039;ordre physique vise en dernier lieu des combinaisons et des déplacements de la matière. Il faut savoir à propos réunir les matériaux qui peuvent concourir, afin que de leurs concours puisse résulter la production souhaitée. Mais trop souvent ces matériaux sont trop énormes ou trop délicats pour se laisser manier par la main humaine, à la fois si faible et si grossière. Nous sommes aussi impuissants à vaincre la force de cohésion de la paroi rocheuse, d&#039;où nous voulons tirer de la pierre à bâtir, qu&#039;à composer un seul grain de froment avec de l&#039;acide carbonique, de l&#039;hydrogène, de l&#039;azote, de l&#039;oxygène et du phosphore. Mais ce qui est refusé à nos propores forces, d&#039;autres forces peuvent l&#039;exécuter et ce sont celles de la nature elle-même. Il y a des forces naturelles dont l&#039;action dépasse de beaucoup le pouvoir humain, comme il en est d&#039;autres qui se plient aux combinaisons les plus délicates. Si nous réussissions à faire de ces forces puissantes nos alliées pour notre oeuvre de production, les limites de notre puissance se trouveraient infiniment reculées. Et nous pouvons y réussir, en effet, mais à une condition, c&#039;est que nous trouvions le moyen de manier plus facilement la matière dont nous voulons nous aider, que celle que nous voulons transformer pour nous procurer le bien convoité. Cette condition se trouve heureusement presque toujours réalisée. Notre main faible et délicate ne saurait vaincre la force de cohésion du rocher ; mais le coin de fer, dur et pointu, le peut, et il nous est facile de le manier, lui et le marteau qui doit le faire pénétrer. A la vérité, il nous est parfois impossible de nous servir directement de la matière dont nous attendons le secours, mais en ce cas nous employons contre elle les mêmes armes qu&#039;elle doit nous fournir à nous-mêmes : nous cherchons à dompter une seconde force naturelle qui nous permette de vaincre la première.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous voudrions conduire l&#039;eau de la source à notre demeure; des tuyaux de bois la contraindraient bien à suivre la voie que lui trace notre désir. Mais impossible à notre main de donner aux arbre de la forêt la forme de tuyaux. Le détour est promptement trouvé; nous cherchons une seconde force auxiliaire dans la hache et le foret : avec l&#039;aide nous façonnons la conduite et avec l&#039;aide de celle-ci nous transportons l&#039;eau. Et ce qu&#039;on produit dans cet exemple à l&#039;aide de deux ou trois étapes successives, on le fera avec un succès plus grand encore à l&#039;aide de cinq, dix ou vingt étapes. De même que nous maîtrisons les éléments du bien convoité à l&#039;aide d&#039;une force auxiliaire, de même nous pouvons maîtriser la seconde force auxiliaire au moyen d&#039;une troisième, celle-ci au moyen d&#039;une quatrième, etc, en remontant ainsi à des causes toujours plus éloignées du résultat final, jusqu&#039;à ce que dans cette série nous rencontrions enfin une cause que nous pouvons maîtriser commodément à l&#039;aide de nos seules forces personnelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà la véritable signification de ces détours dans la production et voici la raison des succès qui en dépendent : chaque détour démontre l&#039;acquisition d&#039;une force auxiliaire, plus forte ou plus habile que la main de l&#039;homme. Toute prolongation de ces détours représente une augmentation des forces auxiliaires mises au service de l&#039;homme et par conséquent la libération, grâce à elle, d&#039;une partie du travail pénible et coûteux de la production dont il se décharge sur la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est temps maintenant de donner un nom aux divers procédés que nous venons de décrire. La production qui prend d&#039;habiles détours n&#039;est autre chose que ce que les économistes appellent la production « capitalistique », de même que la production qui va droit au but, la main vide, s&#039;appelle la production sans capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quant au capital lui-même, ce n&#039;est autre chose que ces produits intermédiaires qui prennent naissance pendant les différentes étapes de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pourtant compléter notre description du processus de la production du capital par deux observations : nous avons déjà dit que le fait de prendre des détours amenait à obtenir de plus grands résultats. Il faut ajouter que cet avantage n&#039;est pas seulement la conséquence du premier détour, mais de toute prolongation de celui-ci; toutefois, l&#039;accroissement de la production n&#039;est pas en raison directe de la prolongation progressive du détour. Avec un détour qui dure 3 jours (par exemple, la confection d&#039;un hameçon), on obtient plus que par la voie directe; avec un détour qui exige 30 jours (par exemple, la construction d&#039;un bateau), on obtient davantage encore; avec une prolongation du détour portée à 300 ou 3000 jours (par exemple, la construction d&#039;un vaisseau parfaitement équipé; ouverture d&#039;une mine pour obtenir du fer pour construire des machines pour vaisseaux, etc.), on augmentera encore le rapport, mais non point dans les proportions de 3 : 30 : 300 : 3000, proportion qui dépasserait bientôt les limites du possible ! Le succès obtenu sera dans des proportions plus modestes. Il importe de noter cette loi, elle trouvera plus loin une application dans notre théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l&#039;avantage d&#039;un plus grand rendement a, comme revers, ce désavantage : perte de temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les détours de production par le capital procurent finalement plus de biens de jouissance, mais il faut les attendre plus longtemps. Celui qui ramasse les poissons sur le rivage avec la main, prend peu, mais ce peu, il en jouit aussitôt. Celui qui se fait une ligne, doit attendre sa première pêche quelques jours; celui qui construit un bateau, l&#039;attendre quelques mois; celui qui creuse une mine, attendre des années. Encore un fait qu&#039;il importe de retenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Résumons maintenant brièvement le contenu de cet article dans lequel nous n&#039;avons pas encore développé de théories, nous contentant de décrire simplement les faits :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens de jouissance que produit l&#039;homme naissent du concours des forces humaines avec les forces naturelles, en partie forces économiques, en partie forces naturelles gratuites. L&#039;homme peut se procurer ces biens de jouissance, convoités par lui, avec ces forces productives, soit directement, soit indirectement, par l&#039;intervention de produits intermédiaires appelés biens capitaux. Cette dernière méthode demande un sacrifice de temps, mais permet de produire davantage, et cet avantage se fait sentir, quoique suivant une progression décroissante, pour chaque prolongation de détour dans la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant cherchons à tirer de ces faits les conclusions en réponse aux questions que nous pose la théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le capital constitue t-il un facteur indépendant ou original de la production ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette question, il faut répondre d&#039;une manière absolument négative. La nature et le travail seuls sont des facteurs élémentaires ou originaux de la production. Le capital est un produit intermédiaire du travail de la nature; rien de plus. Sa propre formation, son existence, son action ne sont que des épisodes dans l&#039;action ininterrompue des véritables éléments, nature et travail. Ceux-là seuls font tout depuis le commencement jusqu&#039;à la fin pour la formation des biens de jouissance. La seule différence est qu&#039;ils font ce tout parfois d&#039;un seul trait, parfois par étapes successives; dans ce dernier cas la fin de chaque étape est marquée extérieurement par la formation d&#039;un produit préliminaire ou intermédiaire , et le capital apparaît. Mais, je le demande, si les auteurs d&#039;une oeuvre quelconque, au lieu de l&#039;accomplir d&#039;un seul trait, s&#039;y prennent à plusieurs reprises, est-ce une raison pour ne pas reconnaître qu&#039;ils en sont les véritables auteurs ? Si aujourd&#039;hui, par le concours de mon travail avec les forces naturelles, je forme des briques avec de l&#039;argile; si demain, unissant de nouveau mon travail à d&#039;autres forces naturelles, je fais de la chaux, et si après-demain avec ces briques et ce mortier j&#039;élève un mur, serait-on fondé à prétendre d&#039;une partie quelconque de ce mur qu&#039;il n&#039;est pas fait par moi et les forces naturelles ? Ou bien encore, avant qu&#039;un ouvrage de longue haleine, la construction d&#039;une maison par exemple, ne soit mené à bonne fin, je suppose qu&#039;on n&#039;en fait une première fois que le quart, puis la moitié, puis les trois quarts et enfin le tout. Que penserait-on si quelqu&#039;un prétendait que ces étapes inévitables de l&#039;avancement de l&#039;ouvrage en constituent des conditions indépendantes et que pour construite une maison il faut, en plus ces matières premières et ce travail des maçons, « une maison achevée au quart, une maison achevée à moitié, enfin, une maison achevée aux trois quarts ? » L&#039;erreur est moins frappante peut-être dans la forme, mais tout aussi forte dans le fond, quand on veut placer à côté de la nature et du travail, comme agents indépendants de la production, ces étapes intermédiaires du progrès de l&#039;ouvrage qui se présentent extérieurement sous la forme de biens capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais d&#039;où vient donc que tant d&#039;auteurs, et parmi eux des auteurs si éminents, s&#039;obstinent à compter malgré tout trois facteurs de la production, et parmi ces trois le capital ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette classification, c&#039;est ma profonde conviction, tient uniquement à ce que ces auteurs craignent d&#039;être embarrassés pour expliquer et justifier l&#039;intérêt du capital. Tout revenu primitif vient, disent-ils, d&#039;une participation dans la production. La rente foncière forme les honoraires du facteur productif de la nature, le salaire rémunère le facteur travail, et l&#039;intérêt rémunère le capital; mais dans cette théorie, l&#039;intérêt du capital eût semblé planer dans le vide, si on n&#039;avait pu le présenter au même titre que les autres, c&#039;est-à-dire comme représentant les honoraires d&#039;un troisième facteur productif indépendant. Et comme il fallait sauver à tout prix, dans l&#039;intérêt de la société civile, la cause de l&#039;intérêt du capital, on a mieux aimé fermer les yeux sur les faits et laisser passer le capital comme troisième facteur indépendant de la production, quoique forcé parfois, dès la page suivante, de convenir que ce prétendu facteur élémentaire doit être formé préalablement lui-même par le concours de la nature et du travail. Je suis convaincu qu&#039;il suffirait d&#039;indiquer aux économistes un moyen qui leur permît d&#039;expliquer et de justifier l&#039;intérêt du capital sans avoir besoin de reconnaître le capital comme facteur élémentaire de la production, pour qu&#039;ils abandonnassent aussitôt cette théorie qui n&#039;a aucune consistance en elle-même. J&#039;essaierai d&#039;indiquer ce moyen dans la deuxième partie de ce travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le capital ne doit pas être considéré comme un facteur indépendant de la production, alors quel rôle jour-t-il donc dans la production ? Répondons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Son existence nous apparaît toujours comme le symptôme d&#039;un détour avantageux dans la production. Je dis « symptôme » et non « cause » car son existence est, en effet, plutôt la conséquence que la cause de ces détours. Ce n&#039;est pas parce que le bateau et les filets existent déjà, que je prends des poissons par ce détour, mais c&#039;est seulement après avoir choisi ce détour avantageux et parce que je l&#039;ai choisi que le bateau et les filets existent; il faut déjà avoir trouvé le détour dans la production, pour que les biens capitaux prennent naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le capital devient une cause intermédiaire efficace pour servir à l&#039;achèvement du détour avantageux déjà choisi. Chaque portion du capital constitue en quelque sorte un réservoir de forces naturelles utilisables qui aideront à achever le détour de production au cours duquel cette portion du capital a pris naissance. Je répète « cause intermédiaire » et non « cause première ». Le capital ne saurait, en effet, donner aucune impulsion par lui-même, il ne peut que transmettre une impulsion une fois donnée par des forces naturelles, de même qu&#039;une boule une fois lancée peut communiquer son mouvement à une autre boule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le capital devient quelquefois une cause indirecte en nous permettant de choisir d&#039;autres détours de production avantageux, d&#039;autres que ceux à l&#039;occasion desquels il a été formé. Quand un peuple possède beaucoup de capitaux et précisément parce qu&#039;il les possède, il peut non seulement achever avec succès les détours de production au cours desquels ces capiaux ont été formés, mais il peut choisir d&#039;autres détours nouveaux. Car le stock existant de capitaux n&#039;est autre chose que produit d&#039;un travail passé qui va se transformer chaque année en biens de jouissance. Chaque année cette transformation s&#039;opère pour une certaine partie du capital. Donc plus grand est le stock du capital, plus grande aussi est la part que prennent de cette manière les forces productives des périodes passées à la formation des biens de jouissance du présent, et d&#039;autant moins il faut employer à cette dernière fin les forces productives nouvelles de la période courante. Une part bien plus grande reste donc disponible pour être mise au service de l&#039;avenir et peut être employée dans des détours de production à plus grande portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout bien considéré, aucun des nombreux certificats donnés au capital par l&#039;économie politique ne désigne mieux son rôle dans la production que celui-ci : un instrument de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Comment se forment les capitaux ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe sur ce point trois opinions différentes dans la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les uns affirment que le capital se forme par la seule épargne. Adam Smith dit : « c&#039;est l&#039;économie et non l&#039;activité qui est la cause immédiate de l&#039;augmentation du capital. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres affirment exactement le contraire, à savoir, que le capital est formé non par l&#039;épargne, mais par le travail; ainsi le socialiste allemand Rodbertus dit : « le capital national augmente par le travail et non par l&#039;économie. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres enfin affirment que ces deux choses sont nécessaires à la fois « l&#039;épargne et le travail productif ». Je me range à l&#039;opinion de ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque portion du capital, c&#039;est-à-dire, par exemple, chaque canot, ou chaque filet, ou chaque marteau, ou chaque machine est certainement formée directement par le travail. Mais pour pouvoir produire ces portions du capital, il fallu nécessairement faire autre chose auparavant, il a fallu rendre libres certaines forces productives pour la formation projetée du capital : et cela ne peut avoir lieu que par l&#039;épargne. Représentons-nous un Robinson dans une île déserte, capable de travailler douze heures par jour. Il est dépourvu de tout et se nourrit de fruits sauvages. Il voudrait bien posséder un arc et des flèches pour tuer le gibier. Mais ce travail lui demanderait un mois, et les fruits sauvages sont malheureusement si rares dans son île, qu&#039;il lui faut passer toute  la journée, sans perdre un instant, pour en récolter de quoi suffire tout juste à son entretien. Dans ces conditions, il ne lui reste certainement pas de temps pour fabriquer un arc et des flèches. Demandons-nous pourquoi il n&#039;entre pas dans la possession du capital convoité : pourquoi il ne le produit pas ? Tout simplement parce que toute la force productive dont il dipose est occupée et au-delà à produire ce dont il a besoin pour le moment et qu&#039;il ne lui reste pas de force productive libre pour créer des produits intermédiaires qui ne lui rapporteront que dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons maintenant que les fruits sauvages soient plus abondants, de telle sorte que Robinson puisse en neuf heures en cueillir assez pour être à l&#039;abri des affres de la faim, tandis qu&#039;il lui faudrait continuer sa cueillette pendant douze heures s&#039;il voulait en récolter assez pour satisfaire amplement son appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;en sera-t-il maintenant de la confection des armes de chasse ? La chose est parfaitement claire. Ou bien Robinson tient absolument à apaiser sa faim dans la mesure du possible et à consommer chaque jour le fruit d&#039;une récolte de douze heures : il ne lui restera alors naturellement ni le temps ni la force pour produire les armes dont il a besoin. Ou bien il restreindra ses exigences quant à sa ration journalière, de façon à se contenter du résultat de la cueillette de dix heures, par exemple : alors il lui restera quelques heures libres chaque jour pour travailler, et il pourra se mettre à fabriquer les armes de chasse qu&#039;il convoite. Ceci revient à dire : avant que de pouvoir réellement former un capital, il faut épargner d&#039;abord les forces productives nécessaires pour sa formation en se privant de certaines jouissances immédiates.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui se présente pour Robinson avec ses douze heures de travail par jour, avec ses fruits et ses armes, se présente en grand pour chaque nation dont la dotation quotidienne en forces productives se compose du travail de plusieurs millions d&#039;hommes, qui tirent leurs moyens de subsistance de toutes les richesses et de toute les commodités du XIXe siècle et dont les besoins en capitaux sont représentés par des machines, des chemins de fer et des canaux. Les quantités et les noms seuls varient. Nombre de complications, il est vrai, rendent difficile de tout embrasser d&#039;un seul coup d&#039;oeil, mais le fond reste toujours le même : une nation pas plus qu&#039;un individu ne saurait former autrement son capital, on augmenter ce capital une fois formé, qu&#039;en s&#039;astreignant à consommer pendant chaque année courante une quantité de produits moindre que celle que ses forces productives peuvent mettre à sa disposition dans la même période. Ce n&#039;est qu&#039;en rendant libre par l&#039;épargne une part de sa dotation annuelle en forces productives et en la dérobant aux désirs de jouissance immédiate de la vie, qu&#039;elle pourra l&#039;affecter à la création des produits intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ce ne sont pas les biens capitaux eux-mêmes ce ne sont pas les machines, fabriques, matières premières, etc, qu&#039;on épargne, mais ce qu&#039;on épargne, ce sont les moyens de jouissance et par là même on épargne des forces productives qu&#039;on peut employer alors à la production des capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quittons maintenant le domaine de la production pour nous tourner vers les problèmes de la distribution. Si dans les explications précédentes je n&#039;ai fait que rectifier et étendre l&#039;ancienne théorie, sans en présenter une nouvelle, j&#039;espère que les explications suivantes justifieront un peu mieux notre titre de « nouvelle théorie » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie de l&#039;intérêt du capital ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le problème ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi le capital rapporte-t-il un intérêt ? — Ce n&#039;est qu&#039;assez tard que la science s&#039;est posée cette question. Mais depuis qu&#039;elle l&#039;a posée, elle a été submergée par un vrai déluge de réponses. Dans mon Histoire et critique des théories sur l&#039;intérêt du capital, j&#039;ai été à même de distinguer au moins treize groupe différents de théories sur le capital, et comme presque chaque groupe comprend à son tour plusieurs sous-théories nettement distinctes, je ne saurais être accusé d&#039;exagération si j&#039;évalue à quarante ou cinquante l&#039;ensemble des essais de solutions proposées jusqu&#039;à ce jour. Si maintenant on veut considérer que de toutes ces solutions, une seule au plus peut être juste, on sera de mon avis pour regarder cette surabondance non comme le résultat d&#039;une connaissance parfaite de la matière, mais bien au contraire comme la conséquence d&#039;un manque absolu de clarté et d&#039;intelligence. C&#039;est parce qu&#039;on ne connaît pas le vrai chemin conduisant au but qu&#039;on tâtonne à l&#039;aventure dans tous les sentiers possibles, et quelquefois impossibles, pour trouver une solution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois, en effet, et j&#039;ai essayé de prouver d&#039;une manière circonstanciée dans mon livre cité plus haut, que tous les essais de solutions donnés jusqu&#039;ici sont faux. Il est impossible de dire que l&#039;intérêt du capital est, comme l&#039;affirment les uns, « une prime accordée à l&#039;abstention », — ni, selon d&#039;autres, « le salaire du travail moral de l&#039;épargne », — ni, comme le prétendent d&#039;autres encore, « un traitement pour l&#039;accomplissement de certaines fonctions économiques », — ni comme « le fruit d&#039;une vertu productive et particulière au capital », — ni enfin, comme le prétendent les socialistes, le résultat « d&#039;une simple exploitation du privilège de la propriété par ceux qui possèdent ». La véritable explication doit être cherchée, ce me semble, dans une tout autre direction. Mais avant de me tourner de ce côté, il importe de faire quelques courtes observations sur les différentes formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici trois modes primitifs par lesquels on peut tirer de son capital un revenu net ou intérêt, employant le mot dans un sens étendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. En prêtant un capital en argent : c&#039;est tout simplement le prêt à « intérêt » dans le sens le plus restreint du mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. En plaçant son capital dans une entreprise productive et en créant dans celle-ci un produit dont la valeur laisse, défalcation faite de tous les frais, un excédent ou plus-value, qu&#039;on peut attribuer à la coopération du capital, « le profit » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. En possédant un bien de longue durée (mais non pas destiné à la production), tel qu&#039;une maison d&#039;habitation, une piano, un cabinet de lecture, et en le louant moyennant un prix annuel assez élevé pour laisser un excédent, un revenu net, après en avoir déduit les frais d&#039;entretien ainsi qu&#039;une prime d&#039;amortissement pour la dégradation de l&#039;objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ressort clairement de cette énumération, encore une fois, que le « capital » représente dans la théorie sur l&#039;intérêt une idée  beaucoup plus étendue que le « capital » dans la théorie de la production. En outre, il est clair qu&#039;une théorie exacte sur l&#039;intérêt doit pouvoir donner l&#039;explication de toutes les formes sous lesquelles nous avons dit que se présentait l&#039;intérêt. Essayons de le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;influence du temps sur la valeur des biens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quiconque s&#039;occupe d&#039;économie politique sait aujourd&#039;hui que la valeur n&#039;est pas une qualité matérielle des biens, qualité qui leur serait inhérente, mais le résultat variable de circonstances variables elles-mêmes. Un quintal de blé, par exemple, vaut plus après une mauvaise révolte, moins après une moisson abondante. Un stère de bois vaut beaucoup plus à Paris que dans une des forêts des Alpes ou des Pyrénées. Ces quelques exemples montrent déjà que le lieu et le temps de la disponibilité jouent un rôle particulièrement important parmi les circonstances qui influent sur la valeur. Des différences de valeur innombrables s&#039;y rattachent. Et cependant on peut de nouveau y distinguer deux catégories. Certaines différences de valeur locales et temporaires sont fortuites et indépendantes de toute règle. Ces différences sont dues au hasard, si toutefois en économie politique il est permis de parler de hasard. Il se peut, par exemple, que la vendange soit cette année-ci bonne en Allemagne et mauvaise en France : donc le prix du vin sera élevé ici, en baisse là-bas. Mais l&#039;année prochaine le contraire aura peut-être lieu, la révolte sera bonne en France et mauvaise en Allemagne : alors aussi le prix sera déprécié ici, en hausse là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En regardant de plus près, on rencontrera à côté de ces différences de valeur irrégulières une catégorie de différences régulières, causées par des différences de lieux. Ainsi, par exemple, voici une loi qui se manifeste très nettement dans tous les faits, c&#039;est que tous les articles valent beaucoup moins à l&#039;endroit où ils sont produits, qu&#039;à l&#039;endroit où ils sont expédiés et consommés. Le blé est toujours meilleur marché dans le sud de la Hongrie qu&#039;à Pest, à Pest meilleur marché qu&#039;à Vienne, à Vienne meilleur marché qu&#039;en Suisse. Ou encore, c&#039;est dans la mine que le charbon est le moins cher; il est déjà un peu plus cher à la station la plus rapprochée de la mine, plus cher aux stations plus éloignées et le plus cher à la station finale, par exemple à Paris. Or la question qui s&#039;impose ici est de savoir si cette différence de valeur légitime, produite par la différence des lieux, ne se rattache pas simplement à une différence dans le temps ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai examiné les faits concernant cette question et j&#039;y ai trouvé une loi aussi simple que nette. Cette loi, la voici : des biens présents ont toujours une valeur plus élevée que des biens futurs de même espèce en quantité égale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ils n&#039;ont pas une valeur plus élevée que celle que ces biens futurs auront un jour, mais que celle qu&#039;ils ont dans notre estimation d&#039;aujourd&#039;hui pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous préférons toujours posséder aujourd&#039;hui 100 francs ou 100 quintaux de blé que de ne les avoir que dans un an, et nous préférons encore les avoir dans un an que dans deux, trois, dix ou cent ans ; de même que nous préférons toujours avoir un quintal de charbon à Paris que dans la mine, un stère de bois chez nous que dans la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc les biens présents valent-ils, dans tous les cas, plus que des biens futurs ? — Trois raisons différentes concourent à ce résultat : une raison économique, une raison psychologique et une raison technique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Une raison économique : c&#039;est le rapport entre le besoin et l&#039;approvisionnement dans le présent et dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un fait bien connu, c&#039;est que nous estimons un bien d&#039;autant plus que nous en éprouvons un besoin plus pressant et que nous en sommes moins bien pourvus, et vice versa. Or, en voici les conséquences, en ce qui touche notre question : toutes les personnes qui éprouvent des besoins pressants et n&#039;ont que peu de provisions estimeront énormément ces biens indispensables pour eux à ce moment et bien plus que des biens futurs ne sauraient leur servir à satisfaire leurs besoins présents. Représentons-nous des hommes assiégés dans une forteresse, manquant d&#039;approvisionnements. Ils estimeront bien plus un quintal de froment qu&#039;ils peuvent l&#039;obtenir maintenant pendant le siège, que deux ou même dix quintaux du même froment qu&#039;ils pourraient recevoir dans un an, quand le siège serait levé depuis longtemps. On dira que les sièges sont, heureusement, très rares. Mais, sous une forme un peu différente, des millions de nos concitoyens sont constamment en état de siège, manquant d&#039;approvisionnements; ce sont tous les gens sans fortune. Demandez à cet ouvrier qui vit au jour le jour de la paye de sa semaine et qui mourrait de faim si pendant plusieurs semaines elle venait à lui manquer, demandez-lui s&#039;il préfère toucher de suite les 20 francs qui constituent sa paye d&#039;une semaine ou s&#039;il aime mieux toucher 40 francs représentant la paye de deux semaines, mais seulement dans trois ans. Il répondra naturellement qu&#039;il préfère 20 francs aujourd&#039;hui à 40 francs qu&#039;on lui fonnerait dans trois ans. A quoi lui serviront ces 40 francs si, d&#039;ici-là, il est mort de faim ? Ainsi répondront la moitié, ou les trois quarts, de tous ceux qui font partie des classes pauvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais n&#039;y a t-il pas aussi des gens dont la condition est plus aisée dans le présent qu&#039;elle ne le sera plus tard ? Assurément il y en a. Alors ceux-ci, n&#039;estimeront-ils pas davantage les biens futurs que les biens présents et ne compenseront-ils pas par là le peu d&#039;attrait que ces biens futurs exercent sur leurs concitoyens plus pauvres ? Nullement ! Les biens présents, sauf quelques exceptions tout à fait extraordinaires, ne sont jamais estimés plus bas que des biens futurs. Et, en effet, il y a toujours un moyen très simple de les transformer à volonté en biens futurs, si on préférait ces derniers; ce serait de les laisser sans y toucher jusqu&#039;au moment où le besoin s&#039;en ferait sentir ! Mais il n&#039;existe aucun moyen pour transformer des biens futurs en biens présents, et c&#039;est pour cette raison que ces derniers gardent pour des millions de gens une valeur subjective plus élevés qui ne peut manquer de leur conférer une supériorité quant au prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une raison psychologique. — C&#039;est un penchant caractéristique de presque tous les hommes, à un degré plus ou moins élevé, d&#039;attribuer moins d&#039;importance à des joies ou à des douleurs futures qu&#039;aux plaisirs ou aux peines du moment présent et ils éprouvent le même sentiment d&#039;indifférence pour les biens dont ils ne jouiront que dans un temps à venir. Ce n&#039;est pas le lieu ici de faire de la psychologie; c&#039;est pourquoi je passe rapidement sur les motifs plus raffinés qui conduisent à ce résultat et que j&#039;ai développés dans mon ouvrage. Nous pouvons observer ce résultat dans la vie de tous les jours, et cela à un degré très prononcé soit chez les personnes légères ou insouciantes, par exemple, les enfants, les prodigues; soit chez des peuples entiers, par exemple, les tribus barbares vivant au jour le jour; cette disposition peut même se présenter chez des personnes prudentes, au caractère ferme. Jevons a déjà indiqué cette cause de dépreciation des biens futurs dans son excellent ouvrage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La raison technique est assurément la plus importante de celle que j&#039;ai indiquée. Elle réside dans ce fait acquis par l&#039;expérience et déjà indiqué dans la première partie de cet article, c&#039;est que la production est plus abondante par voie de détours que par la voie directe. Essayons de nous rendre compte de cette corrélation des faits. On sait qu&#039;on pourra arriver à une production plus grande avec la même quantité des forces originaires (par exemple, avec le même nombre de journées de travail), si on prend des détours qui conduisent tout d&#039;abord à la production de produits intermédiaires, plutôt qu&#039;en cherchant à produire d&#039;une manière immédiate les biens de jouissance convoités. Si on se borne, par exemple, à ramasser avec la main les poissons rejetés sur le rivage par les flots, le travail de toute une journée se trouvera peut-être récompensé par une récolte de 3 poissons en moyenne; mais si on commence par fabriquer un canot et des filets, on prendra peut-être 30 poissons en moyenne chaque jour. Mais nous savons d&#039;un autre côté que la production par détour demande plus de temps. La fabrication du bateau et des filets demandera peut-être six mois, et ce n&#039;est qu&#039;après ce délai que pourra commencer la pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est clair que, puisque la production détournée, tout en rapportant davantage, demande du temps avant de pouvoir produire, celui-là seul pourra y recourir qui se trouvera pourvu de biens présents pendant toute la durée des préliminaires et jusqu&#039;au moment du rendement : pour pouvoir prendre un détour de production qui demandera six mois, il faut par ses ressources présentes posséder au moins un approvisionnement pour six mois : si le détour doit s&#039;étendre à une année, il faudra être approvisionné pour un an, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence de tout ceci, c&#039;est que l&#039;avantage de pouvoir choisir la méthode productive la plus abondante est réservé à ceux qui possèdent des biens présents, avantage que ne sauraient leur donner des biens futurs et pour lequel, par conséquent, les biens présents sont de beaucoup supérieurs. Et il est facile de s&#039;en apercevoir dans la vie pratique en remarquant que ceux qui veulent produire, non seulement préfèrent toujours les biens présents aux biens futurs, mais qu&#039;ils sont même toujours disposés, pour se procurer une somme inférieure de biens présents qui leur seront plus utiles, à sacrifier une somme bien supérieure de biens futurs moins utiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imaginons un habitant du littoral absolument dénué de biens et qui, jusqu&#039;à ce moment, a péniblement trouvé son entretien en ramassant sur le rivage les poissons rejetés par l&#039;eau. Combien volontiers ne choisirait-il pas la méthode bien plus avantageuse de pêcher avec un bateau et des filets ! Mais il ne peut attendre dix mois parce qu&#039;il n&#039;a rien à manger en attendant. Proposez-lui de lui avancer son entretien, par exemple 3 poissons chaque jour pendant ces six mois, à la condition qu&#039;il vous rende un an après le double des poissons avancés; réclamez pour les 540 poissons de cette année, 1080 poissons l&#039;année prochaine, il acceptera ce marché avec enthousiasme parce qu&#039;il lui sera facile de faire ce paiement, — sa pêche étant rendue dix fois plus abondante, grâce aux instruments de pêche fabriqués dans l&#039;intervalle, — et qu&#039;il lui restera toujours un gain suffisant pour lui-même. C&#039;est dans cet échange de 540 poissons présentement contre 1080 poissons dans un temps futur, que se manifeste bien nettement cette supériorité des biens présents sur des biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que chacun a des raisons pour estimer plus haut des biens présents que les biens futurs, soit pour un motif, soit pour un autre : le pauvre diable, parce que c&#039;est de biens présents qu&#039;il a le plus grand besoin; le prodigue, parce qu&#039;il ne songe pas à l&#039;avenir; le producteur — et qui n&#039;est pas plus ou moins producteur ? — parce qu&#039;ils lui assurent la supériorité des moyens de production les plus avantageux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc tout le monde ou presque tout le monde estime les biens présents plus que les biens futurs, il va de soi que si des biens présents sont échangés sur le marché contre des biens futurs, les biens présents étant évalués bien plus haut par tout le monde, doivent aussi avoir un prix plus élevé, un agio par rapport aux biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la constatation de ces faits, nous nous trouvons bien près de la solution du problème de l&#039;intérêt. Nous n&#039;avons qu&#039;à embrasser les différents modes sous lesquels les marchandises présentes peuvent être échangés contre des marchandises futures et nous verrons naître de chacun de ces modes d&#039;échange d&#039;une manière directe une des formes de l&#039;intérêt qui nous sont connues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;origine de l&#039;intérêt du capital ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Premier cas : l&#039;intérêt du prêt ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas le plus simple entre tous est celui du prêt. Le prêt n&#039;est autre chose qu&#039;un échange de biens présents contre des biens futurs, et c&#039;est la forme la plus pure et la plus simple sous laquelle un tel échange puisse s&#039;effectuer. Si j&#039;emprunte, suivant l&#039;expression consacrée, 1000 F. pour un an, j&#039;échange en réalité 1000 francs présents que me compte le créancier et qu&#039;il met dans mon avoir, contre 1000 F. de l&#039;année prochaine que je devrai lui payer. Mais comme partout, et par conséquent aussi sur le marché du prêt, 1000 F. présents valent plus que 1000 F. futurs, il me faudra bien, au moment de l&#039;échange, payer quelque chose en plus au créancier pour égaliser les valeurs : ainsi au lieu de 1000 F. il me faudra payer 1050 F. par exemple, et ce surplus est ce qu&#039;on appelle l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà l&#039;explication très simple d&#039;une chose que depuis des siècles on a tournée de toutes façons et qu&#039;on s&#039;est plu à expliquer d&#039;une manière bien spécieuse et pourtant fausse. On a coutume de regarder le prêt non comme un échange, mais comme une espèce de location, et l&#039;intérêt comme le prix de l&#039;usage de l&#039;argent cédé pour une ou plusieurs années, — comme si on pouvait se servir de l&#039;argent d&#039;une manière ininterrompue pendant des années, de la même façon que d&#039;une maison ou d&#039;un meuble ! en réalité on ne peut s&#039;en servir qu&#039;une seule fois et pendant un très court moment, c&#039;est-à-dire, au moment où on le dépense. Et toute conception fausse engendre une autre non moins fausse, ici comme partout. Je ne puis m&#039;attarder ici à démontrer vers quel abîme de contradictions, d&#039;inexactitudes et d&#039;absurdités conduit cette façon de présenter les choses, si inoffensive en apparence. Je me hâte d&#039;arriver à la seconde forme sous laquelle se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième cas : Le profit du capital investi dans des entreprises productives ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce cas est à la fois important et le plus difficile. Mais par les explications déjà données, nous avons la clef pour en trouver également la solution. Exposons d&#039;abord nettement le fait qu&#039;il s&#039;agit d&#039;expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un entrepreneur achète avec son capital une somme d&#039;instruments de production; il achète des matières premières, des outils, du travail, et en employant ces moyens de production, il crée un produit. Ce produit une fois formé a une valeur bien supérieure à celle des biens productifs sacrifiés pour l&#039;obtenir : sa plus-value sera en rapport d&#039;un côté avec le capital employé, de l&#039;autre avec la durée du temps qu&#039;a exigé la création du produit. Si l&#039;entrepreneur a employé 1000 F. par exemple pour les matières premières, etc, et si la période de production dure un an, il arrivera ordinairement à un produit qui vaudra 1050 F. Cet excédent de 50 F. représente le profit du capital. Comment faut-il expliquer cette différence de valeur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a certaines théories qui sont si claires qu&#039;il suffit de les énoncer pour démontrer leur exactitude. Parmi ces théories nous pouvons placer celle-ci : que la valeur des biens productifs doit être déduite de la valeur de leurs produits et non réciproquement. La valeur du vin de Château-Yquem n&#039;est pas très élevée parce que le terrain sur lequel il croît est cher, mais le terrain est cher parce que la valeur du produit qu&#039;on en tire est très grande. Les lecteurs de cette Revue connaissance d&#039;ailleurs déjà cette théorie d&#039;après l&#039;exposé si lucide que M. St-Marc a fait d&#039;un de mes ouvrages sur la valeur, et je puis m&#039;en servir ici sans autre explication !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rester dans l&#039;esprit de cette théorie, nous devons affirmer que tout groupe complémentaire de moyens de production a pour nous absolument la même valeur que le produit que nous espérons créer par son intermédiaire. Si donc le produit futur vaut 1050 F., dois-je estimer le groupe des moyens de production à 1050 F. ? Prenons bien garde, c&#039;est ici l&#039;oeuf de Christophe Colomb; la chose est des plus simples, mais encore faut-il la trouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici l&#039;explication : le produit, d&#039;après lequel nous estimons le groupe des moyens de production, est pour le moment un produit futur. Il n&#039;existera qu&#039;après le procès de la production, par conséquent au bout d&#039;un an, et alors il vaudra 1050 F. Les 1050 F. dont il s&#039;agit ici sont de 1050 F. de l&#039;année prochaine. Mais des biens de l&#039;année prochaine, et par conséquent aussi des francs de l&#039;année prochaine valent moins que des francs de cette année; par exemple 1050 F. de l&#039;année prochaine valent seulement autant que 1000 F. de cette année. Par conséquent, notre groupe de moyens de production, avec lesquels on pourra, au bout d&#039;une année, former un produit qui, à cette époque, vaudra 1050 F, sera bien estimé 1050 F. valeur future, comme le produit lui-même, mais il sera estimé aussi, comme ces mêmes produits, seulement 1000 F., valeur actuelle. Si donc on les achète ou si on les échange aujourd&#039;hui, leur prix de vente devra naturellement être évalué d&#039;après la valeur à ce jour, et on les aura évidemment pour un nombre de francs moindre qu&#039;ils ne rapporteront plus tard à leur possesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens productifs sont en quelque sorte marchandise de l&#039;avenir. Ils représentent des biens de jouissance futurs qu&#039;on obtiendra par leur moyen au bout d&#039;une certaine période de production. Mais précisément parce qu&#039;ils servent seulement à acquérir des biens futurs, et que ceux-ci valent moins que des biens présents, leur valeur n&#039;égale que celle d&#039;un moindre nombre de biens de jouissance présents. Voilà la raison pour laquelle les entrepreneurs achètent leurs moyens de production, et parmi ceux-ci le travail, à un prix plus bas qu&#039;ils ne vendront en son temps le produit acheté; ce n&#039;est point à cause d&#039;une faculté particulière du capital d&#039;engendrer une plus-value, ce n&#039;est pas non plus parce qu&#039;ils exploitent leurs ouvriers, mais simplement parce que tous les biens productifs, quoique matériellement présents, sont, d&#039;après leur nature et leur destination économique, des biens futurs, et que la marchandise de l&#039;avenir a toujours moins de valeur que la marchandise du moment présent. Puis, dans le cours de la production, la marchandise de l&#039;avenir, le « bien productif » est transformé en produit parfait, propre à la jouissance, et acquiert naturellement la valeur complète appartenant aux biens présents. Cet accroissement de valeur constitue la « plus-value » ou « profit du capital des entrepreneurs ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième cas : l&#039;intérêt des biens de longue durée ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai qu&#039;à faire précéder cet article de quelques observations théoriques pour laisser la parole ensuite aux mathématiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens nous sont utiles à cause des forces naturelles et utiles qui leur sont inhérentes, ou mieux, par les services qu&#039;ils nous rendent. Et ce n&#039;est qu&#039;à raison des services que nous pouvons obtenir d&#039;eux, que nous les estimons. La valeur des biens est donc formée de la somme des valeurs de tous les services particuliers qu&#039;ils nous rendent. Cela est très simple pour les biens qui se consomment. Ils ne peuvent servir qu&#039;une fois et pour eux la valeur du bien coïncide naturellement et complètement avec celle de ce service unique : une cartouche a pour moi exactement la valeur que j&#039;attache à son service unique pour tirer un seul coup de feu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chose est plus compliquée pour les choses dites de longue durée, qui permettent un usage répété. Ici la valeur du bien est une grandeur composée, formée de la valeur des services isolés plus ou moins nombreux que nous procure le bien, les uns après les autres. Un animal de trait, par exemple, a pour moi une valeur équivalente à la somme de tous les services rendus par la traction; une machine, une valeur équivalente à la somme de tout ce qu&#039;elle est capable de produire; un vêtement que je ne puis porter que trente fois, a pour moi nécessairement moins de valeur qu&#039;un vêtement de même étoffe me faisant un aussi bon usage pendant cent jours. Mais ici une autre complication peut se présenter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la période de temps pendant laquelle dure le bien n&#039;est pas trop longue et si les services qu&#039;il rend restent, comme nous allons l&#039;admettre une fois pour toutes pour simplifier, les mêmes jusqu&#039;à la fin, tous ces services auront une égale valeur, et la valeur d&#039;usage du bien lui-même se détermine simplement en multipliant la valeur d&#039;un des services rendus par le nombre de ces services. Si l&#039;usage d&#039;un vêtement a pour moi la valeur d&#039;un franc par jour, le vêtement qui me durera trente jours aura pour moi la valeur de 30 F., celui qui durera cent jours, la valeur de 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour beaucoup de biens de longue durée, vaisseaux, machines, édifices, propriétés foncières, le rendement des services s&#039;étend sur de longues périodes, de façon que les rendements ultérieurs ne pourront plus être perçus par le propriétaire ou du moins ne le peuvent être qu&#039;après un temps très long. Dès lors la valeur de ces services reportée à un temps si éloigné, doit partager le sort commun de la valeur de tous les biens futurs. Un service qui, au point de vue technique, est le même qu&#039;un service rendu dans l&#039;année courante, mais qui ne peut être obtenu que dans un an, est un service d&#039;une valeur moindre, un service qui ne rapportera quelque chose qu&#039;au bout de deux ans, aura une valeur encore moindre qu&#039;un service pour l&#039;année présente, et ainsi la valeur des services que rendent les biens diminie nécessairement suivant la date plus ou moins éloignée de l&#039;échéance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnons maintenant la parole aux mathématiques. Elles devront nous apprendre quelle est la valeur en capital d&#039;un tel bien, quel sera son rapport brut, quelle est la part qu&#039;il faut compter pour la détérioration que ce bien a subie, et enfin s&#039;il doit rester quelque chose comme revenu net et pourquoi il doit en être ainsi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons un seul exemple : une machine qui dure six ans et dont les services annuels valent 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord, combien vaudra t-elle ? Si — pour des raisons que j&#039;ai notées dans le passage précédent d&#039;une manière détaillée, — on évalue les biens présents, et naturellement aussi les services présents, environ 5 p. 0/0 plus haut que des biens et des services futurs, la machine vaudra non pas 6x100 = 600 F., mais seulement 100 + 95,23 + 90,70 + 86,38 + 82,27 + 78,35 = 535,93 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel sera le rapport brut annuel d&#039;une telle machine ? Naturellement 100 F., c&#039;est-à-dire la valeur du service qu&#039;elle rend dans l&#039;année courante. Quelle sera la part nécessaire pour couvrir les frais de déterioration et d&#039;amortissement ? Voici encore un problème aussi facile et aussi difficile à la fois que celui de l&#039;oeuf de Christophe Colomb.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons. La valeur de la machine est formée par la valeur additionnée de tous les services qu&#039;elle rend. Or nous devons déduire à la fin de la première année d&#039;usage d&#039;une part de service de la valeur 100 F. On pourrait croire, par conséquent, que la valeur de la machine doit être diminuée elle aussi de 100 F. ? Point du tout, car le temps n&#039;a pas cessé de courir pendant cette première année. Nous avons bien soustrait la valeur du service de l&#039;année courante, mais le service de l&#039;année future devient maintenant revenu de l&#039;année présente et prend par conséquent la pleine valeur de 100 F. De même le revenu de la troisième année devient revenu de la deuxième, celui de la quatrième année revenu de la troisième, et ainsi de suite, chaque terme s&#039;élevant d&#039;un degré et étant remplacé par le suivant, sauf le sixième, qui évidemment n&#039;est remplacé par rien, puisqu&#039;il est le dernier. Au bout de la première année les choses se trouvent donc dans l&#039;état suivant : la machine est maintenant un bien qui pendant cinq ans encore peut donner un revenu annuel de 100 F., et les revenus annuels de cinq années doivent donc être estimés à ce jour de la façon suivante : la première, celle de l&#039;année courante, 100 F.; la deuxième, 95,23 F.; la troisième 90,70 F.; la quatrième, 86,38 F.; la cinquième, 82,27 F., et la machine entière 454,58 F. La dépréciation, par rapport à la valeur première de 532,93 F., n&#039;est donc pas tout à fait de 100 F., mais seulement de 78,35 F. Il est à remarquer que ce chiffre est précisément le même que celui qui exprimait la valeur du revenu de la dernière année, et il est tout naturel qu&#039;il en soit ainsi, car dans notre compte chaque terme de la série a été remplacé par le terme suivant, sauf le dernier qui n&#039;a été remplacé par rien et qui par conséquent manque seul au total. Le produit brut étant donc de 100 F., et l&#039;amortissement pour la déterioration de 78,35 F. seulement, il reste comme produit net 21,65 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par un raisonnement tout à fait analogue, on démontrerait que la machine rapportant de nouveau dans la seconde année 100 F. bruts, on doit diminer sa valeur non pas de 100 F., à cause du rapprochement des autres termes de la série, mais seulement de la valeur du dernier revenu à échoir, soit de 82,27 F. ; elle rapporterait donc encore 17,73 F. représentant l&#039;intérêt d&#039;un capital déjà amoindri par l&#039;amortissement, et ainsi de suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé : le propriétaire d&#039;un bien durable touche toujours la pleine valeur du revenu de chaque année : c&#039;est ce qui constitue le revenu brut du capital. Par contre, il n&#039;a à déduire chaque année comme prime d&#039;amortissement qu&#039;une valeur égale à celle du revenu de la dernière année évaluée au moment présent ; il garde donc en tous cas une somme égale à la différence entre le revenu brut et la prime d&#039;amortissement, et c&#039;est justement ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pour quelle raison les biens de longue durée, les maisons, les fabriques, les vaisseaux, les machines, les meubles, donnent un intérêt net sur la valeur de leur capital. Il ne faut pas chercher ici aucune idée de je ne sais quelle vertu productive qui serait inhérente à une maison d&#039;habitation, à un piano loué ou à un mobilier donné en location; — aucune idée non plus d&#039;une exploitation des ouvriers : où pourrait-on voir des ouvriers exploités dans le cas d&#039;un propriétaire qui loue sa maison à un riche rentier ? Mais tout découle de cette idée très simple que les biens futurs, comme les services futurs, valent moins que les biens présents et les services présents : c&#039;est pourquoi on attribue au services rendus dans un temps futur une valeur moindre qu&#039;aux services rendus dans le temps présent; c&#039;est pourquoi aussi ces services rapportent avec le temps plus que ce qui est nécessaire pour reconstituer et amortir le capital consommé, et c&#039;est pourquoi, enfin, il doit rester un excédent du revenu brut sur l&#039;amortissement, ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons ainsi expliqué, conformément à notre programme, toutes les formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt : intérêt du prêt, profit du capital, revenu des biens de longue durée, comme découlant d&#039;une même cause, à savoir, la différence de valeur entre le présent et l&#039;avenir. Et maintenant un dernier mot sur la façon dont on doit apprécier la légitimité de l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La légitimité de l&#039;intérêt ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;après tout ce que nous venons de dire, l&#039;intérêt doit-il être considéré comme un revenu légitime ou illégitime ? Mérite-t-il la considération dont il jouit dans l&#039;ordre actuel des choses ou doit-on la lui retirer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt en lui-même n&#039;est entaché d&#039;aucun vice. Il n&#039;est point, comme le prétendent les socialistes, le fruit d&#039;une oppression violente ou de l&#039;exploitation des ouvriers, mais bien le résultat naturel et organiquement nécessaire de ce fait économique que les biens présents ont une valeur plus grande pour les hommes que les biens futurs, et ce fait est à son tour le résultat naturel et tout aussi organique d&#039;une série de faits élémentaires, économiques, psychiques et techniques que nous constatons dans le mon de et que nous ne saurion éliminer. Autant il est naturel et parfaitement compréhensible que toujours et partout un bon cheval ait une valeur plus grande qu&#039;un cheval médiocre et qu&#039;un quintal d&#039;avoine ou d&#039;orge — autant il est naturel et compréhensible que toujours et partout nous estimions davantage les biens présents que les biens futurs, puisque dans presque toutes les situations de la vie les premiers nous servent mieux que les seconds. Et autant il est naturel et nullement choquant que le propriétaire du froment de qualité supérieure fasse valoir dans le commerce la supériorité de celui-ci et ne l&#039;échange pas sur un pied d&#039;égalité contre un quintal d&#039;orge ordinaire, mais, par exemple, contre 1 demi quintal de cette denrée, — autant il est naturel et nullement choquant que les possesseurs de biens présents, qu&#039;on appelle les capitalistes, fassent valoir aussi la supériorité de ces biens, losqu&#039;ils les échangent contre des biens futurs, et qu&#039;ils demandent un agio proportionnel à la supériorité de valeur de leurs biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt est si naturel et si loin d&#039;être choquant, que ses pires ennemis, les socialistes, ne pourraient le bannir de ce monde, alors même qu&#039;on les laisserait faire à leur gré. Ils pourraient seulement changer les rapports de possession, et déplacer par là les personnes qui touchent aujourd&#039;hui l&#039;intérêt et les quote-parts qui leur reviennent, mais ils ne sauraient faire disparaître l&#039;intérêt lui-même. Tant qu&#039;on ne réussira pas à bannir de ce monde le Temps lui-même, il ne sera pas indifférent aux hommes qu&#039;on leur remette, par exemple, un petit rejeton de chêne, qui, dans cent ans, deviendra un beau chêne, à la place d&#039;un chêne lui-même tout fomé. Et tant que ceci ne sera pas indifférent, on ne consentira pas, même dans un État socialiste, à payer à un travailleur qui, dans une journée, planterait cent jeunes rejetons de chêne, la valeur de cent chênes magnifiques, 5000 F. par exemple, comme prix de sa journée. Or, si la communauté socialiste lui donne moins, le fait vaut la peine d&#039;être noté; si elle ne lui donne qu&#039;un salaire de 10 ou 20 F., elle fera exactement ce que font aujourd&#039;hui les capitalistes et ce que chez eux les socialistes appellent exploitation de l&#039;ouvrier. En effet, elle achètera le travail de ces ouvriers pour un prix plus bas que ne le sera celui du produit achevé dans un temps donné. Dans l&#039;état socialiste donc, aussi bien qu&#039;aujourd&#039;hui, la nature des choses ne laisserait que le choix entre un brevet de stupidité ou la reconnaissance de l&#039;intérêt : — stupidité, si un salaire de centaines ou de milliers de francs est attribué à un vulgaire travail de plantation, d&#039;où il résultera naturellement que chacun voudra être ouvrier forestier, que personne ne voudra plus exercer le métier de tailleur à l&#039;état de forêt vierge : — l&#039;intérêt, si on estime moins et paye moins des biens futurs, et par conséquent aussi le travail qui aide à créer ces biens futurs, que des biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait encore demander ce qu&#039;on ferait, dans un état socialiste, de l&#039;intérêt ainsi acquis ? Le garderait-on dans la caisse commune ? L&#039;emploierait-on plutôt à augmenter les revenus du peuple, en élevant, par exemple, le prix de la journée de travail qui aurait été jusque-là de 4 F. à 6 F., grâce à ces revenus sociaux ? Ce serait encore gagner sur le produit du travail des ouvriers qu&#039;on occupe à des détours de production très longs et très fructueux, et distribuer ensuite ce gain à tous, c&#039;est-à-dire, pour la plus grande partie, à d&#039;autres. Si au travailleur occupé à reboiser, qui crée un produit futur de 5000 F. par le travail d&#039;une seule journée, la société donne 6 F. par jour au lieu de 4 F., elle gagnera encore un intérêt de 4994 F. qu&#039;elle pourra attribuer à d&#039;autres personnes, à titre de co-associés à la fortune nationale. Mais ce serait là non point détruire l&#039;intérêt, mais seulement le distribuer autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucun vice rédhibitoire n&#039;entache donc l&#039;intérêt. Mais il va sans dire qu&#039;on peut abuser de l&#039;intérêt, de même que de toute institution humaine. L&#039;intérêt confère une puissance légitime en elle-même, mais dont on peut faire un bon ou un mauvais usage. Nous ne voulons défendre ici que le bon emploi qu&#039;on en peut faire : quant aux abus, nous les livrons volontiers à la condamnation la plus sévère. Et même nous ne voudrions pas terminer cette plaidoirie sans adresser à ceux que nous venons de défendre, aux heureux capitalites, un sérieux avertissement pour leur rappeler les charges et les devoirs de la possession !&lt;br /&gt;
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		<title>Eugen Böhm-Bawerk:Une nouvelle théorie sur le capital</title>
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		<updated>2014-01-04T19:12:37Z</updated>

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{{titre|Une nouvelle théorie sur le capital|[[Eugen Böhm-Bawerk]]|}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une théorie sur le capital ! Dès le premier mot, voici la difficulté que nous rencontrons : le mot « capital », dans la science, a non pas une, mais deux significations, et comme chacune d&#039;elles ouvre un cycle nouveau de phénomènes et de problèmes que la théorie doit expliquer, il ne saurait y avoir une seule théorie sur deux choses différentes qui sont désignées tout à fait fortuitement sous ce nom équivoque de « capital ». Je m&#039;explique : il y a un certain capital qui joue un rôle dans la théorie de la production et qu&#039;on a coutume de désigner comme un des trois facteurs de la production; il y a un autre capital qui joue un rôle dans la théorie de la répartition des biens, le capital qui rapporte un profit ou intérêt. Mais le capital facteur de production n&#039;est nullement identique avec le capital qui rapporte un intérêt. Une maison, par exemple, ou un cabinet de lecture, rapportent à leurs propriétaires des intérêts, quoique ces biens n&#039;aient assurément rien à faire avec la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence qui en résulte est si simple et se présente si naturellement à l&#039;esprit qu&#039;on pourrait croire qu&#039;elle n&#039;a pu échapper à personne, et cependant elle a passé inaperçue de tous nos prédécesseurs. Si ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la répartition se compose de biens tous différents de ce qu&#039;on appelle capital dans la théorie de la production, il est bien évident que les fonctions qu&#039;exerce celui-là et les effets qu&#039;il produit, par exemple, la capacité de produire intérêt, ne doivent pas être expliquées par des qualités ou forces qui n&#039;appartiennent qu&#039;à celui-ci; de même que si deux personnes portent le même nom, celui d&#039;Alexandre par exemple, il ne faudrait pas conclure de ce que Alexandre I trébuche, qu&#039;Alexandre II est myope ou maladroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi il ne faut pas confondre la solution du problème de distribution avec la solution du problème de production dans l&#039;examen scientifique ; il faut, non pas une théorie mais deux théories sur le capital ; une théorie sur le capital facteur de la production et une théorie indépendante de celle-ci, théorie sur le capital, source de revenu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelles sont ces deux conceptions différentes ? Je les distinguerai par les termes de « capital productif » et « capital lucratif ». J&#039;appelle capital productif tous les produits qui sont destinés à servir une production ultérieure, ou, plus brièvement, tous les produits intermédiaires (matières premières, outils, bâtiments de fabrique et autres); capital lucratif, tous les produits qui servent à acquérir des biens. Le capital lucratif comprend en premier lieu tout le capital productif, et de plus tous ces biens en nombre considérable destinés à satisfaire nos besoins, mais dont leurs propriétaires ne font pas personnellement usage et dont ils se servent seulement pour se procurer d&#039;autres biens par voie d&#039;échange (location ou prêt), tels que maisons d&#039;habitation louées, meubles, chevaux de selle, pianos, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne compte ni comme capital productif ni comme capital lucratif la terre, qui est une force productive originaire et non un produit. Pourquoi ? A cette question et à toutes celles sur la conception du capital, qui ont été jusqu&#039;à ce jour l&#039;occasion de malentendus sans nombre, j&#039;ai répondu avec détail dans mon ouvrage; — mais ici je passe sur ces questions de détail pour arriver aux problèmes qui s&#039;attachent au mot de capital, et parmi ceux-ci j&#039;examinerai en premier lieu ceux qui dépendent de la théorie de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie du capital productif ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Du rôle du capital dans la production ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute production a pour but l&#039;acquisition de biens qui servent à la jouissance de la vie, appelons-les brièvement biens de jouissance. Ces biens sont des choses matérielles, et comme telles, soumises aux lois qui régissent la matière. Leur formation, la science économique ne devrait jamais l&#039;oublier, constitue essentiellement un processus naturel, s&#039;accomplissant rigoureusement d&#039;après les lois de la physique et de la chimie. Pour qu&#039;un bien de jouissance prenne naissance, il faut qu&#039;une combinaison donnée de matières et de forces détermine cette naissance et fasse apparaître une forme matérielle telle, comme effet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ceci posé, en quoi peut consister le rôle de l&#039;homme dans la production des biens ? Tout simplement dans la combinaison des facultés naturelles de l&#039;homme, qui est lui-même un rouage du monde physique, avec les forces naturelles extérieures. Il y a donc deux forces productives élémentaires ou originaires et il n&#039;y en a que deux : la nature et le travail. Ce que la nature fait d&#039;elle-même et ce que l&#039;homme y ajoute, voilà la double source d&#039;où découlent tous nos biens et d&#039;où ils doivent nécessairement découler. Il n&#039;y a point de place à côté pour une troisième source élémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les forces naturelles et élémentaires, il y en a qui existent en quantités illimitées : l&#039;air, l&#039;eau, le soleil. Leur concours étant libre en tout temps et gratuit, l&#039;économie politique n&#039;a pas à s&#039;en préoccuper autrement. Elles constituent un élément technique, mais non économique de la production. Par contre, ceux d&#039;entre les dons de la nature, qui ne nous sont répartis qu&#039;avec parcimonie, acquièrent une importance économique. Comme presque tous les dons et qualités rares de la nature dépendent du sol, nous pouvons, sans commettre d&#039;erreur grossière, indiqiuer comme représentant la dotation économique de la nature, les « services fonciers ». Nous pouvons donc dire à ceux qui nous demandent quels sont les éléments de la production : « La nature et le travail sont les éléments techniques, les services fonciers et le travail sont les éléments économiques de la production ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme on le voit, je n&#039;ai pas encore nommé le capital parmi les forces productives, quoiqu&#039;il soit le héros de ma théorie. Que faut-il donc penser de lui ? Nous le verrons bientôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour tirer de ces forces productives élémentaires les biens de jouissance, l&#039;homme peut employer deux méthodes absolument différentes. Ou bien il cherche à obtenir ces biens désirés par lui directement, sans intermédiaire; par exemple, il ramasse avec sa main les animaux maritimes rejetés sur le rivage; ou bien, il prend un détour, construit avec ces éléments productifs un autre bien, un produit intermédiaire, et avec l&#039;aide de celui-ci, il acquiert enfin le bien convoité. Par exemple, pour prendre des poissons, il commence par fabriquer un hameçon, puis une ligne, ou, par des détours plus grands encore, un canot et des filets et n&#039;entreprend sa pêche qu&#039;aà l&#039;aide de ces outils. Autre exemple : il veut se procurer de l&#039;eau potable qui jaillit d&#039;une source à quelques cents pas de sa demeure; au lieu d&#039;aller à la source chaque fois qu&#039;il a soif et de s&#039;y désaltérer, moyen plus direct, mais fort incommode, il abat quelques douzaines d&#039;arbres, se fabrique un foret, creuse les arbres, et en fait une conduite lui amenant l&#039;eau à la maison en abondance et fort commodément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces exemple si simples prouvent de reste ce que chacun sait, c&#039;est qu&#039;à l&#039;aide de certains détours de production choisis avec art, on peut obtenir plus de résultats que par le chemin direct, avec la même quantité de forces productives originales, c&#039;est-à-dire qu&#039;avec le même nombre d&#039;heures ou de journées de travail, on peut produire indirectement une plus grande quantité de biens de jouissance que par les moyens directs. C&#039;est un des faits les plus sûrs, les plus connus et les plus importants prouvés par l&#039;expérience. Expliquer la raison de ce fait serait plutôt l&#039;affaire de la physique que de l&#039;économie politique. Mais celle-ci a proclamé tant d&#039;absurdités à ce sujet, elle a tant parlé, entre autres, d&#039;une force productive inhérente au capital, qu&#039;il n&#039;est pas superflu d&#039;indiquer, en passant, la raison physique très simple de ce fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout problème dans l&#039;ordre physique vise en dernier lieu des combinaisons et des déplacements de la matière. Il faut savoir à propos réunir les matériaux qui peuvent concourir, afin que de leurs concours puisse résulter la production souhaitée. Mais trop souvent ces matériaux sont trop énormes ou trop délicats pour se laisser manier par la main humaine, à la fois si faible et si grossière. Nous sommes aussi impuissants à vaincre la force de cohésion de la paroi rocheuse, d&#039;où nous voulons tirer de la pierre à bâtir, qu&#039;à composer un seul grain de froment avec de l&#039;acide carbonique, de l&#039;hydrogène, de l&#039;azote, de l&#039;oxygène et du phosphore. Mais ce qui est refusé à nos propores forces, d&#039;autres forces peuvent l&#039;exécuter et ce sont celles de la nature elle-même. Il y a des forces naturelles dont l&#039;action dépasse de beaucoup le pouvoir humain, comme il en est d&#039;autres qui se plient aux combinaisons les plus délicates. Si nous réussissions à faire de ces forces puissantes nos alliées pour notre oeuvre de production, les limites de notre puissance se trouveraient infiniment reculées. Et nous pouvons y réussir, en effet, mais à une condition, c&#039;est que nous trouvions le moyen de manier plus facilement la matière dont nous voulons nous aider, que celle que nous voulons transformer pour nous procurer le bien convoité. Cette condition se trouve heureusement presque toujours réalisée. Notre main faible et délicate ne saurait vaincre la force de cohésion du rocher ; mais le coin de fer, dur et pointu, le peut, et il nous est facile de le manier, lui et le marteau qui doit le faire pénétrer. A la vérité, il nous est parfois impossible de nous servir directement de la matière dont nous attendons le secours, mais en ce cas nous employons contre elle les mêmes armes qu&#039;elle doit nous fournir à nous-mêmes : nous cherchons à dompter une seconde force naturelle qui nous permette de vaincre la première.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous voudrions conduire l&#039;eau de la source à notre demeure; des tuyaux de bois la contraindraient bien à suivre la voie que lui trace notre désir. Mais impossible à notre main de donner aux arbre de la forêt la forme de tuyaux. Le détour est promptement trouvé; nous cherchons une seconde force auxiliaire dans la hache et le foret : avec l&#039;aide nous façonnons la conduite et avec l&#039;aide de celle-ci nous transportons l&#039;eau. Et ce qu&#039;on produit dans cet exemple à l&#039;aide de deux ou trois étapes successives, on le fera avec un succès plus grand encore à l&#039;aide de cinq, dix ou vingt étapes. De même que nous maîtrisons les éléments du bien convoité à l&#039;aide d&#039;une force auxiliaire, de même nous pouvons maîtriser la seconde force auxiliaire au moyen d&#039;une troisième, celle-ci au moyen d&#039;une quatrième, etc, en remontant ainsi à des causes toujours plus éloignées du résultat final, jusqu&#039;à ce que dans cette série nous rencontrions enfin une cause que nous pouvons maîtriser commodément à l&#039;aide de nos seules forces personnelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà la véritable signification de ces détours dans la production et voici la raison des succès qui en dépendent : chaque détour démontre l&#039;acquisition d&#039;une force auxiliaire, plus forte ou plus habile que la main de l&#039;homme. Toute prolongation de ces détours représente une augmentation des forces auxiliaires mises au service de l&#039;homme et par conséquent la libération, grâce à elle, d&#039;une partie du travail pénible et coûteux de la production dont il se décharge sur la nature.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est temps maintenant de donner un nom aux divers procédés que nous venons de décrire. La production qui prend d&#039;habiles détours n&#039;est autre chose que ce que les économistes appellent la production « capitalistique », de même que la production qui va droit au but, la main vide, s&#039;appelle la production sans capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais quant au capital lui-même, ce n&#039;est autre chose que ces produits intermédiaires qui prennent naissance pendant les différentes étapes de la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous faut pourtant compléter notre description du processus de la production du capital par deux observations : nous avons déjà dit que le fait de prendre des détours amenait à obtenir de plus grands résultats. Il faut ajouter que cet avantage n&#039;est pas seulement la conséquence du premier détour, mais de toute prolongation de celui-ci; toutefois, l&#039;accroissement de la production n&#039;est pas en raison directe de la prolongation progressive du détour. Avec un détour qui dure 3 jours (par exemple, la confection d&#039;un hameçon), on obtient plus que par la voie directe; avec un détour qui exige 30 jours (par exemple, la construction d&#039;un bateau), on obtient davantage encore; avec une prolongation du détour portée à 300 ou 3000 jours (par exemple, la construction d&#039;un vaisseau parfaitement équipé; ouverture d&#039;une mine pour obtenir du fer pour construire des machines pour vaisseaux, etc.), on augmentera encore le rapport, mais non point dans les proportions de 3 : 30 : 300 : 3000, proportion qui dépasserait bientôt les limites du possible ! Le succès obtenu sera dans des proportions plus modestes. Il importe de noter cette loi, elle trouvera plus loin une application dans notre théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, l&#039;avantage d&#039;un plus grand rendement a, comme revers, ce désavantage : perte de temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les détours de production par le capital procurent finalement plus de biens de jouissance, mais il faut les attendre plus longtemps. Celui qui ramasse les poissons sur le rivage avec la main, prend peu, mais ce peu, il en jouit aussitôt. Celui qui se fait une ligne, doit attendre sa première pêche quelques jours; celui qui construit un bateau, l&#039;attendre quelques mois; celui qui creuse une mine, attendre des années. Encore un fait qu&#039;il importe de retenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Résumons maintenant brièvement le contenu de cet article dans lequel nous n&#039;avons pas encore développé de théories, nous contentant de décrire simplement les faits :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens de jouissance que produit l&#039;homme naissent du concours des forces humaines avec les forces naturelles, en partie forces économiques, en partie forces naturelles gratuites. L&#039;homme peut se procurer ces biens de jouissance, convoités par lui, avec ces forces productives, soit directement, soit indirectement, par l&#039;intervention de produits intermédiaires appelés biens capitaux. Cette dernière méthode demande un sacrifice de temps, mais permet de produire davantage, et cet avantage se fait sentir, quoique suivant une progression décroissante, pour chaque prolongation de détour dans la production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et maintenant cherchons à tirer de ces faits les conclusions en réponse aux questions que nous pose la théorie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le capital constitue t-il un facteur indépendant ou original de la production ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A cette question, il faut répondre d&#039;une manière absolument négative. La nature et le travail seuls sont des facteurs élémentaires ou originaux de la production. Le capital est un produit intermédiaire du travail de la nature; rien de plus. Sa propre formation, son existence, son action ne sont que des épisodes dans l&#039;action ininterrompue des véritables éléments, nature et travail. Ceux-là seuls font tout depuis le commencement jusqu&#039;à la fin pour la formation des biens de jouissance. La seule différence est qu&#039;ils font ce tout parfois d&#039;un seul trait, parfois par étapes successives; dans ce dernier cas la fin de chaque étape est marquée extérieurement par la formation d&#039;un produit préliminaire ou intermédiaire , et le capital apparaît. Mais, je le demande, si les auteurs d&#039;une oeuvre quelconque, au lieu de l&#039;accomplir d&#039;un seul trait, s&#039;y prennent à plusieurs reprises, est-ce une raison pour ne pas reconnaître qu&#039;ils en sont les véritables auteurs ? Si aujourd&#039;hui, par le concours de mon travail avec les forces naturelles, je forme des briques avec de l&#039;argile; si demain, unissant de nouveau mon travail à d&#039;autres forces naturelles, je fais de la chaux, et si après-demain avec ces briques et ce mortier j&#039;élève un mur, serait-on fondé à prétendre d&#039;une partie quelconque de ce mur qu&#039;il n&#039;est pas fait par moi et les forces naturelles ? Ou bien encore, avant qu&#039;un ouvrage de longue haleine, la construction d&#039;une maison par exemple, ne soit mené à bonne fin, je suppose qu&#039;on n&#039;en fait une première fois que le quart, puis la moitié, puis les trois quarts et enfin le tout. Que penserait-on si quelqu&#039;un prétendait que ces étapes inévitables de l&#039;avancement de l&#039;ouvrage en constituent des conditions indépendantes et que pour construite une maison il faut, en plus ces matières premières et ce travail des maçons, « une maison achevée au quart, une maison achevée à moitié, enfin, une maison achevée aux trois quarts ? » L&#039;erreur est moins frappante peut-être dans la forme, mais tout aussi forte dans le fond, quand on veut placer à côté de la nature et du travail, comme agents indépendants de la production, ces étapes intermédiaires du progrès de l&#039;ouvrage qui se présentent extérieurement sous la forme de biens capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais d&#039;où vient donc que tant d&#039;auteurs, et parmi eux des auteurs si éminents, s&#039;obstinent à compter malgré tout trois facteurs de la production, et parmi ces trois le capital ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette classification, c&#039;est ma profonde conviction, tient uniquement à ce que ces auteurs craignent d&#039;être embarrassés pour expliquer et justifier l&#039;intérêt du capital. Tout revenu primitif vient, disent-ils, d&#039;une participation dans la production. La rente foncière forme les honoraires du facteur productif de la nature, le salaire rémunère le facteur travail, et l&#039;intérêt rémunère le capital; mais dans cette théorie, l&#039;intérêt du capital eût semblé planer dans le vide, si on n&#039;avait pu le présenter au même titre que les autres, c&#039;est-à-dire comme représentant les honoraires d&#039;un troisième facteur productif indépendant. Et comme il fallait sauver à tout prix, dans l&#039;intérêt de la société civile, la cause de l&#039;intérêt du capital, on a mieux aimé fermer les yeux sur les faits et laisser passer le capital comme troisième facteur indépendant de la production, quoique forcé parfois, dès la page suivante, de convenir que ce prétendu facteur élémentaire doit être formé préalablement lui-même par le concours de la nature et du travail. Je suis convaincu qu&#039;il suffirait d&#039;indiquer aux économistes un moyen qui leur permît d&#039;expliquer et de justifier l&#039;intérêt du capital sans avoir besoin de reconnaître le capital comme facteur élémentaire de la production, pour qu&#039;ils abandonnassent aussitôt cette théorie qui n&#039;a aucune consistance en elle-même. J&#039;essaierai d&#039;indiquer ce moyen dans la deuxième partie de ce travail.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais si le capital ne doit pas être considéré comme un facteur indépendant de la production, alors quel rôle jour-t-il donc dans la production ? Répondons brièvement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Son existence nous apparaît toujours comme le symptôme d&#039;un détour avantageux dans la production. Je dis « symptôme » et non « cause » car son existence est, en effet, plutôt la conséquence que la cause de ces détours. Ce n&#039;est pas parce que le bateau et les filets existent déjà, que je prends des poissons par ce détour, mais c&#039;est seulement après avoir choisi ce détour avantageux et parce que je l&#039;ai choisi que le bateau et les filets existent; il faut déjà avoir trouvé le détour dans la production, pour que les biens capitaux prennent naissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Le capital devient une cause intermédiaire efficace pour servir à l&#039;achèvement du détour avantageux déjà choisi. Chaque portion du capital constitue en quelque sorte un réservoir de forces naturelles utilisables qui aideront à achever le détour de production au cours duquel cette portion du capital a pris naissance. Je répète « cause intermédiaire » et non « cause première ». Le capital ne saurait, en effet, donner aucune impulsion par lui-même, il ne peut que transmettre une impulsion une fois donnée par des forces naturelles, de même qu&#039;une boule une fois lancée peut communiquer son mouvement à une autre boule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. Le capital devient quelquefois une cause indirecte en nous permettant de choisir d&#039;autres détours de production avantageux, d&#039;autres que ceux à l&#039;occasion desquels il a été formé. Quand un peuple possède beaucoup de capitaux et précisément parce qu&#039;il les possède, il peut non seulement achever avec succès les détours de production au cours desquels ces capiaux ont été formés, mais il peut choisir d&#039;autres détours nouveaux. Car le stock existant de capitaux n&#039;est autre chose que produit d&#039;un travail passé qui va se transformer chaque année en biens de jouissance. Chaque année cette transformation s&#039;opère pour une certaine partie du capital. Donc plus grand est le stock du capital, plus grande aussi est la part que prennent de cette manière les forces productives des périodes passées à la formation des biens de jouissance du présent, et d&#039;autant moins il faut employer à cette dernière fin les forces productives nouvelles de la période courante. Une part bien plus grande reste donc disponible pour être mise au service de l&#039;avenir et peut être employée dans des détours de production à plus grande portée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout bien considéré, aucun des nombreux certificats donnés au capital par l&#039;économie politique ne désigne mieux son rôle dans la production que celui-ci : un instrument de production.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Comment se forment les capitaux ? ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il existe sur ce point trois opinions différentes dans la science.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les uns affirment que le capital se forme par la seule épargne. Adam Smith dit : « c&#039;est l&#039;économie et non l&#039;activité qui est la cause immédiate de l&#039;augmentation du capital. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres affirment exactement le contraire, à savoir, que le capital est formé non par l&#039;épargne, mais par le travail; ainsi le socialiste allemand Rodbertus dit : « le capital national augmente par le travail et non par l&#039;économie. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;autres enfin affirment que ces deux choses sont nécessaires à la fois « l&#039;épargne et le travail productif ». Je me range à l&#039;opinion de ces derniers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chaque portion du capital, c&#039;est-à-dire, par exemple, chaque canot, ou chaque filet, ou chaque marteau, ou chaque machine est certainement formée directement par le travail. Mais pour pouvoir produire ces portions du capital, il fallu nécessairement faire autre chose auparavant, il a fallu rendre libres certaines forces productives pour la formation projetée du capital : et cela ne peut avoir lieu que par l&#039;épargne. Représentons-nous un Robinson dans une île déserte, capable de travailler douze heures par jour. Il est dépourvu de tout et se nourrit de fruits sauvages. Il voudrait bien posséder un arc et des flèches pour tuer le gibier. Mais ce travail lui demanderait un mois, et les fruits sauvages sont malheureusement si rares dans son île, qu&#039;il lui faut passer toute  la journée, sans perdre un instant, pour en récolter de quoi suffire tout juste à son entretien. Dans ces conditions, il ne lui reste certainement pas de temps pour fabriquer un arc et des flèches. Demandons-nous pourquoi il n&#039;entre pas dans la possession du capital convoité : pourquoi il ne le produit pas ? Tout simplement parce que toute la force productive dont il dipose est occupée et au-delà à produire ce dont il a besoin pour le moment et qu&#039;il ne lui reste pas de force productive libre pour créer des produits intermédiaires qui ne lui rapporteront que dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Supposons maintenant que les fruits sauvages soient plus abondants, de telle sorte que Robinson puisse en neuf heures en cueillir assez pour être à l&#039;abri des affres de la faim, tandis qu&#039;il lui faudrait continuer sa cueillette pendant douze heures s&#039;il voulait en récolter assez pour satisfaire amplement son appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu&#039;en sera-t-il maintenant de la confection des armes de chasse ? La chose est parfaitement claire. Ou bien Robinson tient absolument à apaiser sa faim dans la mesure du possible et à consommer chaque jour le fruit d&#039;une récolte de douze heures : il ne lui restera alors naturellement ni le temps ni la force pour produire les armes dont il a besoin. Ou bien il restreindra ses exigences quant à sa ration journalière, de façon à se contenter du résultat de la cueillette de dix heures, par exemple : alors il lui restera quelques heures libres chaque jour pour travailler, et il pourra se mettre à fabriquer les armes de chasse qu&#039;il convoite. Ceci revient à dire : avant que de pouvoir réellement former un capital, il faut épargner d&#039;abord les forces productives nécessaires pour sa formation en se privant de certaines jouissances immédiates.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et ce qui se présente pour Robinson avec ses douze heures de travail par jour, avec ses fruits et ses armes, se présente en grand pour chaque nation dont la dotation quotidienne en forces productives se compose du travail de plusieurs millions d&#039;hommes, qui tirent leurs moyens de subsistance de toutes les richesses et de toute les commodités du XIXe siècle et dont les besoins en capitaux sont représentés par des machines, des chemins de fer et des canaux. Les quantités et les noms seuls varient. Nombre de complications, il est vrai, rendent difficile de tout embrasser d&#039;un seul coup d&#039;oeil, mais le fond reste toujours le même : une nation pas plus qu&#039;un individu ne saurait former autrement son capital, on augmenter ce capital une fois formé, qu&#039;en s&#039;astreignant à consommer pendant chaque année courante une quantité de produits moindre que celle que ses forces productives peuvent mettre à sa disposition dans la même période. Ce n&#039;est qu&#039;en rendant libre par l&#039;épargne une part de sa dotation annuelle en forces productives et en la dérobant aux désirs de jouissance immédiate de la vie, qu&#039;elle pourra l&#039;affecter à la création des produits intermédiaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ce ne sont pas les biens capitaux eux-mêmes ce ne sont pas les machines, fabriques, matières premières, etc, qu&#039;on épargne, mais ce qu&#039;on épargne, ce sont les moyens de jouissance et par là même on épargne des forces productives qu&#039;on peut employer alors à la production des capitaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quittons maintenant le domaine de la production pour nous tourner vers les problèmes de la distribution. Si dans les explications précédentes je n&#039;ai fait que rectifier et étendre l&#039;ancienne théorie, sans en présenter une nouvelle, j&#039;espère que les explications suivantes justifieront un peu mieux notre titre de « nouvelle théorie » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Théorie de l&#039;intérêt du capital ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le problème ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi le capital rapporte-t-il un intérêt ? — Ce n&#039;est qu&#039;assez tard que la science s&#039;est posée cette question. Mais depuis qu&#039;elle l&#039;a posée, elle a été submergée par un vrai déluge de réponses. Dans mon Histoire et critique des théories sur l&#039;intérêt du capital, j&#039;ai été à même de distinguer au moins treize groupe différents de théories sur le capital, et comme presque chaque groupe comprend à son tour plusieurs sous-théories nettement distinctes, je ne saurais être accusé d&#039;exagération si j&#039;évalue à quarante ou cinquante l&#039;ensemble des essais de solutions proposées jusqu&#039;à ce jour. Si maintenant on veut considérer que de toutes ces solutions, une seule au plus peut être juste, on sera de mon avis pour regarder cette surabondance non comme le résultat d&#039;une connaissance parfaite de la matière, mais bien au contraire comme la conséquence d&#039;un manque absolu de clarté et d&#039;intelligence. C&#039;est parce qu&#039;on ne connaît pas le vrai chemin conduisant au but qu&#039;on tâtonne à l&#039;aventure dans tous les sentiers possibles, et quelquefois impossibles, pour trouver une solution.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je crois, en effet, et j&#039;ai essayé de prouver d&#039;une manière circonstanciée dans mon livre cité plus haut, que tous les essais de solutions donnés jusqu&#039;ici sont faux. Il est impossible de dire que l&#039;intérêt du capital est, comme l&#039;affirment les uns, « une prime accordée à l&#039;abstention », — ni, selon d&#039;autres, « le salaire du travail moral de l&#039;épargne », — ni, comme le prétendent d&#039;autres encore, « un traitement pour l&#039;accomplissement de certaines fonctions économiques », — ni comme « le fruit d&#039;une vertu productive et particulière au capital », — ni enfin, comme le prétendent les socialistes, le résultat « d&#039;une simple exploitation du privilège de la propriété par ceux qui possèdent ». La véritable explication doit être cherchée, ce me semble, dans une tout autre direction. Mais avant de me tourner de ce côté, il importe de faire quelques courtes observations sur les différentes formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici trois modes primitifs par lesquels on peut tirer de son capital un revenu net ou intérêt, employant le mot dans un sens étendu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. En prêtant un capital en argent : c&#039;est tout simplement le prêt à « intérêt » dans le sens le plus restreint du mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. En plaçant son capital dans une entreprise productive et en créant dans celle-ci un produit dont la valeur laisse, défalcation faite de tous les frais, un excédent ou plus-value, qu&#039;on peut attribuer à la coopération du capital, « le profit » du capital.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. En possédant un bien de longue durée (mais non pas destiné à la production), tel qu&#039;une maison d&#039;habitation, une piano, un cabinet de lecture, et en le louant moyennant un prix annuel assez élevé pour laisser un excédent, un revenu net, après en avoir déduit les frais d&#039;entretien ainsi qu&#039;une prime d&#039;amortissement pour la dégradation de l&#039;objet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il ressort clairement de cette énumération, encore une fois, que le « capital » représente dans la théorie sur l&#039;intérêt une idée  beaucoup plus étendue que le « capital » dans la théorie de la production. En outre, il est clair qu&#039;une théorie exacte sur l&#039;intérêt doit pouvoir donner l&#039;explication de toutes les formes sous lesquelles nous avons dit que se présentait l&#039;intérêt. Essayons de le faire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;influence du temps sur la valeur des biens ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quiconque s&#039;occupe d&#039;économie politique sait aujourd&#039;hui que la valeur n&#039;est pas une qualité matérielle des biens, qualité qui leur serait inhérente, mais le résultat variable de circonstances variables elles-mêmes. Un quintal de blé, par exemple, vaut plus après une mauvaise révolte, moins après une moisson abondante. Un stère de bois vaut beaucoup plus à Paris que dans une des forêts des Alpes ou des Pyrénées. Ces quelques exemples montrent déjà que le lieu et le temps de la disponibilité jouent un rôle particulièrement important parmi les circonstances qui influent sur la valeur. Des différences de valeur innombrables s&#039;y rattachent. Et cependant on peut de nouveau y distinguer deux catégories. Certaines différences de valeur locales et temporaires sont fortuites et indépendantes de toute règle. Ces différences sont dues au hasard, si toutefois en économie politique il est permis de parler de hasard. Il se peut, par exemple, que la vendange soit cette année-ci bonne en Allemagne et mauvaise en France : donc le prix du vin sera élevé ici, en baisse là-bas. Mais l&#039;année prochaine le contraire aura peut-être lieu, la révolte sera bonne en France et mauvaise en Allemagne : alors aussi le prix sera déprécié ici, en hausse là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En regardant de plus près, on rencontrera à côté de ces différences de valeur irrégulières une catégorie de différences régulières, causées par des différences de lieux. Ainsi, par exemple, voici une loi qui se manifeste très nettement dans tous les faits, c&#039;est que tous les articles valent beaucoup moins à l&#039;endroit où ils sont produits, qu&#039;à l&#039;endroit où ils sont expédiés et consommés. Le blé est toujours meilleur marché dans le sud de la Hongrie qu&#039;à Pest, à Pest meilleur marché qu&#039;à Vienne, à Vienne meilleur marché qu&#039;en Suisse. Ou encore, c&#039;est dans la mine que le charbon est le moins cher; il est déjà un peu plus cher à la station la plus rapprochée de la mine, plus cher aux stations plus éloignées et le plus cher à la station finale, par exemple à Paris. Or la question qui s&#039;impose ici est de savoir si cette différence de valeur légitime, produite par la différence des lieux, ne se rattache pas simplement à une différence dans le temps ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai examiné les faits concernant cette question et j&#039;y ai trouvé une loi aussi simple que nette. Cette loi, la voici : des biens présents ont toujours une valeur plus élevée que des biens futurs de même espèce en quantité égale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien entendu, ils n&#039;ont pas une valeur plus élevée que celle que ces biens futurs auront un jour, mais que celle qu&#039;ils ont dans notre estimation d&#039;aujourd&#039;hui pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous préférons toujours posséder aujourd&#039;hui 100 francs ou 100 quintaux de blé que de ne les avoir que dans un an, et nous préférons encore les avoir dans un an que dans deux, trois, dix ou cent ans ; de même que nous préférons toujours avoir un quintal de charbon à Paris que dans la mine, un stère de bois chez nous que dans la forêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourquoi donc les biens présents valent-ils, dans tous les cas, plus que des biens futurs ? — Trois raisons différentes concourent à ce résultat : une raison économique, une raison psychologique et une raison technique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1. Une raison économique : c&#039;est le rapport entre le besoin et l&#039;approvisionnement dans le présent et dans l&#039;avenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un fait bien connu, c&#039;est que nous estimons un bien d&#039;autant plus que nous en éprouvons un besoin plus pressant et que nous en sommes moins bien pourvus, et vice versa. Or, en voici les conséquences, en ce qui touche notre question : toutes les personnes qui éprouvent des besoins pressants et n&#039;ont que peu de provisions estimeront énormément ces biens indispensables pour eux à ce moment et bien plus que des biens futurs ne sauraient leur servir à satisfaire leurs besoins présents. Représentons-nous des hommes assiégés dans une forteresse, manquant d&#039;approvisionnements. Ils estimeront bien plus un quintal de froment qu&#039;ils peuvent l&#039;obtenir maintenant pendant le siège, que deux ou même dix quintaux du même froment qu&#039;ils pourraient recevoir dans un an, quand le siège serait levé depuis longtemps. On dira que les sièges sont, heureusement, très rares. Mais, sous une forme un peu différente, des millions de nos concitoyens sont constamment en état de siège, manquant d&#039;approvisionnements; ce sont tous les gens sans fortune. Demandez à cet ouvrier qui vit au jour le jour de la paye de sa semaine et qui mourrait de faim si pendant plusieurs semaines elle venait à lui manquer, demandez-lui s&#039;il préfère toucher de suite les 20 francs qui constituent sa paye d&#039;une semaine ou s&#039;il aime mieux toucher 40 francs représentant la paye de deux semaines, mais seulement dans trois ans. Il répondra naturellement qu&#039;il préfère 20 francs aujourd&#039;hui à 40 francs qu&#039;on lui fonnerait dans trois ans. A quoi lui serviront ces 40 francs si, d&#039;ici-là, il est mort de faim ? Ainsi répondront la moitié, ou les trois quarts, de tous ceux qui font partie des classes pauvres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais n&#039;y a t-il pas aussi des gens dont la condition est plus aisée dans le présent qu&#039;elle ne le sera plus tard ? Assurément il y en a. Alors ceux-ci, n&#039;estimeront-ils pas davantage les biens futurs que les biens présents et ne compenseront-ils pas par là le peu d&#039;attrait que ces biens futurs exercent sur leurs concitoyens plus pauvres ? Nullement ! Les biens présents, sauf quelques exceptions tout à fait extraordinaires, ne sont jamais estimés plus bas que des biens futurs. Et, en effet, il y a toujours un moyen très simple de les transformer à volonté en biens futurs, si on préférait ces derniers; ce serait de les laisser sans y toucher jusqu&#039;au moment où le besoin s&#039;en ferait sentir ! Mais il n&#039;existe aucun moyen pour transformer des biens futurs en biens présents, et c&#039;est pour cette raison que ces derniers gardent pour des millions de gens une valeur subjective plus élevés qui ne peut manquer de leur conférer une supériorité quant au prix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2. Une raison psychologique. — C&#039;est un penchant caractéristique de presque tous les hommes, à un degré plus ou moins élevé, d&#039;attribuer moins d&#039;importance à des joies ou à des douleurs futures qu&#039;aux plaisirs ou aux peines du moment présent et ils éprouvent le même sentiment d&#039;indifférence pour les biens dont ils ne jouiront que dans un temps à venir. Ce n&#039;est pas le lieu ici de faire de la psychologie; c&#039;est pourquoi je passe rapidement sur les motifs plus raffinés qui conduisent à ce résultat et que j&#039;ai développés dans mon ouvrage. Nous pouvons observer ce résultat dans la vie de tous les jours, et cela à un degré très prononcé soit chez les personnes légères ou insouciantes, par exemple, les enfants, les prodigues; soit chez des peuples entiers, par exemple, les tribus barbares vivant au jour le jour; cette disposition peut même se présenter chez des personnes prudentes, au caractère ferme. Jevons a déjà indiqué cette cause de dépreciation des biens futurs dans son excellent ouvrage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3. La raison technique est assurément la plus importante de celle que j&#039;ai indiquée. Elle réside dans ce fait acquis par l&#039;expérience et déjà indiqué dans la première partie de cet article, c&#039;est que la production est plus abondante par voie de détours que par la voie directe. Essayons de nous rendre compte de cette corrélation des faits. On sait qu&#039;on pourra arriver à une production plus grande avec la même quantité des forces originaires (par exemple, avec le même nombre de journées de travail), si on prend des détours qui conduisent tout d&#039;abord à la production de produits intermédiaires, plutôt qu&#039;en cherchant à produire d&#039;une manière immédiate les biens de jouissance convoités. Si on se borne, par exemple, à ramasser avec la main les poissons rejetés sur le rivage par les flots, le travail de toute une journée se trouvera peut-être récompensé par une récolte de 3 poissons en moyenne; mais si on commence par fabriquer un canot et des filets, on prendra peut-être 30 poissons en moyenne chaque jour. Mais nous savons d&#039;un autre côté que la production par détour demande plus de temps. La fabrication du bateau et des filets demandera peut-être six mois, et ce n&#039;est qu&#039;après ce délai que pourra commencer la pêche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est clair que, puisque la production détournée, tout en rapportant davantage, demande du temps avant de pouvoir produire, celui-là seul pourra y recourir qui se trouvera pourvu de biens présents pendant toute la durée des préliminaires et jusqu&#039;au moment du rendement : pour pouvoir prendre un détour de production qui demandera six mois, il faut par ses ressources présentes posséder au moins un approvisionnement pour six mois : si le détour doit s&#039;étendre à une année, il faudra être approvisionné pour un an, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La conséquence de tout ceci, c&#039;est que l&#039;avantage de pouvoir choisir la méthode productive la plus abondante est réservé à ceux qui possèdent des biens présents, avantage que ne sauraient leur donner des biens futurs et pour lequel, par conséquent, les biens présents sont de beaucoup supérieurs. Et il est facile de s&#039;en apercevoir dans la vie pratique en remarquant que ceux qui veulent produire, non seulement préfèrent toujours les biens présents aux biens futurs, mais qu&#039;ils sont même toujours disposés, pour se procurer une somme inférieure de biens présents qui leur seront plus utiles, à sacrifier une somme bien supérieure de biens futurs moins utiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Imaginons un habitant du littoral absolument dénué de biens et qui, jusqu&#039;à ce moment, a péniblement trouvé son entretien en ramassant sur le rivage les poissons rejetés par l&#039;eau. Combien volontiers ne choisirait-il pas la méthode bien plus avantageuse de pêcher avec un bateau et des filets ! Mais il ne peut attendre dix mois parce qu&#039;il n&#039;a rien à manger en attendant. Proposez-lui de lui avancer son entretien, par exemple 3 poissons chaque jour pendant ces six mois, à la condition qu&#039;il vous rende un an après le double des poissons avancés; réclamez pour les 540 poissons de cette année, 1080 poissons l&#039;année prochaine, il acceptera ce marché avec enthousiasme parce qu&#039;il lui sera facile de faire ce paiement, — sa pêche étant rendue dix fois plus abondante, grâce aux instruments de pêche fabriqués dans l&#039;intervalle, — et qu&#039;il lui restera toujours un gain suffisant pour lui-même. C&#039;est dans cet échange de 540 poissons présentement contre 1080 poissons dans un temps futur, que se manifeste bien nettement cette supériorité des biens présents sur des biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est ainsi que chacun a des raisons pour estimer plus haut des biens présents que les biens futurs, soit pour un motif, soit pour un autre : le pauvre diable, parce que c&#039;est de biens présents qu&#039;il a le plus grand besoin; le prodigue, parce qu&#039;il ne songe pas à l&#039;avenir; le producteur — et qui n&#039;est pas plus ou moins producteur ? — parce qu&#039;ils lui assurent la supériorité des moyens de production les plus avantageux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si donc tout le monde ou presque tout le monde estime les biens présents plus que les biens futurs, il va de soi que si des biens présents sont échangés sur le marché contre des biens futurs, les biens présents étant évalués bien plus haut par tout le monde, doivent aussi avoir un prix plus élevé, un agio par rapport aux biens futurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la constatation de ces faits, nous nous trouvons bien près de la solution du problème de l&#039;intérêt. Nous n&#039;avons qu&#039;à embrasser les différents modes sous lesquels les marchandises présentes peuvent être échangés contre des marchandises futures et nous verrons naître de chacun de ces modes d&#039;échange d&#039;une manière directe une des formes de l&#039;intérêt qui nous sont connues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;origine de l&#039;intérêt du capital ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Premier cas : l&#039;intérêt du prêt ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas le plus simple entre tous est celui du prêt. Le prêt n&#039;est autre chose qu&#039;un échange de biens présents contre des biens futurs, et c&#039;est la forme la plus pure et la plus simple sous laquelle un tel échange puisse s&#039;effectuer. Si j&#039;emprunte, suivant l&#039;expression consacrée, 1000 F. pour un an, j&#039;échange en réalité 1000 francs présents que me compte le créancier et qu&#039;il met dans mon avoir, contre 1000 F. de l&#039;année prochaine que je devrai lui payer. Mais comme partout, et par conséquent aussi sur le marché du prêt, 1000 F. présents valent plus que 1000 F. futurs, il me faudra bien, au moment de l&#039;échange, payer quelque chose en plus au créancier pour égaliser les valeurs : ainsi au lieu de 1000 F. il me faudra payer 1050 F. par exemple, et ce surplus est ce qu&#039;on appelle l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà l&#039;explication très simple d&#039;une chose que depuis des siècles on a tournée de toutes façons et qu&#039;on s&#039;est plu à expliquer d&#039;une manière bien spécieuse et pourtant fausse. On a coutume de regarder le prêt non comme un échange, mais comme une espèce de location, et l&#039;intérêt comme le prix de l&#039;usage de l&#039;argent cédé pour une ou plusieurs années, — comme si on pouvait se servir de l&#039;argent d&#039;une manière ininterrompue pendant des années, de la même façon que d&#039;une maison ou d&#039;un meuble ! en réalité on ne peut s&#039;en servir qu&#039;une seule fois et pendant un très court moment, c&#039;est-à-dire, au moment où on le dépense. Et toute conception fausse engendre une autre non moins fausse, ici comme partout. Je ne puis m&#039;attarder ici à démontrer vers quel abîme de contradictions, d&#039;inexactitudes et d&#039;absurdités conduit cette façon de présenter les choses, si inoffensive en apparence. Je me hâte d&#039;arriver à la seconde forme sous laquelle se présente l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Deuxième cas : Le profit du capital investi dans des entreprises productives ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce cas est à la fois important et le plus difficile. Mais par les explications déjà données, nous avons la clef pour en trouver également la solution. Exposons d&#039;abord nettement le fait qu&#039;il s&#039;agit d&#039;expliquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un entrepreneur achète avec son capital une somme d&#039;instruments de production; il achète des matières premières, des outils, du travail, et en employant ces moyens de production, il crée un produit. Ce produit une fois formé a une valeur bien supérieure à celle des biens productifs sacrifiés pour l&#039;obtenir : sa plus-value sera en rapport d&#039;un côté avec le capital employé, de l&#039;autre avec la durée du temps qu&#039;a exigé la création du produit. Si l&#039;entrepreneur a employé 1000 F. par exemple pour les matières premières, etc, et si la période de production dure un an, il arrivera ordinairement à un produit qui vaudra 1050 F. Cet excédent de 50 F. représente le profit du capital. Comment faut-il expliquer cette différence de valeur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a certaines théories qui sont si claires qu&#039;il suffit de les énoncer pour démontrer leur exactitude. Parmi ces théories nous pouvons placer celle-ci : que la valeur des biens productifs doit être déduite de la valeur de leurs produits et non réciproquement. La valeur du vin de Château-Yquem n&#039;est pas très élevée parce que le terrain sur lequel il croît est cher, mais le terrain est cher parce que la valeur du produit qu&#039;on en tire est très grande. Les lecteurs de cette Revue connaissance d&#039;ailleurs déjà cette théorie d&#039;après l&#039;exposé si lucide que M. St-Marc a fait d&#039;un de mes ouvrages sur la valeur, et je puis m&#039;en servir ici sans autre explication !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour rester dans l&#039;esprit de cette théorie, nous devons affirmer que tout groupe complémentaire de moyens de production a pour nous absolument la même valeur que le produit que nous espérons créer par son intermédiaire. Si donc le produit futur vaut 1050 F., dois-je estimer le groupe des moyens de production à 1050 F. ? Prenons bien garde, c&#039;est ici l&#039;oeuf de Christophe Colomb; la chose est des plus simples, mais encore faut-il la trouver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici l&#039;explication : le produit, d&#039;après lequel nous estimons le groupe des moyens de production, est pour le moment un produit futur. Il n&#039;existera qu&#039;après le procès de la production, par conséquent au bout d&#039;un an, et alors il vaudra 1050 F. Les 1050 F. dont il s&#039;agit ici sont de 1050 F. de l&#039;année prochaine. Mais des biens de l&#039;année prochaine, et par conséquent aussi des francs de l&#039;année prochaine valent moins que des francs de cette année; par exemple 1050 F. de l&#039;année prochaine valent seulement autant que 1000 F. de cette année. Par conséquent, notre groupe de moyens de production, avec lesquels on pourra, au bout d&#039;une année, former un produit qui, à cette époque, vaudra 1050 F, sera bien estimé 1050 F. valeur future, comme le produit lui-même, mais il sera estimé aussi, comme ces mêmes produits, seulement 1000 F., valeur actuelle. Si donc on les achète ou si on les échange aujourd&#039;hui, leur prix de vente devra naturellement être évalué d&#039;après la valeur à ce jour, et on les aura évidemment pour un nombre de francs moindre qu&#039;ils ne rapporteront plus tard à leur possesseur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens productifs sont en quelque sorte marchandise de l&#039;avenir. Ils représentent des biens de jouissance futurs qu&#039;on obtiendra par leur moyen au bout d&#039;une certaine période de production. Mais précisément parce qu&#039;ils servent seulement à acquérir des biens futurs, et que ceux-ci valent moins que des biens présents, leur valeur n&#039;égale que celle d&#039;un moindre nombre de biens de jouissance présents. Voilà la raison pour laquelle les entrepreneurs achètent leurs moyens de production, et parmi ceux-ci le travail, à un prix plus bas qu&#039;ils ne vendront en son temps le produit acheté; ce n&#039;est point à cause d&#039;une faculté particulière du capital d&#039;engendrer une plus-value, ce n&#039;est pas non plus parce qu&#039;ils exploitent leurs ouvriers, mais simplement parce que tous les biens productifs, quoique matériellement présents, sont, d&#039;après leur nature et leur destination économique, des biens futurs, et que la marchandise de l&#039;avenir a toujours moins de valeur que la marchandise du moment présent. Puis, dans le cours de la production, la marchandise de l&#039;avenir, le « bien productif » est transformé en produit parfait, propre à la jouissance, et acquiert naturellement la valeur complète appartenant aux biens présents. Cet accroissement de valeur constitue la « plus-value » ou « profit du capital des entrepreneurs ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Troisième cas : l&#039;intérêt des biens de longue durée ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je n&#039;ai qu&#039;à faire précéder cet article de quelques observations théoriques pour laisser la parole ensuite aux mathématiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les biens nous sont utiles à cause des forces naturelles et utiles qui leur sont inhérentes, ou mieux, par les services qu&#039;ils nous rendent. Et ce n&#039;est qu&#039;à raison des services que nous pouvons obtenir d&#039;eux, que nous les estimons. La valeur des biens est donc formée de la somme des valeurs de tous les services particuliers qu&#039;ils nous rendent. Cela est très simple pour les biens qui se consomment. Ils ne peuvent servir qu&#039;une fois et pour eux la valeur du bien coïncide naturellement et complètement avec celle de ce service unique : une cartouche a pour moi exactement la valeur que j&#039;attache à son service unique pour tirer un seul coup de feu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La chose est plus compliquée pour les choses dites de longue durée, qui permettent un usage répété. Ici la valeur du bien est une grandeur composée, formée de la valeur des services isolés plus ou moins nombreux que nous procure le bien, les uns après les autres. Un animal de trait, par exemple, a pour moi une valeur équivalente à la somme de tous les services rendus par la traction; une machine, une valeur équivalente à la somme de tout ce qu&#039;elle est capable de produire; un vêtement que je ne puis porter que trente fois, a pour moi nécessairement moins de valeur qu&#039;un vêtement de même étoffe me faisant un aussi bon usage pendant cent jours. Mais ici une autre complication peut se présenter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la période de temps pendant laquelle dure le bien n&#039;est pas trop longue et si les services qu&#039;il rend restent, comme nous allons l&#039;admettre une fois pour toutes pour simplifier, les mêmes jusqu&#039;à la fin, tous ces services auront une égale valeur, et la valeur d&#039;usage du bien lui-même se détermine simplement en multipliant la valeur d&#039;un des services rendus par le nombre de ces services. Si l&#039;usage d&#039;un vêtement a pour moi la valeur d&#039;un franc par jour, le vêtement qui me durera trente jours aura pour moi la valeur de 30 F., celui qui durera cent jours, la valeur de 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour beaucoup de biens de longue durée, vaisseaux, machines, édifices, propriétés foncières, le rendement des services s&#039;étend sur de longues périodes, de façon que les rendements ultérieurs ne pourront plus être perçus par le propriétaire ou du moins ne le peuvent être qu&#039;après un temps très long. Dès lors la valeur de ces services reportée à un temps si éloigné, doit partager le sort commun de la valeur de tous les biens futurs. Un service qui, au point de vue technique, est le même qu&#039;un service rendu dans l&#039;année courante, mais qui ne peut être obtenu que dans un an, est un service d&#039;une valeur moindre, un service qui ne rapportera quelque chose qu&#039;au bout de deux ans, aura une valeur encore moindre qu&#039;un service pour l&#039;année présente, et ainsi la valeur des services que rendent les biens diminie nécessairement suivant la date plus ou moins éloignée de l&#039;échéance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donnons maintenant la parole aux mathématiques. Elles devront nous apprendre quelle est la valeur en capital d&#039;un tel bien, quel sera son rapport brut, quelle est la part qu&#039;il faut compter pour la détérioration que ce bien a subie, et enfin s&#039;il doit rester quelque chose comme revenu net et pourquoi il doit en être ainsi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prenons un seul exemple : une machine qui dure six ans et dont les services annuels valent 100 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;abord, combien vaudra t-elle ? Si — pour des raisons que j&#039;ai notées dans le passage précédent d&#039;une manière détaillée, — on évalue les biens présents, et naturellement aussi les services présents, environ 5 p. 0/0 plus haut que des biens et des services futurs, la machine vaudra non pas 6x100 = 600 F., mais seulement 100 + 95,23 + 90,70 + 86,38 + 82,27 + 78,35 = 535,93 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel sera le rapport brut annuel d&#039;une telle machine ? Naturellement 100 F., c&#039;est-à-dire la valeur du service qu&#039;elle rend dans l&#039;année courante. Quelle sera la part nécessaire pour couvrir les frais de déterioration et d&#039;amortissement ? Voici encore un problème aussi facile et aussi difficile à la fois que celui de l&#039;oeuf de Christophe Colomb.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voyons. La valeur de la machine est formée par la valeur additionnée de tous les services qu&#039;elle rend. Or nous devons déduire à la fin de la première année d&#039;usage d&#039;une part de service de la valeur 100 F. On pourrait croire, par conséquent, que la valeur de la machine doit être diminuée elle aussi de 100 F. ? Point du tout, car le temps n&#039;a pas cessé de courir pendant cette première année. Nous avons bien soustrait la valeur du service de l&#039;année courante, mais le service de l&#039;année future devient maintenant revenu de l&#039;année présente et prend par conséquent la pleine valeur de 100 F. De même le revenu de la troisième année devient revenu de la deuxième, celui de la quatrième année revenu de la troisième, et ainsi de suite, chaque terme s&#039;élevant d&#039;un degré et étant remplacé par le suivant, sauf le sixième, qui évidemment n&#039;est remplacé par rien, puisqu&#039;il est le dernier. Au bout de la première année les choses se trouvent donc dans l&#039;état suivant : la machine est maintenant un bien qui pendant cinq ans encore peut donner un revenu annuel de 100 F., et les revenus annuels de cinq années doivent donc être estimés à ce jour de la façon suivante : la première, celle de l&#039;année courante, 100 F.; la deuxième, 95,23 F.; la troisième 90,70 F.; la quatrième, 86,38 F.; la cinquième, 82,27 F., et la machine entière 454,58 F. La dépréciation, par rapport à la valeur première de 532,93 F., n&#039;est donc pas tout à fait de 100 F., mais seulement de 78,35 F. Il est à remarquer que ce chiffre est précisément le même que celui qui exprimait la valeur du revenu de la dernière année, et il est tout naturel qu&#039;il en soit ainsi, car dans notre compte chaque terme de la série a été remplacé par le terme suivant, sauf le dernier qui n&#039;a été remplacé par rien et qui par conséquent manque seul au total. Le produit brut étant donc de 100 F., et l&#039;amortissement pour la déterioration de 78,35 F. seulement, il reste comme produit net 21,65 F.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par un raisonnement tout à fait analogue, on démontrerait que la machine rapportant de nouveau dans la seconde année 100 F. bruts, on doit diminer sa valeur non pas de 100 F., à cause du rapprochement des autres termes de la série, mais seulement de la valeur du dernier revenu à échoir, soit de 82,27 F. ; elle rapporterait donc encore 17,73 F. représentant l&#039;intérêt d&#039;un capital déjà amoindri par l&#039;amortissement, et ainsi de suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En résumé : le propriétaire d&#039;un bien durable touche toujours la pleine valeur du revenu de chaque année : c&#039;est ce qui constitue le revenu brut du capital. Par contre, il n&#039;a à déduire chaque année comme prime d&#039;amortissement qu&#039;une valeur égale à celle du revenu de la dernière année évaluée au moment présent ; il garde donc en tous cas une somme égale à la différence entre le revenu brut et la prime d&#039;amortissement, et c&#039;est justement ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà pour quelle raison les biens de longue durée, les maisons, les fabriques, les vaisseaux, les machines, les meubles, donnent un intérêt net sur la valeur de leur capital. Il ne faut pas chercher ici aucune idée de je ne sais quelle vertu productive qui serait inhérente à une maison d&#039;habitation, à un piano loué ou à un mobilier donné en location; — aucune idée non plus d&#039;une exploitation des ouvriers : où pourrait-on voir des ouvriers exploités dans le cas d&#039;un propriétaire qui loue sa maison à un riche rentier ? Mais tout découle de cette idée très simple que les biens futurs, comme les services futurs, valent moins que les biens présents et les services présents : c&#039;est pourquoi on attribue au services rendus dans un temps futur une valeur moindre qu&#039;aux services rendus dans le temps présent; c&#039;est pourquoi aussi ces services rapportent avec le temps plus que ce qui est nécessaire pour reconstituer et amortir le capital consommé, et c&#039;est pourquoi, enfin, il doit rester un excédent du revenu brut sur l&#039;amortissement, ce qui constitue le revenu net.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons ainsi expliqué, conformément à notre programme, toutes les formes sous lesquelles se présente l&#039;intérêt : intérêt du prêt, profit du capital, revenu des biens de longue durée, comme découlant d&#039;une même cause, à savoir, la différence de valeur entre le présent et l&#039;avenir. Et maintenant un dernier mot sur la façon dont on doit apprécier la légitimité de l&#039;intérêt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La légitimité de l&#039;intérêt ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D&#039;après tout ce que nous venons de dire, l&#039;intérêt doit-il être considéré comme un revenu légitime ou illégitime ? Mérite-t-il la considération dont il jouit dans l&#039;ordre actuel des choses ou doit-on la lui retirer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt en lui-même n&#039;est entaché d&#039;aucun vice. Il n&#039;est point, comme le prétendent les socialistes, le fruit d&#039;une oppression violente ou de l&#039;exploitation des ouvriers, mais bien le résultat naturel et organiquement nécessaire de ce fait économique que les biens présents ont une valeur plus grande pour les hommes que les biens futurs, et ce fait est à son tour le résultat naturel et tout aussi organique d&#039;une série de faits élémentaires, économiques, psychiques et techniques que nous constatons dans le mon de et que nous ne saurion éliminer. Autant il est naturel et parfaitement compréhensible que toujours et partout un bon cheval ait une valeur plus grande qu&#039;un cheval médiocre et qu&#039;un quintal d&#039;avoine ou d&#039;orge — autant il est naturel et compréhensible que toujours et partout nous estimions davantage les biens présents que les biens futurs, puisque dans presque toutes les situations de la vie les premiers nous servent mieux que les seconds. Et autant il est naturel et nullement choquant que le propriétaire du froment de qualité supérieure fasse valoir dans le commerce la supériorité de celui-ci et ne l&#039;échange pas sur un pied d&#039;égalité contre un quintal d&#039;orge ordinaire, mais, par exemple, contre 1 demi quintal de cette denrée, — autant il est naturel et nullement choquant que les possesseurs de biens présents, qu&#039;on appelle les capitalistes, fassent valoir aussi la supériorité de ces biens, losqu&#039;ils les échangent contre des biens futurs, et qu&#039;ils demandent un agio proportionnel à la supériorité de valeur de leurs biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt est si naturel et si loin d&#039;être choquant, que ses pires ennemis, les socialistes, ne pourraient le bannir de ce monde, alors même qu&#039;on les laisserait faire à leur gré. Ils pourraient seulement changer les rapports de possession, et déplacer par là les personnes qui touchent aujourd&#039;hui l&#039;intérêt et les quote-parts qui leur reviennent, mais ils ne sauraient faire disparaître l&#039;intérêt lui-même. Tant qu&#039;on ne réussira pas à bannir de ce monde le Temps lui-même, il ne sera pas indifférent aux hommes qu&#039;on leur remette, par exemple, un petit rejeton de chêne, qui, dans cent ans, deviendra un beau chêne, à la place d&#039;un chêne lui-même tout fomé. Et tant que ceci ne sera pas indifférent, on ne consentira pas, même dans un État socialiste, à payer à un travailleur qui, dans une journée, planterait cent jeunes rejetons de chêne, la valeur de cent chênes magnifiques, 5000 F. par exemple, comme prix de sa journée. Or, si la communauté socialiste lui donne moins, le fait vaut la peine d&#039;être noté; si elle ne lui donne qu&#039;un salaire de 10 ou 20 F., elle fera exactement ce que font aujourd&#039;hui les capitalistes et ce que chez eux les socialistes appellent exploitation de l&#039;ouvrier. En effet, elle achètera le travail de ces ouvriers pour un prix plus bas que ne le sera celui du produit achevé dans un temps donné. Dans l&#039;état socialiste donc, aussi bien qu&#039;aujourd&#039;hui, la nature des choses ne laisserait que le choix entre un brevet de stupidité ou la reconnaissance de l&#039;intérêt : — stupidité, si un salaire de centaines ou de milliers de francs est attribué à un vulgaire travail de plantation, d&#039;où il résultera naturellement que chacun voudra être ouvrier forestier, que personne ne voudra plus exercer le métier de tailleur à l&#039;état de forêt vierge : — l&#039;intérêt, si on estime moins et paye moins des biens futurs, et par conséquent aussi le travail qui aide à créer ces biens futurs, que des biens présents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On pourrait encore demander ce qu&#039;on ferait, dans un état socialiste, de l&#039;intérêt ainsi acquis ? Le garderait-on dans la caisse commune ? L&#039;emploierait-on plutôt à augmenter les revenus du peuple, en élevant, par exemple, le prix de la journée de travail qui aurait été jusque-là de 4 F. à 6 F., grâce à ces revenus sociaux ? Ce serait encore gagner sur le produit du travail des ouvriers qu&#039;on occupe à des détours de production très longs et très fructueux, et distribuer ensuite ce gain à tous, c&#039;est-à-dire, pour la plus grande partie, à d&#039;autres. Si au travailleur occupé à reboiser, qui crée un produit futur de 5000 F. par le travail d&#039;une seule journée, la société donne 6 F. par jour au lieu de 4 F., elle gagnera encore un intérêt de 4994 F. qu&#039;elle pourra attribuer à d&#039;autres personnes, à titre de co-associés à la fortune nationale. Mais ce serait là non point détruire l&#039;intérêt, mais seulement le distribuer autrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aucun vice rédhibitoire n&#039;entache donc l&#039;intérêt. Mais il va sans dire qu&#039;on peut abuser de l&#039;intérêt, de même que de toute institution humaine. L&#039;intérêt confère une puissance légitime en elle-même, mais dont on peut faire un bon ou un mauvais usage. Nous ne voulons défendre ici que le bon emploi qu&#039;on en peut faire : quant aux abus, nous les livrons volontiers à la condamnation la plus sévère. Et même nous ne voudrions pas terminer cette plaidoirie sans adresser à ceux que nous venons de défendre, aux heureux capitalites, un sérieux avertissement pour leur rappeler les charges et les devoirs de la possession !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Autres projets|&lt;br /&gt;
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[[wl:Eugen Böhm-Bawerk]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Raymond_Boudon:Structuralisme&amp;diff=51302</id>
		<title>Raymond Boudon:Structuralisme</title>
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		<updated>2014-01-03T11:50:54Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Structuralisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; François Bourricaud|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce vocable désigne un mouvement d&#039;idées diffus et complexe qui s&#039;est développé dans le domaine des sciences sociales au cours années 1960 principalement, pour ne pas dire à peu près exclusivement, sur la scène française.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L&#039;origine de l&#039;analyse structurale ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;origine, le structuralisme apparaît comme une tentative méthodologique pour étendre à d&#039;autres sciences sociales les bénéfices de la révolution « structuraliste » telle qu&#039;elle passait pour s&#039;être développée en linguistique. La philologie classique s&#039;était principalement orientée vers la description &#039;&#039;historique&#039;&#039; des langues dans leurs différentes composantes (vocabulaire, syntaxe, etc). Par contraste, la linguistique « structurale » se propose d&#039;analyser la « structure » des langues. L&#039;exemple de la phonologie permet d&#039;illustrer aisément la signification de la notion de structure &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Structure&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; dans ce contexte. La phonologie « classique » se donne pour objectif la détermination des phonèmes (c&#039;est-à-dire des sons élémentaires) des langues. Éventuellement, elle s&#039;efforce de décrire l&#039;évolution de ces phonèmes dans le temps ou leur variation d&#039;une région à l&#039;autre; de comparer les stocks de phonèmes de l&#039;allemand à ceux du français, etc. La phonologie « structurale » se soucie plutôt, quant à elle, d&#039;établir que l&#039;ensemble des phonèmes d&#039;une langue forme un &#039;&#039;système&#039;&#039; cohérent, capable de constituer un support « commode » et économique aux processus de communication. Considérons par exemple les phonèmes de l&#039;anglais. Selon Jakobson, ils représentent tous des combinaisons de 12 « traits distinctifs » binaires élémentaires : « vocalique/non vocalique », « consonnantique/non consonnantique », « grave/aigu », « nasal/oral », « continu/instantané », etc. Ces 12 traits binaires peuvent en théorie donner lieu à 2^12 = 4096 combinaisons ou phonèmes possibles. En réalité, la plupart des langues (dont l&#039;anglais) n&#039;utilisent que quelques dizaines de phonèmes au total. Naturellement, les phonèmes réels ne représentent pas une « sélection » aléatoire des phonèmes possibles : ils représentent un « système » de combinaisons distinctifs élémentaires dont la phonologie structurale se propose précisément d&#039;analyser la « stucture » &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Structure&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Système&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La distinction entre phonologie « classique » et phonologie « structurale » et plus généralement, entre linguistique « classique » et linguistique « structurale » retrouve dans le domaine de l&#039;étude des langues des distinctions familières et anciennes, explicitement ou implicitement reconnues par plusieurs sciences sociales. Ainsi on peut analyser les institutions sociales de manière descriptive. Mais on peut aussi s&#039;interroger sur la structure du système constitué par l&#039;ensemble des institutions d&#039;une société. Cette perspective, qu&#039;on peut appeler &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;, est par exemple celle qu&#039;adopte [[Charles de Montesquieu|Montesquieu]] dans &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; : régimes politiques, institutions juridiques, organisation sociale et familiale tendent, selon Montesquieu, à former des touts cohérents, des « structures » comme on dirait aujourd&#039;hui, excluant nombre de combinaisons possibles d&#039;un point de vue strictement combinatoire, mais difficilement concevables d&#039;un point de vue sociologique. Il faut toutefois souligner que Montesquieu &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Montesquieu&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; se garde d&#039;affirmer que les divers éléments d&#039;un système social s&#039;impliquent les uns les autres de façon nécessaire : que certaines combinaisons soient exclues n&#039;entraîne pas que les combinaisons réalisées et observables soient d&#039;une rigoureuse cohérence. On retrouve la même perspective chez [[Alexis de Tocqueville|Tocqueville]] : &#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; montre comment le caractère centralisé de l&#039;administration française a rendu le « système » social et politique français très différent dans sa structure du système anglais. Si on se tourne vers des auteurs modernes, on observe par exemple la même perspective chez Murdock. Dans &#039;&#039;Social Structure&#039;&#039; cet auteur a montré, à partir de données concernant un ensemble de sociétés archaïques que les règles de résidence (matrilocale, patrilocale, etc.) de transmission du patrimoine, de filiation (patrilinéaire, matrilinéaire, etc.), les règles relatives de la prohibition de l&#039;inceste, le vocabulaire utilisé pour désigner les divers types de relation de parenté, etc., constituent des « structures » au sens où elles sont des combinaisons non aléatoires, un type de règle de résidence ayant par exemple plus de chance d&#039;être associé à un certain type de règle de filiation et à certaines institutions matrimoniales qu&#039;à d&#039;autres. Mais, chez Murdock comme chez Montesquieu, on a affaire à une conception &#039;&#039;minimaliste&#039;&#039; plutôt que &#039;&#039;maximaliste&#039;&#039; de la cohérence des systèmes institutionnels sont donc assimilables, non à des implications &#039;&#039;strictes&#039;&#039; de type logique (si A, alors B), mais à des implications &#039;&#039;faibles&#039;&#039; de type stochastique (si A, alors plus souvent B). Autre exemple : l&#039;opposition sociologique classique — et qui ne va pas sans poser des problèmes — entre sociétés « traditionnelles » et sociétés « modernes » peut être considérée comme un exemple d&#039;analyse « structurelle » : les deux types de sociétés sont caractérisés ou supposés être caractérisés par des ensembles de traits qui s&#039;opposent terme à terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces travaux relèvent de ce qu&#039;on peut appeler l&#039;analyse &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;. Dans tous les cas, il s&#039;agit de montrer qu&#039;un ensemble d&#039;institutions caractéristiques d&#039;une société constitue une « structure » au sens où cet ensemble doit être analysé comme une combinaison non aléatoire d&#039;éléments. Dans le domaine de la phonologie, l&#039;analyse structurelle consiste bien, de même, à montrer que les phonèmes d&#039;une langue constitue une combinaison non aléatoire de traits distinctifs. La linguistique dite « structurale », c&#039;est-à-dire celle qui adopte une perspective « structurelle », ne représente donc en aucune façon une innovation méthodologique radicale. La « révolution » qu&#039;elle a accomplie, si révolution il y a, consiste plutôt dans l&#039;application à un domaine particulier, celui des langues, d&#039;une perspective que des disciplines comme la sociologie et l&#039;économie avaient traditionnellement utilisée. Comme M. Jourdain faisait de la prose, Montesquieu et Tocqueville avaient, sans le savoir, appliqué l&#039;analyse « structurelle » à la sociologie ou, comme on peut dire encore, pratiqué une sociologie « structurale ». Le fait que, par différence avec les expressions « linguistique structurale » ou « anthropologie structurale », des expressions comme « économie structurale » ou « sociologie structurale » ne se soient pas imposées, suffit peut-être à indiquer que la perspective de l&#039;analyse structurelle est traditionnelle dans ces deux disciplines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;en va pas de même en anthropologie. Dans les &#039;&#039;structures élémentaires de la parenté&#039;&#039;, Lévi-Strauss applique la perpective structurelle telle qu&#039;elle vient d&#039;être définie à un domaine de l&#039;ethnologie où avait traditionnellement prévalu une perspective de type descriptif. Jusqu&#039;à Lévi-Strauss, les ethnologues s&#039;étaient heurtés à un problème difficile : rendre compte de la diversité des règles de prohibition de l&#039;inceste. Pourquoi par exemple le mariage entre cousins parallèles est-il généralement interdit, tandis que tout mariage entre cousins croisés est toléré dans certaines sociétés et que, dans d&#039;autres sociétés encore, certains types de mariage entre cousins croisés sont autorisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère) et d&#039;autres interdits (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille de la soeur de son père) ? Lévi-Strauss a proposé de résoudre ces énigmes classiques en adoptant une méthodologie analogue à celle de la phonologie structuralle. Le phonologue s&#039;efforce de montrer que tout système phonétique peut être considéré comme une solution particulière à un problème général : constituer un support sonore économique aux processus de communication. De même, Lévi-Strauss s&#039;efforça de montrer que les systèmes de règles d&#039;interdiction et d&#039;autorisation du mariage qu&#039;on observe dans les sociétés archaïques sont les solutions particulières d&#039;un « problème » général : assurer une circulation des femmes entre les segments constitutifs des sociétés. Cette perspective générale étant posée, on démontre par exemple qu&#039;une « solution » cohérente (d&#039;un certain point de vue) contient, outre d&#039;autres règles, l&#039;interdiction du mariage entre cousins parallèles et l&#039;autorisation du mariage entre cousins croisés, et qu&#039;un autre système cohérent de règles interdit le mariage entre cousins parallèles et autorise le mariage entre certains cousins croisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théorie de Lévi-Strauss s&#039;est heurtée à de sérieuses objections. G. Homans par exemple souligne son caractère téléologique (les règles du mariage ont pour &#039;&#039;fonction&#039;&#039; d&#039;assurer la solidarité du groupe). D&#039;autre part, il relève que le mariage préférentiel avec la fille du frère de la mère est plus fréquent dans les sociétés patrilinéaires, où &#039;&#039;Ego&#039;&#039; entretient des rapports distants avec son père et avec la soeur de son père, tandis que ses rapports avec sa mère et avec le frère de celle-ci sont familiers et chaleureux. Selon Lévi-Strauss, insister sur de tels &#039;&#039;faits&#039;&#039;, c&#039;est revenir aux « vieux errements » du « psychologisme ». Pour sa part, Leach devait souligner à partir notamment de l&#039;analyse des systèmes Kachin qu&#039;il est impossible d&#039;isoler les échanges matrimoniaux de l&#039;ensemble plus vaste (échanges économiques, politiques, etc.) auquel ils appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le dérapage métaphysique ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut souligner que, si les révolutions « structurales » (adoption d&#039;une perspective « structurelle ») de la linguistique  et l&#039;anthropologie doivent être tenues pour locales plutôt que générales dans la mesure où elles ne font qu&#039;étendre à de nouveaux domaines une idée ancienne , elles ont donné naissance à des innovations méthodologiques dépassant le cadre de l&#039;ethnologie et de la linguistique. Ainsi, la phonologie structurale, la syntaxe structurale de Chomsky, les travaux de Lévi-Strauss et Weil, ceux de Bush sur les structures de la parenté utilisent une instrumentation mathématique novatrice qui a contribué à leur audience et à leur prestige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce prestige est une des raisons du dérapage vers la métaphysique de ce qui fut d&#039;abord une perspective méthodologique. Bien que certains auteurs, comme Piaget, assimilent les notions de « perspective structurelle » et de « structuralisme », c&#039;est à ce dérapage métaphysique qu&#039;il convient sans doute de réserver le vocable de structuralisme. Il consiste dans son principe en une généralisation abusive, ou plutôt une réification de postulats que linguistes et anthropologues avaient été naturellement amenés à introduire sur leur terrain, mais dont l&#039;extension et la généralisation à d&#039;autres terrains soulèvent un problème de légitimité. Ainsi, l&#039;ethnologue des sociétés sans écriture comme le phonologue sont à l&#039;évidence condamnés à une perspective « synchronique » : ils peuvent observer un système de phonèmes constitué, un système de règles d&#039;autorisation et d&#039;interdiction du mariage, un ensemble de récits mythiques, mais ils ne disposent généralement pas de données leur permettant d&#039;étudier la genèse ou l&#039;évolution de ces « systèmes ». La nature de leurs données leur interdit pratiquement toute analyse &#039;&#039;diachronique&#039;&#039;. Le prestige momentané des analyses structurelles de la linguistique et de l&#039;anthropologie, l&#039;autorité qui paraissait se dégager des aphorismes épistémologiques et Lévi-Strauss, incitèrent certains sociologues à conclure que l&#039;analyse synchronique possédait pour de mystérieuses raisons un privilège inconditionnel par rapport à l&#039;analyse diachronique. Exemple entre beaucoup, Althusser et Balibar se mirent à (re)lire Marx en général et &#039;&#039;Le Capital&#039;&#039; en particulier en s&#039;efforçant d&#039;y découvrir une typologie des formations sociales et des modes de production construite à partir d&#039;éléments simples (types d&#039;appropriation de la plus-value, etc.), exactement comme les systèmes phonétiques sont des combinaisons structurés de traits distinctifs. Marx se retrouvra déguisé en structuraliste préoccupé de la structure synchronique de formations sociales et en fait pratiquement indifférent  à l&#039;analyse du changement social. L&#039;interprétation « structuraliste » de Marx, en insistant sur la possibilité de construire des systèmes combinatoires différents, avait l&#039;avantage non négligeable d&#039;« assouplir » les relations entre infrastructure et superstructure, de « montrer » que les « formations sociales » capitalistes et socialistes pouvaient correspondre à une certaine diversité de structures. C&#039;est pourquoi elle connut le succès : le traitement structuraliste qu&#039;Althusser et ses disciples administrèrent à Marx eut pour effet de tirer le marxisme de l&#039;ornière du marxisme vulgaire dans laquelle il était tombé, et de lui restituer une respectabilité académique et une souplesse que les intellectuels marxistes ne pouvaient pas ne pas considérer comme des bienfaits. Le même « goût » pour le « synchronique » peut être observé  dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; de M. Foucault, livre qui interprète l&#039;« histoire » des sciences naturelles et sociales comme une séquence de basculements structurels : les grandes &#039;&#039;époques&#039;&#039; de cette histoire sont dominés par des « structures » épistémologiques dont l&#039;auteur s&#039;efforce d&#039;analyser l&#039;implacable cohérence interne. Quant à la succession de ces « structures », elle est supposée par Foucault inintelligible ou inintéressante. La brillante construction contenue dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; n&#039;est guère plus, du point de vue logique, qu&#039;une typologie; typologie qui, de surcroît, fait bon marché de l&#039;histoire des sciences. Ainsi, aucun historien des sciences sociales n&#039;admettait qu&#039;[[Adam Smith]] ait inauguré un basculement épistémologique en proposant &#039;&#039;pour la première fois&#039;&#039; des modèles évolutifs endogènes des processus sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En privilégiant l&#039;analyse « synchronique » par rapport à l&#039;analyse « diachronique », dans les domaines où la nature de l&#039;information disponible ne l&#039;impose pas, les structuralistes réduisent  leurs ambitions à peu de choses : le plus souvent , à la mise en évidence de typologies dont ils renoncent à rechercher la raison d&#039;être &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Typologies&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. On peut douter qu&#039;il s&#039;agisse là d&#039;un progrès par rapport à des démarches comme celles de Marx ou de Tocqueville, qui interprètent toujours les différences synchroniques qu&#039;on peut observer entre types sociaux comme le résultat de processus diachroniques. Le « système » des différences qu&#039;on peut par exemple relever entre la France et l&#039;Angleterre &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou entre la France et l&#039;Amérique &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;De la Démocratie en Amérique&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; est analysé par Tocqueville comme le résultat de processus en cascade résultant de différences institutionnelles initiales. Il en va de même chez Marx : les différences entre types sociaux observés au niveau synchronique sont toujours analysés par lui comme le résultat de processus diachroniques. Le primat inconditionnel accordé au synchronique a non seulement pour effet de rendre inintelligible les différences entre types, il conduit aussi à exagérer et à relier ces différences. Ainsi, l&#039;opposition sociétés « traditionnelles » / sociétés « modernes » a largement contribué au développement de conceptions simplistes et fausses. La sociologie de la modernisation admet fréquemment par exemple que les sociétés « traditionnelles » sont nécessairement immobiles ou que la « modernisation » est vouée à progresser simultanément sur tous les fronts &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Développement&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Modernisation&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. De telles propositions, qui ne résistent pas à l&#039;examen le plus superficiel, résultent de ce que la typologie opposant les sociétés traditionnelles aux sociétés modernes est traitée, non comme un outil heuristique, mais comme l&#039;expression d&#039;une « réalité » ou d&#039;une « structure profonde ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contraintes qui s&#039;imposent à l&#039;anthropologie étudiant des mythes archaïques ou au phonologue leur interdisent en second lieu d&#039;analyser les mythes ou systèmes phonétiques comme des produits de l&#039;&#039;&#039;activité humaine&#039;&#039; (ce qu&#039;ils &#039;&#039;sont&#039;&#039; pourtant à l&#039;évidence). La métaphysique structuraliste, procédant ici encore par généralisation et par réification, tire de ces conditions particulières une proposition méthodologique et une proposition ontologique. &#039;&#039;Proposition méthodologique&#039;&#039; : les phénomènes sociaux sont le produit ou la manifestation de structures et ne sauraient être analysés comme le résultat de l&#039;action des hommes. &#039;&#039;Proposition ontologique&#039;&#039; : seules les structures ont une existence « réelle »; les individus sont de simples apparences ou de purs « supports de structures ». Ils n&#039;ont d&#039;intérêt que dans la mesure où ils permettent aux structures de se manifester. Et lorsque les individus ne sont pas réduits à être des « supports de structures » et sont décrits par le sociologue structuraliste comme étant capables de comportements « stratégiques » (mot souvent abusivement tenu pour synonyme de « intentionnel »), on ne tarde pas à découvrir que ces comportements intentionnels ne sauraient qu&#039;aboutir à la reproduction des structures ou, selon les passions idéologiques du sociologue, à leur évolution dans une direction prescrite par le sens de l&#039;Histoire. Adam Smith et Darwin ne sont, selon Foucault, que des manifestations particulières de la « structure épistémique » de leur temps. Le « moi » qui tenait un rôle fondamental dans la trilogie classique de Freud (&#039;&#039;surmoi&#039;&#039;, &#039;&#039;moi&#039;&#039;, &#039;&#039;ça&#039;&#039;) disparaît, comme l&#039;a montré Turkle, dans la version structuraliste que Lacan a donnée de la doctrine psychanalytique. L&#039;individu devient selon Lacan le simple support des structures inconscientes qui l&#039;habitent (le &#039;&#039;ça&#039;&#039;). Les agents sociaux de la sociologie d&#039;inspiration structuraliste sont de même, quant à eux, de simples supports ou, au mieux, des truchements consentants ou aveugles, à travers lesquels s&#039;expriment, se réalisent, se reproduisent ou évoluent les structures sociales. Quant aux « structures sociales », elles sont généralement réduites à quelques variables arbitrairement choisies, dont on suppose qu&#039;elles dominent l&#039;ensemble des variables caractérisant le système social. Sur ce point encore il importe de noter le contraste avec un auteur comme Tocqueville : la « centralisation administrative » n&#039;est pas posée &#039;&#039;a priori&#039;&#039; comme une variable essentielle. Son importance est au contraire démontrée &#039;&#039;a posteriori&#039;&#039;. Par contraste, les variables de stratification, elles-mêmes condensées dans la distinction sommaire classe dominante / classe dominée, sont &#039;&#039;a priori&#039;&#039; posées par les sociologues structuralistes comme les variables essentielles. On peut par exemple ignorer l&#039;existence de l&#039;État puisqu&#039;il est entendu qu&#039;il est nécessairement au service de la classe dominante. &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;État&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le structuralisme (non au sens où le prend Piaget, celui d&#039;« analyse structurelle », mais au sens où nous le prenons ici de dérapage métaphysique à partir de l&#039;« analyse structurelle »), le structuralisme est, on l&#039;a dit, un mouvement d&#039;idée diffus qui s&#039;est surtout développé en France. Pourquoi ? D&#039;abord parce que le déclin de l&#039;existentialisme vers la fin des années 50 laissait le champ libre à une nouvelle mode philosophique, que le Tout-Paris intellectuel paraît manifester une demande permanente en matière de modes philosophiques, et qu&#039;il n&#039;existe de structure équivalente au Tout-Paris intellectuel ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni en Italie, ni aux États-Unis par exemple (Clark). Ensuite parce que le structuralisme pouvait se parer du prestige scientifique dont bénéficièrent pendant un temps les découvertes de la linguistique et de l&#039;anthropologie. Enfin, parce qu&#039;un certain nombre d&#039;auteurs de talent surent composer d&#039;habiles synthèses verbales (ré)interprétant dans le langage structuraliste les textes sacrés de Freud, de Marx, de Nietzsche et de quelques autres. Mais si le structuralisme est une spécialité locale qui n&#039;a guère fait tache d&#039;huile et a pu être décrit par F. Alberoni, un observateur italien familier de la scène culturelle française, comme une illustration de l&#039;« arroganza della cultura francese », c&#039;est essentiellement que, en dépit des virtuosités verbales qui ont contribués à son succès et de la vocation que par définition il affiche à la « profondeur », il représente, dans ses formes métaphysiques, une régression intellectuelle. Comment, en gommant la marge d&#039;autonomie laissée à l&#039;agent ou à l&#039;acteur social par les structures, en subsistant des typologies sommaires à la diversité des types sociaux, en ramenant la complexité structurelle des systèmes d&#039;interdépendance et d&#039;interaction à quelques variables auxquelles on accorde un primat arbitraire (variables de stratification par exemple), en accordant une inconditionnelle suprématie au « synchronique » par rapport au « diachronique », peut-on espérer faire progresser la connaissance des systèmes et processus sociaux ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&amp;lt;/div&amp;gt;&lt;br /&gt;
[[wl:Raymond Boudon]]&lt;br /&gt;
{{Raymond Boudon}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Gio</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://www.catallaxia.org/index.php?title=Raymond_Boudon:Structuralisme&amp;diff=51301</id>
		<title>Raymond Boudon:Structuralisme</title>
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		<updated>2014-01-02T20:26:45Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Gio : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Infobox Raymond Boudon}}&lt;br /&gt;
{{titre|Structuralisme|[[Raymond Boudon]] &amp;amp; François Bourricaud|Article du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;, 1982.}}&lt;br /&gt;
&amp;lt;div class=&amp;quot;text&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce vocable désigne un mouvement d&#039;idées diffus et complexe qui s&#039;est développé dans le domaine des sciences sociales au cours années 1960 principalement, pour ne pas dire à peu près exclusivement, sur la scène française.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== L&#039;origine de l&#039;analyse structurale ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A l&#039;origine, le structuralisme apparaît comme une tentative méthodologique pour étendre à d&#039;autres sciences sociales les bénéfices de la révolution « structuraliste » telle qu&#039;elle passait pour s&#039;être développée en linguistique. La philologie classique s&#039;était principalement orientée vers la description &#039;&#039;historique&#039;&#039; des langues dans leurs différentes composantes (vocabulaire, syntaxe, etc). Par contraste, la linguistique « structurale » se propose d&#039;analyser la « structure » des langues. L&#039;exemple de la phonologie permet d&#039;illustrer aisément la signification de la notion de structure &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Structure&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire critique de la sociologie&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; dans ce contexte. La phonologie « classique » se donne pour objectif la détermination des phonèmes (c&#039;est-à-dire des sons élémentaires) des langues. Éventuellement, elle s&#039;efforce de décrire l&#039;évolution de ces phonèmes dans le temps ou leur variation d&#039;une région à l&#039;autre; de comparer les stocks de phonèmes de l&#039;allemand à ceux du français, etc. La phonologie « structurale » se soucie plutôt, quant à elle, d&#039;établir que l&#039;ensemble des phonèmes d&#039;une langue forme un &#039;&#039;système&#039;&#039; cohérent, capable de constituer un support « commode » et économique aux processus de communication. Considérons par exemple les phonèmes de l&#039;anglais. Selon Jakobson, ils représentent tous des combinaisons de 12 « traits distinctifs » binaires élémentaires : « vocalique/non vocalique », « consonnantique/non consonnantique », « grave/aigu », « nasal/oral », « continu/instantané », etc. Ces 12 traits binaires peuvent en théorie donner lieu à 2^12 = 4096 combinaisons ou phonèmes possibles. En réalité, la plupart des langues (dont l&#039;anglais) n&#039;utilisent que quelques dizaines de phonèmes au total. Naturellement, les phonèmes réels ne représentent pas une « sélection » aléatoire des phonèmes possibles : ils représentent un « système » de combinaisons distinctifs élémentaires dont la phonologie structurale se propose précisément d&#039;analyser la « stucture » &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Structure&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Système&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La distinction entre phonologie « classique » et phonologie « structurale » et plus généralement, entre linguistique « classique » et linguistique « structurale » retrouve dans le domaine de l&#039;étude des langues des distinctions familières et anciennes, explicitement ou implicitement reconnues par plusieurs sciences sociales. Ainsi on peut analyser les institutions sociales de manière descriptive. Mais on peut aussi s&#039;interroger sur la structure du système constitué par l&#039;ensemble des institutions d&#039;une société. Cette perspective, qu&#039;on peut appeler &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;, est par exemple celle qu&#039;adopte [[Charles de Montesquieu|Montesquieu]] dans &#039;&#039;L&#039;esprit des lois&#039;&#039; : régimes politiques, institutions juridiques, organisation sociale et familiale tendent, selon Montesquieu, à former des touts cohérents, des « structures » comme on dirait aujourd&#039;hui, excluant nombre de combinaisons possibles d&#039;un point de vue strictement combinatoire, mais difficilement concevables d&#039;un point de vue sociologique. Il faut toutefois souligner que Montesquieu &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Montesquieu&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt; se garde d&#039;affirmer que les divers éléments d&#039;un système social s&#039;impliquent les uns les autres de façon nécessaire : que certaines combinaisons soient exclues n&#039;entraîne pas que les combinaisons réalisées et observables soient d&#039;une rigoureuse cohérence. On retrouve la même perspective chez [[Alexis de Tocqueville|Tocqueville]] : &#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; montre comment le caractère centralisé de l&#039;administration française a rendu le « système » social et politique français très différent dans sa structure du système anglais. Si on se tourne vers des auteurs modernes, on observe par exemple la même perspective chez Murdock. Dans &#039;&#039;Social Structure&#039;&#039; cet auteur a montré, à partir de données concernant un ensemble de sociétés archaïques que les règles de résidence (matrilocale, patrilocale, etc.) de transmission du patrimoine, de filiation (patrilinéaire, matrilinéaire, etc.), les règles relatives de la prohibition de l&#039;inceste, le vocabulaire utilisé pour désigner les divers types de relation de parenté, etc., constituent des « structures » au sens où elles sont des combinaisons non aléatoires, un type de règle de résidence ayant par exemple plus de chance d&#039;être associé à un certain type de règle de filiation et à certaines institutions matrimoniales qu&#039;à d&#039;autres. Mais, chez Murdock comme chez Montesquieu, on a affaire à une conception &#039;&#039;minimaliste&#039;&#039; plutôt que &#039;&#039;maximaliste&#039;&#039; de la cohérence des systèmes institutionnels sont donc assimilables, non à des implications &#039;&#039;strictes&#039;&#039; de type logique (si A, alors B), mais à des implications &#039;&#039;faibles&#039;&#039; de type stochastique (si A, alors plus souvent B). Autre exemple : l&#039;opposition sociologique classique — et qui ne va pas sans poser des problèmes — entre sociétés « traditionnelles » et sociétés « modernes » peut être considérée comme un exemple d&#039;analyse « structurelle » : les deux types de sociétés sont caractérisés ou supposés être caractérisés par des ensembles de traits qui s&#039;opposent terme à terme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous ces travaux relèvent de ce qu&#039;on peut appeler l&#039;analyse &#039;&#039;structurelle&#039;&#039;. Dans tous les cas, il s&#039;agit de montrer qu&#039;un ensemble d&#039;institutions caractéristiques d&#039;une société constitue une « structure » au sens où cet ensemble doit être analysé comme une combinaison non aléatoire d&#039;éléments. Dans le domaine de la phonologie, l&#039;analyse structurelle consiste bien, de même, à montrer que les phonèmes d&#039;une langue constitue une combinaison non aléatoire de traits distinctifs. La linguistique dite « structurale », c&#039;est-à-dire celle qui adopte une perspective « structurelle », ne représente donc en aucune façon une innovation méthodologique radicale. La « révolution » qu&#039;elle a accomplie, si révolution il y a, consiste plutôt dans l&#039;application à un domaine particulier, celui des langues, d&#039;une perspective que des disciplines comme la sociologie et l&#039;économie avaient traditionnellement utilisée. Comme M. Jourdain faisait de la prose, Montesquieu et Tocqueville avaient, sans le savoir, appliqué l&#039;analyse « structurelle » à la sociologie ou, comme on peut dire encore, pratiqué une sociologie « structurale ». Le fait que, par différence avec les expressions « linguistique structurale » ou « anthropologie structurale », des expressions comme « économie structurale » ou « sociologie structurale » ne se soient pas imposées, suffit peut-être à indiquer que la perspective de l&#039;analyse structurelle est traditionnelle dans ces deux disciplines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n&#039;en va pas de même en anthropologie. Dans les &#039;&#039;structures élémentaires de la parenté&#039;&#039;, Lévi-Strauss applique la perpective structurelle telle qu&#039;elle vient d&#039;être définie à un domaine de l&#039;ethnologie où avait traditionnellement prévalu une perspective de type descriptif. Jusqu&#039;à Lévi-Strauss, les ethnologues s&#039;étaient heurtés à un problème difficile : rendre compte de la diversité des règles de prohibition de l&#039;inceste. Pourquoi par exemple le mariage entre cousins parallèles est-il généralement interdit, tandis que tout mariage entre cousins croisés est toléré dans certaines sociétés et que, dans d&#039;autres sociétés encore, certains types de mariage entre cousins croisés sont autorisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère) et d&#039;autres interdits (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille de la soeur de son père) ? Lévi-Strauss a proposé de résoudre ces énigmes classiques en adoptant une méthodologie analogue à celle de la phonologie structuralle. Le phonologue s&#039;efforce de montrer que tout système phonétique peut être considéré comme une solution particulière à un problème général : constituer un support sonore économique aux processus de communication. De même, Lévi-Strauss s&#039;efforça de montrer que les systèmes de règles d&#039;interdiction et d&#039;autorisation du mariage qu&#039;on observe dans les sociétés archaïques sont les solutions particulières d&#039;un « problème » général : assurer une circulation des femmes entre les segments constitutifs des sociétés. Cette perspective générale étant posée, on démontre par exemple qu&#039;une « solution » cohérente (d&#039;un certain point de vue) contient, outre d&#039;autres règles, l&#039;interdiction du mariage entre cousins parallèles et l&#039;autorisation du mariage entre cousins croisés, et qu&#039;un autre système cohérent de règles interdit le mariage entre cousins parallèles et autorise le mariage entre certains cousins croisés (mariage de &#039;&#039;Ego&#039;&#039; avec la fille du frère de sa mère).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La théorie de Lévi-Strauss s&#039;est heurtée à de sérieuses objections. G. Homans par exemple souligne son caractère téléologique (les règles du mariage ont pour &#039;&#039;fonction&#039;&#039; d&#039;assurer la solidarité du groupe). D&#039;autre part, il relève que le mariage préférentiel avec la fille du frère de la mère est plus fréquent dans les sociétés patrilinéaires, où &#039;&#039;Ego&#039;&#039; entretient des rapports distants avec son père et avec la soeur de son père, tandis que ses rapports avec sa mère et avec le frère de celle-ci sont familiers et chaleureux. Selon Lévi-Strauss, insister sur de tels &#039;&#039;faits&#039;&#039;, c&#039;est revenir aux « vieux errements » du « psychologisme ». Pour sa part, Leach devait souligner à partir notamment de l&#039;analyse des systèmes Kachin qu&#039;il est impossible d&#039;isoler les échanges matrimoniaux de l&#039;ensemble plus vaste (échanges économiques, politiques, etc.) auquel ils appartiennent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Le dérapage métaphysique ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut souligner que, si les révolutions « structurales » (adoption d&#039;une perspective « structurelle ») de la linguistique  et l&#039;anthropologie doivent être tenues pour locales plutôt que générales dans la mesure où elles ne font qu&#039;étendre à de nouveaux domaines une idée ancienne , elles ont donné naissance à des innovations méthodologiques dépassant le cadre de l&#039;ethnologie et de la linguistique. Ainsi, la phonologie structurale, la syntaxe structurale de Chomsky, les travaux de Lévi-Strauss et Weil, ceux de Bush sur les structures de la parenté utilisent une instrumentation mathématique novatrice qui a contribué à leur audience et à leur prestige.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce prestige est une des raisons du dérapage vers la métaphysique de ce qui fut d&#039;abord une perspective méthodologique. Bien que certains auteurs, comme Piaget, assimilent les notions de « perspective structurelle » et de « structuralisme », c&#039;est à ce dérapage métaphysique qu&#039;il convient sans doute de réserver le vocable de structuralisme. Il consiste dans son principe en une généralisation abusive, ou plutôt une réification de postulats que linguistes et anthropologues avaient été naturellement amenés à introduire sur leur terrain, mais dont l&#039;extension et la généralisation à d&#039;autres terrains soulèvent un problème de légitimité. Ainsi, l&#039;ethnologue des sociétés sans écriture comme le phonologue sont à l&#039;évidence condamnés à une perspective « synchronique » : ils peuvent observer un système de phonèmes constitué, un système de règles d&#039;autorisation et d&#039;interdiction du mariage, un ensemble de récits mythiques, mais ils ne disposent généralement pas de données leur permettant d&#039;étudier la genèse ou l&#039;évolution de ces « systèmes ». La nature de leurs données leur interdit pratiquement toute analyse &#039;&#039;diachronique&#039;&#039;. Le prestige momentané des analyses structurelles de la linguistique et de l&#039;anthropologie, l&#039;autorité qui paraissait se dégager des aphorismes épistémologiques et Lévi-Strauss, incitèrent certains sociologues à conclure que l&#039;analyse synchronique possédait pour de mystérieuses raisons un privilège inconditionnel par rapport à l&#039;analyse diachronique. Exemple entre beaucoup, Althusser et Balibar se mirent à (re)lire Marx en général et &#039;&#039;Le Capital&#039;&#039; en particulier en s&#039;efforçant d&#039;y découvrir une typologie des formations sociales et des modes de production construite à partir d&#039;éléments simples (types d&#039;appropriation de la plus-value, etc.), exactement comme les systèmes phonétiques sont des combinaisons structurés de traits distinctifs. Marx se retrouvra déguisé en structuraliste préoccupé de la structure synchronique de formations sociales et en fait pratiquement indifférent  à l&#039;analyse du changement social. L&#039;interprétation « structuraliste » de Marx, en insistant sur la possibilité de construire des systèmes combinatoires différents, avait l&#039;avantage non négligeable d&#039;« assouplir » les relations entre infrastructure et superstructure, de « montrer » que les « formations sociales » capitalistes et socialistes pouvaient correspondre à une certaine diversité de structures. C&#039;est pourquoi elle connut le succès : le traitement structuraliste qu&#039;Althusser et ses disciples administrèrent à Marx eut pour effet de tirer le marxisme de l&#039;ornière du marxisme vulgaire dans laquelle il était tombé, et de lui restituer une respectabilité académique et une souplesse que les intellectuels marxistes ne pouvaient pas ne pas considérer comme des bienfaits. Le même « goût » pour le « synchronique » peut être observé  dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; de M. Foucault, livre qui interprète l&#039;« histoire » des sciences naturelles et sociales comme une séquence de basculements structurels : les grandes &#039;&#039;époques&#039;&#039; de cette histoire sont dominés par des « structures » épistémologiques dont l&#039;auteur s&#039;efforce d&#039;analyser l&#039;implacable cohérence interne. Quant à la succession de ces « structures », elle est supposée par Foucault inintelligible ou inintéressante. La brillante construction contenue dans &#039;&#039;Les mots et les choses&#039;&#039; n&#039;est guère plus, du point de vue logique, qu&#039;une typologie; typologie qui, de surcroît, fait bon marché de l&#039;histoire des sciences. Ainsi, aucun historien des sciences sociales n&#039;admettait qu&#039;[[Adam Smith]] ait inauguré un basculement épistémologique en proposant &#039;&#039;pour la première fois&#039;&#039; des modèles évolutifs endogènes des processus sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En privilégiant l&#039;analyse « synchronique » par rapport à l&#039;analyse « diachronique », dans les domaines où la nature de l&#039;information disponible ne l&#039;impose pas, les structuralistes réduisent  leurs ambitions à peu de choses : le plus souvent , à la mise en évidence de typologies dont ils renoncent à rechercher la raison d&#039;être &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Typologies&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. On peut douter qu&#039;il s&#039;agisse là d&#039;un progrès par rapport à des démarches comme celles de Marx ou de Tocqueville, qui interprètent toujours les différences synchroniques qu&#039;on peut observer entre types sociaux comme le résultat de processus diachroniques. Le « système » des différences qu&#039;on peut par exemple relever entre la France et l&#039;Angleterre &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;L&#039;Ancien Régime et la Révolution&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou entre la France et l&#039;Amérique &amp;lt;ref&amp;gt;&#039;&#039;De la Démocratie en Amérique&#039;&#039; de [[Alexis de Tocqueville]]&amp;lt;/ref&amp;gt; est analysé par Tocqueville comme le résultat de processus en cascade résultant de différences institutionnelles initiales. Il en va de même chez Marx : les différences entre types sociaux observés au niveau synchronique sont toujours analysés par lui comme le résultat de processus diachroniques. Le primat inconditionnel accordé au synchronique a non seulement pour effet de rendre inintelligible les différences entre types, il conduit aussi à exagérer et à relier ces différences. Ainsi, l&#039;opposition sociétés « traditionnelles » / sociétés « modernes » a largement contribué au développement de conceptions simplistes et fausses. La sociologie de la modernisation admet fréquemment par exemple que les sociétés « traditionnelles » sont nécessairement immobiles ou que la « modernisation » est vouée à progresser simultanément sur tous les fronts &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;Développement&#039;&#039;&#039; et &#039;&#039;&#039;Modernisation&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;. De telles propositions, qui ne résistent pas à l&#039;examen le plus superficiel, résultent de ce que la typologie opposant les sociétés traditionnelles aux sociétés modernes est traitée, non comme un outil heuristique, mais comme l&#039;expression d&#039;une « réalité » ou d&#039;une « structure profonde ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les contraintes qui s&#039;imposent à l&#039;anthropologie étudiant des mythes archaïques ou au phonologue leur interdisent en second lieu d&#039;analyser les mythes ou systèmes phonétiques comme des produits de l&#039;&#039;&#039;activité humaine&#039;&#039; (ce qu&#039;ils &#039;&#039;sont&#039;&#039; pourtant à l&#039;évidence). La métaphysique structuraliste, procédant ici encore par généralisation et par réification, tire de ces conditions particulières une proposition méthodologique et une proposition ontologique. &#039;&#039;Proposition méthodologique&#039;&#039; : les phénomènes sociaux sont le produit ou la manifestation de structures et ne sauraient être analysés comme le résultat de l&#039;action des hommes. &#039;&#039;Proposition ontologique&#039;&#039; : seules les structures ont une existence « réelle »; les individus sont de simples apparences ou de purs « supports de structures ». Ils n&#039;ont d&#039;intérêt que dans la mesure où ils permettent aux structures de se manifester. Et lorsque les individus ne sont pas réduits à être des « supports de structures » et sont décrits par le sociologue structuraliste comme étant capables de comportements « stratégiques » (mot souvent abusivement tenu pour synonyme de « intentionnel »), on ne tarde pas à découvrir que ces comportements intentionnels ne sauraient qu&#039;aboutir à la reproduction des structures ou, selon les passions idéologiques du sociologue, à leur évolution dans une direction prescrite par le sens de l&#039;Histoire. Adam Smith et Darwin ne sont, selon Foucault, que des manifestations particulières de la « structure épistémique » de leur temps. Le « moi » qui tenait un rôle fondamental dans la trilogie classique de Freud (&#039;&#039;surmoi&#039;&#039;, &#039;&#039;moi&#039;&#039;, &#039;&#039;ça&#039;&#039;) disparaît, comme l&#039;a montré Turkle, dans la version structuraliste que Lacan a donnée de la doctrine psychanalytique. L&#039;individu devient selon Lacan le simple support des structures inconscientes qui l&#039;habitent (le &#039;&#039;ça&#039;&#039;). Les agents sociaux de la sociologie d&#039;inspiration structuraliste sont de même, quant à eux, de simples supports ou, au mieux, des truchements consentants ou aveugles, à travers lesquels s&#039;expriment, se réalisent, se reproduisent ou évoluent les structures sociales. Quant aux « structures sociales », elles sont généralement réduites à quelques variables arbitrairement choisies, dont on suppose qu&#039;elles dominent l&#039;ensemble des variables caractérisant le système social. Sur ce point encore il importe de noter le contraste avec un auteur comme Tocqueville : la « centralisation administrative » n&#039;est pas posée &#039;&#039;a priori&#039;&#039; comme une variable essentielle. Son importance est au contraire démontrée &#039;&#039;a posteriori&#039;&#039;. Par contraste, les variables de stratification, elles-mêmes condensées dans la distinction sommaire classe dominante / classe dominée, sont &#039;&#039;a priori&#039;&#039; posées par les sociologues structuralistes comme les variables essentielles. On peut par exemple ignorer l&#039;existence de l&#039;État puisqu&#039;il est entendu qu&#039;il est nécessairement au service de la classe dominante. &amp;lt;ref&amp;gt;cf. article &#039;&#039;&#039;État&#039;&#039;&#039; du &#039;&#039;Dictionnaire ...&#039;&#039;&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le structuralisme (non au sens où le prend Piaget, celui d&#039;« analyse structurelle », mais au sens où nous le prenons ici de dérapage métaphysique à partir de l&#039;« analyse structurelle »), le structuralisme est, on l&#039;a dit, un mouvement d&#039;idée diffus qui s&#039;est surtout développé en France. Pourquoi ? D&#039;abord parce que le déclin de l&#039;existentialisme vers la fin des années 50 laissait le champ libre à une nouvelle mode philosophique, que le Tout-Paris intellectuel paraît manifester une demande permanente en matière de modes philosophiques, et qu&#039;il n&#039;existe de structure équivalente au Tout-Paris intellectuel ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni en Italie, ni aux États-Unis par exemple (Clark). Ensuite parce que le structuralisme pouvait se parer du prestige scientifique dont bénéficièrent pendant un temps les découvertes de la linguistique et de l&#039;anthropologie. Enfin, parce qu&#039;un certain nombre d&#039;auteurs de talent surent composer d&#039;habiles synthèses verbales (ré)interprétant dans le langage structuraliste les textes sacrés de Freud, de Marx, de Nietzsche et de quelques autres. Mais si le structuralisme est une spécialité locale qui n&#039;a guère fait tache d&#039;huile et a pu être décrit par F. Alberoni, un observateur italien familier de la scène culturelle française, comme une illustration de l&#039;« arroganza della cultura francese », c&#039;est essentiellement que, en dépit des virtuosités verbales qui ont contribués à son succès et de la vocation que par définition il affiche à la « profondeur », il représente, dans ses formes métaphysiques, une régression intellectuelle. Comment, en gommant la marge d&#039;autonomie laissée à l&#039;agent ou à l&#039;acteur social par les structures, en subsistant des typologies sommaires à la diversité des types sociaux, en ramenant la complexité structurelle des systèmes d&#039;interdépendance et d&#039;interaction à quelques variables auxquelles on accorde un primat arbitraire (variables de stratification par exemple), en accordant une inconditionnelle suprématie au « synchronique » par rapport d&#039;« diachronique », peut-on espérer faire progresser la connaissance des systèmes et processus sociaux ?&lt;br /&gt;
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		<author><name>Gio</name></author>
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